Drôle de journée pour un collectif grenoblois SUITE

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TEMOIGNAGE DE KOUAKOU OLIVIER à l’o­rig­ine du col­lec­tif

Kouak­ou Olivi­er vient de Côte d’Ivoire, il vit à Greno­ble depuis plusieurs années, jusqu’à ses 18 ans, il a béné­fi­cié du con­trat jeune majeur, dis­posi­tif mis en place par le Départe­ment qui per­met aux jeunes mineurs étrangers d’ac­céder à une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle tech­nologique et d’être hébergé au sein d’une famille d’ac­cueil. Mais dès sa majorité, la Pré­fec­ture a pronon­cé une oblig­a­tion de quit­ter le ter­ri­toire (OQTF) et rompu le con­trat, le lais­sant à la rue. Il fait par­tie d’un col­lec­tif qui réu­ni 40 jeunes majeurs et des per­son­nes sou­tiens, qui les ont aidés à trou­ver une solu­tion de loge­ment pour la péri­ode de con­fine­ment.

« Nous sommes une quar­an­taine de jeunes à Greno­ble dont une majorité aujour­d’hui ayant reçu une Oblig­a­tion de quit­ter le ter­ri­toire, l’O­QTF dont des jeunes sco­lar­isés, qui suiv­ent une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et qui sont  désor­mais à la rue. Le Départe­ment qui est cen­sé nous pro­téger et trou­ver une solu­tion d’héberge­ment au con­traire nous met à la rue.
On a for­mé ce col­lec­tif avec l’aide de l’as­so­ci­a­tion Droit au loge­ment, le DAL, et 45 asso­ci­a­tions qui se sont mobil­isées pour nous aider. Au début on était seuls tous éparpil­lés dans la ville, on est vul­nérables dans la rue et cha­cun allait chercher des répons­es de son côté. Cer­tains comme moi allaient à l’é­cole, dor­maient dans la rue et on était seuls, on s’est réu­ni avec les jeunes pour être UN. Aujour­d’hui avec ce col­lec­tif et les gens venus nous soutenir, on pré­pare l’or­gan­i­sa­tion, on mange ensem­ble. On partage nos idées ensem­ble pour mieux avancer.
Par­mi nous il y en a qui sont là depuis 4 ans d’autres moins, et chaque jeune a une his­toire dif­férente, un pays dif­férent, des dialectes dif­férents, de la Guinée, du Séné­gal, de la Côte d’Ivoire.

Si les asso­ci­a­tions et les per­son­nes volon­taires n’é­taient pas venues nous soutenir, nous seri­ons encore dans la rue pen­dant cette péri­ode de con­fine­ment”

Ce col­lec­tif nous a per­mis de men­er des actions et de faire con­naître notre sit­u­a­tion à Greno­ble auprès des gens mais aus­si auprès du maire Eric Piolle, de l ‘évêque et des représen­tants de la Métro­pole en charge du loge­ment. Le maire avant les dernières les élec­tions munic­i­pales nous a répon­du qu’il attendait les élec­tions pour faire quelque chose pour nous, mais là il a été réélu au pre­mier tour et rien n’a changé. Nous étions pour­tant à l’Hôtel de Ville juste après l’an­nonce du début du con­fine­ment le lun­di 16 mars, il n’est même pas descen­du nous voir, c’est une délé­ga­tion de deux per­son­nes dont Chris­tine Granier (vice prési­dente déléguée à l’habi­tat et au fonci­er à la Métro­pole) et on lui a posé la ques­tion « vous avez des loge­ments vides » elle nous a répon­du non et qu’elle n’est pas la seule à décider et que c’é­tait aus­si au préfet de décider et le Départe­ment. Elle nous a donc ren­voyés vers les autres. Mais on a avancé le fait que là il s’agis­sait d’une urgence et du début du con­fine­ment. Mais après nous avoir dit qu’ils étu­di­aient notre cas et qu’ils reviendraient nous voir, nous avons atten­du en vain, ils ne sont jamais redescen­dus nous voir.
Donc si les gens mobil­isés n’avaient pas été là pour nous trou­ver des loge­ments, nous seri­ons encore à la rue ou malade du virus parce qu’on serait resté entassé dans la salle prêtée par l’Eglise et on aurait pu se con­t­a­min­er.
On espère tou­jours qu’après le con­fine­ment, ils fer­ont quelque chose comme l’a dit Eric Piolle pen­dant sa cam­pagne pour les munic­i­pales mais pour l’in­stant il n’a pas don­né de nou­velles comme prévu.

Pour la pré­fec­ture c’est pareil, on leur a demandé pourquoi vous ne faites rien pour nous, on ne sait pas. On s’est demandé si on avait fait quelque chose de mal aux Français, on ne sait pas, ils nous ont répon­du que non. Alors pourquoi on se retrou­ve dans l’obligation de quit­ter le ter­ri­toire alors qu’on est sco­lar­isé au Lycée ? On respecte les cou­tumes français­es, mais ils ne nous répon­dent pas. Ils restent bouche bée comme le Départe­ment. Et aucun des côtés n’a bougé.

Allez-vous con­tin­uer ce com­bat pour vos droits ?
On ne baisse pas les bras à chaque refus, ou absence de réponse mais il y en a par­mi nous qui pren­nent déjà beau­coup de coups au quo­ti­di­en donc morale­ment si nous n’avions pas de sou­tiens nous auri­ons aban­don­né il y a longtemps.
C’est dur, c’est dur, comme ceux qui ont fini leur con­trat d’ap­pren­tis­sage et on leur dit aujour­d’hui de quit­ter le ter­ri­toire.
Le Départe­ment a mis fin à nos con­trats jeune majeur en dis­ant qu’on a des con­tacts avec nos par­ents et nos mères. Il me sem­ble qu’on a le droit d’ap­pel­er au moins une fois en 6 mois la per­son­ne qui nous a mis au monde. Moi cela fait un an et 6 mois que je n’ai pas par­ler ma mère et elle n’a pas de télé­phone, c’est un ami que je con­tacte via face­book qui va ensuite pass­er le télé­phone à ma maman mais qui habite loin dans un petit vil­lage.

Moi je n’ai plus ce con­trat jeune majeur depuis 4 mois, jour de mes 18 ans. Le départe­ment m’a dit d’aller à la pré­fec­ture pour deman­der un titre de séjour ou un récépis­sé avec autori­sa­tion de tra­vailler mais c’est rare, et au moment de la déci­sion un mois plus tard ils m’ont don­né une oblig­a­tion de quit­ter le ter­ri­toire : OQTF. Le Départe­ment nous demande de quit­ter la famille au bout de tant de temps ce qui rompt le con­trat Jeune Majeur. Et je me suis trou­vé ain­si à la rue, SDF depuis bien­tôt 4 mois alors que je n’ai pas ter­miné mes études. Ce con­trat aurait pu aller jusqu’à mes 21 ans comme le prévoit la loi mais le Départe­ment dit qu’ils ont trop de charges et ne peu­vent plus financer la famille d’ac­cueil.

Je ne com­prends vrai­ment pas les réac­tions du Départe­ment et de la Pré­fec­ture, on dirait même qu’ils veu­lent qu’on se retrou­ve à la rue et qu’on aie aucun avenir.

On espère un jour obtenir quelque chose de la pré­fec­ture ou du Départe­ment car on est nom­breux dans cette lutte et il va y en avoir encore d’autres car après le con­fine­ment et l’épidémie cer­tains con­trats vont être rom­pus avec le Départe­ment.

Où logez-vous pen­dant cette péri­ode de con­fine­ment ?
Là pour l’in­stant ici je suis con­finé dans un apparte­ment prêté par un des jeunes qui nous sou­tient.
Les per­son­nes du col­lec­tif se cotisent et nous appor­tent des vivres, et on nous dirige aus­si vers le 115 qui dis­tribue à manger mais c’est loin et il y a du monde. Donc on ne sait pas com­ment on va remerci­er les gens qui nous aident aujour­d’hui. Car depuis le départ c’est eux qui s’oc­cu­pent de nous.
Ils nous don­nent de la joie, et si on avait été isolés…ils sont humains, ils parta­gent les repas avec nous (avant le con­fine­ment). Quand on quitte son pays, et que des gens nous ten­dent la main, je n’ou­blierai jamais ça. Même si on a pas gag­né la bataille on va con­tin­uer, car grâce à eux on con­nait nos droits et on va essay­er de les obtenir. »

Kouak­ou Olivi­er

Pho­to : Le col­lec­tif

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