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J’ai con­nu Diaz et Farid au même moment l’un rap­pait pen­dant que l’autre pre­nait du recul pour mieux inté­gr­er sa cul­ture à son art ora­toire. Ces deux per­son­nages sont Algériens mais en même temps Kabyles comme moi je suis Savo­yard mais aus­si Français. Pou­voir danser sur ses deux pieds iden­ti­taires c’est un hon­neur pour Diaz c’est ce qu’il appelle sa cul­ture de recul, une cul­ture refuge où Farid puise toutes les sources algéri­ennes pour par­ler de maux à mots avec sa société.

Avoir une cul­ture de recul ce n’est pas être sur le recu­loir, bien au con­traire c’est préserv­er cette âme qui syn­onyme Farid à la parole du peu­ple. Ce quo­ti­di­en, Diaz le scan­de depuis MBS loin des idées de Mohammed ben Salmane car la tonal­ité de son rap ne saurait être con­trainte. Farid prend con­science du pou­voir de Diaz lorsqu’un mem­bre de sa famille lui rap­pelle jadis que l’abandon de sa langue Kabyle l’assignerait à l’oubli de sa pro­fondeur mémorielle. Dès lors, com­mence l’apprentissage de Farid afin d’acquérir le recul néces­saire à l’écriture de Diaz.

Ces sig­na­tures musi­cales sont autant de ponc­tions his­toriques d’Algériens qui marchent sur les talons d’un pou­voir sans mémoire du peu­ple qu’ils cherchent à dis­soudre. De tout temps, les généraux ont fait ou font la guerre à la cul­ture. Cepen­dant les his­toires cul­turelles d’hommes et de femmes ont tou­jours su résis­ter à ce déracin­e­ment inhu­main. Ici, les rappeurs comme Diaz for­ment la ligne de front de la libéra­tion cul­turelle car Farid est un homme du peu­ple. Il par­court la ville comme tout Algérien, obser­vant ses bal­afres ver­ti­cales qui injuri­ent les petites ruelles intimes des Algériens. Cette dis­tance est organ­isée par des pro­mo­teurs de l’acculturation nationale, chemin faisant leur build­ings pren­nent la forme de leur vacuité.

Aujourd’hui, le peu­ple luit dans les rues d’Algérie alors que les fau­teuils du pou­voir per­dent la mémoire. Farid, lui, reste ici et là à l’écoute du cœur de son pays con­fi­ant à Diaz la tâche de l’irrigation des artères de la révolte expres­sive. Ain­si, cette masse pop­u­laire avance vers le recul de Farid qui a per­mis tout ce temps à Diaz la lib­erté de ses mots. Les Algériens font une halte à la peur car la men­ace du verbe autori­taire s’efface devant les rimes d’indépendance du peu­ple de Diaz. C’est ça la cul­ture du recul, ce refuge intan­gi­ble, incor­rupt­ible qui refait sur­face. Elle pousse à la créa­tion trans­for­mant les maux en jeux de mots. Plus le peu­ple pren­dra pos­ses­sion des mots, plus le vocab­u­laire du sys­tème creusera sa pro­pre tombe.

La cul­ture du recul, c’est aus­si ces his­toires d’har­ra­gas, embar­qués dans une vir­gule flot­tante dans les eaux trou­bles d’un exil for­cé met­tant un point final à l’exclamation de leur vie. Farid les con­nait et Diaz les couchent dans son flot de mots comme un hom­mage à leur pas­sage sur terre. Les par­ents de ces âmes per­dues n’ont qu’un point d’interrogation en guise de deuil d’une jeunesse mal­traitée par des esprits fous. D’autres avant ces jeunes pouces algéri­ennes avaient pris le chemin de l’ailleurs. Ils, elles sont ici dans l’autre rive de la cul­ture du recul, une mer les séparant de leur mère patrie qui som­bre dans une dérive sys­témique. Pour les Algériens comme Farid, le recul de Diaz s’exprime aus­si à Mar­seille car être bi mar­que la pro­fondeur de mul­ti­ples his­toires d’origines algéri­ennes divers­es.

Ain­si, le recul de Farid se plait au mélange des gen­res car Diaz refuse d’effacer de son imag­i­naire les juifs berbères de l’Atlas sous pré­texte qu’un crois­sant de lune éclipse l’Amazighe sous le joug de sa langue, l’Arabe. N’est ce pas toute cette masse de recul qui défer­le sous nos yeux Farid ? Et que va devenir Diaz si le recul prend le pou­voir ? Farid va-t-il ranger au plac­ard de Diaz les mots du recul ? La réponse à ces inter­ro­ga­tions se trou­ve dans la voix du peu­ple qui marche en exp­ri­mant à nou­veau la lib­erté que Diaz con­te à Farid.

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