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Du 8 au 15 mars, 45 jeunes de huit nation­al­ités dif­férentes se sont retrou­vés à Tunis. L’AJCM était sur place. L’occasion d’échanger et de partager les expéri­ences autour du thème de la pro­tec­tion des val­lées côtières en Méditer­ranée.

Vis­ite d’oueds (lits de riv­ière), man­i­fes­ta­tion con­tre l’arrachage d’arbres à Radès (sud de Tunis), ren­con­tres, échanges d’expérience… : pen­dant une semaine, début mars, 45 jeunes ont par­ticipé à Tunis, à un sémi­naire sur la pro­tec­tion des val­lées côtières en Méditer­ranée. L’événement a reçu le sou­tien de l’Office fran­co-alle­mand pour la Jeunesse, Eras­mus + et le min­istère de la jeunesse et des sports tunisien.

« L’objectif, c’est de faire com­pren­dre qu’il y a inter­dépen­dance : la pol­lu­tion tra­verse les fron­tières sans visa. Il faut donc réfléchir ensem­ble sur les méth­odes d’action com­munes », explique Rafik Mous­li, directeur de l’association « Une terre cul­turelle », basée à Mar­seille. La struc­ture a organ­isé l’événement avec deux asso­ci­a­tions tunisois­es, les maisons des jeunes du Kram et Ibn Khal­doun. Respon­s­able de cette dernière, Khe­mais ben Abda met l’accent sur le partage entre les huit nation­al­ités représen­tées : « C’est une belle expéri­ence, c’est l’occasion de présen­ter des idées, des pro­jets à des gens qui s’intéressent à la pro­tec­tion des val­lées côtières. C’est aus­si l’occasion de nouer de nou­veaux parte­nar­i­ats avec d’autres pays. Cha­cun présente ses efforts dans le domaine de la pro­tec­tion envi­ron­nemen­tale. »

Un pre­mier sémi­naire de ce type avait été organ­isé en 2016 à Mar­seille. Dif­férentes actions en étaient nées, comme l’initiative « 0 déchets » entre trois lycées (Tanger au Maroc, Berlin en Alle­magne et Aubagne en France). Les étab­lisse­ments avaient mis en place un pro­gramme com­mun autour de cette prob­lé­ma­tique et organ­isé des ren­con­tres entre les jeunes dans les trois pays. « Il est impor­tant que les jeunes échangent pour faire tomber les préjugés. A tra­vers une thé­ma­tique, il est pos­si­ble de tra­vailler sur dif­férents aspects : lin­guis­tiques, cul­turels… Notre action vient com­pléter la diplo­matie habituelle : nos sociétés ne doivent pas laiss­er le mono­pole au poli­tique », estime Rafik Mous­li. Wej­dane Bouzi­di, par­tic­i­pant à ce sec­ond sémi­naire, en a com­pris tout l’intérêt : « J’ai l’habitude de par­ticiper à des présen­ta­tions où on ne fait qu’écouter. Là, on par­ticipe. On par­le anglais, français… J’ai même appris quelques mots turcs ! »

Les par­tic­i­pants de ce sec­ond sémi­naire ont été sélec­tion­nés pour leur intérêt et leurs actions en matière de développe­ment durable. Le groupe de Tunisiens, par exem­ple, a tra­vail­lé sur la ques­tion du recy­clage de l’huile ali­men­taire usagée qui peut être trans­for­mée en biodiesel ou en gly­cérine, plutôt que d’être jetée. Cer­tains sont égale­ment engagés dans la « Coali­tion de pro­tec­tion des forêts » qui lutte actuelle­ment con­tre la destruc­tion de la forêt de Radès (au sud de Tunis) pour y con­stru­ire une route menant à un cen­tre com­mer­cial.

« C’est impor­tant d’agir. Quand on par­le d’environnement, on par­le de futur. Il n’y a pas d’humanité sans nature », affirme Maroua Languer, par­tic­i­pante tunisi­enne au sémi­naire. Même si elle recon­naît que beau­coup reste à faire dans son pays : « il est néces­saire de faire évoluer les esprits. Ici, beau­coup con­sid­èrent que défendre l’environnement, c’est ne pas jeter ses déchets dans la rue. ». La jeune trente­naire, mem­bre de plusieurs asso­ci­a­tions, a mis à prof­it le sémi­naire pour échang­er avec les représen­tants d’une asso­ci­a­tion alle­mande : « On essaye d’être sol­idaires entre asso­ci­a­tions. Nous avons évo­qué avec les Alle­mands de nou­velles façons de lut­ter pour défendre les forêts tunisi­ennes et les espaces pro­tégés de façon générale. »

Trou­ver des parte­nar­i­ats, c’est l’objectif de Clé­mence Guib­ert. La Française est actuelle­ment en ser­vice civique à l’association les Têtes de l’art où elle coor­donne des ate­liers visant à intéress­er les 15–30 ans aux ques­tions envi­ron­nemen­tales dans le bassin méditer­ranéen : « C’est intéres­sant de voir que d’autres pays se mobilisent, de décou­vrir leurs pro­jets. Cela per­met de créer un espace de dia­logue. » Grâce à ce sémi­naire, l’étudiante en droit numérique de 23 ans s’est retrou­vée con­fortée dans l’idée que l’engagement asso­ci­atif est impor­tant : « Cela donne beau­coup de moti­va­tion. Quand on fait par­ti d’un groupe ou d’une asso­ci­a­tion, on se sent entourée, encour­agée. Par exem­ple, j’étais sou­vent la seule à chercher une poubelle pour y jeter mes mégots avant d’arriver aux Têtes de l’art et de ren­con­tr­er d’autres per­son­nes qui ont le même reflexe. »

Le sémi­naire a égale­ment été l’occasion, pour beau­coup, de décou­vrir la Tunisie. C’est le cas de Karim Khi­ma, qui accom­pa­g­nait le groupe algérien. Mal­gré sa prox­im­ité géo­graphique avec la jeune démoc­ra­tie, le bénév­ole n’avait jamais vis­ité la Tunisie. Et à l’heure où les man­i­fes­ta­tions ryth­ment son pays, l’homme s’interroge : « Ce qui m’a mar­qué en Tunisie, c’est la déban­dade de l’ « après-révo­lu­tion ». Pour moi, le terme « après-révo­lu­tion » doit être posi­tif, c’est un peu­ple qui se prend en charge. L’environnement, la nature doivent être au cœur des ques­tions. Nous avons vu au parc nation­al d’Ichekeul (près de Biz­erte, au nord de Tunis, ndlr) que des agricul­teurs font leur pâturage alors que c’est une zone humide pro­tégée. »

Clé­mence Guib­ert se dit sur­prise : « il existe un réel con­traste entre les déchets qu’on voit dans les rues, la pol­lu­tion et l’engagement des asso­ci­a­tions. Il y a un énorme tra­vail à faire, mais ce tra­vail est fait petit à petit. On a ren­con­tré des asso­ci­a­tions qui man­quent de moyens financiers et humains pour obtenir des effets con­crets. » Une réal­ité qui n’a fait que ren­forcer l’engagement mil­i­tants de ces jeunes.

Reportage de Maryline Dumas
Photo Une Terre culturelle

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