En Turquie, des détroits en eaux troubles

Côtes mas­sive­ment béton­nées, développe­ment indus­triel, forte den­sité urbaine. En Turquie, la mer de Mar­mara, encadrée par les détroits du Bospho­re et des Dar­d­anelles fait les frais des dif­férentes...

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Côtes mas­sive­ment béton­nées, développe­ment indus­triel, forte den­sité urbaine. En Turquie, la mer de Mar­mara, encadrée par les détroits du Bospho­re et des Dar­d­anelles fait les frais des dif­férentes pol­lu­tions régionales.

Le Bospho­re : ses dauphins, ses mou­ettes, ses vendeurs de moules, ses couch­ers de soleil, ses bateaux de plai­sance et ses feux d’artifice. L’image d’Epinal a de quoi séduire. Pour­tant, pas la peine de grat­ter bien loin pour se ren­dre compte que le Bospho­re, ce sont aus­si des tankers, des bateaux de croisière, des tun­nels sous-marin, des ponts, des lignes aéri­ennes, une urban­i­sa­tion forcenée, des déchets en tous gen­res. Le détroit, long de 31 kilo­mètres, tra­verse et sépare Istan­bul entre rives asi­a­tique et européenne. C’est l’un des deux goulots avec celui de çanakkale (Dar­d­anelles) qui relient la mer Noire à la Méditer­ranée, via la mer de Mar­mara for­mant ce que les sci­en­tifiques nom­ment TSS (Turk­ish straits sys­tem).
Le long de ses eaux calmes, des familles se baig­nent le week-end, les restau­rants offrent des pois­sons gril­lés ou mar­inés à la pelle. Mais les stam­bouliotes ont pu voir sa couleur vir­er au bleu turquoise et ses effluves par­fumer avec insis­tance les rues de la méga­lo­pole au début de l’été. Non sans inquié­tude. Une érup­tion de phy­to­planc­ton (Emil­ia hux­leyi) bénine se sont empressé d’affirmer les experts, applaud­is­sant au pas­sage la promesse de voir pro­lifér­er le pois­son dans la zone.
Le phénomène, appelé eutroph­i­ca­tion, serait dû au change­ment cli­ma­tique qui provo­querait un excès qua­si-poé­tique de sub­stances nutri­tives : en ren­con­trant suff­isam­ment de soleil, la pous­sière du Sahara bal­ayée par le vent s’enrichirait dans les nuages pour retomber en pluie fer­tile sur ces eaux loin­taines. D’autres poussées rouges d’un micro-organ­isme cousin peu­vent toute­fois être aperçues à cer­taines saisons par satel­lite pour cause de pol­lu­tion de la mer Noire. Les cir­con­vo­lu­tions par­nassi­ennes de mère nature ne suff­isent donc pas à écarter totale­ment les souil­lures envi­ron­nemen­tales.

L’autoroute du Bospho­re

Les sources de con­t­a­m­i­na­tion sont var­iées. Elles provi­en­nent en par­tie du traf­ic mar­itime. Depuis la Con­ven­tion de Mon­treux qui en a fait un pas­sage inter­na­tion­al en 1936, le Bospho­re s’est trans­for­mé en véri­ta­ble autoroute. Plus de 42 000 bateaux fend­ent ses eaux chaque année, soit près de 120 par jour. Cer­tains atteignent jusqu’à 400 mètres de long. Or la forme du détroit en « S » et ses courants peu­vent ren­dre les manoeu­vres dif­fi­ciles. Depuis 1950, près de 500 acci­dents s’y sont pro­duits. Les plus mar­quants res­teront les naufrages de l’Independenta en 1979, du Nas­sia en 1994, du Gotia en 2002, mais aus­si plus récem­ment du pétroli­er russe Vol­ganeft-139 abimé plus au nord, en mer Noire, en 2007. « Les effets de ces acci­dents ont duré de nom­breuses années », souligne la chercheuse Esra Bil­lur Bal­cıoğlu de l’université d’Istanbul. Même par temps calme, cet intense traf­ic pol­lue aus­si. La moitié des déchets vis­i­bles dans les eaux serait issue des bateaux, estime son con­frère Bayram Öztürk de la fac­ulté des sci­ences aqua­tiques de l’Université d’Istanbul.

Pét­role et déter­gents

Un sys­tème d’information et de ges­tion du traf­ic mar­itime a été mis en place en Turquie depuis 2003. Les satel­lites per­me­t­tent désor­mais de repér­er et donc con­sid­érable­ment lim­iter les dégaza­ges en mer. Les pilotes d’avion qui rejoignent les deux aéro­ports d’Istanbul se charg­eraient égale­ment de les sur­veiller de haut et de dénon­cer tout déra­page d’ampleur. Seule­ment, le con­trôle par les gardes-cotes, lui, n’est pas chose aisée tant la tâche est immense.
La présence d’hydrocarbures en mer pour­rait être due en out­re à des fuites de car­bu­rant et déverse­ments acci­den­tels de car­gaisons dan­gereuses. En cause : l’âge et la vétusté de cer­tains bateaux sur cette route des expor­ta­tions d’énergies fos­siles depuis la Russie et l’Eurasie. Cer­tains endroits de la mer de Mar­mara auraient ain­si encore des niveaux de pol­lu­tion pétrolière supérieurs aux lim­ites autorisées.

Si l’on prend en compte les con­séquences des pol­lu­tions de la mer Noire, dont les eaux de sur­face descen­dent vers les mers turques, l’évaluation des fac­teurs de con­t­a­m­i­na­tion devient ver­tig­ineuse. Cette mer semi-fer­mée est en effet elle-même altérée par les riv­ières et eaux usées de 16 pays dont le traite­ment et les sys­tèmes agri­coles lais­sent à désir­er. « Le Danube et les riv­ières ukraini­ennes et russ­es déchar­gent des métaux lourds et des pes­ti­cides dans la mer noire qui pol­lu­ent tout le sys­tème des détroits », affirme Bayram Öztürk . La spec­tac­u­laire pol­lu­tion aux boues rouges venue de Hon­grie en 2010 s’y était d’ailleurs diluée sans que cela ne soit per­cep­ti­ble. A l’inverse l’impact des eaux qui s’écoulent en pro­fondeur de la mer Mediter­ranée, via Mar­mara, vers la mer Noire, est encore peu doc­u­men­té.

Déverse­ments d’eaux usées

Autres pol­lu­tions sou­vent invis­i­bles : les eaux souil­lées. Selon la Fon­da­tion turque de recherche mar­itime, TUDAV, 90% proviendraient des rejets des fer­ries et des bateaux de croisières. Mais les déter­gents util­isés par les ménages sont égale­ment en cause. A l’échelle du pays, le traite­ment des eaux usées serait passé de 28 à 65% entre 2000 et 2014 d’après l’OCDE. Mal­gré sa forte den­sité (près de 20 mil­lions d’habitants), Istan­bul fait fig­ure de mod­èle. Mal­gré tout, sur sa rive asi­a­tique de Kadikoy, des prob­lèmes de sat­u­ra­tion durant des orages ou de fortes pluies ont mon­tré les lim­ites de ces opéra­tions. En 2015, la crique de Kurba­galiedere a ain­si vu l’accumulation de méthane tein­ter l’eau et imprégn­er les rues d’une odeur per­sil­lantielle. Des tests révélaient alors aus­si la présence d’une bac­térie fécale poten­tielle­ment nocive : l’Escherichia Coli.

Le long des cotes de Mar­mara, région la plus dévelop­pée du pays, le degré de traite­ment des eaux fait débat, surtout autour des baies d’Izmit, Gem­lik et Bandirma. Seuls 40% seraient fil­trés comme il se doit, selon l’activiste Akgün Ilhan doc­teur en écolo­gie poli­tique, mem­bre de la cam­pagne « le droit à l’eau ». Les 60% restants (sou­vent semi-traités) fini­raient dans les sys­tèmes de décharges pro­fondes, « hors de vue ».
Quel que soit leur degré de fil­trage, les eaux usées atter­ris­sent toutes au fond du Bospho­re et de la mer. Or, la qual­ité et le degré d’utilisation des sta­tions d’épuration sont aujourd’hui mis en doute. « Istan­bul fait très bien ce tra­vail mais autour de la mer de Mar­mara, il y a une con­cen­tra­tion sus­pecte d’ammoniaque en eau pro­fonde, par ailleurs les usines de traite­ment des eaux n’ont pas des fac­tures d’électricité cor­re­spon­dant à ce qu’elles devraient dépenser », assure le pro­fesseur Cemal Say­dam, océanographe. Sans par­ler de l’accroissement de la pol­lu­tion des airs des cen­tres urbains qui touche les eaux de sur­face aux moin­dres pré­cip­i­ta­tions.

Indus­tries lour­des
La pol­lu­tion aux hydro­car­bu­res trou­ve aus­si sa cause dans les raf­finer­ies de la baie d’Izmit et le bassin indus­triel de Dilo­vasi au Nord-Est de la mer de Mar­mara. Tex­tile, pro­duc­tion de papi­er, de médica­ments, de matéri­aux de con­struc­tion, chantiers navals, usines de déman­tèle­ment de bateaux s’y côtoient. En 2008, l’OCDE soulig­nait ain­si que 53% des eaux usées d’origine indus­trielle con­tenant en bonne par­tie des métaux tox­iques (mer­cure, plomb, chrome, zinc) con­tin­u­aient d’être rejetés dans les cours d’eaux et eaux côtières sans traite­ment préal­able. Un an plus tard, le chapitre 27 des négo­ci­a­tions d’adhésion à l’Union européenne, con­sacré à l’environnement, s’ouvrait alors que le pays était jugé « totale­ment incom­pat­i­ble avec les acquis européens dans ce domaine ».
Le dernier rap­port 2016 de la Com­mis­sion européenne souligne que la Turquie en est encore aux bal­bu­tiements de son aligne­ment avec les direc­tives de l’UE en matière de pol­lu­tion indus­trielle et de ges­tion du risque, notam­ment en ce qui con­cerne les émis­sions (Direc­tives Seveso III). La diminu­tion et l’évaluation de l’utilisation des pro­duits chim­iques se font aus­si atten­dre.
La mise aux normes avance toute­fois à grands pas à en croire Bahadir Kalea­gasi, secré­taire général de la Tusi­ad, le plus impor­tant groupe­ment d’entreprises du pays. « Pour être con­cur­ren­tiel sur le plan inter­na­tion­al, elles doivent assur­er la qual­ité de leurs pro­duits et sont soumis­es à des inspec­tions à l’export, y com­pris sur le plan envi­ron­nemen­tal », assure-t-il. Une ques­tion aus­si « d’image de mar­que » dans une société de plus en plus sen­si­ble aux ques­tions envi­ron­nemen­tales, plusieurs groupes turcs se sont mis à financer des ONG et asso­ci­a­tions du secteur.

Impact sur la bio­di­ver­sité

Face à ces dif­férentes sources de pol­lu­tion, la bio­di­ver­sité en a pris un coup. La présence d’hydrocarbures dans les eaux empêche l’atmosphère mais aus­si les rayons du soleil d’y pénétr­er ce qui bloque la pho­to­syn­thèse des algues et engen­dre une baisse d’oxygène, pour­tant néces­saire aux organ­ismes vivants. Or, la mer de Mar­mara est déjà extrême­ment frag­ile, « enfant de la mer noir et de la Méditer­ranée né avec de l’asthme », comme le résume le pro­fesseur Cemal Say­dam. Les hydro­car­bu­res per­turberaient égale­ment l’odorat des pois­sons et leur capac­ité à se repro­duire affirme la chercheuse Esra Bil­lur Bal­cıoğlu. La pêche illé­gale et la sur­pêche représen­teraient par ailleurs encore des pré­da­tions dans la région.
Le pro­jet « sea Around Us », rat­taché à l’Université de Colom­bie Bri­tan­nique (Cana­da), rap­porte la perte de plusieurs espèces dans les zones de pêche de Turquie : elles seraient passées de 30 en 1960 à 6 en 2013. Les chiffres ne font pas con­sen­sus. L’activiste Akgün Ilhan évoque la perte de 124 espèces et le déplace­ment for­cé de 143 autres en 40 ans. Selon elle, il ne resterait plus qu’une dizaine d’espèces com­mer­cial­is­ables dans la mère de Mar­mara mais leur pop­u­la­tion aurait bais­sé : de 95% pour les maque­reaux, 90% pour les thons, 48% pour les dau­rades. Le chercheur Bayram Öztürk de l’Université d’Istanbul dénom­bre lui 65 espèces marines au bord de l’extinction, par­mi elles 32 pois­sons et trois types de cétacés, dauphins et pho­ques moine en mer de Mar­mara. Car, effet de chaine oblige, la dis­pari­tion de pois­sons a aus­si des con­séquences sur l’alimentation des dauphins selon Tudav, qui dénonce leur prise acci­den­telle dans des filets, la dégra­da­tion de leur habi­tat et les effets tox­iques des pro­duits chim­iques. Leur pêche inter­dite depuis 1983 n’aurait quant à elle pas totale­ment dis­paru.

Mais tan­dis que cer­taines espèces dis­parais­sent, d’autres appa­rais­sent ! Bayram Öztürk met ain­si en garde con­tre le dan­ger représen­té par les con­tre­poids hydrauliques cen­sés stag­n­er au fond des cales des gros tankers pour les sta­bilis­er. Ils draguent des eaux sur des mil­liers de kilo­mètres et rejet­tent des espères étrangères dans les mers de la région. L’explosion de cer­tains types de médus­es y trou­verait ain­si une expli­ca­tion (en plus du réchauf­fe­ment cli­ma­tique), tout comme la récente appari­tion d’une cen­taine d’espèces dans la mer de Mar­mara, le dou­ble en mer Noire. Or cer­taines médus­es auraient elles-même provo­qué la dis­pari­tion d’anchois et de maque­reaux.
Et dans nos assi­ettes ? Dif­fi­cile d’y voir clair tant sur ce point, les avis sont partagés. Le pro­fesseur Bayram Öztürk promet que la con­som­ma­tion de pois­sons est sûre et non tox­ique. Un récent rap­port de TUDAV (2016) souligne des con­cen­tra­tions de métal dans les pois­sons de Mar­mara avec des vari­antes selon les saisons : les taux de cad­mi­um par exem­ple seraient supérieurs aux normes l’été. « Tout ce que vous mangez de la mer de Mar­mara est pol­lué, c’est la dose ingur­gitée qui fait le poi­son (…) la con­som­ma­tion de ses pro­duits à long terme a pour sûr des con­séquences néga­tives sur la san­té », tranche de son coté l’activiste Akgün Ilhan en pointant du doigt en par­ti­c­uli­er les moules qui con­tiendraient selon elle du mer­cure, du plomb et d’autres déchets indus­triels.
« La con­som­ma­tion des moules peut être risquée si elles vien­nent des zones pol­luées du Bospho­re ou de la bay d’Izmit », affirme Esra Bil­lur Bal­cıoğlu auteur de plusieurs études sur le sujet. Ces mol­lusques agis­sent en effet comme des fil­tres et ava­lent presque tout sur leur pas­sage, notam­ment les PAHs (poly­cyclic aro­mat­ic hydro­car­bons) qui présen­tent un risque en cas de con­som­ma­tion. Les pois­sons eux se divis­eraient en fait en dif­férentes caté­gories : manger ceux des pro­fondeurs comme le had­dock, le mulet rouge, le loup et le flé­tan pour­rait engen­dr­er des risques, du fait de la pol­lu­tion pétrolière qui se niche dans les sédi­ments. Les pois­sons de sur­face tels que les anchois ou maque­reaux seraient plus sûrs.
Seule cer­ti­tude : à chaque pois­son sa sai­son. Avec les migra­tions saison­nières de la mer Noire vers les eaux tem­pérées de Mar­mara et de la mer Egee, les pro­duits frais ne sont pas disponibles partout toute l’année. Quant à la baig­nade, là encore les avis sont partagés. « Nag­er est par­faite­ment sans dan­ger », s’exclame Cemal Say­dam avant de nuancer « sauf peut-être pour de rares endroits sur quelques mètres ».

L’environnement mobilise

Les Ong, asso­ci­a­tions, par­tis écol­o­gistes exis­tent, tout comme les ini­tia­tives pour pro­téger l’environnement, mais elles ne sont pas sou­vent écoutées par les autorités. En signe de protes­ta­tion, cer­taines ont ain­si refusé de par­ticiper à la Journée de l’Environnement ces dernières années car leurs reven­di­ca­tions sont encore nom­breuses. L’antenne turque de la cam­pagne inter­na­tionale « Break Free » demande ain­si pêle-mêle la fin des instal­la­tions de déman­tèle­ment des bateaux, des entre­pris­es de pétrochimie, de rem­plis­sage de GPL et GNL, des usines d’engrais (gaz de pét­role et gaz naturel liqué­fiés), des aciéries, dont les déchets sont relâchés dans la nature.
Olcay, mem­bre de l’Organisation de défense des forêts du Nord qui milite aus­si con­tre la pol­lu­tion du Bospho­re, se sou­vient de ses baig­nades dans son enfance. Aujourd’hui, plus ques­tion pour lui d’y faire trem­pette car « ce n’est plus la même mer ». Il y a deux ans, il a tout de même par­ticipé à une course dans ses eaux « qui n’étaient pas aus­si limpi­des qu’avant ». Il regrette aujourd’hui que les autorités jouent sur l’opposition entre grands investis­seurs « au ser­vice d’un développe­ment » et écol­o­gistes pour les décrédi­bilis­er. Un argu­ment bran­di de longue date mais qui rend la lutte pour l’environnement encore plus risquée, dans un con­texte « autori­taire », ose Olcay.
Cer­tains pro­jets à l’étude ne vont d’ailleurs pas dans le bon sens con­sid­èrent les défenseurs de la nature : comme celui de décharg­er les eaux du bassin d’Ergene dans le Nord-ouest, con­t­a­m­inées par l’industrie lourde depuis les années 1970, vers la mer de Mar­mara. Eux récla­ment au con­traire des zones de pro­tec­tion mar­itime. Beau­coup regret­tent par ailleurs le manque de don­nées offi­cielles : les recherch­es sur les pol­lu­tions plas­tiques et nano-par­tic­ules des eaux turques man­queraient encore cru­elle­ment (en Mer Noire ces pol­lu­tions sont dénon­cées par le dernier rap­port de l’Environmental Mon­i­tor­ing of The Black Sea financé par l’UE et les Nations-Unies).
L’actuel min­istère « de l’Environnement et de l’Urbanisation » com­bine ironique­ment deux intérêts con­flictuels. Brux­elles a ain­si dénon­cé dès 2012 « le déséquili­bre entre ces deux enjeux et le manque d’attention con­cer­nant l’environnement dans le cadre des grands pro­jets urbains ».

Et l’avenir ?
Code de l’environnement (loi cadre depuis 1989), Con­ven­tion Mar­pol 73–78 pour la préven­tion de la pol­lu­tion par les navires, Con­ven­tion des eaux de Bal­last (2014), la Turquie est sig­nataire de plusieurs textes et accords inter­na­tionaux. Elle pré­side en out­re l’organisation de la coopéra­tion économique de la mer noire dont la pro­tec­tion de l’environnement est un des domaines de com­pé­tence et est parte­naire du pro­gramme envi­ron­nemen­tal des Nations Unies (UNEP). Sur le papi­er, tout va donc dans le bon sens.
« Il est pos­si­ble que le car­ac­tère mod­éré­ment con­traig­nant des régle­men­ta­tions envi­ron­nemen­tales attire des activ­ités pol­lu­antes », déplore cepen­dant le rap­port 2016 de l’OCDE sur la Turquie. L’organisation appelle à amélior­er les con­trôles et à ren­dre les mesures de réduc­tion des pol­lu­tions plus effi­caces par rap­port à leur coût. Des avancées en matière de réduc­tion de l’économie informelle amélior­eraient la trans­parence des entre­pris­es et facilit­eraient l’application de ces mesures, ajoute-t-elle. Les sci­en­tifiques turcs récla­ment égale­ment en choeur un meilleur respect des textes et un plus grand con­trôle des cen­tres d’épuration.
Dans le cadre du proces­sus d’adhésion entamé en 2005 (2009 pour le chapitre con­sacré à l’environnement), l’Union européenne en est à son deux­ième volet d’allocations (IPA II) au pays, dont la dernière tranche 2014–2020 con­sacre 600 mil­lions d’euros aux mis­es aux normes envi­ron­nemen­tales. Une par­tie sera dédiée à la con­struc­tion de nou­velles usines de traite­ment des eaux.
« Les lég­is­la­tions turques et européennes ne sont pas suff­isantes, sans lég­is­la­tion inter­na­tionale ces lois n’engendreront que des délo­cal­i­sa­tions de pro­duc­tion », jauge Bahadir Kalea­gasi, secré­taire général du groupe­ment d’entreprises Tusi­ad tout en prô­nant une révo­lu­tion indus­trielle vers des tech­nolo­gies non pol­lu­antes.
Or la com­mis­sion européenne demande tou­jours Ankara de s’aligner sur ses direc­tives en matière de traite­ment des déchets, des eaux, de pol­lu­tions indus­trielles mais aus­si à assur­er le droit du pub­lic à l’information con­cer­nant ces ques­tions. Elle regrette que l’application de sa lég­is­la­tion sur les bio­cides (dés­in­fec­tants, insec­ti­cides) n’y soit prévue qu’en 2020 et que le pays n’ait pas encore rat­i­fié la Con­ven­tion de Rot­ter­dam du PNUE (pro­gramme des nations unies pour l’environnement) et l’encourage à pour­suiv­re ses efforts en terme d’adhésion aux con­ven­tions mar­itimes inter­na­tionales. Dans un con­texte de ten­sions bilatérales, se désole Bahadir Kalea­gasi, « la force trans­for­ma­trice de l’UE s’est beau­coup affaib­lie à cause d’erreurs des deux cotés, les pro­grès en terme d’environnement en sont une des vic­times ».

Camille Lafrance

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