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Depuis Vicen­za dans le nord de l’I­tal­ie et depuis Stras­bourg en France, Giu­lia et Apolline sont toutes deux respon­s­ables et coor­di­na­tri­ces de pro­jets pour le sud de la Méditer­ranée au sein l’or­gan­i­sa­tion ALDA (Euro­pean Asso­ci­a­tion for local Democ­ra­cy), asso­ci­a­tion européenne pour la démoc­ra­tie locale, qui leur per­met d’aller à la ren­con­tre des sociétés méditer­ranéennes, notam­ment en Tunisie et au Maroc.

Giu­lia est orig­i­naire de Bas­sano del Grap­pa, une petite ville située au cœur de la Vénétie au nord de l’I­tal­ie. Son par­cours en dit long sur sa pas­sion pour les sociétés du pour­tour méditer­ranéen. C’est à l’u­ni­ver­sité de Venise qu’elle a choisi la sec­tion langue cul­turelle société de l’Asie et de l’Afrique méditer­ranéenne avec des cours sur la langue arabe et sur l’Is­lam, suivi d’un mas­ter Eras­mus con­certé entre plusieurs uni­ver­sités dont Barcelone, Venise, Sousse en Tunisie et Mont­pel­li­er en France qui com­pre­nait des cours sur la médi­a­tion inter-méditer­ranéenne, la migra­tion, les sci­ences poli­tiques, les langues, la cul­ture, la ges­tion de pro­jet : « Ce sont des aspects qui peu­vent lier les deux rives de la Méditer­ranée. J’ai pu ensuite tra­vailler dans un cen­tre pour deman­deurs d’asile afin de les aider dans leur par­cours légal d’in­ser­tion et dans le sys­tème d’ac­cueil. » intro­duit Giu­lia. Mais l’élec­tion de Mat­teo Salvi­ni en 2018 et l’é­dic­tion de lois anti-migrants ont forte­ment réduit les droits et les pos­si­bil­ités d’aide aux migrants. « Il a fal­lu créer d’autres dynamiques et trou­ver d’autres fonds européens d’in­clu­sion, d’en­traide et de coopéra­tion pour pou­voir aboutir à une vision com­mune d’avenir pour ces per­son­nes. » Son engage­ment mil­i­tant auprès des scouts date de sa jeunesse et lui a per­mis aus­si d’être bénév­ole dans des camps de réfugiés au sud de l’I­tal­ie-où 400 000 per­son­nes migrantes venant des côtes libyennes sont arrivées entre 2014 et 2018- et dans une prison pour mineurs. Des expéri­ences très fortes qui l’ont guidée dans ses choix d’é­tudes pro­fes­sion­nelles. Sur le ter­rain, son expéri­ence entant qu’é­d­u­ca­trice auprès des jeunes, la ques­tionne sur les pos­si­bil­ités d’é­du­quer les citoyens à con­stru­ire une société qui soit plus juste, plus accueil­lante et plus ori­en­tée vers le respect des droits acces­si­bles à tous.

« On m’a dit une phrase qui m’a mar­quée durant cette expéri­ence de bénévolat auprès des mineurs : la langue est la clé pour ouvrir la porte des cul­tures, afin de mieux con­naître l’autre et j’ai pris con­science que ce qui leur arrivait pou­vait aus­si m’ar­riv­er un jour ».

Depuis Stras­bourg, Apolline, a elle aus­si eu un par­cours human­iste, spé­cial­isé dans le droit et dirigé vers les rives sud de la Méditer­ranée. Orig­i­naire de Draguig­nan dans le sud de la France elle se sent par­fois plus proche de la Tunisie que dans l’en­vi­ron­nement stras­bour­geois où elle a posé ses valis­es en 2018. « Je trou­ve cette ville très sym­bol­ique, au cœur de fron­tières qui se sont dess­inées au gré des con­flits de ter­ri­toires ». Un lien égale­ment sym­bol­ique avec son cur­sus uni­ver­si­taire en « droit de la recon­struc­tion des états en péri­ode post-con­flictuelle », où il est ques­tion « d’imag­in­er com­ment recon­stru­ire un état de droit après une dic­tature, avec l’aide d’une jus­tice tran­si­tion­nelle, avec de nou­veaux textes ». En Tunisie suite à la révo­lu­tion et l’adop­tion d’une nou­velle con­sti­tu­tion, Apolline a tra­vail­lé sur le suivi de sa mise en œuvre et au développe­ment d’outils juridiques. « On a beau­coup appris, et fait une com­para­i­son avec l’Alle­magne dont le sys­tème insti­tu­tion­nel nous a paru très désuet après avoir étudié ce change­ment insti­tu­tion­nel tunisien » con­fie Apolline. « Cet échange d’ex­péri­ence a per­mis de voir ce qu’il se passe ailleurs et d’ap­pren­dre, c’est pour cette rai­son que j’aime tra­vailler pour ALDA, qui réu­nit de nom­breux experts inter­na­tionaux venant du Maghreb, du Moyen-Ori­ent mais aus­si du Cau­case, des Balka­ns où se sont déroulées ses pre­mières mis­sions en 1999 ». Pour Giu­lia, « ALDA c’est un peu le point d’ar­rivée de mon par­cours per­son­nel qui m’a amené à croire forte­ment que la démoc­ra­tie locale par­tic­i­pa­tive est vrai­ment une démarche sur laque­lle je veux me con­cen­tr­er pour don­ner ma con­tri­bu­tion ».

Au cœur du ter­rain

C’est donc au Maghreb que pren­nent forme les actions aux­quelles elles ont par­ticipé. Les deux jeunes femmes s’ac­cor­dent à dire que le fait d’aller voir ce qu’il se passe ailleurs leur a per­mis de décou­vrir des out­ils de con­sul­ta­tion ingénieux dans lesquels les citoyens sont pleine­ment impliqués. Et de voir que dans cer­tains pays comme l’E­gypte, les con­sul­ta­tions ont été plus com­pliquées voir ont échoué du fait de la faible présence des femmes aux assem­blées con­sti­tu­antes con­traire­ment à la Tunisie ou au Maroc où les femmes étaient très représen­tées et une diver­sité de sujets comme le genre, la reli­gion sont pris en compte.

Des pro­jets cen­trés sur la femme et l’é­gal­ité de genre ont donc vu le jour depuis leur arrivée dans l’or­gan­i­sa­tion. En Tunisie, il fut ques­tion de l’in­té­gra­tion de la femme dans la poli­tique locale avec celles qui ont can­di­daté aux élec­tions munic­i­pales. Les con­sul­ta­tions se sont élar­gies égale­ment avec la société civile pour inté­gr­er la dimen­sion du genre au niveau local. « Au Maroc, on a même par­ticipé à la mise en place d’un pro­jet pilote nom­mé « Egal » sur l’é­gal­ité des gen­res dans l’ac­tion locale qui reprend la dynamique d’un pro­jet sur l’im­pli­ca­tion des femmes au niveau local mené dans la province de Tetouan » pour­suit Giu­lia.

Le développe­ment durable et la mobil­ité douce sont des ini­tia­tives en cours de con­struc­tion en Tunisie avec le pro­jet Autrement «Ce pro­jet se fera égale­ment avec le par­tic­i­pa­tion des citoyens pour la con­struc­tion d’un par­cours de mobil­ité douce comme la marche à pied et le vélo avec l’amé­nage­ment de pistes cyclables afin de désen­gorg­er les sor­ties d’é­cole où s’amassent des voitures et une pol­lu­tion sonore et atmo­sphérique. » Dans la ville de Kairouan où le maire se déplace en vélo, la con­sul­ta­tion des citoyens a été fructueuse et plutôt en faveur de la propo­si­tion. « Il faut en effet un réelle volon­té poli­tique pour mon­ter de tels pro­jets et met­tre la par­tic­i­pa­tion citoyenne et la démoc­ra­tie par­tic­i­pa­tive au cen­tre des dis­cus­sions » con­fie Apolline.

Un sujet tourné vers l’en­vi­ron­nement qui s’in­scrit par­faite­ment dans les thé­ma­tiques qui sont abor­dées au cours des journées AJCM, où les deux femmes ani­meront un ate­lier virtuel sur les « jeunes voix de la Méditer­ranée » afin de per­me­t­tre à la jeunesse du pour­tour méditer­ranéen d’in­ter­roger des députés européens. Elles prévoient égale­ment une dis­cus­sion sur l’en­tre­pre­nar­i­at féminin avec les témoignages de femmes tunisi­ennes, libanais­es, français­es qui ont des métiers con­sid­érés comme réservés aux hommes afin de vain­cre cer­taines peurs et déli­er les langues !

Hélène Bour­gon

Pho­to : Giu­lia et Apolline en mis­sion à Chefchaouen au Maroc

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