Souha, Assia et Kawter, trois Algériennes engagées pour l’environnement

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La jeunesse algéri­enne n’a pas atten­du le Hirak pour ten­ter de faire bouger les choses. Depuis des années, les jeunes s’en­ga­gent pour le bien de leur com­mu­nauté. Por­traits.

Elles sont trois, trente­naires ou presque. Et elles ont toutes choisi de s’en­gager, à leur manière, pour défendre leurs valeurs, qu’il s’agisse de la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­nement, du pat­ri­moine ou de l’in­ser­tion des jeunes mar­gin­al­isés. Par­fois les trois en même temps.

Souha Saa­dia Oul­ha enchaîne les cas­quettes. A 33 ans, la jeune femme orig­i­naire de Béjaïa, ville côtière à 245km à l’est d’Al­ger, a une for­ma­tion d’op­ti­ci­enne et tra­vaille de temps en temps dans un mag­a­sin. Elle est surtout un vis­age con­nu : Souha Oul­ha est comé­di­enne. Elle joue au théâtre mais aus­si dans des films et des séries. Depuis son enfance, elle est pas­sion­née par la nature. « Ma mère est très éco­lo. Je l’ai tou­jours vue sauver des ani­maux, se bat­tre pour empêch­er l’ar­rachage d’ar­bres », explique celle qui utilise sa notoriété pour défendre la cause. En jan­vi­er, elle postait un mes­sage mon­trant une action de net­toy­age. Sa dernière fierté, c’est une vidéo dénonçant la béton­i­sa­tion des pour­tours du lac Meza­ya à Béjaïa. Cette anci­enne car­rière est dev­enue un refuge pour les oiseaux migra­teurs. Un investis­seur a souhaité y installer des aires de jeux sans respecter la zone humide. « Plusieurs asso­ci­a­tions se bat­taient pour arrêter la béton­i­sa­tion. J’ai fait une vidéo « coup de gueule » qui a eu un cer­tain impact », racon­te celle qui a pris l’habi­tude de choisir chaque ven­dre­di (pre­mier jour du week-end), un lieu à net­toy­er.

Souha Oul­ha ne fait pour­tant par­tie d’au­cun groupe offi­ciel et tient à son indépen­dance : « Une asso­ci­a­tion est quelque chose de pérenne, elle doit tou­jours être présente. Moi, je voy­age beau­coup à cause de ma car­rière d’ac­trice. En plus, je suis quelqu’un d’un peu sauvage. J’aime faire les actions citoyennes à ma manière. Ca ne m’empêche pas d’être amie avec toutes les asso­ci­a­tions du pays. »

Mêmes objec­tifs, mais chemin dif­férent pour Assia Brahi­mi. A 34 ans, elle est vice-prési­dente de l’as­so­ci­a­tion San­té Sidi El Houari (SDH) d’O­ran, à env­i­ron 650 kilo­mètres à l’ouest de Béjaïa. « Mes journées se ter­mi­nent par­fois à 1 heure ou 2 heures du matin, mais je le fais avec plaisir car je veux chang­er les choses. Dans mon tra­vail [ges­tion­naire en ressources humaines], je fais les tâch­es machi­nale­ment, il y a peu de marge de manœu­vre. Je dis sou­vent qu’au sein de l’as­so­ci­a­tion, on s’est créé un monde idéal. C’est un espace de pos­i­tiv­ité. On essaye, si on échoue, on essaye encore », estime-t-elle.

Assia Brahi­mi, vice-prési­dente de l’as­so­ci­a­tion San­té Sidi El Houari (SDH) à Oran

C’est en 2001 qu’elle a rejoint la SDH qui avait déjà 10 ans à l’époque. La mère de famille y a occupé dif­férents postes avant de devenir vice-prési­dente de l’as­so­ci­a­tion, véri­ta­ble insti­tu­tion à Oran. « La SDH a été fondée par un groupe de médecins qui voulaient ouvrir un cen­tre médi­cal à Sidi El Houari, un quarti­er très pop­u­laire. Ils ont décou­vert un site his­torique de 6 000 mètres car­rés avec un hôpi­tal datant de 1836 et des bains de l’époque ottomane. Ils ont décidé de le net­toy­er pour le trans­former en cen­tre médi­co-social », racon­te Assia Brahi­mi. Le chantier est gigan­tesque et dur­era 8 ans. 2000 tonnes de déchets sont évac­ués avant de décou­vrir « un site mag­nifique mais pil­lé ». Les objec­tifs de l’as­so­ci­a­tion évolu­ent peu à peu. En 2011, le site devient un chantier-école. « Nous for­mons des jeunes défa­vorisés avec, à la clé, un diplôme. Près de 800 per­son­nes sont ain­si passées dans notre école et 500 au moins ont été ensuite recrutées », se félicite Assia Brahi­mi.

La SDH dis­pose égale­ment d’un pôle socio-cul­turel qui pro­pose aux enfants des activ­ités artis­tiques ou encore envi­ron­nemen­tales. Dif­férents pro­jets sont égale­ment mis en place pour pro­duire des actions éco-citoyennes. Ils com­men­cent générale­ment par la for­ma­tion de jeunes chargés ensuite de trans­met­tre leurs savoirs. Ces pro­grammes sont dépen­dants des finance­ments trou­vés, car la SDH ne dis­pose pas de fonds pérennes. « Nous sommes devenus une machine à écrire des pro­jets. On les met au fri­go et lorsqu’il y a des appels, on pos­tule. Jusqu’à présent on s’en sort bien et heureuse­ment, car l’ensem­ble de nos activ­ités sont gra­tu­ites » se réjouit-elle.

Kawter Nour, membre dela SDH à Oran
Kawter Nour, mem­bre dela SDH à Oran

Kawter Nour a juste­ment tra­vail­lé en tant que ges­tion­naire de l’un de ces pro­jets, dénom­mé « Jeune pour la Paix et la Vie ». L’ob­jec­tif était de dimin­uer les vio­lences à l’é­cole, en famille et dans la société. Pen­dant deux ans, elle a organ­isé des for­ma­tions pour les enseignants et pour des ani­ma­teurs chargés de sen­si­bilis­er un large pub­lic. Des groupes de paroles ont égale­ment été mis en place. « Au total, en deux ans, nous avons for­mé une cen­taine de per­son­nes et organ­isé plus de 90 activ­ités », explique celle qui était salariée de la SDH pour ce pro­jet. Mais la jeune femme de 27 ans est avant tout une bénév­ole active de l’as­so­ci­a­tion. « J’ai tou­jours été engagée, explique-t-elle. Pen­dant mes études, j’é­tais représen­tante des élèves. J’ai tou­jours eu cette envie de défendre les autres. » Tit­u­laire d’un mas­ter en jour­nal­isme audio­vi­suel, elle a décou­vert la SDH en 2013 alors qu’elle devait réalis­er un reportage dans le cadre de ses études. « J’ai choisi la pro­tec­tion du pat­ri­moine d’O­ran comme thème. J’ai été voir ce chantier-école. C’é­tait beau de voir des Algériens qui agis­sent sans per­dre de temps ou sans rien atten­dre en retour », se sou­vient-elle. Attirée par cette dynamique, elle a souhaité s’en­gager. « Dès que je me suis pro­posée, j’ai été la bien­v­enue. On m’a tout de suite con­fié des respon­s­abil­ités. J’ai trou­vé ma place pour être utile à la société. »

Kawter Nour a com­mencé par faire du sou­tien sco­laire pour les enfants du quarti­er. Elle est aujour­d’hui mem­bre du bureau de la SDH et chargée de la com­mu­ni­ca­tion. La bénév­ole n’hésite pas non plus à don­ner un coup de main à d’autres asso­ci­a­tions : « Je suis sou­vent sol­lic­itée pour faire des for­ma­tions socio-cul­turelles ou pour con­cevoir des affich­es. » La jeune femme s’é­panouit dans ce monde et con­clut par un slo­gan que ne renieraient ni Souha Saa­dia Oul­ha, ni Assia Brahi­mi : « On assume et on assure. »

Maryline Dumas (Tunis) -
Photo de une : Souha Saadia Oulha à Béjaïa

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