Une Méditerranée inter-dépendante en gaz

Elle n’a pas le pro­fil des géants qatari, améri­cain, russe ou iranien. Mais la Méditer­ranée est une région où le gaz est un enjeu impor­tant. D’autant plus que...

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Elle n’a pas le pro­fil des géants qatari, améri­cain, russe ou iranien. Mais la Méditer­ranée est une région où le gaz est un enjeu impor­tant. D’autant plus que les pays qu’ils soient pro­duc­teurs, impor­ta­teurs ou expor­ta­teurs, sont liés les uns aux autres.

Les pays du bassin méditer­ranéens ne font pas par­tie des tra­di­tion­nelles puis­sances gaz­ières, même si l’Algérie fait par­tie du Top 10 des pays pro­duc­teurs. Les expor­ta­tions gaz­ières d’Alger, dont une grande par­tie de la pro­duc­tion est des­tinée au marché interne, ne représen­taient en 2017 que 6% des expor­ta­tions mon­di­ales, loin der­rière le trio de tête : la Norvège, le Qatar et les États Unis.

En 2018, les pays du pour­tour méditer­ranéen ont con­som­mé 9% de la con­som­ma­tion totale de gaz dans le monde, alors qu’ils représen­tent 7% de la pop­u­la­tion mon­di­ale. Mais leurs pro­fils sont var­iés.

Les pays méditer­ranéens dépen­dent les uns des autres pour leur appro­vi­sion­nement, le développe­ment de leurs marchés. En 2017, les 9 pre­miers clients du gaz Algérien étaient des pays Méditer­ranéens. C’est par les gazo­ducs qui tra­versent le Maroc et la Tunisie que le gaz algérien peut arriv­er en Espagne et en Ital­ie. En 2018, l’Algérie était le 4eme four­nisseur de gaz de la Turquie. La France importe 7% de son gaz d’Algérie. Depuis le début 2020, Israël exporte son gaz vers l’Égypte.

C’est cette inter-dépen­dance qui pour­ra avoir un impact sur les posi­tions des uns et des autres quant au pro­jet East Med, mais aus­si sur les alliances dans la région. Depuis 2018, la Turquie fore au large de Chypre, à la recherche d’hydrocarbures, provo­quant la colère des autorités chypri­otes, mais aus­si de pays de la région. Début 2019, au Caire, les gou­verne­ments ital­ien, chypri­ote, grec, israélien, pales­tinien, jor­danien et égyp­tien ont créé le Forum du gaz de la Méditer­ranée ori­en­tale, chargé de veiller au respect du droit inter­na­tion­al dans la ges­tion des ressources gaz­ières de cha­cun, selon un com­mu­niqué. En août 2019, l’Union européenne déblo­quait 500 000 euros comme « sou­tien ». Début 2020, la France demandait à rejoin­dre l’initiative alors qu’elle envoy­ait des élé­ments de sa marine patrouiller avec les Grecs en Méditer­ranée ori­en­tale. Les États-Unis ont demandé à devenir « obser­va­teur per­ma­nent » du Forum alors que son entre­prise Noble Ener­gy est impliquée dans les champs gaziers israéliens « Leviathan » et « Tamar », et chypri­ote « Aphrodite ».

Autour du gaz, au moins deux fronts se dessi­nent. Et l’évolution des décou­vertes sur les réserves de la région pour­raient encore faire évoluer les alliances. En terme de réserves mon­di­ales con­nues, l’Algérie (2,2%) et l’Égypte (1,1%) sont les seuls pays de la région en tête du classe­ment mon­di­al. Mais l’enjeu est dans les réserves poten­tielles que pour­raient con­tenir le bassin du Lev­ant. Ses 83  000 km² divisés entre Grèce, Turquie, Syrie, Liban, Israël, Égypte et Chypre pour­raient, selon des esti­ma­tions améri­caines, con­tenir 3 500 mil­liards de m3 de gaz naturel, soit cinq fois plus que le poten­tiel du champs Leviathan qui a déjà trans­for­mé le pro­fil énergé­tique d’Israël, et qua­tre fois plus que le gise­ment de Zohr qui a fait de l’Egypte, un pays expor­ta­teur de GNL.

Leïla Berat­to, avec les cor­re­spon­dants de 15–38

Sources des info­gra­phies et des cartes (toutes les don­nées, sauf indi­ca­tion, s’en­ten­dent pour l’an­née 2018): Europe et Turquie = Eurostats ; Algerie, Egypte et Libye = GECF ; Tunisie = Min­istère tunisien de l’industrie ; Syrie, Israel, Maroc = BP; Israël et Syrie = US Ener­gy infor­ma­tion Admin­is­tra­tion, don­nées pour 2016 ; Maroc = US Ener­gy infor­ma­tion Admin­is­tra­tion;

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