Ate­liers réal­isés en mars 2017 avec les élèves de la 4ème C du col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille dans le 15ème arrondisse­ment. L’objectif était de tra­vailler les notions d’information et dés­in­for­ma­tion.

Pour les con­fron­ter dans la pra­tique à la recherche d’information, au ques­tion­nement des sources et à la pro­duc­tion de courts arti­cles, nous leur avons demandé de s’interroger sur trois affir­ma­tions en lien avec trois thèmes : les drogues, les jeux vidéo et le racisme, afin de déter­min­er si elles étaient plutôt vraies, ou plutôt fauss­es. Ces thèmes avaient été choi­sis par les élèves en amont.

Les séances de mise en pra­tique se sont déroulées en qua­tre heures, il s’agit donc d’une sen­si­bil­i­sa­tion aux tech­niques de recherche sur inter­net et d’interview.

Guide des bonnes pratiques


Ate­liers réal­isés en mars 2017 avec les élèves de la 4ème C du col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille dans le 15ème arrondisse­ment. L’objectif était de tra­vailler les notions d’information et dés­in­for­ma­tion.

Pour les con­fron­ter dans la pra­tique à la recherche d’information, au ques­tion­nement des sources et à la pro­duc­tion de courts arti­cles, nous leur avons demandé de s’interroger sur trois affir­ma­tions en lien avec trois thèmes : les drogues, les jeux vidéo et le racisme, afin de déter­min­er si elles étaient plutôt vraies, ou plutôt fauss­es. Ces thèmes avaient été choi­sis par les élèves en amont.

Les séances de mise en pra­tique se sont déroulées en qua­tre heures, il s’agit donc d’une sen­si­bil­i­sa­tion aux tech­niques de recherche sur inter­net et d’interview.

Dire : “je n’aime pas les étrangers”, “je n’aime pas les Français”, est illégal

Dje­na et Dji­madoum

Pour la jus­tice française, une page Face­book n’est pas un lieu pub­lic. La Cour de cas­sa­tion juge que, dans cer­taines con­di­tions, les pro­pos tenus sur Face­book sont privés et ne peu­vent faire l’objet de pour­suites pour injures publiques. Une déci­sion qui met sur un pied d’égalité amis virtuels et réels.

La jus­tice française vient de ren­dre un fier ser­vice à tous les inter­nautes qui con­sid­èrent Face­book et d’autres réseaux soci­aux comme des exu­toires à leurs frus­tra­tions. Dans un arrêt du 10 avril, la Cour de cas­sa­tion a jugé qu’il n’était pas pos­si­ble de con­damn­er quelqu’un pour injure publique ou diffama­tion en se fon­dant sur des pro­pos tenus sur les réseaux soci­aux.
Source : http://www.france24.com/fr/20130412-justice-facebook-injure-publique-prive-diffamation-salarie-msn-reseau-social

Le racisme se traduit par des pro­pos, des com­porte­ments ou des vio­lences à l’égard d’une per­son­ne en rai­son de son orig­ine ou de sa reli­gion (vraie ou sup­posée, c’est-à-dire imag­inée à par­tir de l’apparence physique, de la couleur de peau, du nom de famille ou de l’accent d’une per­son­ne, sans que celle-ci ne soit néces­saire­ment de cette orig­ine, ou pra­ti­quante de cette reli­gion).
La loi inter­dit et sanc­tionne le racisme lorsqu’il s’exprime sous forme :
• de pro­pos injurieux ;
• de com­porte­ments dis­crim­i­na­toires (traite­ment défa­vor­able de per­son­nes, se trou­vant dans une sit­u­a­tion com­pa­ra­ble, dans le domaine de l’emploi, de l’éducation, d’accès à la loca­tion…) ;
• de vio­lences physiques.
Dif­férents textes de loi définis­sent et sanc­tion­nent le racisme. Au fil de votre nav­i­ga­tion, vous trou­verez rassem­blés, résumés et expliqués ceux qui, dans votre sit­u­a­tion, peu­vent vous être utiles. L’ensemble de ces textes sont égale­ment acces­si­bles ici : http://egalitecontreracisme.fr/ce-que-dit-la-loi

DÉFINITION : Atti­tude qui favorise un groupe racial en par­ti­c­uli­er et qui est hos­tile à d’autres groupes

Pourquoi le racisme existe t-il ? Y-a t-il une loi qui con­damne les insultes racistes ? Nous sommes allés à la ren­con­tre de deux élèves , de l’assistante sociale , et de l’infirmière au col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille dans le 15ème arrondisse­ment. Ils ont tous don­né une réponse unanime : ils ne sont pas racistes.

Entre­tiens avec Ami­na et Sirine :


Entre­tien avec l’infirmière et l’assistante sociale du col­lège :

Chainez et Ines

La loi n° 90–615 du 13 juil­let 1990 tend à réprimer tout acte raciste, anti­sémite ou xéno­phobe. 

Nous sommes par­ties à la ren­con­tre de plusieurs per­son­nes au col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille, afin de leur deman­der ce qu’elles pensent du racisme. Nous avons ques­tion­né la prin­ci­pale adjointe du col­lège Mme Guilanel­li, puis Nas­sim, un sur­veil­lant du col­lège. Ils ont tous deux partagé leurs avis per­son­nel. Nous voulions savoir si aujourd’hui, en France, dire “sale étrangers, sale blanc” est sanc­tion­né par la loi française.

Mme Guilanel­li


Nas­sim

Irham et Chahi­dine

Pour mieux com­pren­dre le racisme aujourd’hui nous avons inter­viewé Hélène Guerin ( pro­fesseur de let­tre clas­sique) et Emmanuel Pay­i­man (sur­veil­lant) au col­lège Elsa Tri­o­let de Mar­seille.

Emmanuel Pay­i­man

Mme Guerin

Êtes-vous raciste ?
Madame Guerin : « Non, je ne suis pas raciste. J’ai choisi de tra­vailler dans ce col­lège où il y a des élèves qui sont orig­i­naires de dif­férents pays et je prends plaisir à tra­vailler avec eux. »
Pourquoi ?
Madame Guerin : « Je pense que tout le monde est égal et a le droit d’avoir le respect de tout le monde. »
Êtes-vous con­tre le racisme ?
Madame Guerin : « Oui, je suis con­tre le racisme , je trou­ve intolérable de ne pas respecter les dif­férentes pop­u­la­tions orig­i­naires de dif­férents pays. »
Dans vos cours, faites-vous de la préven­tions con­tre le racisme ?
Madame Guerin : «  Oui, à l’occasion, chaque fois que des dif­fi­cultés se présen­tent dans la classe, on peut ouvrir un débat. »
Que pensez-vous des per­son­nes racistes ?
Madame Guerin : « Ces per­son­nes, il faudrait peut être qu’elles regar­dent autour d’elles, se dis­ent que peut-être il n’y a pas de per­son­ne supérieure à d’autre » .
Avez-vous été con­fron­tée à des sit­u­a­tions de dis­crim­i­na­tion ou de racisme à cause de votre orig­ine ou votre couleur de peau ?
Madame Guerin : « Non, ça ne m’est jamais arrivé. »
Que pensez-vous de la peine que l’on encourt en cas d’injure raciste, qui est de 6 mois d’emprisonnement et 22 000 euros d’amende ? Pensez-vous qu’elle devrait être plus ou moins sévère ?
Madame Guerin : « C’ est peut être dif­fi­cile d’apprécier ce genre de chose, mais il est bon que ceux qui font de la dis­crim­i­na­tion soient punis. Après, je laisse la jus­tice faire son tra­vail. »

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Ate­liers réal­isés en mars 2017 avec les élèves de la 4ème C du col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille dans le 15ème arrondisse­ment. L’objectif était de tra­vailler les notions...

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Ate­liers réal­isés en mars 2017 avec les élèves de la 4ème C du col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille dans le 15ème arrondisse­ment. L’objectif était de tra­vailler les notions d’information et dés­in­for­ma­tion.

Pour les con­fron­ter dans la pra­tique à la recherche d’information, au ques­tion­nement des sources et à la pro­duc­tion de courts arti­cles, nous leur avons demandé de s’interroger sur trois affir­ma­tions en lien avec trois thèmes : les drogues, les jeux vidéo et le racisme, afin de déter­min­er si elles étaient plutôt vraies, ou plutôt fauss­es. Ces thèmes avaient été choi­sis par les élèves en amont.

Les séances de mise en pra­tique se sont déroulées en qua­tre heures, il s’agit donc d’une sen­si­bil­i­sa­tion aux tech­niques de recherche sur inter­net et d’interview.

Un tiers des jeunes serait accro aux jeux vidéo

Nad­jib, Vol­can et Enfal

Peut-on être accro aux jeux vidéo ?

Nous avons cher­ché à savoir si les jeunes sont accros aux jeux-vidéos. Cela s’est passé à Mar­seille au col­lège Elsa tri­o­let. Nous avons inter­rogé des sur­veil­lants et encad­rants, Emmanuel et Math­ieu, pour con­naître leur regard sur leur pro­pre pra­tique. Il appa­raît qu’ils jouent en moyenne une heure à une heure et demie par jour, sans avoir l’impression d’être “accro”.

Emmanuel

Math­ieu

Soumaya, Shana et Loane

Au col­lège Elsa Tri­o­let, nous avons réal­isé des inter­views con­cer­nant les jeunes et leur rela­tion aux jeux vidéos. Nous souhaitions véri­fi­er l’affirmation selon laque­lle “1/3 des jeunes seraient accros aux jeux vidéo”.

#VIDEO Entre­tien avec la prin­ci­pale adjointe et un sur­veil­lant

Yas­mine et Sana

Un tiers des jeunes est accro aux jeux vidéo ?

S’il s’agit d’un besoin répété, irré­press­ible et durable de s’adonner à une activ­ité sous peine de
 ressen­tir une véri­ta­ble souf­france, on par­lera d’addiction.
 S’agissant des jeux vidéo pro­pre­ment dits, la notion d’addiction fait tou­jours débat à l’heure actuelle.

Je préfère par­ler de joueur exces­sif que d’addiction. L’addiction aux jeux vidéo
 est un phénomène rare. Il con­cerne surtout les jeunes adultes. Il faut éviter de coller l’étiquette
 “addic­tion” à un ado. A l’adolescence, tout est flot­tant, rien n’est jamais fixé. Il n’est pas rare de voir des
 joueurs très exces­sifs en troisième et sec­onde qui ne le sont plus en pre­mière ou en ter­mi­nale. 


Les jeux vidéo, 2ème motif de con­sul­ta­tion médi­cale après le cannabis
Les mécan­ismes en cause (recherche d’un plaisir immé­di­at ou d’une com­pen­sa­tion) tout comme les risques (isole­ment, déso­cial­i­sa­tion) sont “très proches” de ceux exis­tant dans les addic­tions. “Les jeux les plus nocifs sont les jeux répéti­tifs, (…) ceux qui créent une réal­ité virtuelle et reposent sur un fonc­tion­nement en réseau”.

Liens utiles
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/5-des-adolescents-addicts-aux-ecrans-et-jeux-video_29200
http://www.pxl-lan.com/downloads/PxL%20lutte%20contre%20l%20Addiction.pdf

Au Col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille, nous avons inter­rogé plusieurs per­son­nes, dont l’assistante sociale et l’infirmière du col­lège ain­si que quelques élèves de la 4ème C ; Djib­ril, Axel, Mam­moud et Mohamed. La majorité de ces élèves jouent plusieurs heures par jour aux jeux vidéo et avouent être “accro”.

L’infirmière préfère par­ler de dépen­dance plutôt que d’addiction :

Témoignages de col­légiens sur leurs usages des jeux vidéo :



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Ate­liers réal­isés en mars 2017 avec les élèves de la 4ème C du col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille dans le 15ème arrondisse­ment. L’objectif était de tra­vailler les notions d’information et dés­in­for­ma­tion.

Pour les con­fron­ter dans la pra­tique à la recherche d’information, au ques­tion­nement des sources et à la pro­duc­tion de courts arti­cles, nous leur avons demandé de s’interroger sur trois affir­ma­tions en lien avec trois thèmes : les drogues, les jeux vidéo et le racisme, afin de déter­min­er si elles étaient plutôt vraies, ou plutôt fauss­es. Ces thèmes avaient été choi­sis par les élèves en amont.

Les séances de mise en pra­tique se sont déroulées en qua­tre heures, il s’agit donc d’une sen­si­bil­i­sa­tion aux tech­niques de recherche sur inter­net et d’interview.

Fumer du cannabis est moins dangereux que fumer une cigarette

Axel et Mah­moud

Cannabis ou Cig­a­rette?
1/4 des Français sont fumeurs , aujourd’hui nous sommes par­tis au col­lège Elsa Tri­o­let à Mar­seille pour ren­con­tr­er Emmanuel un sur­veil­lant et l’infirmière de l’établissement qui ont accep­té de répon­dre à nos ques­tions sur la drogue. Le sujet con­siste à répon­dre à la ques­tion suiv­ante : Pensez-vous que fumer du cannabis est moins dan­gereux que la cig­a­rette ?

Inter­view avec Emmanuel, sur­veil­lant
Axel et Mah­moud : Est-ce que vous fumez ?
Emmanuel : oui, je fume 2 à 3 cig­a­rettes par semaine.
Axel et Mah­moud: Pensez-vous que le cannabis est moins dan­gereux que la cig­a­rette ?
Emmanuel: le cannabis est plus dan­gereux selon moi car il peut engen­dr­er des prob­lèmes men­taux et un isole­ment social.

Inter­view avec l’infirmière
Axel et Mah­moud : Est-ce que vous fumez ?
L’infirmière : non , je n’ai pas d’attirance envers les stupé­fi­ants.
Axel et Mah­moud : pensez-vous que le cannabis est moins dan­gereux que la cig­a­rette ?
L’infirmière : le cannabis est plus dan­gereux que la cig­a­rette car il a de plus grands effets.

Selon ces deux inter­venants, le cannabis sem­ble plus dan­gereux que la cig­a­rette.

Mohamed et Djib­ril

 

Fumer des cig­a­rettes est-il plus dan­gereux que fumer du cannabis ?

Pour pou­voir répon­dre à cette ques­tion, nous avons inter­rogé l’infirmière ain­si que l’assistante sociale au sein du col­lège Elsa Tri­o­let.

1- Quels sont les risques lorsque l’on fume du cannabis et les risques quand on fume des cig­a­rettes ?

Que ce soit le cannabis ou la cig­a­rette, le risque et le même car on peut devenir dépen­dant de ces sub­stances. Le tabac peut provo­quer des mal­adies très graves comme le can­cer du poumon et le cannabis peut provo­quer des trou­bles du com­porte­ment : agres­siv­ité , mau­vaise con­duite, schiz­o­phrénie, dépres­sion.

2-Le cannabis a-t-il une influ­ence sur l’état psy­chologique d’une per­son­ne ?

Com­plète­ment.

3- A votre avis, pourquoi le cannabis est-il illé­gal et la cig­a­rette ne l’est-elle pas ?

Le cannabis peut chang­er le com­porte­ment d’une per­son­ne. Par exem­ple si l’on fume avant de con­duire. Les sub­stances peu­vent provo­quer une mau­vaise con­duite au volant, voir même a un acci­dent, alors que si l’on fume une cig­a­rette avant de con­duire, on ne risque rien, on reste dans notre état nor­mal.

4- Enfin, à votre avis quel est le plus dan­gereux, la cig­a­rette ou le cannabis ?

Les deux le sont, la cig­a­rette provoque des trou­bles de la san­té : car­dio-vas­cu­laire, pul­monaire (physique). Le cannabis provoque des trou­bles de com­porte­ment : perte de con­trôle de soi (men­tal).

Lina et Assia

Fumer du cannabis est-il moins dan­gereux que fumer une cig­a­rette ?

Le cannabis est plus dan­gereux que la cig­a­rette !
D’après le site Ago­ravox : « Fumer trois joints par jour fait courir les mêmes risques de can­cer ou de mal­adie car­dio-vac­u­laire que fumer un paquet de cig­a­rettes ». Quelques per­son­nes ont été ques­tion­nées par le site et elles étaient toutes du même avis.
En cher­chant dans le site nous avons trou­vé une phrase qui nous a inter­pelées :
« La fumée de cannabis con­tient sept fois plus de goudron et de monoxyde de car­bone que celle du tabac. » A ce sujet les mêmes per­son­nes ont été inter­rogées mais aucune d’entre elles n’ont su don­ner leurs avis.

Le Cannabis
Le cannabis, drogue longtemps qual­i­fiée de douce mais qui, comme toutes sub­stances psy­chotropes, provoque une addic­tion et est asso­ciée à des trou­bles de com­porte­ment et à des risques psy­chi­a­triques.

Thibault

Le cannabis n’est pas un prob­lème : préjugé ou réal­ité ?

Le tabac est infin­i­ment plus addictogène1 que ne l’est le cannabis, mais on ne peut pas savoir quelles per­son­nes seront plus accros que les autres. L’entourage joue aus­si un rôle impor­tant. Le dan­ger de la cig­a­rette est que cela empêche l’oxygène de pass­er dans le sang.

La dépen­dance au cannabis se situe au même niveau que celle à l’alcool, entre 3 et 5 % des gens ont des prob­lèmes et sont dépen­dants. Les prob­lèmes du cannabis sont prin­ci­pale­ment des trou­bles psy­chi­a­triques et psy­chiques.
https://www.allodocteurs.fr

Ce que con­tient le cannabis :
Le cannabis est en fait une plante qui tire son orig­ine du chan­vre Cannabissativa2. Mod­i­fiée par de nom­breuses actions humaines, cette plante, rend après flo­rai­son une sub­stance blanche appelée tétrahy­dro­cannabi­nol.
Ce que con­tient une cig­a­rette :
Une cig­a­rette non allumée con­tient 2 500 com­posés chim­iques ! Dans une cig­a­rette, on trou­ve de la nicotine3: c’est elle qui crée la dépen­dance, le fait qu’on ait envie de fumer, mais aus­si du goudron, des gaz tox­iques comme l’ammoniac et des métaux lourds, comme le plomb !
https://education.francetv.fr

Mais la cig­a­rette est moins dan­gereuse que le cannabis car le cannabis est plus cancérogène4.

Lyes

Ni cannabis, ni cig­a­rette

Entre la cig­a­rette et le cannabis quel est le plus dan­gereux? Que con­ti­en­nent la cig­a­rette et le cannabis ?

Ce que vous absorbez en fumant une cig­a­rette

Les sub­stances et addi­tifs con­tenus dans la cig­a­rette sont extrême­ment tox­iques. En fumant, vous absorbez env­i­ron 4 500 sub­stances naturelle­ment con­tenues dans le tabac, dont la nico­tine (qui engen­dre une dépen­dance ), le monoxyde de car­bone (dan­gereux car il empêche l’oxygène de se fix­er dans le sang), l’arsenic et les cyanides (com­posés de cya­nure et d’hydrogène).
https://liquidbox.fr/

Ce que vous absorbez en fumant du cannabis

Le cannabis est la drogue illé­gale la plus large­ment con­som­mée dans l’hexagone, surtout par un pub­lic rel­a­tive­ment jeune. Les dan­gers d’une con­som­ma­tion régulière sont accrus et réels ; il n’est donc pas con­seil­lé de rel­a­tivis­er le prob­lème.
https://www.femmeactuelle.fr/

Le cannabis con­tient
Le cannabis est en fait une plante qui tire son orig­ine du chan­vre Cannabis­sati­va. Mod­i­fiée par de nom­breuses actions humaines, cette plante, rend après flo­rai­son une sub­stance blanche appelée tétrahy­dro­cannabi­nol.

In this article

Dans le cadre d’ateliers de sen­si­bil­i­sa­tion à l’information réal­isés en mars 2017 au Col­lège Elsa Tri­o­let de Mar­seille, nous avons réal­isé un guide des bonnes pra­tiques à des­ti­na­tion de tous les col­légiens. Le but est de don­ner des con­seils pour bien s’informer et véri­fi­er les infor­ma­tions qui cir­cu­lent sur inter­net. Nous avons pour cela récolté des vidéos et doc­u­ments de bonnes pra­tiques sur inter­net, mais aus­si util­isé les expéri­ences directes des col­légiens lors de ces ate­liers.

L’information, c’est quoi ?
Avant de partager une infor­ma­tion sur les réseaux soci­aux, il est impor­tant de déter­min­er si l’information est vraie ou fausse. Il faut donc savoir ce qu’est une infor­ma­tion. Ce sont des faits (une cat­a­stro­phe naturelle, une déci­sion poli­tique, une décou­verte sci­en­tifique) que des jour­nal­istes por­tent à la con­nais­sance du pub­lic. Une infor­ma­tion a trois car­ac­téris­tiques:
1. Elle con­cerne le pub­lic
L’information représente un intérêt pour le pub­lic.
2. Elle est fondée sur des faits réels
Elle ne se base pas sur un avis ou une opin­ion.
3. Elle est véri­fiée
C’est-à-dire qu’elle émane directe­ment des per­son­nes con­cernées (experts, témoins directs, autorités, etc). Ce sont les sources de l’information.

Une source d’information, c’est quoi ?
C’est l’origine de l’information. La source peut être pri­maire (un témoin, une pho­togra­phie) ou sec­ondaire (le réc­it de quelqu’un qui n’était pas présent mais qui a des infor­ma­tions via un témoin qui a assisté à l’événement reporté). Pour s’assurer que les infor­ma­tions qu’ils trans­met­tent col­lent au plus près de la réal­ité, les jour­nal­istes essaient de trou­ver plusieurs sources dif­férentes pour par­ler du même événe­ment. On appelle ça “recouper ses sources”. Il est donc impor­tant de véri­fi­er que les sources de l’information sont fiables.

Quelles sont les sources à notre dis­po­si­tion ? récolter des témoignages — inter­view­er quelqu’un directe­ment, les chaines d’information, les jour­naux, la radio, les policiers, les insti­tu­tions et les organes offi­ciels, les réseaux soci­aux ; face­book, twit­ter, insta­gram.

Com­ment fait-on pour véri­fi­er une source d’information ?
On regarde : la date de pub­li­ca­tion de l’article, l’auteur, le site, les com­men­taires.

Fausse infor­ma­tion et dés­in­for­ma­tion
La dés­in­for­ma­tion con­siste à utilis­er les tech­niques des média pour induire volon­taire­ment en erreur, cacher ou trav­e­s­tir des faits. Exem­ple : la querelle du saumon quand un lab­o­ra­toire améri­cain déclare que les saumons issus des éle­vages européens sont tox­iques. En fait, il voulait relancer la vente du saumon sauvage d’Alaska pol­lué par une marée noire.

Il existe égale­ment des sites qui pub­lient des infor­ma­tions fauss­es ou satiriques dans le but de railler les médias, mais qui pren­nent l’apparence de sites d’information clas­siques.

Rumeurs et théorie du com­plot
La rumeur : his­toire sur­prenante voire inquié­tante qui cir­cule rapi­de­ment par le bouche à oreille. Très sou­vent, elle est liée à nos grandes peurs : la mort, l’étranger, la mal­adie. Au moment où elle cir­cule, on ne sait pas si elle est vraie ou fausse.

http://theoriesducomplot.be/#2._RUMEUR__TH%C3%89ORIE_DU_COMPLOT_ET_DESINFORMATION

La théorie du com­plot : elle s’oppose à la ver­sion offi­cielle soutenue par les autorités ou les grands médias. Elle pré­tend révéler une expli­ca­tion volon­taire­ment tenue secrète. Exem­ple : les théories sur les illu­mi­nati, la CIA, les atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001.

Boîte à outils

Décodex : http://www.lemonde.fr/verification/
Check­news (pos­er une ques­tion, des jour­nal­istes véri­fient l’information)
https://liberation.checknews.fr/
Tineyes (pour véri­fi­er l’origine d’une pho­to)
https://www.tineye.com/
Hoax­buster (réper­toire de fauss­es infor­ma­tions ou rumeurs qui cir­cu­lent sur le net)
http://www.hoaxbuster.com/

La classe de 4ème C du Collége Elsa Triolet

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A quelques kilo­mètres de la cap­i­tale Damas, les habi­tants des dif­férentes local­ités de la région de la Ghou­ta ont à nou­veau con­nu l’enfer des bom­barde­ments durant le mois de févri­er. 2000 âmes (enfants, hommes, femmes) peut-être plus ont quit­té ce monde. Les faibles appels à la trêve venus de quelques dirigeants occi­den­taux n’ont eu aucun impact sur la déter­mi­na­tion du régime syrien et de leur allié russe à exter­min­er une des dernières poches rebelles du pays. L’avenir des 400 000 civils, lui reste incer­tain.

Depuis 5 ans, le siège de la Ghou­ta se pour­suit. Les bom­barde­ments réguliers de l’armée syri­enne et russe et la présence de groupes armés rad­i­caux n’ont lais­sé aucun répit aux civils retranchés, sou­vent sous terre, dans des dizaines de local­ités qui for­ment cette région agri­cole. Cette fois, c’est bien la fin d’un temps pour ces habi­tants con­traints ces dernières années de trou­ver de nom­breuses alter­na­tives pour sur­vivre (blog de notre cor­re­spon­dant au Liban). Après les bom­barde­ments inten­sifs il y a un mois, des négo­ci­a­tions entre les prin­ci­paux groupes armés et le régime syrien ont abouti au déplace­ment des insurgés, de leurs familles et de cer­tains activistes vers le nord du pays. Plus de 1 500 per­son­nes dont des volon­taires ont donc été déplacés sous la direc­tion de l’armée syri­enne dans la région d’Idleb (Nord-Ouest). Dernière poche de la rébel­lion où dif­férents groupes se dis­putent le ter­ri­toire.

« Les civils n’ont plus vrai­ment le choix » con­fie Sarah coor­di­na­trice de « Swa’adna Alsouria » (aidons la Syrie), « à part le nord d’Alep, la ban­lieue de Homs et Idleb qui échap­pent encore à l’armée syri­enne, ils n’ont aucun autre endroit où se réfugi­er, suite aux accords avec le régime les familles de la Ghou­ta ont peur de se faire arrêter ou tuer par l’armée et préfèrent rester au milieu des ruines». Con­sid­érés comme ter­ror­istes par le régime syrien au même titre que les com­bat­tants armés, ils sont con­traints de quit­ter leurs villes natales. « Pour la Ghou­ta c’est un vrai casse tête, il s’agit de 400 000 per­son­nes, une par­tie sera déplacée au nord du pays, la moitié restera peut-être sur place en fonc­tion des accords et une autre par­tie devra rejoin­dre les cen­tres de vie col­lec­tive de la cap­i­tale » pour­suit Sarah. En ce mois de mars 2018 sur 80 000 per­son­nes déplacées, 50 000 auraient rejoint ces cen­tres col­lec­tifs.

Le dénue­ment des « cen­tres col­lec­tifs »

Logés dans des anci­ennes écoles, salles de sport ou entre­pris­es aban­don­nées, les cen­tres col­lec­tifs sont loin de l’image qu’on a d’un cen­tre de prise en charge. Ils sont gérés par les autorités syri­ennes qui con­trô­lent les civils arrivant de zones repris­es par les forces armées syri­ennes. Là, des familles entières vivent comme dans une prison selon les mots de Sarah. « Lors de la reprise de la ban­lieue de Der­aya par l’armée après un long siège, nous avons vu des squelettes sor­tir des abris, ils ont pour la plu­part été dirigés dans ces cen­tres col­lec­tifs où les con­di­tions d’hygiène sont déplorables. Le per­son­nel ges­tion­naire est plutôt accueil­lant mais il n’y a pas d’eau et très peu de nour­ri­t­ure. J’ai vu des femmes enceintes, des nou­veaux nés en détresse », témoigne Sarah qui était encore sur place. Dans ce con­texte som­bre, ces Syriens trau­ma­tisés ne béné­fi­cient d’aucune prise en charge, et les enfants doivent grandir la peur au ven­tre.

Les déplace­ments de pop­u­la­tion, orchestrés par le régime syrien et par­fois en accord avec les groupes armés encore présents dans les zones où l’armée syri­enne a repris le pou­voir, sont sou­vent for­cés en Syrie et en totale vio­la­tion du droit inter­na­tion­al human­i­taire (rap­port Amnesty Inter­na­tion­al ici). Les habi­tants de Der­aya (ban­lieue sud de Damas) et d’Alep évac­ués après les sièges ont été con­duits soit dans des cen­tres col­lec­tifs, soit à Idleb qui incar­ne encore un bas­tion révo­lu­tion­naire mal­gré la présence de groupes rad­i­caux qui s’imposent à la pop­u­la­tion. Mais pas de dif­férence pour le régime qui les con­sid­èrent tous comme « ter­ror­istes ». Les déplacés de la Ghou­ta subis­sent le même sort aujourd’hui. « Cer­tains tra­verseront peut-être la fron­tière pour aller en Turquie, mais cela con­cerne une infime par­tie car il faut de l’argent pour aller s’installer en Turquie et la fron­tière est fer­mée pour les réfugiés. Donc la plu­part res­teront à Idleb et dans les zones rurales proches d’Alep où il y a encore des zones hors con­trôle du régime. Les autres res­teront dans la Ghou­ta ori­en­tale (Ban­lieue Est de Damas), et échap­per­ont au con­trôle du régime. Les hommes entre 18 et 50 ans seront cer­taine­ment arrêtés ou enrôlés de force dans le ser­vice mil­i­taire, nous ne savons pas. Mais jusqu’à main­tenant le régime a déplacé les gens de la Ghou­ta dans des cen­tres col­lec­tifs et à Idleb. » analyse Sarah. Env­i­ron 20 000 per­son­nes auraient eu l’autorisation de rejoin­dre des proches hors de la Ghou­ta.

Déplac­er les civils vers les zones rebelles

En forçant les pop­u­la­tions à rejoin­dre des zones hors de son con­trôle, Damas leur indique qu’elles ne pour­ront pas réin­té­gr­er le pays qu’il est en train de recon­quérir petit à petit. Et pire encore, il les con­cen­tre dans des villes et des provinces qu’il bom­barde ensuite pour en repren­dre le con­trôle. Cela a été le cas en 2016 avec la fin du siège d’Alep, des dizaines de mil­liers de civils ont été déplacés à Idleb et sa province, qui ont subi des assauts sans précé­dents durant 2017. Dans la Ghou­ta, même stratégie pour les civils de Der­aya et de Mouad­hamiya, local­ités de la Ghou­ta occi­den­tale (ban­lieue sud de Damas) repris­es en 2016 par l’armée, en par­tie déplacés à Douma. Cette « cap­i­tale » de la Ghou­ta ori­en­tale est pour­tant con­stam­ment bom­bardée par les avi­a­tions russe et syri­enne et plus inten­sé­ment depuis févri­er 2018. Quel sera le prochain « mas­sacre » ? Il se pour­rait qu’Idleb dev­enue la cap­i­tale des déplacés for­cés devi­enne la prochaine cible du régime, une des dernières poches de la rébel­lion. En atten­dant, les habi­tants eux aus­si oubliés du con­flit s’organisent là où les ser­vices de l’État ont dis­paru depuis plus de cinq ans. Avec les nou­veaux arrivants, les actions de sol­i­dar­ité se sont éten­dues à la province. Sarah con­clut : « Si notre équipe doit quit­ter la Ghou­ta pour aller à Idleb, nous pour­suiv­rons nos pro­jets là-bas, peut-être avec d’autres per­son­nes. Le con­flit ne nous arrêtera pas ».

Hélène Bourgon

Photo : Des volontaires de l’association Swa’adna Alsouria préparent des assiettes de riz pour les porter dans les différents abris de la ville de Douma dans la Ghouta orientale. @Association Swa’adna alsouria

Swa’adna Alsouria

L’association Swa’adna Alsouria est née en 2014 de l’initiative d’un groupe d’amis et de leurs familles dont fait par­tie Sarah inter­rogée dans l’article ci-dessus. Ella a 35 ans et vient de la région de Hama dans le cen­tre Est du pays, non loin de Homs où elle était ingénieure en génie civ­il. Après avoir par­ticipé aux dif­férentes man­i­fes­ta­tions con­tre le régime syrien, elle crée avec des amis en 2014 une organ­i­sa­tion pour venir en aide aux familles bom­bardées par l’armée. «Aujourd’hui nous avons plusieurs équipes qui tra­vail­lent dans la Ghou­ta, à Idleb, à Homs et dans la province d’Alep. Nous appor­tons de l’aide d’urgence, de l’éducation pour les enfants et du matériel de san­té, nous faisons beau­coup, avec peu de moyens ». L’équipe compte 50 per­son­nes dans la Ghou­ta ori­en­tale prin­ci­pale­ment à Douma où sur­vivent plus de 150 000 civils.

Pour aider leurs actions dans la Ghou­ta : http://codssy.org/ghouta/

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A Tunis comme à Alger, la grève des médecins rési­dents a mis en lumière les défail­lances des sys­tèmes de san­té. Héritage social­iste égal­i­taire pour l’Algérie, héritage de l’époque de Bour­gui­ba pour la Tunisie, la san­té publique est pour­tant en déliques­cence et les prob­lèmes de ges­tion poussent les patients vers le privé.

« Je me suis retrou­vé à faire des gardes de 24 heures un jour sur deux, 30 jours de suite. Un jour, en ren­trant, je me suis endor­mi au volant et je suis ren­tré dans un mur », racon­te Meh­di*, rési­dent dans un hôpi­tal de Tunis. Débor­dés, les rési­dents tunisiens ont le sen­ti­ment d’être les “bouche-trous” des hôpi­taux, qui souf­frent d’une infra­struc­ture vieil­lis­sante, d’équipements défail­lants et de mau­vaise ges­tion. «Par exem­ple, pour­suit Meh­di, quand tu es interne en pédi­a­trie, à cause du manque d’appareils res­pi­ra­toirs, tu pass­es par­fois la nuit à te relay­er avec l’autre rési­dent de garde pour faire respir­er manuelle­ment des nour­ris­sons. Tu n’as pas intérêt à t’endormir». Cette dégra­da­tion des con­di­tions de tra­vail touche égale­ment les infir­miers et aides-soignants. Une étude de 2013 a ain­si révélé que près de 70% des infir­miers de l’hôpital de Sfax souf­fraient d’épuisement pro­fes­sion­nel. Face à cette sit­u­a­tion, les ten­sions sont fortes entre médecins et per­son­nel paramédi­cal. «Hon­nête­ment, beau­coup ne font pas leur tra­vail, on est oblig­és de le faire à leur place au détri­ment de la for­ma­tion», regrette Meh­di.

«La loi algéri­enne, c’est six gardes max­i­mum par mois, témoigne un chirurgien d’Alger. Faire plus de dix gardes, c’est nor­male­ment unique­ment par réqui­si­tion du directeur de l’hôpital ou d’un offici­er de police judi­ci­aire. Mais c’est pour­tant courant». Dans les rangs des rési­dents man­i­fes­tants, Sofia*, rési­dente en car­di­olo­gie, énumère la liste des prob­lèmes quo­ti­di­ens qui l’épuisent : «Cer­tains jours, je n’ai pas de ten­siomètre pen­dant ma garde. Par­fois, l’appareil qui fait les radios est en panne. D’autres fois, les bran­car­diers ne sont pas là. Je passe mes journées à gér­er des prob­lèmes qui ne sont pas de ma respon­s­abil­ité et je ne soigne pas : je fais du brico­lage». Au ser­vice de gyné­colo­gie de l’hôpital de Bab El Oued, le groupe élec­trogène ne fonc­tionne plus. En cas de coupure de courant, il faut opér­er à la lumière des télé­phones porta­bles. «Et on par­le d’un hôpi­tal de la cap­i­tale du pays ! Imag­inez dans les Hauts-plateaux ou le sud», souligne Sadek Ham­laoui, l’un des porte-parole du Col­lec­tif autonome des médecins rési­dents algériens.

Man­i­fes­ta­tion à l’hôpital Mustapha Pacha, Alger, jan­vi­er 2018. Crédit LB

Les deux pays voisins ont pour­tant investi dans la san­té publique. En Algérie, le bud­get de la san­té a été mul­ti­plié par 4 entre 2000 et 2010. Mal­gré la crise budgé­taire liée à la baisse des revenus du pét­role, le bud­get de la san­té pour 2018 dépasse 3,4 mil­liards de dol­lars. En Tunisie, la loi de Finances 2018 prévoit un bud­get de 773 mil­lions de dol­lars. Si face au manque de matériel et de spé­cial­istes dans cer­taines régions, les respon­s­ables tunisiens invo­quent sou­vent la sit­u­a­tion économique dif­fi­cile du pays, un rap­port pub­lié en 2016 mon­tre qu’il s’agit tout autant — voir plus — d’un prob­lème de ges­tion que de moyens. La répar­ti­tion des équipements entre les dif­férents étab­lisse­ments de san­té y est par exem­ple qual­i­fié d’ «irra­tionnelle». Ain­si, le gou­ver­norat de l’Ariana, près de la cap­i­tale, est le moins doté en appareils d’imagerie médi­cale, alors que les patients qui se ren­dent en con­sul­ta­tion sont par­ti­c­ulière­ment nom­breux. A l’inverse, le gou­ver­norat de Tozeur, dans le sud, est celui qui a le plus d’appareils d’imagerie médi­cale par nom­bre d’habitants, alors que le rythme de con­sul­ta­tion médi­cale est faible. Les déci­sions con­cer­nant les ressources humaines et l’équipement sont cen­tral­isées au niveau du min­istère de la San­té, sou­vent sans con­sul­ter les acteurs de ter­rain ou éval­uer les besoins réels des struc­tures de san­té. «J’ai une amie, fraîche­ment diplômée en chirurgie pédi­a­trique, qui s’est retrou­vée à exercer dans le gou­ver­norat de Gafsa, où il n’y a aucun ser­vice de chirurgie pédi­a­trique ! Elle pas­sait son temps à écrire des cour­ri­ers pour adress­er ses patients à d’autres hôpi­taux», racon­te Meri­am Ben Soltane, rési­dente à Tunis.

De mau­vais­es ges­tions qui mènent à la cor­rup­tion

En Algérie, la ges­tion admin­is­tra­tive a été en par­tie décen­tral­isée. Le directeur de l’hôpital doit arbi­tr­er selon une enveloppe for­faitaire remise par l’Etat ain­si qu’un verse­ment, for­faitaire lui aus­si, de la Caisse nationale d’assurance mal­adie. Prob­lème : cer­taines spé­cial­ités sont plus chères que d’autres. «D’un point de vue financier, l’hôpital a sou­vent intérêt à ne pas soign­er», soupire un médecin spé­cial­iste du ser­vice pub­lic. Les choix des ges­tion­naires sont sou­vent mis en cause par les soignants. «A Djelfa (la qua­trième ville algéri­enne), en 2008, il y avait qua­tre scan­ners mais aucun poste de médecin radi­o­logue», témoigne Bilel, un médecin spé­cial­iste. En 2015, le ter­ri­toire comp­tait l’équivalent de 71 770 lits d’hospitalisation. Un chiffre en apparence sat­is­faisant, mais qui cache des dis­par­ités régionales impor­tantes. «Il faut surtout se deman­der ce que sig­ni­fie un lit, souligne un pédi­a­tre d’un hôpi­tal d’une région mon­tag­neuse. En réan­i­ma­tion par exem­ple, la norme inter­na­tionale veut qu’on compte comme lit, un lit équipé d’un matériel de réan­i­ma­tion pédi­a­trique. J’ai vu des ges­tion­naires compter le nom­bre de mate­las et en déduire que c’était des lits de réan­i­ma­tion. Le ges­tion­naire, comme tout le monde, n’a pas envie de se faire engueuler parce que les chiffres de son hôpi­tal ne sont pas bons».

Dans un arti­cle, le pro­fesseur de chirurgie Abid Lar­bi, ancien directeur de san­té publique au min­istère de la san­té, souligne que les taux d’occupation des hôpi­taux avoisi­nent les 50%, à l’exception des étab­lisse­ments mère-enfant, des mater­nités et des ser­vices de gyné­co-obstétriques. « Au lieu de con­stru­ire des poly­clin­iques, en met­tant en valeur le médecin omniprati­cien, on con­stru­it encore dans toutes les régions du pays des hôpi­taux qui sont à moitié vides», souligne-t-il. Selon lui, la région d’Adrar aurait ain­si plus besoin de poly­clin­iques et de mater­nités que des cinq hôpi­taux en con­struc­tion. «L’insuffisance de con­trôle et des pri­or­ités mal définies sont une source de gaspillage des deniers publics», affirme-t-il.

En Tunisie, la mau­vaise ges­tion et l’absence de con­trôle ouvrent la voie à la cor­rup­tion au sein des hôpi­taux. C’était l’une des prin­ci­pales caus­es de mécon­tente­ment exprimées par les patients de tout le pays lors du dia­logue socié­tal de san­té organ­isé en 2014 : bakchich ver­sé aux employés de l’administration pour con­tourn­er les longues heures d’attente aux con­sul­ta­tions, pass­er un exa­m­en ou obtenir les résul­tats d’analyses san­guines plus rapi­de­ment… Mais la cor­rup­tion existe égale­ment à un plus haut niveau, dans l’attribution des appels d’offre pour les médica­ments par exem­ple. «La dernière fois, j’ai ren­con­tré un représen­tant médi­cal qui m’a dit que son entre­prise avait rem­porté l’appel d’offres plusieurs mois aupar­a­vant pour un médica­ment, et qu’il l’avait fourni à l’hôpital. Or je n’avais jamais vu ce médica­ment, et il n’était pas disponible ! Per­son­ne ne sait où les boîtes sont passées», s’insurge Meh­di.

En Tunisie, env­i­ron 90% de la pop­u­la­tion béné­fi­cie d’une cou­ver­ture san­té. Mais il existe une iné­gal­ité, en par­ti­c­uli­er géo­graphique, dans l’accès aux soins : ain­si, les habi­tants du Kef, dans le nord-ouest, doivent par­courir plus de 200 kms pour accéder à l’hôpital uni­ver­si­taire, alors que ceux-ci sont surtout con­cen­trés sur la côte, plus prospère. Par ailleurs, être assuré et avoir accès à un étab­lisse­ment de san­té ne garan­tit pas tou­jours une qual­ité de soins cor­recte. Dans les hôpi­taux comme dans les cen­tres de san­té de base, les délais d’attente sont longs, et les médica­ments man­quent, faute de con­trôle des stocks, ce qui oblige les patients à se fournir dans des officines privées. «On ne trou­ve même pas de paracé­ta­mol à la phar­ma­cie de l’hôpital», se plaint Lil­ia*, dont le fiancé a été hos­pi­tal­isé à Nabeul. Dans ce con­texte, nom­breux sont ceux qui dis­ent recourir à la cor­rup­tion ou faire appel à des con­nais­sances pour être soignés mieux et plus vite. D’autres, s’ils en ont les moyens, se tour­nent vers les clin­iques privées. «Moi je cotise pour la san­té publique et j’y crois. Mais quand j’ai un pépin de san­té, je fais en sorte d’aller dans le privé», recon­naît Lil­ia.

S’adapter aux muta­tions sociales
En Algérie, alors qu’une nou­velle loi de san­té est en exa­m­en, les autorités répè­tent que la san­té gra­tu­ite pour tous est la pierre angu­laire du sys­tème. Pour­tant, la part à charge des ménages représente aujourd’hui 30% de la dépense nationale de san­té, soit l’équivalent de la part de la Sécu­rité sociale. Le sys­tème de san­té n’est pas en mesure, tel qu’il est organ­isé, de faire face aux muta­tions sociales. Ain­si l’espérance de vie a aug­men­té et un mil­lion de bébés nais­sent chaque année, la pop­u­la­tion algéri­enne est donc vieil­lis­sante et la pres­sion sur les infra­struc­tures gyné­co-obstétriques et pédi­a­triques est gran­dis­sante. Par ailleurs, le développe­ment du niveau de vie a mod­i­fié le pro­fil épidémi­ologique du pays. Ain­si, on meurt désor­mais plus d’un can­cer ou d’un acci­dent de la route, que d’une mal­adie comme le choléra. Si le plan can­cer lancé en 2011 per­met désor­mais aux patients d’être suiv­is en chimio­thérapie à l’hôpital pub­lic, la radio­thérapie doit se faire dans les clin­iques privées. «Il existe des infra­struc­tures dans les hôpi­taux publics, mais elles sont sur­chargées et les délais d’attente sont longs. La radio­thérapie doit se faire dans un délai fixe après la chimio. Les patients n’ont pas d’autres choix que de se tourn­er vers le privé», explique Samia Gas­mi, prési­dente de l’association d’aide aux can­céreux Nour Doha.  

Mais surtout, les dis­par­ités régionales sont très impor­tantes. Selon le think-tank Nab­ni, on compte 1,52 médecins pour 1 000 habi­tants dans les régions du Cen­tre, con­tre 0,81 pour 1 000 habi­tants dans le Sud Est. On recense par ailleurs un spé­cial­iste pour 733 habi­tants à Alger, con­tre 1 spé­cial­iste pour 12 827 à Djelfa. La ville de In Salah, 36 000 habi­tants, à 1 270 kilo­mètres au sud d’Alger, n’a aucune struc­ture publique qui peut pren­dre en charge un accouche­ment en cas de com­pli­ca­tions. «La seule solu­tion qu’on a, c’est de met­tre la patiente dans une voiture pour Ghardaïa, à 600 kilo­mètres», explique une habi­tante.

«Le patient se sent dén­i­gré, méprisé, mal pris en charge»
Tous ces obsta­cles, asso­ciés à un manque de com­mu­ni­ca­tion, sont sources de ten­sions entre patients et soignants. En Tunisie, la parole s’est libérée avec la révo­lu­tion de 2011, entraî­nant des dénon­ci­a­tions plus fréquentes, des dépasse­ments et erreurs médi­cales. La frus­tra­tion des patients peut même par­fois se trans­former en agres­siv­ité. «Ma prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion est dev­enue ma sécu­rité. Quand un patient décède, ses proches s’attaquent à toi. On dirait que c’est toi qui as tué le patient. Tu as pour­tant fait de ton mieux, en fonc­tion des moyens que tu avais», con­fie Ami­na Bouzi­di, rési­dente en pédi­a­trie à Mona­s­tir. Elle espère une prise de con­science col­lec­tive : «Nous on souf­fre, tout comme nos conci­toyens, de l’état des hôpi­taux. Donc ça con­cerne tout le monde». En Algérie, le dis­cours est iden­tique. Les agres­sions sont devenus régulières. «Les patients sont face à nous. Ils nous ren­dent respon­s­ables de tous les prob­lèmes, de l’attente au manque de médica­ments, de l’absence de lits, de la panne du scan­ner», résume un rési­dent en oph­tal­molo­gie d’un CHU de la cap­i­tale. A Alger, il y a cinq CHU pour 5 mil­lions de per­son­nes, sans compter les patients envoyés dans d’autres régions du pays parce les étab­lisse­ments de prox­im­ité n’avaient pas les moyens de les pren­dre en charge. «Le patient se sent dén­i­gré, méprisé, mal pris en charge», résume un car­di­o­logue. «C’est aus­si le sys­tème de gra­tu­ité qui pose prob­lème, soulève un maître assis­tant. Les patients pensent que le médecin est à sa dis­po­si­tion. Il n’y a pas de respon­s­abil­i­sa­tion». Sarah fait par­tie de ceux qui en veu­lent aux médecins : «Ils n’écoutent pas les patients. Ils sont per­suadés d’avoir rai­son. Et ils ont fail­li tuer mon père lorsqu’il a été hos­pi­tal­isé». Face aux nom­breuses his­toires d’erreurs médi­cales, les patients se méfient et ne font plus con­fi­ance.

Se tourn­er vers le privé, ou choisir l’exil
A Tunis comme à Alger, la san­té publique est un argu­ment bran­di par les autorités. Pour­tant, des indices mon­trent bien que l’on se dirige douce­ment vers une aug­men­ta­tion du rôle du privé dans le secteur de la san­té. En Tunisie les médecins du secteur pub­lic peu­vent exercer une activ­ité privée com­plé­men­taire deux après-midi par semaine. Mais cer­tains en abusent. «Dans mon ser­vice, il y a appareil à échogra­phie tout neuf, mais il ne sert à rien car il est acca­paré par un médecin du ser­vice qui l’utilise pour son activ­ité privée et ferme la porte à clé quand il part», explique Ahlem*, rési­dente en gyné­colo­gie obstétrique.

D’autres choi­sis­sent de se tourn­er défini­tive­ment vers les clin­iques privées, où les salaires et con­di­tions de tra­vail sont meilleurs. «Il y a une poli­tique délibérée pour encour­ager le secteur privé à se dévelop­per au détri­ment du pub­lic. Si ça con­tin­ue, les Tunisiens les plus pau­vres n’auront plus qu’à mourir au pied des clin­iques privées», s’alarme Jed Henchiri, le prési­dent de l’OTJM. En Algérie, c’est d’abord le salaire qui pousse les médecins vers le privé. «70 000 dinars par mois (495 euros), après douze ans d’études. J’aspire à voy­ager, à per­me­t­tre à mes enfants d’avoir une bonne édu­ca­tion. C’est sim­ple, avec ce salaire, c’est impos­si­ble», explique Lin­da, qui a ouvert un cab­i­net de pédi­a­trie après son ser­vice civ­il. Dans le nou­veau pro­jet de loi san­té, plusieurs dis­po­si­tions per­me­t­tent aus­si l’entrée du secteur privé dans cer­tains domaines réservés jusque là au secteur pub­lic. Ain­si le texte pré­cise que dans le cadre de parte­nar­i­ats pub­lic-privé, l’État, tout en assur­ant la prise en charge des soins, évit­era les dépens­es liées à la con­struc­tion et à l’aménagement de nou­velles struc­tures de soins, aux frais de per­son­nel et à la ges­tion de l’établissement de san­té.

Si les médecins fuient vers le privé, ils vont aus­si s’installer à l’étranger. L’an dernier, 45% des nou­veaux diplômés en médecine sont par­tis à l’étranger : un exil sans précé­dent. Réputés pour être bien for­més, les médecins tunisiens sont accueil­lis à bras ouverts dans de nom­breux pays. En France, ils sont la pre­mière nation­al­ité représen­tée par­mi les lau­réats du con­cours d’équivalence en médecine des­tinée aux étrangers. Le sen­ti­ment que les autorités ont aban­don­né la san­té publique les pousse à par­tir. «Moi je ferai ce que je peux pour rester, pour servir mon pays, mais on se sent méprisés et humil­iés», soupire Waj­di*, interne en pédi­a­trie.

Selon un rap­port de l’organisation inter­na­tionale du tra­vail, le taux d’émigration des médecins est de l’ordre de 4% pour l’Algérie et de 3.5% pour la Tunisie en 2004. Il n’a cessé d’augmenter rapi­de­ment depuis la fin des années 1990, surtout pour l’Algérie. Les médecins sont les pre­miers pro­fes­sion­nels algériens, nés en Algérie, à exercer à l’étranger. Le nom­bre de médecins qui quit­tent l’Algérie aug­mente con­stam­ment depuis 1997. La des­ti­na­tion priv­ilégiée est aus­si la France. Près d’un médecin né en Algérie sur qua­tre y exerce. Les effec­tifs de médecins spé­cial­istes ne sont pas touchés de la même manière. Pour les médecins nés et for­més en Algérie, les spé­cial­ités les plus con­cernées sont la psy­chi­a­trie, la radi­olo­gie, l’ophtalmologie et l’anesthésie-réanimation. De manière générale, les médecins qui tra­vail­lent dans le secteur pub­lic sont plus touchés par le départ que ceux du privé.

*Les noms ont été changés à la demande des inter­viewés.

De longs mouvements de contestation

Le mécon­tente­ment des patients comme des soignants ne date pas d’hier. Le 24 mars 2018, les internes et rési­dents tunisiens ont mis fin à une grève qui aura duré 47 jours. A l’initiative de l’Organisation tunisi­enne des jeunes médecins (OTJM), le mou­ve­ment récla­mait entre autres la créa­tion d’un statut légal pour les internes et rési­dents et protes­tait con­tre une réforme du diplôme de médecine qui retar­dait son obten­tion à la fin de la spé­cial­ité. Par­ti­c­ulière­ment déter­minés, les jeunes médecins ont man­i­festé à plusieurs repris­es, regroupant jusqu’à 3 000 internes et rési­dents devant le min­istère de la San­té au début du mois de mars. Ils ont finale­ment réus­si fait pli­er le min­istre et obtenu gain de cause : pub­li­ca­tion du statut des internes et rési­dents, sépa­ra­tion du diplôme de médecine et de spé­cial­ité pour les étu­di­ants con­cernés cette année, et par­tic­i­pa­tion dans les dis­cus­sions con­cer­nant la réforme des études. Pour Slim Ben Salah, mem­bre du con­seil de l’Ordre des médecins, «c’est une bataille de gag­née, mais il y a beau­coup d’autres choses à revoir pour refaire de la médecine l’un des piliers de la Tunisie.»

En Algérie, la grève dure depuis qua­tre mois et sem­ble se dur­cir. Le 26 mars, les médecins spé­cial­istes tit­u­laires ont rejoint le mou­ve­ment de grève. Les rési­dents récla­ment l’abolition du ser­vice civ­il, une péri­ode oblig­a­toire de plusieurs années au cours de laque­lle ils sont envoyés dans les régions où il manque des médecins. Selon eux, l’état ne donne pas les moyens aux rési­dents de faire cor­recte­ment leur méti­er : «Envoy­er un chirurgien à Taman­ras­set c’est bien. Mais s’il n’a pas de plateau tech­nique, il ne peut rien faire», explique un médecin qui a fait son ser­vice civ­il dans le grand sud. Au fil des semaines, au fil des man­i­fes­ta­tions des sit-in, des affron­te­ments avec la police et des inter­ven­tions dans les médias, les rési­dents grévistes ont réus­si à met­tre en lumière des défail­lances du sys­tème de san­té. Les rap­ports sur «l’inefficacité» de ce ser­vice civ­il exis­tent depuis 2010, le min­istre actuel de la san­té l’a lui-même recon­nu lors d’une réu­nion. Pour­tant, la réforme sem­ble impos­si­ble car le sujet est trop poli­tique. «Les médias offi­ciels par­lent de négo­ci­a­tions, mais lors de la deux­ième réu­nion min­istérielle, le min­istre de la san­té n’a lais­sé aucun rési­dent par­lé, il a dit : «non». Et quand il s’est adressé à la presse il a affir­mé que c’était réglé. Com­ment doit-on réa­gir à cela ?», s’interroge l’un des représen­tants des rési­dents. Le levi­er pour­rait bien être le boy­cott des exa­m­ens. En effet, depuis le mois de jan­vi­er, tous les rési­dents en dernière année ont refusé de pass­er les exa­m­ens qui vali­dent leur diplôme. Or ce sont ces médecins que l’État envoie chaque année en ser­vice civ­il. «C’est sim­ple, fin mars, les pre­miers con­trats de ser­vice civ­il vont se ter­min­er. Comme il n’y a pas d’examen, il n’y a per­son­ne à envoy­er en rem­place­ment», con­clut l’un des représen­tant des grévistes, qui évoque dif­férentes pres­sions faites sur le mou­ve­ment pour met­tre fin au boy­cott des exa­m­ens.

Depuis six ans, les mou­ve­ments de protes­ta­tion menés par les rési­dents en médecine se sont mul­ti­pliés, notam­ment pour pro­test­er con­tre les con­di­tions du ser­vice civique oblig­a­toire dans les régions. Mais ils sont mal vus par une par­tie de l’opinion publique, qui estime que les médecins sont des priv­ilégiés défen­dant des intérêts cor­po­ratistes. «On essaie d’expliquer le lien entre l’amélioration de nos con­di­tions de tra­vail et celle de la qual­ité des soins que les patients reçoivent», explique Chaima Meherzia, mem­bre de l’OTJM. En Algérie, c’est l’affaire du doc­teur Ouali qui a relancé une mobil­i­sa­tion arrêtée en 2011. La jeune femme, gyné­co­logue en ser­vice civ­il, a aban­don­né son poste alors qu’elle était de garde. Son absence, et l’absence de médecin rem­plaçant, a poussé l’établissement à ren­voy­er une jeune femme en train d’accoucher. La patiente est décédée, faute de prise en charge dans les temps. Le doc­teur Ouali a été mis en déten­tion pro­vi­soire. Toute jeune mère, cette soignante venait d’effectuer plusieurs gardes, loin de son domi­cile, dans le cadre de son ser­vice civ­il. «Quand on fait 30 césari­enne par jour, par manque de per­son­nel, on peut faire une erreur, s’emporte une rési­dente en gyné­colo­gie d’un CHU de l’est. Et on peut se faire empris­on­ner? Quel mes­sage envoient les autorités?». Les lead­ers du mou­ve­ment de 2011, désor­mais tit­u­laires, regar­dent avec atten­tion le mou­ve­ment actuel. «A l’époque, après 4 mois et demi de grève, on avait obtenu une aug­men­ta­tion de salaire et un statut. Pour­tant, on demandait aus­si l’abrogation du ser­vice civ­il. On a échoué. Cer­tains étaient fatigués, d’autres trou­vaient qu’on avait obtenu beau­coup», racon­te un médecin, qui avait man­i­festé en 2011. L’un de ses amis acqui­esce : «La loi san­i­taire est poli­tisée, les cadres du min­istère ne sont pas là pour dis­cuter, le min­istre est un pro­fesseur de médecine et rien ne change. Beau­coup de respon­s­ables aujourd’hui ont intérêt à ce que rien ne change».

Perrine Massy, Timothée Vinchon (à Tunis) Leïla Beratto (à Alger)

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Judi Kaya est jour­nal­iste pho­tographe, orig­i­naire de Qamichili, elle est allée à la ren­con­tre des enfants cor­don­niers d’Alep réfugiés dans cette cap­i­tale kurde au Nord Est de la Syrie. Ses pho­tos sont disponibles dans le livre SOURYA (ICI) qui rassem­ble les clichés de 27 Syriens et Syri­ennes pho­tographes. Ils retra­cent dans les dif­férentes villes du pays le quo­ti­di­en des Syriens des sept dernières années.

15–38 : Quand avez-vous com­mencé le tra­vail de pho­tographe ?

J’ai com­mencé il n’y a si longtemps, en 2015. Depuis deux ans et demi, j’ai arrêté la fac et j’ai com­mencé à appren­dre le méti­er de pho­tographe.

15–38 : Pourquoi avez-vous com­mencé ce tra­vail ?

Je pre­nais des pho­tos depuis le début de la révo­lu­tion, j’aimais pren­dre en pho­to tout ce qu’il se pas­sait. Mes pho­tos étaient appré­ciées. Et puis il y a eu des événe­ments vrai­ment dif­fi­ciles. Et je vivais au milieu de tout ça, je voy­ais beau­coup de choses. Je devais con­stru­ire une mémoire. Les pho­tos sont comme un guide afin de com­pren­dre l’Histoire et chaque événe­ment qui est en train de se pass­er en Syrie. Donc je prends beau­coup de pho­tos, et j’en ai envoyées à l’ASML (Asso­ci­a­tion syri­enne des médias libres). Ces pho­tos sont des­tinées à l’ASML et égale­ment à un autre jour­nal. Je pho­tographi­ais tous les jours, le quo­ti­di­en des gens, la vie, la mort, pour mon­tr­er ce qu’il se passe ici.

15–38 : Où avez-vous com­mencé à pho­togra­phi­er ?

A Has­saké, à Qamichili dans le Roja­va (nou­velle province kurde), je suis orig­i­naire de Qamichili (Nord-Est de la Syrie).

15–38 : Que faisiez-vous au début de la révo­lu­tion ?

J’ai vu beau­coup de choses, des morts, des assas­si­nats, je pho­tographi­ais, je par­lais avec les gens. J’ai vu l’explosion qui a eu lieu près de Amou­da (proche de Quamichili) il y a un an. J’ai vu les morts, les corps, les enfants à terre, les gens sor­tir des rues et des maisons et se rassem­bler. C’est une région où vivent des chré­tiens, des kur­des, des Arabes, et chaque per­son­ne à l’intérieur même de ces com­mu­nautés a elle-même des diver­gences et ou des con­ver­gences poli­tiques, idéologiques. Et tous ont tou­jours vécu et vivent encore ensem­ble, même si cer­tains sont pour le régime, d’autres pour le chef des Kur­des, ou d’autres encore pour la révo­lu­tion. La mort en ces temps les rassem­ble, ils vivent les mêmes tragédies. Et à la fin ce sont des gens inno­cents qui meurent. L’explosion qui a eu lieu sur la route à Amou­da l’an dernier, a fait 180 morts. Il y a des diver­gences d’opinion dans les médias, il y a ceux pour tel par­ti, d’autres pour telle autre idéolo­gie. Il n’y a pas un média général.

Donc on essaie de mon­tr­er la sit­u­a­tion par les pho­tos, les images.

15–38 : Com­ment se passe votre tra­vail de reporter ?

C’est très dif­fi­cile avec la présence dans ma région des forces kur­des syri­ennes rat­tachées au PKK turc (par­ti des tra­vailleurs kur­des). Ils con­trô­lent la région. J’ai eu un prob­lème avec un mem­bre syrien du PKK. Il y avait eu une explo­sion, j’ai pho­tographié comme d’habitude mais il est venu vers moi, m’a inter­dit de pho­togra­phi­er et m’a demandé pour qui je tra­vail­lais et si j’avais des papiers qui le prou­vaient. Je lui ai dit que je tra­vail­lais pour SMART (agence de média syri­enne) mais il m’a re-demandé si je tra­vail­lais pour le régime syrien et il a pris mon appareil des mains. J’étais coincée dans la lanière cela me fai­sait mal. J’avais demandé à quelqu’un d’aller chercher mes papiers. Mais cet homme con­tin­u­ait à tir­er la lanière et à me faire mal et à m’insulter. Ils veu­lent nous faire peur, et per­son­ne ne peut nous défendre. Le prob­lème est qu’il n’y a plus du tout d’État, de lois. Donc c’est la loi de la jun­gle et cha­cun fait sa loi. Si les gens ont un peu de pou­voir, ils en prof­i­tent. Cet homme m’a men­acée, j’avais peur.

A Qamichili il y a un cen­tre pour les médias, j’y suis allée mais ils m’ont dit qu’ils ne pou­vaient rien faire. Donc je con­tin­ue d’avoir peur de lui. Il n’y a plus de cen­tres, d’organisation ou d’administrations fiables. Sans loi de pro­tec­tion de toute façon c’est dif­fi­cile. Donc c’est com­pliqué d’interviewer les gens et de pho­togra­phi­er ce qui se passe dans la rue. Nous ne sommes pas libres de pra­ti­quer le jour­nal­isme où que l’on soit en Syrie. Il faudrait une loi qui pro­tège les jour­nal­istes. De plus sur le ter­rain, quand une bombe explose une deux­ième peut explos­er juste après. Nous sommes con­stam­ment exposés, sans compter les zones où Daech est présent (quarti­er de Chad­dade). Tout est dan­gereux, c’est un méti­er très dif­fi­cile. Les gens par­laient mais après sept ans de con­flit ils ne veu­lent plus par­ler aux médias. Ils ont peur car c’est devenu très dan­gereux de s’exprimer.

15–38 : Pourquoi avez-vous pho­tographié le tra­vail des enfants que l’on décou­vre dans l’ouvrage SOURYA ?

Ces enfants ont une sit­u­a­tion par­ti­c­ulière. Ils ne vien­nent pas de Qamichili mais d’Alep. Ils ont tout lais­sé der­rière eux ; leurs maisons sou­vent détru­ites et leur vie.

Je les ai pris­es à Qamichili mais ces enfants vien­nent d’Alep, ils sont réfugiés à Qamichili.

Ils n’ont plus accès à l’école depuis des années et vivent dans ces petits ate­liers de cor­don­ner­ie où ils tra­vail­lent aus­si, dans des con­di­tions dif­fi­ciles. Ils tra­vail­lent dans la cor­don­ner­ie de père en fils, c’est un méti­er qui se trans­met de généra­tion en généra­tion. Mais le prob­lème c’est que sans école, sans édu­ca­tion, ils com­men­cent désor­mais à tra­vailler très jeunes. Cer­tains com­men­cent à l’âge de 6 ans ! Ils ont beau­coup de respon­s­abil­ités pour leur âge, vivre d’un méti­er à 6 ans, et ils ne font que ça. A Alep, leurs familles avaient des petites entre­pris­es famil­iales dans les cor­don­ner­ies mais avec la guerre ils ont dû tout quit­ter. Ils ont tout per­du et doivent tout recom­mencer de zéro.

Là ils louent une petite mai­son, très vieille et vétuste, il y a seule­ment deux ou trois pièces pour toute une famille.

Enfants tra­vail­lant dans une man­u­fac­ture de chaus­sures dans la ville de Qamishili. @Judi Kaya, Gou­ver­norat d’al-Hasakah, 9 avril 2017.

Ils ne vont pas à l’école car ils n’ont pas le temps. Et ils aiment faire ce méti­er. Ils ne peu­vent pas aller à l’école à Quamichili car selon eux, ils n’en tireront aucun prof­it. Toutes les écoles à Qamichili sont désor­mais kur­des et les enfants arabes comme eux n’ont pas envie de devoir appren­dre le kurde. Ils pensent qu’il est préférable de tra­vailler, d’apprendre un méti­er dès main­tenant pour assur­er leur avenir. Ils n’ont pas besoin du kurde.
Il y a quelques écoles arabes dans le Roja­va (nou­velle province kurde au Nord Est) mais il y en a seule­ment deux ou trois et elles sont surpe­u­plées. Les élèves ne peu­vent pas appren­dre dans de bonnes con­di­tions.

15–38 : Et vous main­tenant qu’allez-vous faire ?
Main­tenant, je vis en Turquie. Je tra­vaille pour l’UOSSM (organ­i­sa­tion médi­cale). Une galerie pré­pare une expo­si­tion de la sit­u­a­tion médi­cale en Syrie. Pour l’instant, je suis en for­ma­tion. J’espère ensuite repar­tir en Syrie. Je pense que tous les pho­tographes et jour­nal­istes doivent aller en Syrie. Il y a énor­mé­ment de sujets intéres­sants à reporter ! Faire des doc­u­men­taires, c’est notre tra­vail. J’irai tra­vailler à Qamichili et reviendrai par­fois en Turquie. Là je tra­vaille pour le cen­tre des médias syriens pour la lib­erté d’expression qui exis­tait déjà en Syrie avant la révo­lu­tion. C’est main­tenant basé à Gazien­tep au sud de la Turquie.

Hélène Bourgon
Photo Une : Des membres des Défense Civile Syrienne (“Casques Blancs”) éteignant un feu causé par les bombes à fragmentation russes sur un marché de carburant à Maarat al-Naasan @Radwan el-Homsi

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15–38 est un site gra­tu­it qui repose sur le sou­tien des lecteurs auprès de l’association éditrice du site 15–38 Réseau Méd, enreg­istrée auprès de la pré­fec­ture des Bouch­es-du-Rhône le 23 juin 2016.

Afin de nous per­me­t­tre de pro­duire 10 dossiers par an, nous vous pro­posons une adhé­sion annuelle à 60 euros. Une adhé­sion de sou­tien qui nous per­me­t­tra de financer la rémunéra­tion des col­lab­o­ra­teurs qui par­ticipent à l’élaboration des dossiers. Elle vous per­met égale­ment de pren­dre part aux ren­con­tres annuelles du Réseau 15–38 qui se tien­dront en fin d’année afin de créer des liens en Méditer­ranée.

Vous pou­vez égale­ment soutenir 15–38 en don­nant de manière ponctuelle ou men­su­elle, selon vos moyens. (Reçu sur demande)


Chers lecteurs et lec­tri­ces,

Après des dossiers d’actualité lourds en émo­tion et en infor­ma­tion, il est grand temps d’aller en plein cœur de cette Méditer­ranée et de se laiss­er dériv­er au gré du vent.
Ce voy­age est pro­posé par Cyrille Mous­set (adhérente de 15–38) et son com­pagnon. “Met­tre les voiles”, quit­ter leur quo­ti­di­en et par­tir nav­iguer durant deux ans en Méditer­ranée à bord de leur voili­er “Sauvage” n’a pas été une sim­ple déci­sion. Par­tis le 17 mars de Sanary-sur-mer (sud de la France), ils ont mis le cap sur l’île de Capraïa, située entre la côte ital­i­enne et la Corse. La plume bien aigu­isée, ils nous livrent leurs réc­its en texte et en image afin de nous faire décou­vrir des con­trées peu explorées et ce bel univers qu’est la voile. Bon voy­age à tous !

Episode 1

« Voy­age autour de la méditer­ranée sur un Glad­i­a­teur de 33 pieds »

Le jour J est enfin arrivé. Aujourd’hui, ven­dre­di 17 Mars 2017, nous quit­tons le mouil­lage de Sanary sur Mer pour un voy­age autour de la méditer­ranée. Nous nav­iguons sur un Glad­i­a­teur, voili­er des chantiers Wauquiez de 1978. Nous vivons sur notre voili­er et notre désir est de par­tir à la décou­verte de nou­veaux lieux mais surtout de pou­voir s’enrichir de nom­breuses ren­con­tres au gré de nos escales et du vent. Nous avons choisi de vivre autrement et à tra­vers cette expéri­ence toute nou­velle que nous abor­dons avec grand opti­misme, mais non sans appréhen­sion, nous souhaitons partager notre quo­ti­di­en. À tra­vers ce réc­it conçu pareil à un jour­nal de bord, nous vous fer­ons part de nos sen­ti­ments éprou­vés avec sim­plic­ité et humil­ité. Nous vous par­lerons égale­ment des dif­fi­cultés admin­is­tra­tives et morales que nous avons ren­con­trées et elles sont nom­breuses lorsque l’on décide de tout quit­ter et de par­tir sans date de retour ! Nous par­lerons aus­si de toutes ces ques­tions que nous nous posons et de celles posées par notre entourage comme par exem­ple : « Mais de quoi allez-vous vivre ? », « Et si cela ne marche pas ? », « Et si vous tombiez malades ? », etc…Nous pour­rions con­tin­uer cette liste indéfin­i­ment et ne jamais larguer les amar­res, rester dans un port, vivre tran­quille­ment sur notre bateau et être rac­cordé 24/24 à l’eau, l’électricité et…bien ancré dans la société. Mais il est déjà trop tard ! Nous sommes bel et bien par­tis, et « Sauvage » notre voili­er, avale goulu­ment les pre­miers milles nau­tiques vers notre pre­mière escale : les îles de la Toscane. Capraïa, Elbe et Gian­nu­tri pour débuter. Notre odyssée com­mence et nous comp­tons sur le souf­fle d’Éole pour nous pouss­er tou­jours plus en avant !

Départ de l’aventure en image

Episode 2

Tra­ver­sée de Sanary jusqu’à Capraïa » (ven­dre­di 17 et Same­di 18 Mars 2017)

Après 36 heures de nav­i­ga­tion entre Sanary et Capraïa (pre­mière île de l’archipel Toscan à l’est du cap Corse), nous voilà en Ital­ie ! Épuisés mais con­tents d’arriver, nous aurons fait 34 heures de voile et deux heures de moteur. L’objectif est d’utiliser le moins pos­si­ble la brise diesel. Ce fut une nav­i­ga­tion sportive, avec un vent arrière de force 5–6 sur l’échelle beau­fort (le max­i­mum est 12). Nous nav­iguons qu’avec un bout de génois (voile à l’avant). Plus tail­lé pour la nav­i­ga­tion au près, notre « Sauvage » roule beau­coup dans cette allure et je donne mon trib­ut à Nep­tune à 6 repris­es ! Il faut par­fois un cer­tain temps avant que le corps s’amarine…Je n’ai pas d’autre choix que d’attendre la fin du cal­vaire car je sais par expéri­ence que les mau­vais moments s’oublient au prof­it des bons ! De plus, le pilote automa­tique, con­sid­éré comme notre troisième équip­i­er, décide de nous aban­don­ner en cours de route. C’est donc à la force de nos qua­tre bras que nous bar­rons « Sauvage » à tra­vers un Nep­tune de mau­vaise humeur. Nous essaierons de répar­er le pilote plus tard, l’achat d’un neuf n’étant pas prévu dans notre bud­get actuel. C’est la pre­mière fois que nous nav­iguons de nuit au mois de mars et les tem­péra­tures sont encore très fraîch­es ! L’humidité tombe vers 16h00 et nos triples couch­es de vête­ments ne sont pas de trop. Le froid est ce qu’il faut com­bat­tre en mer avant tout car c’est un des fac­teurs qui favorise le mal de mer, c’est la règle des 4 F : Froid, Fatigue, Faim et Frousse ! Nous arrivons à Capraïa en pleine nuit (à éviter quand on peut !), heureuse­ment, la baie devant le port est saine et notre traceur n’indique aucune dif­fi­culté par­ti­c­ulière. Nous y jetons l’ancre. Le vent est tombé, tout comme nous tombons de som­meil ! ”

Tra­ver­sée Sanary (France)-Capraïa (Ital­ie)

Episode 3

« Les îles Toscanes » (Dimanche 19 au mer­cre­di 29 Mars 2017)

« Au petit matin du dimanche 19 Mars, nous gon­flons notre annexe pour par­tir en explo­ration sur l’île de Capraïa. Nous util­isons un kayak gon­flable pour aller à terre. Nous avons fait ce choix dès le départ après avoir pesé le pour et le con­tre entre une annexe à moteur ou une à rame. En plus d’être écologique, le kayak ne prend que très peu de place à bord, ne pèse pas lourd et nous gagnons en tran­quil­lité d’esprit lorsque nous le lais­sons à terre. Une annexe à rame est moins ten­tante à cha­parder qu’une à moteur ! Voilà com­ment s’organise la journée : nous vivons au rythme du soleil, nous nous cou­chons et lev­ons avec lui, il fait office de réveil naturel. Le temps de pré­par­er le déje­uner pour le midi et nous quit­tons le bateau pour décou­vrir ces nou­veaux lieux. L’archipel toscan se com­pose de 7 îles et sont les som­mets de mon­tagnes du con­ti­nent tyrrhénien enfon­cés dans la mer. Capraïa était autre­fois une prison (l’Alcatraz améri­cain en plus petit !), sa côte est accore et rocheuse et le print­emps libère tous les arômes des plantes de son maquis. Nous prof­i­tons de la sai­son pour faire une longue marche qu’il ne sera plus pos­si­ble de faire en plein été à cause de la chaleur et le manque d’arbre. De retour sur le bateau, nous con­sul­tons la météo. C’est elle surtout qui dicte notre par­cours et il faut tou­jours être vig­i­lant car elle est d’humeur changeante et taquine. Pour cela, nous sommes équipés d’un télé­phone portable avec un for­fait inclu­ant les con­nex­ions sur Inter­net depuis l’Europe (30 GO par mois) et des appli­ca­tions gra­tu­ites téléchargées pour les météos du large et côtière. Nous sommes bien évidem­ment équipés de la VHF ASN, équipement oblig­a­toire si on nav­igue au-dessus de la bande des 6 milles nau­tiques (1 Mille = 1852 mètres).
Il faut tou­jours être prêt à quit­ter ou à chang­er de mouil­lage et devons par­fois laiss­er nos états d’âme de côté. C’est ce qui se pro­duit ce lun­di 20 mars. Nous avons eu tout juste le temps de flirter avec Capraïa et le vent qui se lève nous pousserait jusqu’à Elbe, la plus grande des îles de l’Archipel Toscan. Une petite demi-heure suf­fit pour nous pré­par­er et lever l’ancre. Si nous ratons l’occasion, nous risquons de rester coincés plusieurs jours au même endroit car nous voulons descen­dre rapi­de­ment jusqu’à Malte, ayant déjà vis­ité cette zone en 2015.

L’île d’Elbe

Après 8 heures de voile, nous arrivons sur l’île d’Elbe et jetons l’ancre dans le golfe de la Biodola, situé au nord de l’île, à l’ouest de Porto­fer­raio. C’est un excel­lent abri pour les vents de secteur Sud. À cette péri­ode, nous sommes les seuls au mouil­lage ! C’est une île très mon­tag­neuse et verte que nous décou­vrons, aux côtes très découpées. Réputée égale­ment pour l’importance de son min­erai de fer sur la côte est, la dernière mine a fer­mé en 1984.
Nous nous trou­vons entre les vil­lages de Porto­fer­raio (cap­i­tale de l’île) et de Mar­ciana Mari­na. Nous apercevons un arrêt de bus à notre descente mais ce n’est pas encore la sai­son et le bus ne passe pas avant le mois de juin…nous optons pour l’auto stop et ça marche ! De cette façon, nous ren­con­trons des insu­laires qui n’hésitent pas à nous pren­dre et on prof­ite de leur gen­til­lesse pour glan­er quelques infor­ma­tions sur le quo­ti­di­en de l’île. La pre­mière per­son­ne que l’on ren­con­tre nous dépose au cen­tre de Porto­fer­raio en ayant pris soin de nous indi­quer le mag­a­sin pour faire notre rav­i­taille­ment en fruits et légumes et la petite gare routière où un bus pour­ra nous rap­procher de notre mouil­lage pour le retour. Nous procé­dons de la même façon pour nous ren­dre le lende­main à Mar­ciana Mari­na, située à 15 Km de notre mouil­lage ! Même scé­nario que la veille, quelqu’un s’arrête et nous dit que nous sommes « for­tu­nati ! », com­prenez « chanceux » de trou­ver quelqu’un qui se rend jusqu’à Mar­ciana aujourd’hui ! Nous prof­i­tons de ce char­mant ital­ien bavard (pléonasme ?!) pour faire une « micro-autostop-inter­view ». Nous apprenons qu’Elbe compte 30.000 âmes, vit essen­tielle­ment du tourisme les trois mois d’été (sur 200 hôtels, seuls 6 ou 7 ouvrent de Pâques à Noël, pour le reste, ils n’ouvrent que de juin à la mi-sep­tem­bre) et l’on y cul­tive la vigne et l’olivier. Con­cer­nant la pop­u­la­tion plus jeune, ils sont oblig­és de quit­ter l’île après le lycée pour con­tin­uer leurs études dans les uni­ver­sités de l’Italie con­ti­nen­tale telles que Pise ou Flo­rence.

On ne peut ignor­er l’exil de Napoléon qui dura deux ans (1814–1815) et à qui on doit la mod­erni­sa­tion de Porto­fer­raio. La ville est mar­quée par Napoléon, on y trou­ve la bière à son nom, le cir­cuit et des bars et restau­rants rap­pelant son pas­sage ! On nous a tout de même rap­porté, qu’un jour, un restau­rant avait affiché le mes­sage suiv­ant : « Napoléon n’a absol­u­ment jamais, mais jamais mangé ici ! ». La balade jusqu’à la citadelle vaut le détour et déam­buler dans les rues bor­dées de maisons aux façades couleur ocre, nous plonge dans le XVIII° siè­cle.

Jeu­di 23 Mars :
Nous quit­tons notre mouil­lage du golfe de la Biodola pour rejoin­dre un autre lieu décrit comme étant un pur joy­au : Por­to Azzuro, situé sur la côte sud-est de l’île. Pour l’anecdote, le vil­lage por­tait le nom de Lon­gone, anci­enne prison et donc asso­cié au crime en Ital­ie. C’est pour ne pas faire fuir les touristes qu’à présent il est con­nu sous le nom de Por­to Azzuro et compte tenu de l’activité touris­tique en été, le strat­a­gème a très bien fonc­tion­né ! Nous décou­vrons un vil­lage ani­mé où nous emprun­tons le GR (sen­tier de grade ran­don­née) pour nous retrou­ver sur les hau­teurs de l’île. Per­chés sur les cimes, c’est un mag­nifique panora­ma qui s’offre à nous. Le lende­main, nous par­tons en direc­tion d’un autre vil­lage per­ché dans les hau­teurs : Cam­po­liv­eri, où nous y trou­vons une ambiance plus locale et très agréable.

Lun­di 27 Mars :
Il est temps de dire au revoir à Elbe et par­tir en direc­tion de la dernière île et aus­si la plus petite qui con­stitue l’archipel toscan : Gian­nu­tri. « Sauvage » prend le vent arrière et file à 5 nœuds. Huit heures plus tard nous arrivons à Gian­nu­tri. Luxe, calme et volup­té. Quelques maisons, aucun com­merce et seul un restau­rant et un hôtel ouvrent en été. Lorsque nous descen­dons à terre, après avoir jeté l’ancre dans la minus­cule crique de Spalma­toi, nous avons l’impression que l’île nous appar­tient ! Nous emprun­tons les chemins de tra­verse et l’un d’entre eux nous mène à la vil­la Romaine que nous souhaitons vis­iter. Nous devrons mal­heureuse­ment aban­don­ner l’idée car des grilles blo­quent l’entrée pour cause de fer­me­ture hors sai­son. En effet, du 26 mai au 12 octo­bre le tourisme est régulé et le site antique n’est acces­si­ble qu’accompagné d’un guide et muni d’un « passe ». Le site est sous vidéo sur­veil­lance et nous ne voulons pas out­repass­er l’interdiction mise en place pour de bonnes raisons : la pro­tec­tion du site. Mal­gré tout, nous jouons aux Indi­ana Jones en herbe et, sans dépass­er les lim­ites imposées, nous volons quelques pho­tos par le biais d’un petit chemin latéral. Il est temps de ren­tr­er et plan­i­fi­er la suite de notre itinéraire, prochaine étape : les îles Pon­tines. »

Episode 4

Le voili­er “Sauvage” au mouil­lage à Pon­za, la plus grande des îles Pon­tines en Ital­ie

« La tra­ver­sée vers les îles Pon­tines » Avril-mai

Un peu plus d’un mois s’est écoulé depuis notre dernier réc­it et quelques péripéties ont retardé la suite de nos aven­tures !
Lorsque le 29 mars nous quit­tons les îles Toscanes en direc­tion des îles Pon­tines, c’est un vent pais­i­ble et favor­able qui nous pousse accom­pa­g­né d’une mer calme. À ce moment-là, nous ignorons que nous allons avoir recours aux ser­vices médi­caux ital­iens d’ici quelques jours…
Nous met­tons le cap sur Pon­za à 120 Milles nau­tiques, la plus grande des îles Pon­tines et durant cette tra­ver­sée de 18 heures, la nature nous offre un mer­veilleux spec­ta­cle ! Ils arrivent et sont au nom­bre de 3, puis 4 et finale­ment ce sont 5 dauphins qui, dans un véri­ta­ble bal­let, vien­nent cha­touiller l’étrave de Sauvage ! Un tel cadeau nous rend plus opti­miste que jamais et nous atteignons Pon­za en pleine nuit à la voile…L’arrivée est quelque peu ten­due. Nous devons zigza­guer entre les nom­breux récifs et pas­sons en quelques sec­on­des de 3 nœuds à 7 nœuds de vitesse ! Cette accéléra­tion soudaine du vent est dû à un effet de site et le pas­sage de cap engen­dre sou­vent un change­ment brusque de régime qui ne manque jamais de sur­pren­dre ! Au petit matin, nous prof­i­tons du calme et de l’ensoleillement pour faire notre rav­i­taille­ment dans le petit cen­tre de Pon­za.
Notre objec­tif est de descen­dre vers le sud en pas­sant par le golfe de Naples, puis le détroit de Mes­sine pour rejoin­dre l’île de Malte, tou­jours sous réserve de la météo, où nous souhaitons nous arrêter quelques jours afin de con­tin­uer nos activ­ités pro­fes­sion­nelles. Hé oui ! Il va bien fal­loir tra­vailler car nous ne sommes pas ren­tiers et c’est le moment d’aborder la ques­tion cru­ciale du : « Mais de quoi vivent-ils ?! »

Cyrille et son com­pagnon ont cha­cun une activ­ité pro­fes­sion­nelle adap­tée à leur mode de vie de nomade, Cyrille est tra­duc­trice à son compte et a créé “Sail­ing the words”

« Et si nous vous par­lions un peu de nous ? »

Nous avons cha­cun dévelop­pé une activ­ité pro­fes­sion­nelle nous per­me­t­tant de voy­ager et de tra­vailler où que nous allions. Nous souhaitons plus qu’expérimenter le tra­vail nomade, nous voulons qu’il devi­enne indis­so­cia­ble de notre aven­ture ! Pour ma part, je suis tra­duc­trice et nav­i­ga­trice. J’ai opté pour le tra­vail en nomade dig­i­tal et dis­pose du matériel infor­ma­tique néces­saire à mon activ­ité qui porte le nom de « Sail­ing the Words ». Sail­ing the Words est la fusion de mes deux pas­sions : traduire et nav­iguer ! Je fais donc nav­iguer les mots de l’anglais au français. Je traduis les doc­u­ments dans mes domaines de com­pé­tences qui sont : le secteur du tourisme et bien sûr le secteur nau­tique. Je nav­igue sur les mots et…sur la mer Méditer­ranée ! Pour plus de ren­seigne­ments je vous invite à voguer sur les pages de mon site dédié à la tra­duc­tion et à la nav­i­ga­tion : www.sailingthewords.com mais aus­si sur la page Face­book de Sail­ing the words : https://www.facebook.com/sailingthewords/.

Mon com­pagnon de vie et de nav­i­ga­tion est illus­tra­teur auto­di­dacte ! C’est un rêveur et il a pour mis­sion de nour­rir son inspi­ra­tion au fil de nos déplace­ments et d’immortaliser nos escales les plus mar­quantes à l’encre de chine. Il varie les plaisirs en tes­tant de nou­veaux procédés sur le bateau comme la lino­gravure. Il a, à son act­if, deux ban­des dess­inées qui ont été pub­liées par la mai­son d’édition « Des ronds dans l’O ». Ce sont deux adap­ta­tions de romans. La pre­mière, inti­t­ulée « Tueuse » est l’œuvre de l’auteure mar­seil­laise Annie Bar­rière. La deux­ième est l’adaptation d’une nou­velle d’Isabelle Eber­hardt : « Yas­mi­na ». Vous retrou­verez ses œuvres sur le site : www.desrondsdanslo.com/May.htlm.
Tout ce que nous pos­sé­dons se trou­ve à bord de notre voili­er. Pen­dant les dernières années, nous avons con­sti­tué « un tré­sor de guerre » pour faire face aux imprévus car nous savons qu’ils sont nom­breux en mer. Mais ce qui use nos nerfs en ce moment, c’est la météo ! Très changeante, nous devons la con­sul­ter plusieurs fois par jour. Nous sommes en avril, les nuits tou­jours fraîch­es, et les caprices d’Éole met le moral de l’équipage à rude épreuve ! Pour imager cette con­trainte, nous don­nons cet exem­ple : imag­inez que vous devez démé­nag­er sans crier gare ; en fonc­tion de la force du vent, de sa direc­tion, du sens de la houle, à l’approche d’un orage, etc…sans vouloir faire nos « Causettes », il y a des jours où ça fatigue ! Heureuse­ment qu’une bonne nuit répara­trice (quand c’est pos­si­ble) suf­fit à retrou­ver la bonne humeur et l’entrain.
Nous sommes le 4 avril et Pon­za nous offre un peu de repos…Hélas, pas pour longtemps. Lorsque je me réveille ce matin-là, je con­state à ma grande sur­prise, que je suis en sym­biose avec le print­emps : JE BOURGEONNE ! Recou­verte de bou­tons rouge sur tout le corps, c’est panique à bord ! On pen­sait avoir tout prévu et la trousse à phar­ma­cie a été soigneuse­ment pré­parée en fonc­tion des faib­less­es physiques de cha­cun. Mais là, nous don­nons notre langue au chat : est-ce la vari­celle ? Intox­i­ca­tion ali­men­taire ? Ou bien une allergie ? En tout cas ça gratte…Apparemment ce n’est pas con­tagieux car je suis la seule à avoir ça et je n’ai pas de fièvre. Nous restons calmes et déci­dons de con­tin­uer notre chemin en direc­tion d’Ischia, afin de se rap­procher du golfe de Naples.

« Ven­totene ou notre île mau­dite »

Nous aime­ri­ons cette fois-ci nous arrêter à Ven­totene. Cette île devint un cen­tre péni­ten­ti­aire jusqu’à une époque très récente avec sa voi­sine San Ste­fano où Mus­soli­ni empris­on­na les antifas­cistes. Il y a deux ans, lors de notre pre­mier galop d’essai en voili­er, nous n’avions pas pu la vis­iter. C’était plus avancé dans la sai­son et il nous avait été impos­si­ble de mouiller là où pour­tant le guide nau­tique nous l’indiquait à cause de la mul­ti­tude de corps-morts instal­lés (bouées payantes, aux­quelles vous êtes oblig­és d’accrocher le voili­er, sans eau ni élec­tric­ité). Sûrs de notre coup cette fois-ci, nous mouil­lons l’ancre dans un endroit autorisé et nous nous pré­parons à descen­dre. Tout à coup, arrive à fond la caisse un can­ot de « la briga­da di finan­za » (brigade des finances). Ils nous inter­dis­ent de descen­dre à terre, pré­tex­tant du mau­vais temps. Nous con­sul­tons à nou­veau nos TROIS appli­ca­tions météo qui annon­cent la même chose : 10 Nœuds de vent, autant dire pétole !

Après s’être étran­glés de rire intérieure­ment, nous décryp­tons le mes­sage sub­lim­i­nal suiv­ant : soit vous allez au port et payez la nuit, soit vous dégagez ! Il ne nous faut pas moins de cinq min­utes pour faire nos adieux à Ven­totene et met­tre le cap sur Ischia. Nous n’essaierons pas une troisième fois et tant pis pour la vis­ite de Ven­totene et les com­merces locaux où nous avons pour habi­tude de faire nos cours­es. Mal­heureuse­ment, nous con­sta­tons que ce phénomène se répand de plus en plus. L’obligation de con­som­mer et de pay­er partout où nous nous trou­vons… Il est de moins en moins accep­té que l’on puisse être à un endroit sans pay­er. En pous­sant à l’extrême nos réflex­ions, nous nous deman­dons s’il fau­dra un jour pay­er seule­ment pour se balad­er et regarder le paysage !

Episode 5

Comme un air de désen­chante­ment…

Voici trois mois que nous sommes sur les flots et nous aime­ri­ons vous faire part de sen­ti­ments plus per­son­nels dans la con­ti­nu­ité de la nar­ra­tion de nos aven­tures mar­itimes. Après l’épisode de Ven­totene, nous met­tons le cap sur les îles du golfe de Naples avec au pro­gramme : Ischia, Pro­ci­da, Naples et Capri.
C’est un voy­age de deux ans que nous entre­prenons, et il sera sûre­ment ponc­tué à la fois d’émerveillements et de désen­chante­ments. Nous pen­sons qu’il est aus­si impor­tant de partager les joies comme les décep­tions.

Lorsque nous pour­suiv­ons notre nav­i­ga­tion vers le sud, nous faisons une triste con­stata­tion : la pol­lu­tion vis­i­ble à l’œil nu qui règne en mer Méditer­ranée. La côte méditer­ranéenne souf­fre de deux types de pol­lu­tion, celle du plas­tique et celle de l’immobilier. La « Med » se serait-elle pac­sée avec le dia­ble ? À peine a-t-on trem­pé le bout de l’étrave dans les eaux ital­i­ennes que nous nous prê­tons à un drôle de jeu. Nous obser­vons la mer et nous comp­tons les déchets flottants…Il ne se passe pas un quart d’heure sans apercevoir un sac ou une bouteille en plas­tique, des cagettes en poly­styrène et toutes sortes d’objets dis­parates à la dérive, au beau milieu de cette mer qui, rap­pelons-le, est une mer fer­mée. La sit­u­a­tion ne s’améliore pas quand nous descen­dons à terre.

Prenons pour exem­ple L’île de Pro­ci­da. Elle fait par­tie des îles du golfe de Naples. Quand nous atteignons la petite baie de Pro­ci­da (Cala di Cori­cel­la), on a l’impression d’arriver sur une aquarelle. La palette de couleurs des façades des maisons sur­plom­bant le petit port de pêche est sub­lime. Pro­ci­da est un lieu culte du ciné­ma ital­ien. Par­mi les plus célèbres qui y ont été tournés, nous en retien­drons trois : « Il posti­no » avec Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neru­da, « le tal­entueux Mr Rip­ley » remake améri­cain de « plein soleil » et « Gra­ziel­la » d’après le roman éponyme d’Alphonse de Lamar­tine. Alors que ce pre­mier jour sur l’île nous enchante, le deux­ième nous désen­chante. Ce jour-là, nous déci­dons de ramer jusqu’à la plage qui se trou­ve en face de notre mouil­lage pour emprunter un sen­tier de prom­e­nade. Quand nous arrivons sur la plage, nous cher­chons un coin pour dépos­er notre kayak. Et pour­tant, ce n’est pas la place qui manque mais il se trou­ve que la plage est jonchée de poubelles. Ce n’est pas le vent qui a parsemé quelques papiers ou plas­tiques, pas du tout ! Nous voyons des sacs poubelles de par­ti­c­uliers, soigneuse­ment fer­més (quand ils ne sont pas éven­trés) déposés sci­em­ment sur la plage. Le bord de cette plage offre une vision apoc­a­lyp­tique où les gens se baig­nent… Lorsque nous remon­tons le chemin (avec notre poubelle à la main), nous avons du mal à com­pren­dre ce qui se passe car, arrivés en haut du chemin, nous trou­vons une poubelle chaque 100 mètres ! Et le comble de tout ceci est que nous tombons nez à nez, c’est le cas de le dire, sur la déchet­terie de l’île qui sem­ble avoir la même activ­ité qu’un vol­can éteint depuis plusieurs mil­liers d’années.

L’île de Poci­da dans le golfe de Naples en Ital­ie, souf­fre de la pol­lu­tion des par­ti­c­uliers qui déposent leurs poubelles sur les plages.

L’île d’Ischia mon­tre aus­si quelques anom­alies quand on s’y penche de plus près. Nous avions déjà vis­ité Ischia au mois de juin 2015 où la sai­son bat­tait son plein. Au mois d’avril 2017, beau­coup de mag­a­sin sont fer­més et l’ambiance est un peu tris­tounette. De juin à sep­tem­bre, Ischia est une des des­ti­na­tions de vacances préférées des touristes alle­mands du troisième âge et des russ­es. D’ailleurs, tout est écrit en alle­mand ou en russe. Mais nous sommes envahis par un sen­ti­ment de décep­tion à la vue de plusieurs dys­fonc­tion­nements d’ordre pub­lic. Lorsque nous enta­mons une prom­e­nade dans un parc dit « aro­ma­tique méditer­ranéen », nous le trou­vons à l’abandon, sans indi­ca­tion, sans plan, où

les poubelles jonchent les allées. Cela fait par­tie des nom­breuses con­tra­dic­tions de l’Italie. Nous apercevons un gros chantier au même stade qu’il y a deux ans. Le pro­jet en ques­tion devait aboutir sur la con­struc­tion d’une salle poly­va­lente dédiée à la cul­ture. Le début et la fin du pro­jet est tou­jours vis­i­ble sur un grand pan­neau : « De 2007 à 2013, avec finance­ment de l’Europe ». Mais nous nous réc­on­cil­ions avec Ischia lorsque nous prenons le bus jusqu’au vil­lage de Fontana pour mon­ter jusqu’au mont Epomeo, pic le plus haut de l’île (788 M), nous offrant un mag­nifique panora­ma. En redescen­dant, nous tra­ver­sons une forêt de châ­taig­niers où les familles et les étu­di­ants ont pour habi­tude de venir pique-niquer. C’est la Dolce Vita et la forêt reten­tit de rire et de musique, embaume la gril­lade et respire la joie et la bonne humeur ital­i­enne !
De plus, c’est grâce à un der­ma­to­logue très gen­til et de garde ce jour-là sur l’île que j’ai élu­cidé mon his­toire de bou­ton, le ver­dict est tombé : c’est un pso­ri­a­sis à goutte. Très con­traig­nant mais bénin, je suis soulagée que le voy­age puisse con­tin­uer. J’apprends que le der­ma­to­logue tient une per­ma­nence sur l’île une fois par mois, c’est quand même un coup de pot. La note prend égale­ment un goût salé et la carte vitale européenne ne fonc­tionne pas partout, il faut s’en accom­mod­er !

Escale à Naples, “oui Naples est sale…mais c’est une crasse séduc­trice qui côtoie de véri­ta­bles joy­aux archi­tec­turaux”.

Naples

On ne peut pas évo­quer la pol­lu­tion sans par­ler de Naples…Mais Naples nous rend schiz­o­phrène au niveau des sen­ti­ments ! Oui Naples est sale…Mais c’est une crasse séduc­trice qui côtoie de véri­ta­bles joy­aux archi­tec­turaux, un peu comme Palerme. Elle suinte la cor­rup­tion et la saleté par tous ses pores mais l’ambiance est unique. Pour vis­iter la ville et ses envi­rons, nous déci­dons de pren­dre quelques nuits dans une mari­na et nous cher­chons la plus proche du cen­tre-ville (tant qu’à faire !). Nous jetons notre dévolu sur la Mari­na San­ta Lucia. Nous négo­cions le tarif au télé­phone : Nous pas­sons de 80 à 60 Euros par nuit pour un dix mètres… La mari­na n’a ni toi­lette, ni douche. Mais nous sommes au cœur de Naples et les mari­nas plus excen­trées ne pro­posent pas de tar­ifs plus avan­tageux. La sécu­rité est sujette à cau­tion et sou­vent inclue dans le prix. Nous avons une place qui donne sur les restau­rants de la Mari­na et l’endroit est assez sûr pour laiss­er le bateau seul la journée. Ce sera notre petite folie et nous res­terons cinq nuits au port, aucun regret !

De nom­breux inci­dents mal­heureux nous ont été rap­portés par des nav­i­ga­teurs qui sont déjà allés au port de Naples. Les fonds sont rem­plis de détri­tus et des tas de câbles, de cordages, flot­tent dans le port et dans la grande baie. Le gros risque est de se pren­dre une corde dans l’hélice lorsque vous êtes au moteur. C’est au petit bon­heur la chance…Nous prenons le risque et nous sor­tons indemnes en quit­tant Naples et son port.

Nous notons une grande dif­férence entre la France et l’Italie : les sacs plas­tiques. Alors que la France essaie de dimin­uer voire de stop­per com­plète­ment la dis­tri­b­u­tion des sacs plas­tiques dans les grandes sur­faces et tout autre com­merce, c’est très dif­férent en Ital­ie. C’est la foire aux sacs ! Peu importe ce que vous achetez, on vous remet un tick­et au bis­phénol et un sac plas­tique ! Nous n’avons jamais eu autant de sacs plas­tiques sur le bateau. Nous les util­isons pour la poubelle « déchets ménagers ».
Idem pour le tri des ordures, il n’est pas respec­té et vous pou­vez trou­ver une poubelle à deux entrées : une pour le car­ton et une autre pour le verre, mais sans aucune sépa­ra­tion, si bien que tout se mélange ! Nous ne cher­chons pas à blâmer qui que ce soit en faisant cette con­stata­tion. Après tout, n’est-ce pas la réponse à une société hyp­ocrite ? Pourquoi deman­der de faire le tri alors que l’on con­tin­ue à dis­tribuer des sacs plas­tiques à tout va ? Pourquoi ne réduit-on pas les embal­lages ? À Paris, chaque deux ans, se tient le plus gros salon de l’emballage…Nous ne pen­sons pas être plus éco­los en France qu’en Ital­ie.
Autre con­stata­tion mal­heureuse, c’est la dégra­da­tion de site excep­tion­nel tel que Her­cu­lanum ou Pom­péi. Nous choi­sis­sons de vis­iter Her­cu­lanum. Notre décep­tion a été de trou­ver plusieurs por­tions fer­mées au pub­lic cause « de dégra­da­tion du site ». Ce site fab­uleux est en train de se réduire à peau de cha­grin car il n’y a jamais eu d’anticipation de travaux de con­ser­va­tion.
Nous quit­tons Naples avec un petit pince­ment au cœur car elle reste mal­gré tout, une de nos villes préférées de la côte ital­i­enne. Elle nous a ensor­celés !

Cap sur Malte

Nous voulons attein­dre l’île de Malte afin de s’installer quelques semaines ou pourquoi pas y pass­er l’été pour se pos­er un peu et tra­vailler à nos activ­ités. Mal­heureuse­ment, Malte ne s’avère pas à la hau­teur de nos espérances pour dif­férentes raisons que nous allons évo­quer plus bas.
Avant d’atteindre Malte, nous aurons fait une halte à Capri, le petit bijou du golfe de Naples, puis deux arrêts dans les îles éoli­ennes dont une à Panaréa et une autre à Vul­cano. Nous les avions vis­itées il y a deux ans et avions gravi tous les som­mets. Mais nous sommes impa­tients de décou­vrir de nou­veaux ter­ri­toires et ne faisons qu’une petite escale dans ces îles.
Si nous devons recom­man­der une seule île du Golfe de Naples c’est, sans hési­ta­tion, Capri ! Con­cer­nant les îles éoliennes…Nous vous les recom­man­dons toutes ! Fil­icu­di a notre préférence mais elles sont toutes dis­tinctes.
Après s’être avi­tail­lés à Vul­cano, nous met­tons le cap sur Malte ven­dre­di 28 avril à 13h00 et tra­ver­sons le détroit de Mes­sine dans la nuit avec un courant favor­able. Nous arrivons à Malte Dimanche 30 avril au matin. Nous aurons par­cou­ru env­i­ron 200 milles nau­tiques, la nav­i­ga­tion dur­era 43 heures dont 15 heures au moteur. Nous jetons l’ancre à St Julian’s Bay et mal­gré un mouil­lage chahuteur dû à une petite houle facétieuse, nous trou­vons un repos répara­teur.

Arrivée à Malte

Mai 2017 : Arrivée à Malte

L’arrivée à Malte est tou­jours impres­sion­nante. La lumière sur le cal­caire, la couleur dorée sur ses for­ti­fi­ca­tions grandios­es et son archi­tec­ture aux influ­ences ori­en­tales est une invi­ta­tion aux con­tes des mille et une nuit. Tout ce beau décor ne reflète mal­heureuse­ment pas les couliss­es de l’île. Malte est certes cos­mopo­lite, mais c’est aus­si une île faite pour le tourisme et beau­coup pour le tourisme ! Plus par­ti­c­ulière­ment à Sliema, quarti­er du bord de mer, nous con­sta­tons la con­struc­tion d’immeubles de plus en plus haut, les maisons sont toutes rehaussées de plusieurs étages et le soleil se couche donc plus tôt que prévu ! De très nom­breux chantiers immo­biliers furent entre­pris par l’ancien gou­verne­ment qui n’était pas avare en autori­sa­tions (affaires de cor­rup­tion) …

Nous prof­i­tons de cette halte pour nous avi­tailler en eau et en Gazole tout en restant au mouil­lage. Nous faisons plusieurs allers-retours avec notre kayak gon­flable et nous réus­sis­sons à trans­porter 58L d’eau en un voy­age avec des bidons de 5 et 8L. Il y a une fontaine d’eau potable à 15 mètres de là où nous lais­sons le kayak. Nous trou­vons une laver­ie et une sta­tion d’essence égale­ment tout proche. Nous pas­sons une journée à faire nos « corvées » et nous voilà tran­quilles pour un moment. Mais le vent tourne et nous sommes oblig­és de chang­er de mouil­lage. Nous nous abri­tons à Rinel­la Bay, en face des « trois cités ». Nous sommes loin de tout, coincés sur le bateau et aucun marc­hand de fruits et légumes à moins de 30 min­utes de marche quand il y a une petite accalmie.
Nous con­sta­tons égale­ment que notre con­nex­ion inter­net est très pau­vre et ne pou­vons pas tra­vailler comme nous l’avions prévu. L’eau du mouil­lage est sale et nous sommes très dépen­dants de l’eau de mer car nous faisons tout avec elle : vais­selle, toi­lette, etc… Nous rinçons la vais­selle avec l’eau douce à l’aide d’un pul­vérisa­teur pour économiser l’eau. Nous faisons notre toi­lette à l’eau de mer et avons appris un petit truc qui nous per­met de ne pas se rin­cer ! Dès que nous sor­tons de l’eau, nous nous essuyons tout de suite. De ce fait, le sel ne provoque pas ce tiraille­ment ressen­ti comme avec le séchage naturel au vent. L’été tarde à venir, alors nous faisons une excep­tion pour les cheveux que nous rinçons à l’eau douce car il fait encore un peu humide en soirée.
Le vent de nord-ouest forcit et sur les 4 bateaux qui se trou­vent au mouil­lage, deux dérapent dans la nuit (l’ancre ne tient pas) heureuse­ment, il n’y a pas de casse et ils doivent rajouter une deux­ième ancre.

« Sur les traces d’Ulysse »

Le 10 mai, alors que le vent tourne au sud, nous déci­dons de quit­ter Malte et d’aller sur Syra­cuse où le mouil­lage devant le port con­stitue un excel­lent abri. Nous trou­vons le séjour à Malte trop court et regret­tons tout de même notre mouil­lage dans la baie de St Julian qui lui, offre un excel­lent emplace­ment. Mais quand la météo propose…On dis­pose, alors cap sur Syra­cuse ! De là, nous atten­drons le souf­fle con­ciliant d’Éole pour nous pouss­er jusqu’en Grèce, dans les îles Ion­i­ennes. Impa­tients de con­tin­uer sur les traces d’Ulysse, nous allons enfin décou­vrir une par­tie de la Méditer­ranée que nous n’avons encore jamais explorée !

Comme pré­cisé au départ, ce voy­age est une com­bi­nai­son de belles décou­vertes mais com­porte quelques désen­chante­ments comme le dur con­stat de pol­lu­tion en mer Méditer­ranée. Mal­heureuse­ment, ce sont TOUTES les côtes méditer­ranéennes qui sont touchées. Nous accom­plis­sons des gestes respon­s­ables au quo­ti­di­en de sorte à ne pas aggraver cette sit­u­a­tion. Nous choi­sis­sons des pro­duits qui n’agressent pas l’environnement marin, nous sommes très économes en eau, et la brise diesel est util­isée en dernier recours car nous avons le temps (il est de bon ton de le pré­cis­er !). Nous croyons aux ini­tia­tives indi­vidu­elles même si elles ne représen­tent qu’une goutte d’eau dans la Méditerranée…Ben C’est déjà ça !
Prochain épisode : Une semaine de mouil­lage à Syra­cuse et l’arrivée sur les îles Ion­i­ennes !

Pollution dans le golfe Ambracique, en Grèce

Episode 6

SYRACUSE : POINT DE DÉPART POUR LA GRÈCE

Voici la suite des nav­i­ga­tions de « Sauvage » et de son équipage en mer Méditer­ranée. Cet épisode qui racon­te nos pre­miers pas en Grèce, dans les îles Ion­i­ennes, par­lera de ces ren­con­tres faites en mer et sur le con­ti­nent grec qui nous auront mar­quées, et de moment clef à tra­vers une vidéo…
Nous ne sommes pas venus à Syra­cuse pour ses eaux cristallines mais pour retrou­ver cette ville pleine de vie et de charme et c’est d’ici que com­mence notre « vrai » voy­age. En effet, nous allons décou­vrir une nou­velle par­tie de la Méditer­ranée et le mouil­lage dans la baie de Syra­cuse représente pour nous le sas d’attente pour notre départ vers la Grèce. Dans l’attente d’une fenêtre météo favor­able, nous imag­i­nons une arrivée digne de l’Odyssée d’Ulysse : Cor­fou, dans les îles Ion­i­ennes !
À Syra­cuse, nous ren­con­trons Car­o­line et Nico, un jeune cou­ple fran­co-ital­ien qui voy­age sur « Ysé », un voili­er en alu­mini­um de 11,50 mètres. Ils ont appareil­lé de Bre­tagne en octo­bre 2016 et ont passé l’hiver à Malte. Pen­dant deux mois, nous nav­iguerons ensem­ble jusqu’à leur retour en Ital­ie.
Mais le début s’annonce mal ! Alors que nous prof­i­tons d’une fenêtre idéale pour point­er l’étrave vers la Grèce, Ysé ren­con­tre un prob­lème de moteur et doit s’arrêter d’urgence dans un port en Cal­abre, au sud de l’Italie. Nous con­venons de con­tin­uer notre route vers la Grèce car le vent vient du sud et ne nous per­met pas de rester au mouil­lage dans cette par­tie de l’Italie. Après 62 heures de nav­i­ga­tion (dont 14 au moteur), nous tou­chons notre pre­mière île grecque : le sud de Lefkas ! Tant pis pour notre arrivée sur Cor­fou, la météo en a décidé autrement ! Ysé et son équipage arriveront 4 jours après.

LES ÎLES IONIENNES : SES PAYSAGES, SES HABITANTS, SES EFFETS DE SITES, ET NOS RENCONTRES

Notre par­cours dans les îles ion­i­ennes : Point d’arrivée : Lefkas, puis Megan­isi, Kas­tos, Ithaque (Kioni), côte est de la Céphalonie (Eufemia, Kalo limani), Chenal de Lefkas, Pre­veza (sur le con­ti­nent), le golfe d’Amvrakia de Preveza,Andipaxoi, Pax­oi, Cor­fou, Oth­oni @Cyrille Mous­set

Ce qui a ren­du ces deux mois de nav­i­ga­tion mag­iques, c’est assuré­ment la com­bi­nai­son de la beauté du paysage des îles Ion­i­ennes, pre­mière approche avec la pop­u­la­tion grecque et notre ren­con­tre avec l’équipage du voili­er « Ysé ». Nous n’avions, jusqu’à présent, con­nu aucune expéri­ence de nav­i­ga­tion avec un autre voili­er. Toute­fois, nous con­sta­tons aujourd’hui, que cette entente partagée pen­dant ces deux mois avec nos amis est rare, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que nous sommes du même âge et qu’il est plus « nor­mal » de crois­er sur l’eau des retraités ou en général des gens plus âgés. Car­o­line et Nico vivent aus­si sur leur bateau et nous pou­vons partager ensem­ble nos ques­tions, nos doutes, et nos joies ! De plus nous décou­vrons tous les qua­tre la Grèce pour la pre­mière fois.
Nous avons le même rythme de croisière, et de par nos per­son­nal­ités dif­férentes, chaque per­son­ne apporte quelque chose d’enrichissant. Il n’y a pas de « meneur ou de chef », qui décide où aller, quand par­tir, com­bi­en de temps rester etc…

Sou­vent, lorsque nous repen­sons à nos pre­miers pas en Grèce avec l’équipage d’Ysé, on se dit que nous avons décou­vert des lieux que nous n’aurions jamais décou­vert à deux. Nous louons une voiture pour vis­iter les plus grandes îles, ce qui per­met de divis­er les frais par deux et nous parta­geons tous les qua­tre une curiosité boulim­ique qui nous a poussé jusqu’ici en bateau !

Pour décrire briève­ment les îles Ion­i­ennes, il y a une chose à savoir : il ne faut surtout pas s’attendre à la Grèce des cartes postales habituelles : Le soleil éblouis­sant sur les maisons bleues et blanch­es ! La région des îles Ion­i­ennes est celle où il pleut le plus en hiv­er. L’été est très chaud et humide, ce qui a pour con­séquence cette végé­ta­tion lux­u­ri­ante qui fait la par­tic­u­lar­ité de ces îles. Il y a des oliviers, des cyprès, des pins et des fleurs à pro­fu­sion ! C’est une région verte et ombragée aux maisons cou­vertes de tuiles romaines rouges.
Les effets de sites sont nom­breux et il n’est pas rare que la topogra­phie des îles per­turbe nos prévi­sions météorologiques. Nous croyons être à l’abri du vent du nord en trou­vant un beau mouil­lage au sud ? hé bien non ! Les rafales de vent se ren­for­cent lorsqu’elles déva­lent les falais­es escarpées des îles Ion­i­ennes, ce qui sou­vent, crée des sur­pris­es et provoque des direc­tions de vent con­traires à celui qui était prévu. Au départ, nous sommes un peu con­fus, puis rapi­de­ment, nous apprenons à appréhen­der et anticiper ces phénomènes courant en Grèce.

NOUVELLES EXPÉRIENCES ET PARTAGE DE BEAUX MOMENTS !

En Céphalonie, plus pré­cisé­ment au port d’Argostoli, nous faisons nos for­mal­ités (je rap­pelle que même si nous sommes dans la com­mu­nauté européenne, il est de bon ton de faire des for­mal­ités en entrant en Grèce, j’ai d’ailleurs écrit un arti­cle à ce sujet sur mon site Sailingthewords.com : « les for­mal­ités en Grèce » dans la rubrique actu­al­ités). Nous avons loué une voiture pour nous y ren­dre car nous sommes au mouil­lage d’Eufemia, sur la côte Est et faire une pierre deux coups : les for­mal­ités et la vis­ite de l’île ! À Argos­toli nous vivons un joli moment : dans le port, alors que les pêcheurs vendent leur pêche et rangent leurs filets, des tortues vien­nent aux abor­ds du quai pour manger les déchets de pois­sons ! On les appelle « Caret­ta-Caret­ta » en grec ! Elles font bien évidem­ment la joie des touristes et des pas­sants !
Sur l’île d’Ithaque et Mégan­isi, nous expéri­men­tons notre pre­mier mouil­lage avec « amar­res à terre ». Manœu­vre un peu déli­cate pour la pre­mière fois mais c’est presque une oblig­a­tion en Grèce ! Réservé aux mouil­lages pro­fonds, exi­gus et très fréquen­tés, ce style d’amarrage per­met de garder son bateau tou­jours dans le même axe et de l’empêcher d’éviter.

Amarre à terre à Ithaque pour Sauvage et Ysé (de droite à gauche) ! @Cyrille Mous­set

Nous faisons égale­ment un arrêt sur Kas­tos, habitée par 80 âmes, on y trou­ve une « Tav­er­na » (restau­rant grec), un bar, une église et même une école ! sans par­ler du mini mar­ket, ouvert seule­ment le matin et…pas tous les jours ! Il y a un port où on peut se baign­er telle­ment l’eau est translu­cide. Nos nav­i­ga­tions vont de sur­pris­es en sur­pris­es. Toutes ces îles dif­fèrent les unes des autres et il n’y en a pas une qui se ressem­blent. Nous ne descen­drons pas jusqu’à Zante pour l’instant et déci­dons de touch­er le con­ti­nent afin que l’équipage d’Ysé puisse régler un prob­lème de moteur… Notre choix se porte sur Pre­veza et le golfe Ambracique car il y a plusieurs chantiers navals et des mag­a­sins spé­cial­isés dans le matériel mar­itime. Nous prof­iterons de cette escale pour acheter un nou­veau son­deur car cela fait deux mois que le nôtre nous a lâché et nous sommes tou­jours au fil à plomb pour son­der les pro­fondeurs, à l’ancienne !
Ce que nous ignorons, c’est que nous allons rester à Pre­veza plus de temps que prévu et vivre de belles aven­tures !

PROCHAIN EPISODE : 1 /PREVEZA ET LE GOLFE AMBRACIQUE : UN ARRET PLUS LONG QUE PRÉVU ! 2/CORFOU, DRÔLE D’IMPRESSION, 3/LA SÉPARATION, NOTRE NOUVELLE ÉQUIPIÈRE ET NOTRE DESCENTE EN DIRECTION DU GOLFE DE PATRAS !

Episode 7

Notre arrêt pro­longé à Préveza nous a per­mis de créer des liens avec la pop­u­la­tion locale mais aus­si mar­itime, nous avons décou­vert les paysages de la région de l’Épire, et tout ceci nous a lais­sé d’excellents sou­venirs. C’est pour toutes ces raisons que nous y con­sacrons un chapitre un peu plus long…

PREVEZA ET LE GOLFE AMBRACIQUE : UN ARRET PLUS LONG QUE PRÉVU

Lorsque nous arrivons à Préveza, nous jetons l’ancre dans la baie face aux chantiers navals et aux nom­breuses mari­nas. La ville est juste en face mais l’accès est dif­fi­cile quand nous nous trou­vons de ce côté-là. À moins de pren­dre le bus (quand il passe) ou le taxi qui per­met de tra­vers­er un tun­nel sous la mer reliant la ville. Le port com­mu­nal de Préveza est plein et n’a pas la place pour accueil­lir nos deux bateaux. En atten­dant qu’une place se libère, nous allons nav­iguer dans le golfe Ambracique et mouiller sous les ruines d’un site qua­si­ment à l’abandon : Nikopolis…Et là à notre grande sur­prise, nous nous retrou­vons à deux bateaux dans cette baie gigan­tesque peu pro­fonde, face à un paysage sauvage, isolé et boudé par le tourisme. On com­prend pourquoi : L’eau est de couleur verte, ici ni transats ni para­sols ne peu­vent envahir le bord de mer, il ne réserve aucune place pour la farniente. De nom­breuses tortues y nagent tout en prenant soin de rester loin de nous, mais lorsque nous descen­dons à terre pour longer le bord de mer, il y a du monde…Une quan­tité phénomé­nale de crabes, de Bernard l’Hermite, de minus­cules pois­sons, c’est plein de vie !

Le Golfe Ambracique @Cyrille Mous­set

NIKOPOLIS OU LA BAIE SAUVAGE

Le lende­main, nous par­tons à pied vis­iter la cité de Nikopo­lis, là encore, nous ne crois­erons personne…Et pour­tant, la muraille est imposante par sa taille (mal­gré sa décrépi­tude) et par son his­toire. Nikopo­lis a été con­stru­ite par Octave pour com­mé­mor­er sa vic­toire sur Antoine lors de la bataille d’Actium. Cette bataille a décidé de l’avenir de l’empire romain ! Quand nous rejoignons nos bateaux, nous apercevons une grande salle qui sem­ble être une taverne…Lorsque nous entrons, nous sommes chaleureuse­ment accueil­lis par une dame grecque. Exit l’anglais dans cette par­tie de la Grèce. Nous arrivons à nous faire com­pren­dre et prenons place pour dîn­er.

Arrivent le mari, les enfants, les petits enfants, le pope du vil­lage et quelques voisins…L’animation se met en marche, ça par­le, ça rigole, et nous man­geons joyeuse­ment au milieu de ce brouha­ha très agréable ! Nous finis­sons par dis­cuter avec eux en s’aidant du pau­vre vocab­u­laire que nous pos­sé­dons et d’un dic­tio­n­naire que nous avons sur le portable ! Nous pas­sons une soirée très con­viviale.

Le Théâtre de Nikopo­lis @Cyrille Mous­set

PREVEZA, UN CHARME QUI OPÈRE

De retour sur Préveza, nous trou­vons deux places au port com­mu­nal. Nous res­terons un total de 3 semaines (Préveza et le Golfe Ambracique). À ce jour, cela reste l’arrêt le plus long que nous ayons jamais fait ! Nous tombons sous le charme de l’ambiance de la ville de Préveza. Der­rière les restau­rants et cafés du bord de mer, les rues ont gardé l’atmosphère des villes de marchés provinciaux…Nous ren­con­trons beau­coup de français au port com­mu­nal, cer­tains d’entre eux par­courent la Grèce depuis 20 ans ! Nous ne pen­sons pas y rester aus­si longtemps…Il y a telle­ment d’autres choses à décou­vrir. On peut toute­fois com­pren­dre cet attache­ment à la douceur de vivre grecque ! Ces ren­con­tres auront été rich­es en échanges. Nous écou­tons les con­seils, les expéri­ences de cha­cun et surtout les lieux à ne pas man­quer.

TASSOS, PERSONNAGE INCONTOURNABLE

Nous ren­con­trons Anastha­sios, dit « Tas­sos » à l’occasion d’un dîn­er avec l’équipage d’Ysé dans les ruelles de Préveza. Anastha­sios est le gérant mais on pour­rait le pren­dre pour un client. Il s’assit à notre table et avec son accent nous par­le en toutes les langues. Français, et surtout ital­ien avec Nico ! Faut dire que physique­ment il impose…Il a le corps d’un rug­by­man et la tête de Léo Fer­ré ! Il coiffe sa grande crinière blanche d’un cato­gan, boit de l’ouzo, fume beau­coup, drague autant, et aime faire la fête ! Nous le crois­erons à nou­veau le lende­main dans un café très local.

D’ailleurs à ce sujet, il est agréable de con­stater qu’il existe tou­jours de vieux bistrots aux allures défraîchies où on trou­ve une couleur plus locale, mêlant dif­férentes généra­tions. Nous pas­sons la soirée avec lui, dis­cu­tons de la Grèce, de ses habi­tants, de poli­tique, etc…Les lumières du bistrot s’éteignent, et c’est en zigza­guant que nous rejoignons nos embarcations…Encore une ren­con­tre et un moment qui fer­ont par­tie de ces beaux moments passés en Grèce.
Nous avons égale­ment pu nous pro­cur­er un nou­veau son­deur, l’équipage d’Ysé a trou­vé un mécani­cien pour répar­er le moteur, et nous avons même eu la pos­si­bil­ité de pren­dre des douch­es à l’eau douce sur la plage ! Les pleins d’eau sont faits, il est temps de repar­tir vers le nord des îles Ion­i­ennes…

CORFOU, DRÔLE D’IMPRESSION

Com­ment ne pas s’arrêter à Cor­fou ?! D’après l’Odyssée, Ulysse aurait débar­qué sur une plage située sur la côte ouest : Pale­okas­trit­sa. Hum Hum…On arrivera par la côte Est avec l’équipage d’Ysé. Nous mouil­lons au sud de la ville de Cor­fou et ne fer­ons qu’une vis­ite éclaire de la ville. Toute­fois, lorsque nous repasserons à Cor­fou, seuls cette fois-ci, après une escale sur l’île d’Othoni, nous mouillerons plusieurs jours sous la forter­esse. Je ne sais pas si c’est la chaleur écras­ante de l’époque (mi-juil­let) ou le fait d’avoir vis­ité la ville façon éclaire au pre­mier arrêt, ou encore d’avoir quit­té nos amis après avoir nav­igué deux mois en leur com­pag­nie, mais nous ressen­tons un léger abat­te­ment…

La forter­esse de Cor­fou @Cyrille Mous­set

De plus nous essuyons un coup de vent non prévu par la météo. Une nuit dif­fi­cile où nous devons assur­er des quarts de nuit au mouil­lage ! Notre chaîne tient bien et Sauvage se mon­tre valeureux. Mais les cornes de brumes qui son­nent dans la nuit pour aver­tir un bateau, puis deux, puis trois qui dérapent, ne nous per­me­t­tent pas de pass­er une nuit tran­quille et sere­ine ! Pas de casse, une petite peur et le lende­main, le soleil revient, le vent se calme et tout rede­vient « nor­mal ». Le cen­tre-ville de Cor­fou grouille de monde à cette époque et les rues sont bor­dées de mag­a­sins de sou­venirs qui vendent tous la même chose…Mais en nous écar­tant des axes touris­tiques, nous nous per­dons dans les ruelles du vieux Cor­fou. C’est une toute autre facette de la ville qui nous réc­on­cilie avec Cor­fou. Nous tombons sous le charme des vieilles façades aux tra­di­tion­nels volets verts, une archi­tec­ture néo­clas­sique pour le musée des arts con­stru­it par les anglais au XIXe siè­cle, et le plus drôle dans tout ça, c’est que nous nous retrou­vons presque seuls dans nos déam­bu­la­tions !

Le Vieux Cor­fou @Cyrille Mous­set

LA SÉPARATION, NOTRE NOUVELLE ÉQUIPIÈRE ET NOTRE DESCENTE EN DIRECTION DU GOLFE DE PATRAS !

Après notre pre­mière vis­ite de Cor­fou avec l’équipage d’Ysé, nous déci­dons de pouss­er encore un peu plus au nord pour décou­vrir l’île d’Othoni, ce qui per­me­t­tra à nos amis d’attendre une bonne fenêtre météo pour redescen­dre en Cal­abre. Oth­oni est une petite île qui échappe au tourisme de masse. Très fréquen­tée par les ital­iens car c’est la pre­mière île des Ion­i­ennes qu’ils ren­con­trent et il est agréable d’y faire une escale pour se ressourcer avant de se jeter dans le grand bain touris­tique de Cor­fou ! Oth­oni compte 40 habi­tants l’hiver et 380 l’été… C’est aus­si une île où les chats sont presque plus nom­breux que les habi­tants ! D’ailleurs, c’est ici que l’équipage de Sauvage s’agrandit et accueille sa nou­velle équip­ière que nous appellerons…. « Ysé », une petite chat­te âgée de 6 semaines qui depuis, nav­igue avec nous et avec laque­lle nous for­mons à présent un trio.

Ysé, notre nou­velle équip­ière @Cyrille Mous­set

La Grèce et ses chats…. Des chats partout ! Peut-être une tra­di­tion mais un prob­lème aus­si car beau­coup ne passent pas l’hiver et la plu­part vivent dehors. Ils n’appartiennent à per­son­ne mais pour­tant tout le monde leur donne à manger. Beau­coup d’entre eux sont malades et mal­gré les cam­pagnes de stéril­i­sa­tion qui sont menées, le nom­bre de chats ne cesse d’augmenter…
Le 12 juil­let, la fenêtre météo atten­due par nos amis arrive et l’heure de la sépa­ra­tion a son­né. Elle ne se fait pas sans un pince­ment au cœur mais nos pro­jets de nav­i­ga­tion sont dif­férents et il est impor­tant que cha­cun réalise le but qu’il s’est fixé. Nous sommes cer­tains que la mer nous réu­ni­ra à nou­veau, sans pour autant con­naître la date du prochain ren­dez-vous !
Ce même jour, nous met­tons les voiles et redescen­dons les îles Ion­i­ennes par la côte Est avec un arrêt sur Cor­fou, Pax­os, Pre­veza à nou­veau (vac­cin d’Ysé oblige !) et Kas­tos que nous avions bien aimé lors de notre pre­mière vis­ite. Notre objec­tif : Entr­er dans le golfe de Patras, pour­suiv­re par le golfe de Corinthe afin de tra­vers­er le mythique canal et se retrou­ver en mer Égée. Nous voulons trou­ver un endroit pour hivern­er à flot cet hiv­er…

Naviguer avec un chat

Navigation Golfe de Patras

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Récem­ment, j’ai lu dans la presse que vous soute­niez Bachar El Assad, l’homme qui m’a chas­sé de mon pays, tué mes amis et mes proches, m’a pour­chas­sé et...

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Récem­ment, j’ai lu dans la presse que vous soute­niez Bachar El Assad, l’homme qui m’a chas­sé de mon pays, tué mes amis et mes proches, m’a pour­chas­sé et con­traint de fuir la Syrie. Savez-vous pourquoi ? Sim­ple­ment pour avoir exer­cé mon méti­er de jour­nal­iste au cours de la révo­lu­tion syri­enne.

Vous êtes plus savants que moi en poli­tique, c’est pourquoi j’aimerais vous pos­er une ques­tion. Il y a des dizaines de jour­nal­istes qui comme moi ont com­bat­tu les islamistes ” El Qai­da, Daech, Jounoud El Cham, Ahrar El Cham ” et d’autres fac­tions que vous ne con­nais­sez sans doute pas. Ils se sont égale­ment opposés à Bachar El Assad. Voici ma ques­tion: pourquoi le soutenez- vous ?

La France m’a per­mis d’échapper à la guerre, elle fait désor­mais par­tie de moi. Après les mas­sacres de Char­lie Heb­do et du 13 Novem­bre, j’étais avec ceux qui ont pleuré les vic­times et déposé des fleurs place de La République. J’ai étudié la langue de ce pays et y ai édité deux livres en français. Je tra­vaille comme des mil­liers de réfugiés, nous ne cau­sons de tort à per­son­ne, tout ce que nous souhaitons c’est de vivre digne­ment. J’aime ce pays et suis prêt à don­ner ma vie pour lui.

Votre leader, Mme le Pen a égale­ment dit que les Syriens man­quaient de courage pour avoir quit­té leur pays en rai­son des événe­ments, alors que les Français ne l’avaient pas fait pen­dant la deux­ième guerre mon­di­ale. Cette com­para­i­son est inap­pro­priée : la guerre civile se déroulant dans mon pays n’a que peu de rap­ports avec la tragédie vécue par la France entre 1939 et 1945. Il est par con­tre pos­si­ble de la rap­procher de ce qui s’est passé en Espagne à la fin des années trente du siè­cle dernier. Pensez vous que les cen­taines de mil­liers d’Espagnols qui ont fui leur pays à ce moment là pour se réfugi­er en France étaient des lâch­es ?

Madame Le Pen : en Syrie, bien avant la prise de pou­voir par le par­ti Baath, nous avons accueil­li il y a de cela un siè­cle, des cen­taines de mil­liers d’Arméniens fuyant les mas­sacres organ­isés par l’Empire Ottoman. Avec le temps, ils sont devenus aus­si syriens que les autres habi­tants et notre pays est devenu pluriel sur le plan lin­guis­tique. Ces hommes et ces femmes ont tra­vail­lé, fait pro­gress­er l’économie et con­stru­it des ponts entre leur cul­ture d’origne et celle de leur pays d’accueil, ponts que les réfugiés d’aujourd’hui ten­tent d’édifier.

Je vous écris depuis un café parisien avec, autour de moi, des gens de divers­es nation­al­ités. Je remar­que que cer­tains me regar­dent avec ani­mosité, ce qui n’était pas le cas quand je suis arrivé il y a quelques années. Je ne quit­terai jamais la France quoi qu’il arrive. Savez-vous pourquoi ? Parce qu’un philosophe Irlandais Edmaund Burk, je suis sûr que vous le con­nais­sez, a dit “La seule chose qui per­met au mal de tri­om­pher est l’inaction des hommes de bien “.

Photo ©IsabelleLagny

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Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits,…)...

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Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits,…) et sur l’avenir des pro­duc­teurs de cannabis dans les pays du Sud. Avec elle, nous décryp­tons l’adaptation des pays his­torique­ment pro­duc­teurs de cannabis en Méditer­ranée, prin­ci­pale­ment Maroc et Liban, face aux nou­veaux modes de pro­duc­tion.

Entretien

La Méditer­ranée est his­torique­ment une des prin­ci­pales régions pro­duc­tri­ces de cannabis avec le Maroc et le Liban, est-ce tou­jours le cas aujourd’hui ?

Effec­tive­ment, la région méditer­ranéenne est une région his­torique de pro­duc­tion de cannabis, mais ce n’est qu’au cours de ces cinquante dernières années que le Maroc et le Liban* sont devenus par­mi les plus impor­tants pro­duc­teurs de haschich au monde pour ce qui con­cerne le marché d’exportation. Il y a eu, par le passé, d’autres espaces de cul­ture de cannabis en Afrique du Nord, au Moyen Ori­ent et en Europe du Sud, notam­ment en Egypte, en Syrie, en Algérie, en Tunisie, en Grèce et en Turquie.

Le Maroc, qui est un pays tra­di­tion­nel de cul­ture de cannabis (de kif ou herbe de cannabis), a com­mencé à pro­duire du haschich pour répon­dre à la demande européenne, puis l’a ensuite dif­fusé sur son ter­ri­toire nation­al. Le Liban l’a des­tiné dans un pre­mier temps à l’Europe et le Moyen Ori­ent, mais très peu de haschich libanais cir­cule actuelle­ment en Europe, si on en croit les saisies réal­isées par la police européenne et les dires des con­som­ma­teurs européens.

Aujourd’hui, le Rif au Maroc et la Beqaa au Liban sont toutes deux d’importantes régions de pro­duc­tion de cannabis. Les paysans les plus pau­vres y ont prof­ité de l’opportunité économique provo­quée par la pro­hi­bi­tion et une demande mon­di­ale soutenue de cannabis. Le Maroc et le Liban parta­gent, à bien des égards, des simil­i­tudes (mar­gin­al­i­sa­tion des espaces de cul­ture, lég­is­la­tion répres­sive, demande inter­na­tionale impor­tante, cli­mat méditer­ranéen prop­ice à la cul­ture, marchés de con­som­ma­tion à prox­im­ité, etc.).

Mais la com­para­i­son des deux pays laisse entrevoir des dif­férences de con­textes insti­tu­tion­nels dans les marchés locaux et inter­na­tionaux (marché tra­di­tion­nel au Maroc/absence d’un marché local au Liban, sta­bil­ité au Maroc/instabilité au Liban, etc.). Au Maroc, la sta­bil­ité du pays et la spé­cial­i­sa­tion des cul­ti­va­teurs de cannabis, depuis une cinquan­taine d’années, a favorisé le développe­ment d’une économie du haschich com­péti­tive. En dif­férents lieux, de mul­ti­ples pro­duits, aux qual­ités et aux prix diver­si­fiés, sont com­mer­cial­isés. La con­cur­rence entre pro­duc­teurs maro­cains et européens entraine de véri­ta­bles straté­gies com­mer­ciales. Par ailleurs, le Maroc pro­duit égale­ment pour une impor­tante con­som­ma­tion locale de cannabis.

Au Liban, les cul­ti­va­teurs et les inter­mé­di­aires ont su dévelop­per une économie du cannabis mal­gré l’instabilité poli­tique, les guer­res et les ingérences étrangères. L’absence de con­trôle de l’Etat dans la Beqaa, en sit­u­a­tion de con­flit per­ma­nente, s’est révélée avan­tageuse pour les cul­ti­va­teurs et les inter­mé­di­aires et a même favorisé le pas­sage du cannabis au pavot à la fin des années 1980. Les désor­dres poli­tiques actuels au Moyen-Ori­ent — et prin­ci­pale­ment la guerre en Syrie —, ont, une fois encore, favorisé la reprise de la cul­ture de cannabis et la pro­duc­tion de haschich dans la val­lée de la Béqaa. Aujourd’hui, le Liban est cer­taine­ment le pre­mier pro­duc­teur de résine de cannabis du Moyen-Ori­ent. Pour­tant, si la cul­ture du cannabis au Liban est anci­enne, ce pro­duit n’y a pas sus­cité les mêmes usages tra­di­tion­nels qu’au Maroc.

Champ de cannabis dans le Rif (Maroc)

Par ailleurs, ces dernières années ont vu émerg­er de nou­veaux espaces de cul­ture de cannabis en Méditer­ranée. Est née en Europe une pro­duc­tion domes­tique crois­sante, égale­ment par­mi des pays méditer­ranéens. En Espagne par exem­ple, selon une recherche menée sur la base des saisies de la police espag­nole, la cul­ture de cannabis à grande échelle a aug­men­té et on s’orienterait vers une sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions du haschich maro­cain. Rap­pelons que l’Espagne, qui est très proche géo­graphique­ment du Maroc, est le pre­mier pays de tran­sit et beau­coup de trafi­quants et d’intermédiaires espag­nols sont impliqués dans le traf­ic du haschich maro­cain. Le plus sur­prenant est que la cul­ture de cannabis à grande échelle se ferait surtout selon le mod­èle «hol­landais», c’est-à-dire en intérieur, alors que l’Espagne du Sud dis­pose de con­di­tions cli­ma­tiques et édaphiques favor­ables, autant que le Maroc et le Liban. Mais, étant don­né l’ampleur qu’a prise cette économie, les cul­tures de cannabis ont été déplacées en intérieur dans des lieux cachés et pro­tégés. Une autre recherche a mon­tré qu’en Turquie égale­ment, il per­siste une tra­di­tion de pro­duc­tion de haschich et, en regard à une posi­tion géo­graphique idéale au car­refour de l’Europe, des Balka­ns et du Moyen-Ori­ent, la cul­ture de cannabis aurait aug­men­té ces dix dernières années, prin­ci­pale­ment dans la région de Diyarbakir. Cepen­dant, la pro­duc­tion de cannabis dans plusieurs pays de la Méditer­ranée reste mécon­nue car peu de recherch­es sur ces pays ont été effec­tuées. La plu­part des infor­ma­tions provi­en­nent de jour­nal­istes ou de la police et non pas de recherch­es en sci­ences sociales. C’est le cas de l’Albanie où la police médi­a­tise régulière­ment les arresta­tions dans des inter­ven­tions liées au traf­ic et les érad­i­ca­tions de champs de cannabis vis­i­ble­ment impor­tantes dans le pays, surtout dans les mon­tagnes près de la fron­tière avec la Grèce.

Quelle est la lég­is­la­tion actuelle au Maroc con­cer­nant la cul­ture et la con­som­ma­tion du cannabis ? Est-elle effi­cace pour dis­suad­er les pro­duc­teurs de se lancer dans la pro­duc­tion ?

La lég­is­la­tion actuelle en matière de cul­ture et de con­som­ma­tion de cannabis au Maroc est liée à la péri­ode de Pro­tec­torat français, c’est un héritage colo­nial et des con­ven­tions inter­na­tionales. Plusieurs dahirs (décrets roy­aux) ont régle­men­té la cul­ture, la vente et l’usage du cannabis entre 1912 et 1956. D’abord ces dahirs avaient pour objec­tifs de défendre les intérêts de la Régie du Tabac et du Kif, mono­pole instau­ré par la France (qui cul­ti­vait du cannabis dans dif­férentes régions, notam­ment du côté de Kéni­tra ou de Mar­rakech), dont les recettes étaient ver­sées à l’administration française, et de lut­ter con­tre la con­tre­bande du kif cul­tivé dans la zone sous Pro­tec­torat espag­nol, c’est-à-dire dans le Rif. En 1954, un dahir inter­dit, dans la per­spec­tive de l’indépendance prochaine, la pro­duc­tion, la vente et la con­som­ma­tion de cannabis dans toute la zone sous pro­tec­torat français pri­vant ain­si le Maroc d’une manne finan­cière après l’avoir exploité pen­dant plusieurs décen­nies. A l’indépendance (1956), cette inter­dic­tion est élargie à l’ensemble du ter­ri­toire et le car­ac­tère illé­gal des dérivés du cannabis sera con­fir­mé dès la sig­na­ture par le Maroc (1966) de la Con­ven­tion unique sur les stupé­fi­ants de 1961 (Nations unies). Dans la lignée des con­ven­tions inter­na­tionales, en 1974, un nou­veau dahir relatif à la répres­sion et à la préven­tion de la tox­i­co­manie est pro­mul­gué. Répres­sif à l’égard du con­som­ma­teur, il con­stitue aujourd’hui la base de la lég­is­la­tion en matière de con­som­ma­tion de drogues au Maroc. Mal­gré ces inter­dic­tions, la cul­ture de cannabis sera tolérée dans un espace restreint du Rif cen­tral où elle serait implan­tée depuis plusieurs siè­cles. Elle sera égale­ment tolérée dans le Rif occi­den­tal (Jebala), là où il y a eu des exten­sions de cul­ture de cannabis pen­dant les années 1980 et 1990.

La cul­ture de cannabis a une longue his­toire de tolérance per­pé­tuée par les Espag­nols pen­dant le Pro­tec­torat pour s’attirer la sym­pa­thie des tribus berbères après la guerre du Rif (1921–1926). Le cannabis y est devenu un sym­bole iden­ti­taire d’une pop­u­la­tion mar­gin­al­isée. Le Nord du Maroc a eu par le passé une his­toire tumultueuse avec le pou­voir cen­tral. Il a con­nu des émeutes de 1958 et 1981, et a été mis à l’écart des grands pro­jets de développe­ment à l’indépendance du pays. La lég­is­la­tion n’a donc pas été effi­cace pour sup­primer la cul­ture de cannabis dans le Rif mais l’application de la loi a été effi­cace notam­ment lorsqu’elle a sup­primé la cul­ture de cannabis dans le Sud du Maroc ou a restreint l’extension de la cul­ture de cannabis au delà du Rif. Elle a per­mis égale­ment d’éradiquer la cul­ture de cannabis dans la province de Larache.

Glob­ale­ment, les dahirs de loi inter­dis­ent l’usage, la cul­ture, le trans­port, le stock­age, la vente du cannabis sous toutes leurs formes. Toute­fois, l’usage étant tra­di­tion­nel, la pos­ses­sion de petites quan­tités n’est pas pas­si­ble de pour­suites. Quant à la cul­ture de cannabis, elle est illé­gale et peut faire encourir à ses auteurs une peine d’emprisonnement de 5 à 10 ans et une amende de 5 000 à 50 000 dirhams. Elle est aus­si tolérée, ce qui n’empêche nulle­ment les érad­i­ca­tions ou les arresta­tions. Ce qui place les cul­ti­va­teurs dans une grande incer­ti­tude. Selon les chiffres du Min­istère de l’Intérieur, ils seraient 47 000 cul­ti­va­teurs sous man­dats d’arrêt, ils ne seront pas tous incar­cérés, mais leur incrim­i­na­tion les fait vivre dans la peur per­ma­nente. Ils doivent se cacher, établir des straté­gies, chang­er leur vie quo­ti­di­enne. Pour des dél­its plus graves liés au marché du cannabis, la dis­tri­b­u­tion et la vente, les peines sont plus sévères, surtout si des liens avec des organ­i­sa­tions crim­inelles sont avérés.

Com­ment évolue la pro­duc­tion et com­ment les pro­duc­teurs maro­cains s’adaptent-ils face la con­som­ma­tion de cannabis de syn­thèse, mais aus­si face à l’augmentation de la pro­duc­tion en Europe ?

En effet, en Europe, il y a eu une émer­gence d’une indus­trie de sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions de haschich. Les con­som­ma­teurs européens ont désor­mais à dis­po­si­tion des pro­duits diver­si­fiés et puis­sants. Selon l’Observatoire européen des drogues et tox­i­co­ma­nies, le marché est aus­si car­ac­térisé depuis le milieu des années 2000 par l’introduction du cannabis de syn­thèse orig­i­naire d’Asie. Il est dif­fi­cile de savoir si le cannabis de syn­thèse a un impact sur la cul­ture de cannabis au Maroc et s’il fait con­cur­rence au haschich maro­cain en Europe. Il faudrait déter­min­er en pre­mier lieu quels sont les con­som­ma­teurs de cannabis qui se tour­nent vers ce type de pro­duit. Nonob­stant, le haschich a souf­fert de la con­cur­rence de l’herbe cul­tivée par les nou­veaux entre­pre­neurs de cannabis locaux qui usent de tech­niques de cul­ture et de straté­gies de mar­ket­ing mod­ernes et élaborées, et il a per­du beau­coup de sa pop­u­lar­ité pen­dant les années 1990.

Jeunes plants de cannabis de var­iété hybride, Rif (Maroc)

Pour­tant, il n’y a pas eu de déclin de la pro­duc­tion de haschich au Maroc, au con­traire la cul­ture de cannabis, la cul­ture de cannabis a vu éclore de nou­veaux développe­ments ces dix dernières années, avec l’introduction de var­iétés hybrides de cannabis, aux taux de THC plus élevés, afin de répon­dre aux préférences actuelles des con­som­ma­teurs européens. Les acteurs maro­cain du marché du cannabis ont déjà, par le passé, dû faire face à la con­cur­rence : pen­dant les années 1970 quand le haschich maro­cain, même de très bonne qual­ité, a com­mencé à être ven­du en Europe, il était con­cur­rencé par d’autres qual­ités réputées comme les haschichs libanais, turc, afghan ou népalais. Le marché pro­po­sait égale­ment dif­férentes var­iétés d’herbes africaine, colom­bi­enne, ou thaï­landaise.

Ce n’est qu’au cours des années 1990 que le haschich maro­cain s’est imposé sur le marché. Mais la con­cur­rence à laque­lle doivent faire face les cul­ti­va­teurs est égale­ment locale, par exem­ple entre le haschich pro­duit dans l’espace his­torique de cul­ture et celui provenant de nou­veaux espaces de pro­duc­tion, ou comme entre cul­ti­va­teurs d’un même vil­lage. Le nom­bre élevé de cul­ti­va­teurs per­met aux inter­mé­di­aires et aux trafi­quants d’exercer des pres­sions afin que soient intro­duites de nou­velles var­iétés hybrides ou que le prix du cannabis baisse. En l’occurrence, les cul­ti­va­teurs doivent s’adapter aux change­ments du marché, mais ces adap­ta­tions sont toute­fois à rel­a­tivis­er ; la cul­ture des hybrides par exem­ple pose d’autres prob­lèmes, comme celui de la sur­pro­duc­tion. Ces dernières années, la répres­sion du traf­ic s’est inten­si­fiée, et les cul­ti­va­teurs se plaig­nent de ne plus pou­voir écouler leurs stocks aus­si aisé­ment que par le passé. Et s’ils parvi­en­nent, grâce aux tech­niques mod­ernes, à faire évoluer leurs pro­duits, ils ne maîtrisent pas tou­jours les cir­cuits de com­mer­cial­i­sa­tion.

Com­ment évolue la cir­cu­la­tion des drogues en Méditer­ranée ? Y’a-t-il plus de trafics ? de nou­velles routes ? De nou­veaux con­cur­rents au shit maro­cain ?

Depuis quelques années, les risques lors du trans­port du haschisch ont aug­men­té au Maroc et vers l’Europe. Les autorités se con­cen­trent sur la répres­sion du traf­ic au delà de l’espace de cul­ture de cannabis (routes, fron­tières, villes) et les saisies se sont mul­ti­pliées. Vers l’Europe l’utilisation de moyens tech­nologiques (radars, etc.) per­me­t­tent d’intercepter les trafi­quants de manière plus effi­cace. Pour y faire face, les inter­mé­di­aires cherchent de nou­veaux marchés et com­men­cent à recon­fig­ur­er leurs réseaux de com­mer­cial­i­sa­tion ain­si depuis quelques années ils écoulent le haschisch en Afrique prof­i­tant notam­ment de sys­tèmes poli­tiques frag­ilisés et cor­rom­pus.

Con­cer­nant les nou­veaux con­cur­rents, les pro­duc­teurs des pays indus­tri­al­isés ne s’étaient pas réelle­ment intéressés, jusqu’à présent, à l’extraction de la résine. Le haschich demeu­rait un pro­duit d’importation. Mais actuelle­ment, on observe de nom­breuses ten­ta­tives de pro­duc­tion de résine en Europe même, comme en Amérique du Nord. Des tech­niques se dévelop­pent locale­ment, et de plus en plus de « cul­ti­va­teurs domes­tiques de cannabis » trans­for­ment leur cannabis grâce à des tech­niques d’extraction emprun­tées au pays du Sud mais adap­tées à l’Europe ; ain­si le « Pol­li­na­tor* », dévelop­pé par une entre­pre­neuse hol­landaise, per­met de pro­duire locale­ment une résine de grande qual­ité.

*Voir Afsahi K., Dar­wich S., 2016, “Hashish in Moroc­co and Lebanon- A com­par­a­tive study”, Inter­na­tion­al Jour­nal of Drug Pol­i­cy, 31, 190–198 http://dx.doi.org/10.1016/j.drugpo.2016.02.024

*Le Pol­li­na­tor est une machine qui ressem­ble à un sèche-linge bor­dé d’un tamis. Elle per­met d’extraire une résine avec moins de déchets végé­taux ou impuretés.

Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Maître de con­férences en soci­olo­gie à l’Université de Bor­deaux et chercheuse au Cen­tre Emile Durkheim (CNRS), une par­tie de ses recherch­es actuelles visent à dévoil­er les mécan­ismes du marché du cannabis à par­tir de l’étude de l’offre. Elle a notam­ment ini­tié et développe des com­para­isons Nord-Sud (avec le Maroc, le Cana­da et la France), et Sud-Sud (avec le Maroc, le Brésil et le Liban) de la cul­ture de cannabis. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits…) et sur l’avenir des pro­duc­teurs de cannabis dans les pays du Sud.

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Mal­gré la pénal­i­sa­tion de la vio­lence con­ju­gale, les Tunisi­ennes doivent faire face aux craintes de la société et au manque de moyens des asso­ci­a­tions. Ahlam* sort de son...

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Mal­gré la pénal­i­sa­tion de la vio­lence con­ju­gale, les Tunisi­ennes doivent faire face aux craintes de la société et au manque de moyens des asso­ci­a­tions.

Ahlam* sort de son sac à main une poignée de feuilles pliées en deux. Des cer­ti­fi­cats médi­caux à l’en-tête «Min­istère de la San­té, République tunisi­enne», comme pour prou­ver ses dires. «S’il savait que je venais ici, je me ferais frap­per encore plus, c’est dan­gereux», lance-t-elle rapi­de­ment. Ahlam sort d’une séance d’ «écoute sol­idaire» au cen­tre d’écoute et d’orientation de l’Association tunisi­enne des femmes démoc­rates (ATFD), au coeur de la cap­i­tale. Cette femme de 43 ans, mère de trois enfants et femme au foy­er, vient ren­con­tr­er les bénév­oles de l’association depuis deux ans, à la recherche de sou­tien et de con­seils. Cela fait des années que son mari la bat, racon­te-t-elle en mon­trant son nez, cassé, et les dents man­quantes au fond de sa bouche. «Je vais bien­tôt voir un avo­cat. Je veux sim­ple­ment réclamer mes droits et retrou­ver mon bon­heur», souf­fle Ahlam. En Tunisie, la vio­lence con­ju­gale est un délit puni de 2 à 5 ans de prison selon la grav­ité des blessures physiques infligées. Mais entre ce qu’on peut lire dans le Code pénal et la réal­ité vécue par les femmes, le fos­sé est immense, et le dépôt puis l’aboutissement d’une plainte est sou­vent un long et pénible proces­sus.

Honte et sen­ti­ment de cul­pa­bil­ité

Ahlam s’est mar­iée en 1998. Après la nais­sance de son pre­mier enfant, en 2000, les coups de son mari com­men­cent. En 2003, elle décou­vre qu’il a une rela­tion avec une autre femme. «Je lui ai dit que je ne voulais pas de cette sit­u­a­tion. Il m’a frap­pée et m’a fait hos­pi­talis­er en psy­chi­a­trie, en dis­ant que je n’avais le droit de rien faire». La vio­lence est quo­ti­di­enne, infligée par son mari, mais aus­si par sa belle-famille. «J’étais comme leur bonne et tout le monde me frap­pait», racon­te-t-elle. Ahlam se retrou­ve isolée : «Je n’avais plus d’amis. J’ai arrêté d’en avoir, je me suis ren­fer­mée sur moi-même. J’avais mon prob­lème et je ne pou­vais pas en par­ler aux autres. Ni aux hommes, ni aux femmes. Si tu leur par­les, elles vont te causer encore plus de prob­lèmes et tu auras une répu­ta­tion hor­ri­ble dans le quarti­er».

Effrayée, préoc­cupée par l’avenir de ses enfants, Ahlam envis­age la solu­tion judi­ci­aire avec pru­dence. «Je ne peux pas divorcer, car j’ai peur que mon mari ne me donne pas la pen­sion ali­men­taire, et parce qu’il va me frap­per. Il faut d’abord que je prou­ve la vio­lence pour le divorce», soupire-t-elle. En Tunisie, les femmes ont le droit de divorcer depuis 1956 et la pro­mul­ga­tion du Code du statut per­son­nel, et ont droit pour leurs enfants à une pen­sion ali­men­taire du père. Une avancée impul­sée par le prési­dent Habib Bour­gui­ba, père de l’indépendance. La loi ne prévoit pas l’obligation pour les femmes de se jus­ti­fi­er pour deman­der le divorce, mais en cas de vio­lences, le divorce dit «par préju­dice» aboutit sou­vent plus rapi­de­ment. Il per­met égale­ment aux femmes de réclamer, en plus d’une pen­sion ali­men­taire plus élevée, des dédom­mage­ments. Et dans tous les cas, aucune mesure de pro­tec­tion n’est prévue par la loi pour préserv­er les femmes des éventuelles repré­sailles de leur mari en atten­dant l’aboutissement des procé­dures.

Sen­ti­ment de cul­pa­bil­ité, honte, vul­néra­bil­ité sociale et économique, obsta­cles admin­is­trat­ifs et juridiques : les mil­i­tantes de l’ATFD, qui ont reçu, écouté et ori­en­té plus de 4000 femmes depuis 1991, con­nais­sent bien les raisons qui empêchent la plu­part des femmes vic­times de vio­lences de porter plainte. Selon une enquête nationale menée par l’Office nation­al de la famille et de pop­u­la­tion en 2011, près de la moitié des femmes tunisi­ennes ont subi des vio­lences physiques au cours de leur vie. Mais seules 18% d’entre elles ont porté plainte. «Il y a trop de silence qui entoure la vio­lence, les femmes ne se sen­tent pas autorisées à en par­ler», regrette Ahlem Bel­haj, anci­enne prési­dente de l’ATFD, actuelle­ment en charge de la com­mis­sion «Vio­lences et San­té» de l’association.

Pres­sion sociale et nor­mal­i­sa­tion de la vio­lence envers les femmes

A Tunis, l’espace d’hébergement de l’association Beity, d’une capac­ité de 30 lits et dont l’unique entrée n’a pas d’écriteau pour un max­i­mum de dis­cré­tion, reçoit depuis octo­bre 2016 des femmes «en sit­u­a­tion de vul­néra­bil­ité». Cer­taines d’entre elles se s’ont retrou­vées à la rue, par­fois avec leurs enfants, pour avoir osé porté plainte ou voulu fuir un foy­er vio­lent. Sou­vent rejetées par leur famille, sans ressources finan­cières, elles sont accom­pa­g­nées par l’association dans leurs démarch­es, et peu­vent béné­fici­er de for­ma­tions et d’aides à la recherche d’emploi.

En huit mois, la direc­trice du cen­tre, Nadia Ben­zarti, a sou­vent enten­du les mêmes mots dans la bouche des femmes vic­times de vio­lences domes­tiques : «Lorsque les femmes vien­nent, elles dis­ent “Je l’ai bien mérité”. Ou par exem­ple : “C’est parce que je n’ai pas fait le dîn­er hier soir qu’il m’a frap­pé, il a quelque part rai­son.” », se désole-t-elle. Une réac­tion due à un mécan­isme psy­chologique qui per­met de se pro­téger du trau­ma­tisme, explique cette psy­cho­logue de for­ma­tion, mais aus­si le résul­tat d’une nor­mal­i­sa­tion de la vio­lence envers les femmes.

La lutte con­tre cette banal­i­sa­tion est l’un des com­bats de Hayet Jaz­zar, avo­cate à la Cour de cas­sa­tion de Tunis, mem­bre de la Ligue tunisi­enne des droits de l’Homme (LTDH) et mil­i­tante de l’ATFD. Elle a con­seil­lé, ori­en­té et accom­pa­g­né juridique­ment des femmes vic­times de vio­lences pen­dant 25 ans, bénév­ole­ment. Attablée au café “L’Univers”, où se retrou­vent beau­coup d’activistes de la société civile, elle dénonce la pres­sion sociale que subis­sent ces femmes : «Autour d’elles, dans la famille, quand elles sont vio­len­tées, et quand elles en par­lent, on leur dit : tout le monde est vio­len­té, essaie de baiss­er un peu le ton, change ta manière de réa­gir”. Tout le monde lui con­seille de se soumet­tre encore plus ! »

L’aboutissement d’une plainte, une rareté

Les obsta­cles ne se lim­i­tent pas au cer­cle famil­ial. Au poste de police, l’accueil n’est pas celui que l’on pour­rait imag­in­er pour une vic­time de quelque crime que ce soit. «Le plus sou­vent on lui dit : “Ren­tre chez toi, tu vas empris­on­ner ton mari, ce n’est pas nor­mal”», racon­te Hayet Jaz­zar. Pour Ahlem Bel­haj, ce com­porte­ment fréquent chez les policiers est le symp­tôme d’une société où les femmes ne sont pas con­sid­érées comme des indi­vidus mais plutôt comme un élé­ment de la famille. «Son statut de citoyenne n’est rien à côté de son statut d’épouse, de fille, ou de soeur. La cohé­sion famil­iale passe au-dessus des droits des femmes, résume-t-elle. La police n’est pas syn­onyme de sécu­rité et de jus­tice. Au con­traire, la police est égale­ment le mail­lon d’une chaîne de men­aces».

Les mil­i­tantes asso­cia­tives ont ain­si con­staté que les femmes qui per­sis­taient dans leur n’étaient qu’une minorité, les autres aban­don­nant en cours de route, découragées. Najet*, 36 ans, femme au foy­er et mère de deux enfants, a décidé un jour d’août 2016 d’agir face aux vio­lences physiques quo­ti­di­ennes que lui infligeait son époux. «Je lui ai dit : Je m’en vais, ça suf­fit, je prends les enfants avec moi. Si tu voir les enfants, tu vien­dras, mais dans tous les cas je m’en vais». Najet part vivre chez son père avec son fils de 5 ans et sa fille de 3 ans. Dans la foulée, elle se rend chez un avo­cat pour entamer une procé­dure de divorce. Quelques mois plus tard, le père de ses enfants vient les emmen­er pour ce qu’elle croit être une garde comme les autres. C’était en févri­er 2017, elle ne les a pas revus depuis. «Il est par­ti en Algérie avec eux. Il les a enlevés. Je ne sais même pas où ils sont». Najet peine à retenir ses larmes. «C’est lorsque je suis allée sig­naler l’enlèvement au poste de police que j’ai réal­isé en plus que mon avo­cat n’avait pas trans­mis ma plainte au tri­bunal, des mois plus tôt. J’ai dû tout repren­dre à zéro», pour­suit, amère, la jeune femme, qui se rend régulière­ment au cen­tre d’écoute de l’ATFD.

L’histoire de Najet, abusée par son avo­cat, est courante, comme l’explique Khouloud Nsiri, chargée du pro­gramme Adela à l’association Avo­cats sans fron­tières (ASF), qui vise à amélior­er l’accès à la jus­tice des per­son­nes vul­nérables, en par­ti­c­uli­er les femmes. Selon elle, de nom­breux inter­venants du sys­tème judi­ci­aire prof­i­tent de la sit­u­a­tion des femmes vic­times de vio­lence et par­fois de leur mécon­nais­sance de leurs droits pour leur soutir­er de l’argent. « Elle est vic­time, elle a subi des atroc­ités, et là elle est manip­ulée tout au long du proces­sus… », soupire-t-elle. Et lorsqu’une affaire arrive devant le juge, par­fois au bout de plusieurs années, et sou­vent grâce à la pugnac­ité d’avocats mil­i­tants, rien n’est encore gag­né. «Il y a une ten­dance à don­ner les peines les plus légères pos­si­bles aux maris vio­lents, parce que ce qui pré­domine dans l’esprit de la loi tunisi­enne c’est le fait de préserv­er la famille, et donc préserv­er le mari, qui dans les textes est tou­jours offi­cielle­ment “le chef de famille”», explique Khouloud Nsiri.

La sol­i­dar­ité, seul espoir, en atten­dant la loi “inté­grale”

Dans ce con­texte, le rôle des asso­ci­a­tions est essen­tiel d’un bout à l’autre du proces­sus, de l’écoute active et sol­idaire à l’accompagnement juridique en pas­sant par le con­seil, le sou­tien psy­chologique, l’hébergement d’urgence lorsque c’est néces­saire. «L’État doit recon­naître sa respon­s­abil­ité pour faciliter l’accès à la jus­tice pour les femmes. Car le sen­ti­ment de réus­sir à obtenir jus­tice est déjà un remède en soi», con­clut Khouloud Nsiri. Même son de cloche du côté de Nadia Ben­zarti, de Beity : «Ce qu’on est en train de faire, nor­male­ment ça devrait être le tra­vail de l’Etat !», s’indigne-t-elle. Grâce aux pres­sions de la société civile, un nou­veau pro­jet de loi, la «loi inté­grale rel­a­tive aux vio­lences faites aux femmes», a été rédigé. En par­tie basé sur les recom­man­da­tions d’associations his­toriques comme l’ATFD, il a pour objec­tif de traiter les vio­lences faites aux femmes de façon plus com­plète, en prenant en compte les dif­férents types de vio­lences : physique, mais aus­si psy­chologique, économique… Elle prévoit égale­ment des mécan­ismes de préven­tion de la vio­lence, un ren­force­ment de la pro­tec­tion des femmes qui en sont vic­times, et des sanc­tions à l’encontre des policiers qui ten­teraient de les dis­suad­er de porter plainte.

Le pro­jet de loi répond aus­si à la néces­sité de met­tre la loi tunisi­enne en con­for­mité avec la nou­velle con­sti­tu­tion post-révo­lu­tion, adop­tée en 2014, et qui stip­ule que l’Etat tunisien «s’engage à pren­dre les mesures néces­saires pour éradi­quer la vio­lence con­tre les femmes». Adop­té en con­seil des min­istres en juil­let 2016, il aurait dû être voté au par­lement en mai 2017. Mais le texte traîne encore dans les tiroirs de l’Assemblée des représen­tants du peu­ple, et les mil­i­tantes s’impatientent. «Jusqu’à main­tenant il y a un cer­tain vide juridique. On ne recon­naît pas la vio­lence faite aux femmes comme un phénomène spé­ci­fique. Le pro­jet de loi est donc vrai­ment inno­vant en matière de lég­is­la­tion ! Et c’est urgent ! », s’exclame Ahlem Bel­haj.

Même si c’est loin d’être suff­isant. « La cause de la vio­lence envers les femmes c’est la men­tal­ité misog­y­ne et patri­ar­cale qui règne en Tunisie, s’exclame Hayet Jaz­zar. Il faut édu­quer, sen­si­bilis­er. » Le com­bat des asso­ci­a­tions ne s’arrêtera pas avec la nou­velle loi.

*Les prénoms ont été mod­i­fiés à la demande des femmes pour des raisons de sécu­rité.

Perrine Massy et Timothée Vinchon

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Ne deman­dez pas tou­jours aux autres ce qu’ils peu­vent faire pour pro­téger la planète. Deman­dez-vous, cha­cun, ce que vous pou­vez faire au quo­ti­di­en pour pro­téger la planète. Soyez les acteurs de votre pro­pre des­tin ” a déclaré Nico­las Hulot lors du som­met pour le cli­mat qui s’est tenu à Paris le 12 décem­bre. Cette ren­con­tre visait à trou­ver des sources de finance­ment pour lut­ter con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Dans le cadre du dossier sur les pol­lu­tions et les solu­tions en Méditer­ranée, 15–38 a inter­rogé le min­istère de la tran­si­tion écologique et sol­idaire de Nico­las Hulot. Chaque direc­tion nous a répon­du selon ses com­pé­tences et champs d’action.

15–38 : La lutte con­tre la pol­lu­tion de la Méditer­ranée fait-elle par­tie des pri­or­ités de votre min­istère ? De quelle manière ? (Réponse de la Direc­tion des affaires mar­itimes)

DAM : La Méditer­ranée est désor­mais la pri­or­ité de la France en matière de con­trôle des émis­sions atmo­sphériques de navires. Des pro­grès impor­tants ont été réal­isés ces dernières décen­nies pour réduire les émis­sions de pol­lu­ants dans les trans­ports (oxy­des de soufre, oxy­des d’azote et par­tic­ules fines). Des pro­grès ont aus­si été réal­isés dans le secteur mar­itime avec par exem­ple une lim­i­ta­tion pro­gres­sive du taux de soufre des car­bu­rants (3,5 % actuelle­ment) et une déci­sion à l’Organisation Mar­itime Inter­na­tionale (OMI), fin 2016, de baiss­er ce taux à 0,5 % en 2020, sur tous les océans du monde. De plus, des zones de con­trôle des émis­sions ren­for­cé (ECA) avec des règles plus exigeantes encore, ont déjà été mis­es en place via l’OMI par cer­tains groupes de pays riverains : Manche, Mer du nord et Bal­tique par exem­ple, dans lesquelles les navires doivent utilis­er un car­bu­rant avec un taux de 0,1 % de soufre seule­ment.

Par ailleurs, le min­istère de la tran­si­tion écologique et sol­idaire a mis en place, en France, des groupes de tra­vail sur les par­tic­ules fines qui asso­cient les arma­teurs, les motoristes, les spé­cial­istes de la qual­ité de l’air, les ports et les ONG, dont les pre­mières con­clu­sions sont atten­dues mi 2018. Il s’agira de dress­er un état des lieux en matière d’impact et de solu­tions tech­niques, des pré­con­i­sa­tions rel­a­tives à la con­nais­sance des émis­sions (mesure), la recherche et le développe­ment (démon­stra­teurs,…), la stan­dard­i­s­a­tion de la qual­ité des car­bu­rants, les actions inci­ta­tives (label « navire pro­pre », droits de port,…), et le portage inter­na­tion­al d’un pro­jet de régle­men­ta­tion au sein de l’OMI.

15–38 : La lutte con­tre la pol­lu­tion aux hydro­car­bu­res passe par une lég­is­la­tion com­mune con­tre les débal­lastages. Mal­gré la Con­ven­tion inter­na­tionale Mar­pol, il y a tou­jours l’équivalent d’un Eri­ka rejeté dans la Méditer­ranée. Com­ment mieux appli­quer la régle­men­ta­tion ? (Réponse de la Direc­tion des affaires mar­itimes)

DAM : Il con­vient de soulign­er que d’une manière générale, la grande majorité des pol­lu­tions par hydro­car­bu­re, 75 à 80 %, sont d’origine ter­restre. Les eaux con­ti­nen­tales sont en effet con­t­a­m­inées selon divers­es modal­ités : efflu­ents des indus­tries, des autres modes de trans­port, urbains etc. S’agissant des navires, la régle­men­ta­tion inter­na­tionale lim­ite de façon stricte les rejets d’hydrocarbures, par­ti­c­ulière­ment en Méditer­ranée. En effet, la Con­ven­tion inter­na­tionale pour la préven­tion de la pol­lu­tion- MARPOL désigne la Méditer­ranée comme « zone spé­ciale » : afin de tenir compte de la sit­u­a­tion écologique et des con­di­tions de traf­ic de cette mer, une régle­men­ta­tion plus con­traig­nante s’applique en matière de préven­tion de la pol­lu­tion par les hydro­car­bu­res. Les rejets provenant des cales machines doivent notam­ment être fil­trés pour que la teneur en hydro­car­bu­res ne dépasse pas 15 par­ties par mil­lion. A bord des navires-citernes (pétroliers), tout rejet de déchets provenant de la car­gai­son est inter­dit.

Sur ce sujet, retrou­vez l’article de 15–38 dans notre dossier pol­lu­tion : “Hydro­car­bu­res, l’équivalent d’un Eri­ka par semaine rejeté dans la mer

 

La mer Méditer­ranée est par­ti­c­ulière­ment vul­nérable à la pol­lu­tion dite «opéra­tionnelle», dégazage et débal­lastage, car elle con­cen­tre 25% du traf­ic mar­itime mon­di­al d’hydrocarbures. En théorie, ces pra­tiques sont inter­dites, mais les États peinent à faire appli­quer la régle­men­ta­tion. D’abord, les pays méditer­ranéens sont peu équipés en sta­tion de récep­tion de ces eaux de bal­last ou de fuel. Ensuite, lorsqu’une infrac­tion est com­mise, encore faut-il pou­voir la prou­ver pour faire con­damn­er les respon­s­ables.

DAM : Afin de mieux appli­quer la régle­men­ta­tion, la France s’appuie sur ses moyens pro­pres (marine nationale, douane, affaires mar­itimes) mais égale­ment sur un pro­gramme européen de sur­veil­lance par satel­lite des pol­lu­tions en mer, CleanSeaNet. Les États par­tic­i­pants, dont la France, reçoivent des clichés satel­li­taires de leurs eaux ter­ri­to­ri­ales et de leur zone économique exclu­sive. Les clichés met­tent en évi­dence les dif­férences de rugosité à la sur­face de l’eau, sig­nant la présence poten­tielle de nappes de pol­lu­tion.

L’année 2016 a été mar­quée par une aug­men­ta­tion sig­ni­fica­tive du nom­bre de clichés CleanSeaNet grâce au déploiement de nou­veaux satel­lites. La détec­tion satel­li­taire est ain­si dev­enue en 2016 le pre­mier vecteur de sig­nale­ments de pol­lu­tions dans les eaux français­es, avec 833 clichés et 165 poten­tielles pol­lu­tions détec­tées (respec­tive­ment 241 clichés et 72 pol­lu­tions poten­tielles pour la façade française méditer­ranéenne). Au total, 60 pol­lu­tions con­fir­mées, d’échelle très vari­able mais mod­este, ont été con­statées dans les eaux français­es de Méditer­ranée en 2016. Ce type de sur­veil­lance rem­plit une fonc­tion dis­sua­sive. On observe ain­si sur les dernières années une ten­dance à la baisse des pol­lu­tions avérées dans les eaux français­es, tous océans con­fon­dus : 351 en 2008, 216 en 2010, 136 en 2016.

15–38 : Vous avez annon­cé met­tre fin aux per­mis d’exploitation d’hydrocarbures, sauf pour les per­mis et les deman­des en cours. Des deman­des d’exploitation pour le gaz de schiste sont en cours. La France pour­rait-elle autoris­er l’exploitation de cette ressource ? (Réponse de la Direc­tion générale de l’énergie et du cli­mat)

DGEC : La France est le pre­mier pays au monde à pro­pos­er un pro­jet de loi met­tant fin à la recherche et à l’exploitation des hydro­car­bu­res. Il s’agit d’une brique du Plan cli­mat, et décline con­crète­ment l’axe 9 : “laiss­er les hydro­car­bu­res dans le sous-sol”. Le pro­jet de loi présen­té en con­seil des min­istres le 6 sep­tem­bre prévoit :

- d’interdire toute nou­velle explo­ration d’hydrocarbures sur notre ter­ri­toire : c’est à dire met­tre un terme à la recherche de nou­veaux gise­ments.

- d’engager l’arrêt de l’exploitation d’hydrocarbures sur notre ter­ri­toire : les con­ces­sions exis­tantes ne pour­ront pas être renou­velées au-delà de 2040. Les nou­veaux per­mis de recherche pour­ront être refusés, tan­dis que les sit­u­a­tions légale­ment acquis­es seront respec­tées tout en se con­for­mant au nou­v­el objec­tif de fin d’autorisation de renou­velle­ment à l’horizon 2040.

- à par­tir du moment où est inter­dite la recherche d’hydrocarbures, et où aucun per­mis d’exploration de gaz de schiste n’a été délivré à ce jour, aucune exploita­tion de gaz de schiste ne sera plus pos­si­ble en France. L’interdiction en vigueur ne con­cer­nait que la frac­tura­tion hydraulique.

La recherche en hydro­car­bu­res est un enjeu en Méditer­ranée. Cer­tains deman­dent un mora­toire pour stop­per toute explo­ration mar­itime, partout en mer. Cer­taines asso­ci­a­tions craig­nent des cat­a­stro­phes en lien avec l’exploitation des champs de pét­role en mer, com­pa­ra­ble à celle du Deep­wa­ter dans le Golfe du Mex­ique : « Si un tel acci­dent avait lieu en Méditer­ranée, cela met­trait en péril durable­ment l’ensemble du bassin de cette mer fer­mée dont les eaux met­tent près d’un siè­cle à se renou­vel­er », explique Olivi­er Dubuquoy de Nation Océan devenu ZEA (asso­ci­a­tion de pro­tec­tion de l’océan). Pour décrypter les enjeux de cette quête d’énergie fos­sile, lisez notre arti­cle : Pour un mora­toire des recherch­es en hydro­car­bu­res en Méditer­ranée ?

15–38 : Le 28 décem­bre 2015, l’usine de Gar­danne (Bouch­es du Rhône) a reçu l’autorisation de pour­suiv­re le rejet d’effluents liq­uides con­tenant des métaux lourds dans la Méditer­ranée et le stock­age de résidus sur terre. Avez-vous prévu de nou­velles mesures afin de réduire les pol­lu­tions qui en découlent ? Est-il ques­tion aujourd’hui de réduire l’impact des activ­ités indus­trielles français­es sur la Méditer­ranée ? si oui com­ment ? (Réponse de la Direc­tion générale de la préven­tion des risques)

DGPR : Le Préfet des Bouch­es-du-Rhône a pris le 28 décem­bre 2015 un nou­v­el arrêté pré­fec­toral d’autorisation de l’usine d’Alteo à Gar­danne. Cet arrêté a mis fin aux rejets solides en mer et en lim­i­tant forte­ment les con­cen­tra­tions en métaux (réduc­tion d’un fac­teur 3000 pour le fer et 10 pour l’aluminium par exem­ple). Cet arrêté autorise néan­moins, en les encad­rant, les rejets liq­uides en mer de l’usine avec une déro­ga­tion à la régle­men­ta­tion nationale pour six paramètres (pH, fer, alu­mini­um, arsenic, demande chim­ique en oxygène et demande biologique en oxygène — aucune déro­ga­tion sur les métaux lourds) pour une durée de six ans.

Au vu des résul­tats de sur­veil­lance (auto-sur­veil­lance de l’industriel et con­trôles inopinés réal­isées par la DREAL-direc­tion régionale de l’environnement, de l’aménagement et du loge­ment), les rejets sont revenus dans les normes nationales pour le fer et presque pour l’arsenic, et ont été sub­stantielle­ment réduits pour l’aluminium et la DCO (pour lesquels les valeurs lim­ites déroga­toires pour­raient être divisées par 3 voire plus).

Comme prévu par l’arrêté du 28 décem­bre 2015, ALTEO doit présen­ter en début d’année 2018 au Con­seil supérieur de la préven­tion des risques un bilan des études menées sur les procédés alter­nat­ifs ou com­plé­men­taires au fil­trage des boues rouges afin de ne plus néces­siter aucune déro­ga­tion à la régle­men­ta­tion des rejets d’effluents indus­triels. Ce bilan devra égale­ment pré­cis­er les pistes de val­ori­sa­tion pos­si­bles de boues rouges aujourd’hui stock­ées à terre sur le site voisin de Mange-Gar­ri.
Par ailleurs, les ser­vices de l’Etat restent par­ti­c­ulière­ment atten­tifs au suivi d’ALTEO puisque l’inspection des instal­la­tions de la DREAL a réal­isé depuis le début de l’année 2016, 13 inspec­tions sur le site de Gar­danne et 5 sur le site de Mange-Gar­ri.

Les boues de l’usine Alteo de Gar­danne, un feuil­leton à épisodes dont nous dres­sons les enjeux dans l’article : Zoom sur les boues rouges de l’usine Alteo

Le long des côtes autour de Mar­seille, le passé indus­triel laisse encore aujourd’hui des traces indélé­biles. Lire Indus­tries d’hier et aujourd’hui, con­t­a­m­i­na­tion à haut risque pour la Méditer­ranée

La rédaction de 15–38 Méditerranée

Crédit photo de une : Marie-Eve Brouet

Réponse de l’association ZEA

Vous avez été nom­breux ces derniers mois à nous deman­der quel est le posi­tion­nement de Nico­las Hulot sur le dossier des boues rouges depuis sa prise de fonc­tion en temps que Min­istre, sachant qu’il avait rejoint les opposants aux boues rouges dès 2012.

Suite à notre dernier échange avec le min­istère ce mar­di 12 décem­bre 2017, j’ai le regret de vous informer que Nico­las Hulot et ce gou­verne­ment ne fer­ont rien con­tre les pol­lu­tions des boues rouges.” Olivi­er Dubuquoy (Asso­ci­a­tion ZEA)

Reprenons les ques­tions de 15–38 et les répons­es du min­istère dans l’interview ci-dessus :

15–38 : Le 28 décem­bre 2015, l’usine de Gar­danne (Bouch­es du Rhône) a reçu l’autorisation de pour­suiv­re le rejet d’effluents liq­uides con­tenant des métaux lourds dans la Méditer­ranée et le stock­age de résidus sur terre. Avez-vous prévu de nou­velles mesures afin de réduire les pol­lu­tions qui en découlent ? Est-il ques­tion aujourd’hui de réduire l’impact des activ­ités indus­trielles français­es sur la Méditer­ranée ? si oui com­ment ? (Réponse de la Direc­tion générale de la préven­tion des risques)

DGPR : Le Préfet des Bouch­es-du-Rhône a pris le 28 décem­bre 2015 un nou­v­el arrêté pré­fec­toral d’autorisation de l’usine d’Alteo à Gar­danne. Cet arrêté a mis fin aux rejets solides en mer et en lim­i­tant forte­ment les con­cen­tra­tions en métaux (réduc­tion d’un fac­teur 3000 pour le fer et 10 pour l’aluminium par exem­ple). Cet arrêté autorise néan­moins, en les encad­rant, les rejets liq­uides en mer de l’usine avec une déro­ga­tion à la régle­men­ta­tion nationale pour six paramètres (pH, fer, alu­mini­um, arsenic, demande chim­ique en oxygène et demande biologique en oxygène — aucune déro­ga­tion sur les métaux lourds) pour une durée de six ans.

Réponse de l’association ZEA :
“Nous sommes con­va­in­cus de la tox­i­c­ité des boues rouges comme l’atteste de nom­breuses études sci­en­tifiques. Nous pen­sons que l’Etat est en grande par­tie respon­s­able de cette pol­lu­tion et que les habi­tants de Mange­gar­ri qui vivent à prox­im­ité des boues rouges sont aban­don­nés par la République.
La DGPR en jouant sur les mots et sur les chiffres par­ticipe mal­heureuse­ment à la dés­in­for­ma­tion qui pèse sur les pol­lu­tions de boues rouges et ne prend pas la juste mesure de cette pol­lu­tion et de ses impacts.
Aujourd’hui la pol­lu­tion de boues rouges se pour­suit en mer et à terre.
Depuis le 28 décem­bre 2015 l’usine de Gar­danne peut stock­er la par­tie solide des boues rouges à terre sur les collines de Mange­gar­ri à hau­teur env­i­ron de 350 000 tonnes par an et elle peut con­tin­uer à rejeter la par­tie liq­uide des boues rouges en mer avec des seuils supérieurs que ceux précé­dents pour 6 paramètres :

Il est inex­acte et dan­gereux de jouer sur les mots en affir­mant qu’il n’y a « aucune déro­ga­tion sur les métaux lourds », la clas­si­fi­ca­tion en « métaux lourds » en « ETM (élé­ments traces métalliques) » ou en « élé­ments traces » n’est pas le sujet, le sujet c’est celui de la tox­i­c­ité et de l’impact san­i­taire.
Tous les ETM sont tox­iques au-delà d’un cer­tain seuil et cer­tains sont radioac­t­ifs.
Notre préoc­cu­pa­tion pour la san­té de nos conci­toyens et la pro­tec­tion de nos écosys­tèmes est légitime.

DGPR :
Au vu des résul­tats de sur­veil­lance (auto-sur­veil­lance de l’industriel et con­trôles inopinés réal­isées par la DREAL-direc­tion régionale de l’environnement, de l’aménagement et du loge­ment), les rejets sont revenus dans les normes nationales pour le fer et presque pour l’arsenic, et ont été sub­stantielle­ment réduits pour l’aluminium et la DCO (pour lesquels les valeurs lim­ites déroga­toires pour­raient être divisées par 3 voire plus).
Comme prévu par l’arrêté du 28 décem­bre 2015, ALTEO doit présen­ter en début d’année 2018 au Con­seil supérieur de la préven­tion des risques un bilan des études menées sur les procédés alter­nat­ifs ou com­plé­men­taires au fil­trage des boues rouges afin de ne plus néces­siter aucune déro­ga­tion à la régle­men­ta­tion des rejets d’effluents indus­triels. Ce bilan devra égale­ment pré­cis­er les pistes de val­ori­sa­tion pos­si­bles de boues rouges aujourd’hui stock­ées à terre sur le site voisin de Mange-Gar­ri.

Par ailleurs, les ser­vices de l’Etat restent par­ti­c­ulière­ment atten­tifs au suivi d’ALTEO puisque l’inspection des instal­la­tions de la DREAL a réal­isé depuis le début de l’année 2016, 13 inspec­tions sur le site de Gar­danne et 5 sur le site de Mange-Gar­ri.

Réponse de l’association ZEA : “Les con­trôles inopinés de la DREAL et autres organ­ismes ont mon­tré a plusieurs repris­es que l’industriel ne respec­tait pas ses engage­ments. Par ailleurs la majorité des pistes de val­ori­sa­tion de boues rouges sont de fauss­es promess­es qui relèvent plus d’une dilu­tion de la pol­lu­tion et de la tox­i­c­ité.
La dés­in­for­ma­tion et le men­songe ne peu­vent plus dur­er, tout le monde a le droit de savoir quel est l’impact réel de cette pol­lu­tion sur notre san­té et sur nos écosys­tèmes.

C’est pourquoi nous nous mobil­isons à nou­veau con­tre cette pol­lu­tion ce same­di 16 décem­bre à 11H au com­plexe sportif des ter­res blanch­es de Bouc Bel Air pour deman­der une pro­tec­tion san­i­taire des pop­u­la­tions. (voir lien événe­ment ci-dessous)

Les trois reven­di­ca­tions de ZEA con­tre les pol­lu­tions des boues rouges sont les suiv­antes :

1-Arrêt immé­di­at du rejet en mer
2-Demande de mise en sécu­rité du site de Mange­gar­ri dans les plus brefs délais, des décharges (CSDU…), des crassiers et de l’usine de Gar­danne pour une pro­tec­tion san­i­taire des pop­u­la­tions.
Plus spé­ci­fique­ment sur Mange­gar­ri :
-Stop­per l’envolement des pous­sières et la con­t­a­m­i­na­tion des eaux souter­raines.
-Enlever les sacs d’alumine et la soude présents sur le site.
-Pan­neaux infor­mant de la dan­gerosité du site.
-Informer sur les risques liés aux eaux de for­age (puits, potagers…), à la con­som­ma­tion de champignons, d’escargots…
-Mise en place de bar­rières et de clô­tures pour les endroits les plus dan­gereux.
3-Finance­ment par l’industriel d’une étude épidémi­ologique par­tic­i­pa­tive menée par le Cen­tre Nor­bert Elias de l’EHESS et les habi­tants des ter­ri­toires impactés.”

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À Huel­va, dans le sud de l’Espagne, deux crassiers de 120 mil­lions de tonnes de résidus indus­triels tox­iques et faible­ment radioac­t­ifs men­a­cent la san­té des citoyens. Un prob­lème large­ment passé sous silence par les autorités.

« Il y a heureuse­ment encore quelque chose de bon dans ce pays ! » lance José, 33 ans, étu­di­ant en biolo­gie, en dégus­tant une assi­ette de papas con chocos, spé­cial­ité gas­tronomique typ­ique de Huel­va à base de pommes de terre et de cala­mars. La ville côtière du sud de l’Andalousie, à la con­flu­ence des fleuves Odiel et Tin­to est tris­te­ment con­nue pour sa con­t­a­m­i­na­tion indus­trielle. « Le silence est descen­du sur la ville. Après les protes­ta­tions et la fer­me­ture de Fert­iberia, plus per­son­ne ne par­le de ce qui se passe ici. La chimio­thérapie et les médica­ments ne font pas la une des jour­naux en Espagne », explique José.

Huel­va, ville de 150 000 habi­tants, entourée des marais et de réserves naturelles, par­adis des fla­mants ros­es et des cigognes, est néan­moins l’un de lieux les plus pol­lués d’Espagne. Ici, le taux de can­cer est supérieur de 25 % à la moyenne nationale. La ville compte égale­ment 14,8 % de plus de per­son­nes asth­ma­tiques. La faute aux activ­ités économiques locales liées sys­té­ma­tique­ment au pôle chim­ique indus­triel. Ini­tié par Fran­cis­co Fran­co à l’époque de sa dic­tature mil­i­taire, un demi-siè­cle plus tard, les chem­inées du pôle chim­ique sont encore la seule alter­na­tive au chô­mage. Dans les années 1970 et 1980, des entre­pris­es multi­na­tionales comme Fert­iberia, Atlantic Cop­per, Ferti­na­gro, Cep­sa, Ena­gas, ou Erti­sa se sont instal­lées dans la ville. Un pôle indus­triel source de plus de 5 000 emplois directs et de 4 500 indi­rects en 2017 selon le syn­di­cat des tra­vailleurs CCOO de Huel­va.

Vue aéri­enne des deux prin­ci­paux crassiers de Huel­va Pho­to Mesa de la ria — Paco Romero

A la suite des rap­ports pub­liés en 2003 par l’Université Pom­peu Fab­re de Barcelone et l’Université Juan Car­los III de Madrid qui ont dénon­cé la cat­a­stro­phe écologique et san­i­taire en cours à Huel­va, le pro­duc­teur de fer­til­isants pour l’agriculture Fert­iberia a été for­cé d’arrêter ses activ­ités indus­trielles. « Mais les crassiers de 120 mil­lions de tonnes de phos­ph­o­gypses tox­iques et faible­ment radioac­t­ifs restent là, en plein air, à quelques cen­taines de mètres de la ville », souligne José. « Une sub­tile pous­sière blanche se soulève de ces ter­rils durant les jours de vent, elle recou­vre les voitures, les arbres et les rues de la ville. Qu’on ne vienne pas me dire que cela ne fait pas mal à la san­té », ter­mine-t-il. Ces tas de scories de plus de 30 mètres de hau­teur sont le résul­tat de plusieurs décen­nies de décharge sauvage car les phos­ph­o­gypses sont un sous-pro­duit de l’industrie des fer­til­isants agri­coles.

Dans les bars du quarti­er de Perez Cubil­las, des hommes boivent de l’eau de vie et du whisky depuis le petit matin. Beau­coup sont vic­times du chô­mage endémique qui touche toute l’Andalousie. C’est l’un des quartiers les plus pau­vres de la ville. Il est aus­si l’un des plus proches des crassiers de phos­ph­o­gypses. « Le pôle chim­ique a déver­sé ses déchets à la porte de nos maisons. Les gains des entre­pris­es par­tent à Madrid et Séville, il nous reste les can­cers et le chô­mage », dénonce Paula, 63 ans, habi­tante d’un des petits coro­ns du quarti­er, alors qu’elle cherche à écumer les gross­es flaques d’eau qui ont pénétré à l’intérieur de sa mai­son durant la dernière tem­pête.

Les « coro­ns » du quarti­er Perez Cubil­las, Samuel Bre­golin

La con­t­a­m­i­na­tion indus­trielle qui cause ici de nom­breux cas de mal­adies n’est pas au cen­tre des con­ver­sa­tions dans les est­a­minets de Perez Cubil­las. À l’heure de l’apéritif, les ver­res de bière recou­vrent le comp­toir, l’atmosphère se rem­plit de fumée de cig­a­rette, les vieux jouent aux cartes sur de vieilles tables aux nappes usagées. On dis­cute du dernier match de foot­ball, de la main-d’œuvre maro­caine qui rem­place les tra­vailleurs espag­nols durant la cueil­lette des frais­es. Tout d’un coup, le silence se fait alors que passent à la télévi­sion les images du Roi Felipe VI ren­dant hom­mage à la Vierge d’une impor­tante basilique de Madrid. Quelques com­men­taires au moment où le roi baise les pieds de la vierge, puis les par­ties de cartes repren­nent.

Le tuyau qui amène l’eau potable à Huel­va passe à tra­vers les crassiers de phos­ph­o­gypses et les déchets radioac­t­ifs, pho­to Samuel Bre­golin

« Fert­iberia voudrait cou­vrir les crassiers avec de la terre. C’est une solu­tion économique, mais pas très effi­cace con­tre la radioac­tiv­ité. Selon Green­peace Espagne, l’élimination et le recy­clage lui coûteraient env­i­ron 220 mil­lions d’euros », explique Juan Manuel Buen­dia, porte-parole de la plate­forme citoyenne Mesa de la ria. « L’entreprise jouit d’un grand pou­voir d’influence : son prési­dent Juan Miguel Vil­lar Mir a été nom­mé Mar­quis par le roi Juan Car­los en 2011. L’actuelle min­istre de l’environnement, Isabel Teje­ri­na, a été cadre de l’entreprise par le passé. Cer­tains sci­en­tifiques ont même nié les résul­tats de leurs pro­pres recherch­es », ter­mine Juan Manuel Buen­dia. Son asso­ci­a­tion com­bat depuis plus de 15 ans la con­t­a­m­i­na­tion indus­trielle à Huel­va. L’association se bat pour la fer­me­ture com­plète et défini­tive de la zone indus­trielle de Huel­va et la récupéra­tion des plages de la ville.

La sit­u­a­tion est dans une impasse, la voix de Mesa de la ria se perd face à celle de l’AIQBE, l’association des entre­pris­es du pôle chim­ique de Huel­va, qui pré­tend avoir tout fait pour défendre l’environnement et la san­té de citoyens. Les syn­di­cats ter­gi­versent. « Cer­taines recherch­es sci­en­tifiques, prou­vent que beau­coup de tumeurs de Huel­va sont dues à la mau­vaise hygiène de vie d’une par­tie de la pop­u­la­tion ; ici on fume et on boit beau­coup. Tant qu’on n’est pas sûr et cer­tain des respon­s­abil­ités du pôle chim­ique, on ne peut pas agir», estime Diego Roman, chargé de san­té au tra­vail et envi­ron­nement pour CCOO de Huel­va. Cer­tains pointent du doigt la cor­rup­tion et l’omerta, d’autres affir­ment que les extrémistes déchar­gent toutes les respon­s­abil­ités sur les entre­pris­es de Huel­va. Reste 120 mil­lions de tonnes de phos­ph­o­gypses, tox­iques et faible­ment radioac­t­ifs, stock­ées en plein air à moins de 500 mètres du cen­tre-ville de Huel­va et des plan­ta­tions de frais­es com­mer­cial­isées dans toute l’Europe.

Reportage de Samuel Bregolin à Huelva
Une : Le pôle chimique de Huelva, photo de Paco Romero pour Mesa de la ria

La guerre des études

Les études sci­en­tifiques ne s’accordent pas sur le lien entre le pôle chim­ique et le fort taux de tumeurs et can­cers dans la ville. La guerre des sci­en­tifiques fait rage… Quelques liens pour en appren­dre plus.

Le quo­ti­di­en El paìs : https://elpais.com/diario/2007/08/31/sociedad/1188511202_850215.html
Le site Cade­nas­er : http://cadenaser.com/emisora/2018/01/15/radio_huelva/1516015436_451750.html
L’association Mesa de la Ria : http://mesadelaria.es/huelva/?p=3414
Pol­lu­tion en Espagne, PMC Nation­al Institues of health (en anglais) : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1847682/
El Paìs, sept études sci­en­tifiques que démon­trent qu’il n’y a pas de rela­tion entre can­cers et indus­tries à Huel­va selon la Direc­tion générale de la san­té publique espag­nole :
https://elpais.com/diario/2007/09/01/andalucia/1188598925_850215.html

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Au cœur de la ville de Gar­danne (Bouch­es-du-Rhône), la présence de l’usine d’alumine ALTEO et ses pra­tiques exas­pèrent les pêcheurs, les défenseurs et les pro­tecteurs de l’environnement et...

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Au cœur de la ville de Gar­danne (Bouch­es-du-Rhône), la présence de l’usine d’alumine ALTEO et ses pra­tiques exas­pèrent les pêcheurs, les défenseurs et les pro­tecteurs de l’environnement et de la bio­di­ver­sité marine.

Cette usine d’aluminium a ouvert ses portes en 1894. Dirigée par le groupe indus­triel français Péchiney, elle sera l’une des pre­mières à extraire de l’alumine à par­tir de la baux­ite, un min­erai rouge riche en alu­mine, en l’attaquant avec de la soude à haute tem­péra­ture (4 à 5 tonnes de baux­ite sont néces­saires pour obtenir 2 tonnes d’alumine). Ce procédé est extrême­ment pol­lu­ant et entraîne le rejet de boues rouges, con­tenant des métaux lourds tels que le plomb et l’arsenic (voir détails dans l’encadré).

Depuis 1967 et jusqu’au 31 décem­bre 2015 (50 ans), l’usine avait le droit de rejeter ces boues directe­ment dans la mer au large des calan­ques mar­seil­lais­es (dans la fos­se de Cas­sidaigne, un canyon sous-marin de 320m de pro­fondeur, à quelques kilo­mètres devant la calanque de Port-Miou à Cas­sis) grâce à une canal­i­sa­tion de 47 km souter­rains et 7 km sous-marins. D’après cer­tains car­tographes et pêcheurs les boues remon­tent suiv­ant les courants à 150m vers la sur­face et s’étendent désor­mais de Fos-sur-Mer jusqu’à Hyères, soit 130 km.

Le 28 décem­bre 2015, alors que les rejets devaient cess­er, un arrêté pré­fec­toral (grâce au feu vert de Manuel Valls) a pour­tant autorisé l’usine à pour­suiv­re le déverse­ment dans la mer, cette fois « d’un efflu­ent liq­uide résidu­el » jugé moins tox­ique par l’exploitant. Ce dernier depuis 2014 et à l’approche de l’interdiction du rejet des boues a instal­lé des fil­tres-presse pour réduire leur vol­ume en séparant le liq­uide du solide. La par­tie solide est trans­for­mée en baux­a­line, des résidus secs, aus­si tox­iques que les boues d’après les mil­i­tants de l’association Nation Océan (ZEA), qui sont stock­és sur la terre, exposés aux vents (350 à 400 000 tonnes par an) sur les collines de Mange-gar­ri, com­mune de Bouc-Bel-Air (à prox­im­ité de lieux de vie, d’écoles et d’un cen­tre aéré) et dans la mer où le liq­uide issu de la trans­for­ma­tion rejeté serait encore plus tox­ique que les boues rouges (voir sché­ma ci-dessous).

L’arrêté per­met depuis ce jour et pour les six années à venir, le déverse­ment de 270 mètres cubes d’effluents liq­uides par heure dans la mer, dépas­sant la norme européenne de rejet de métaux lourds qui est en principe de 11kg par jour pour l’arsenic, 87 kg pour le fer et 2 880 tonnes d’aluminium par an (chiffres esti­mat­ifs, la quan­tité quo­ti­di­enne de chaque métaux rejetés n’étant pas régulière).

Colère rouge sur les boues rouges

Olivi­er Dubuquoy de l’association Nation Océan/Zea et auteur du doc­u­men­taire « Zone Rouge » pré­cise à ce sujet: « Pen­dant 6 ans Alteo peut rejeter la par­tie liq­uide des boues rouges en mer et béné­fi­cie de la part de l’Etat Français d’une déro­ga­tion sur la quan­tité des matières dan­gereuses rejetées en mer. Alteo peut rejeter un déchet liq­uide au PH beau­coup plus impac­tant et con­tenant pro­por­tion­nelle­ment plus d’arsenic, d’aluminium ou de fer que dans les rejets du passé. Passées les années déroga­toires, on revien­dra en arrière sans aucune amélio­ra­tion car pour plusieurs matières dan­gereuses comme l’arsenic, l’aluminium ou le fer ce seront les seuils en vigueur entre 1995 et 2015 qui seront a nou­veau adop­tés. »

Vue aéri­enne de l’usine Altéo dans la ville de Gar­danne @Gaetan Hut­ter

A la suite de l’arrêté pré­fec­toral du 28 décem­bre 2015 qui per­met le rejet d’effluents dans la mer jusqu’en 2021, l’association Nation Océan/Zea n’a pas tardé à émet­tre un recours hiérar­chique jugeant incon­sti­tu­tion­nelle la déci­sion uni­latérale de Manuel Valls, alors pre­mier min­istre qui a été le seul à don­ner le feu vert. La min­istre de l’environnement de l’époque (Ségolène Roy­al) avait pour­tant émis un avis défa­vor­able et les insti­tu­tions ne don­naient pas au pre­mier min­istre de pou­voir hiérar­chique sur ses min­istres.

L’association a gag­né mais Ségolène Roy­al qui avait six mois pour se pronon­cer à nou­veau con­tre l’arrêté ne l’a pas fait. Pres­sions économiques, sociales ou autres, l’enquête publique a été favor­able à l’exploitant mal­gré les argu­ments des riverains, asso­ci­a­tions et pêcheurs. Triste con­stat, après tant d’efforts de la part de citoyens respon­s­ables. Les recours sont très coû­teux et les enjeux envi­ron­nemen­taux de taille mais ils n’ont pas con­va­in­cus les dirigeants de l’importance de cette déci­sion pour l’avenir de la san­té publique et de la bio­di­ver­sité marine dans la région. Ce qui a poussé une fois de plus Nation Océan (ZEA) en juin 2017, à émet­tre un recours, cette fois con­tre les tonnes de beaux­a­line stock­ées à prox­im­ité de zones hab­it­a­bles dans la com­mune de Bouc-Bel-Air mal­gré les risques san­i­taires encou­rus pour les riverains (voir lien ci-dessous).

20 mil­lions de tonnes de boues rouges

Depuis 1996, 20 mil­lions de tonnes de boues rouges sup­plé­men­taires (à min­i­ma plus de 30 mil­lions de tonnes depuis 1966) ont été écoulées directe­ment dans la mer sur 2 400 km, lais­sant la loi de la nature via les courants, dis­pers­er les boues chargées de métaux lourds. Ce voy­age en eaux trou­bles nous con­duit en Espagne où des boues rouges ont été retrou­vées, trans­portées par les courants marins.

Dans cette som­bre affaire, ni les lois qui inter­dis­ent en principe les rejets indus­triels directs en mer, ni les normes européennes, large­ment dépassées ici n’ont pu stop­per l’industriel. Pourquoi le laisse t-on faire depuis 50 ans ? Les argu­ments ne man­quent pas. Le pre­mier avancé étant celui des 350 emplois directs que génère l’usine. Mais pour Olivi­er Dubuquoy, il y a d’autres raisons. La pro­duc­tion d’aluminium à Gar­danne pro­duit une alu­mine de spé­cial­ité util­isée dans l’armement, l’industrie phar­ma­ceu­tique, les réfrac­taires, la céramique, l’aviation, l’alliage de métaux et de com­posants pour les smart phone.

Ce qui aurait con­duit l’exploitant à ne pas opter pour l’une des solu­tions pro­posée par l’association, à savoir le recy­clage du liq­uide rejeté en mer, à tra­vers sa réu­til­i­sa­tion en cir­cuit fer­mé par un sys­tème de fil­tra­tion. Le risque d’avoir une alu­mine moins pure et le manque à gag­n­er qui en découlerait ont bien plus de poids face à la sauve­g­arde de la bio­di­ver­sité marine et de la san­té des habi­tants de la région. De plus, le déman­tèle­ment du con­duit qui trans­porte les rejets de l’usine ain­si que la réha­bil­i­ta­tion du site dans son état prim­i­tif représen­teraient un coût que l’usine n’a pas envis­agé. C’est d’ailleurs sou­vent le con­tribuable qui sans le savoir sup­porte la réha­bil­i­ta­tion, voir la dépol­lu­tion de sites après le pas­sage d’une activ­ité indus­trielle. (Voir extrait doc­u­men­taire réal­isé à Port-de-Bouc ci-dessous).

D’autres solu­tions pour réduire cette cat­a­stro­phe envi­ron­nemen­tale et ses effets ont été pro­posées notam­ment la mise en place de bar­rières pour prévenir le pub­lic de la présence de sites où sont stock­ées les matières dan­gereuses ain­si que des recom­man­da­tions con­cer­nant la cueil­lette de champignons, des risques sur l’eau et les potagers à prox­im­ité, ou le finance­ment d’une étude épidémi­ologique. Toutes ces propo­si­tions n’ont pour l’instant eu aucun effet sur l’exploitant qui a le droit de nui­sance sur l’environnement, dénué de toute respon­s­abil­ité vis à vis de l’Etat et des citoyens. Le pol­lueur-payeur reste un beau principe.

Le cas de Gar­danne n’est mal­heureuse­ment pas orphe­lin, les luttes sont mul­ti­ples et deman­dent une mobil­i­sa­tion de masse. Le nou­veau min­istre de l’écologie, Nico­las Hulot a con­fié qu’il suiv­rait ce dossier mais ce dernier n’est pas pri­or­i­taire. Aujourd’hui seuls quelques pas­sion­nés au sein d’associations envi­ron­nemen­tales se mobilisent. Leurs efforts ne sont pas vains car ils parvi­en­nent régulière­ment à blo­quer des déci­sions vitales pour l’avenir des ter­res et des mers. Olivi­er Dubuquoy con­clut : « Nous sommes encore un peu isolés face à ces grandes batailles qui con­cer­nent notre avenir à tous, il faut un pas de la part de la société civile dans les cinq prochaines années pour s’engager à faire respecter les accords sur le cli­mat sinon on le paiera cher. »

Photo de Une : Bois communal de Gardanne ©Matthieu Duperrex

Liens utiles

Doc­u­men­taire à voir : « ZONE ROUGE » : réal­i­sa­tion Olivi­er Dubuquoy et Laeti­tia More­au
https://www.youtube.com/watch?v=pPNdMZgncWw
http://www.lesfilmsdici.fr/fr/en-production/5100-zone-rouge-une-desinformation-toxique.html

Site de l’association ZEA anci­en­nement Nation Océan:
http://www.zea.earth/
Arti­cles en lien avec les boues rouges :
http://www.zea.earth/actus
Mou­ve­ment “Colère Rouge” et sa péti­tion :
http://www.zea.earth/agir/campagnes/colere-rouge

Extrait du doc­u­men­taire radio­phonique, “Génie du rivage”, réal­isé à Port-de-Bouc avec les anciens ouvri­ers de l’usine Kuhlmann par Claire Dutrait et Stephan Dunkel­man :

Encadré métaux lourds

1966 à 2016 — 50 ans que (PECHINEY ALCAN RIO TINTO ALCAN et ALTEO) utilisent cette canal­i­sa­tion qui relie l’usine d’Alumine de Gar­danne à Port Miou  pour rejeter leurs déchets (Cas­sidaigne 320 m). Plus de 30 mil­lions de tonnes de boues rouges chargées de métaux lourds tox­iques ont été rejetées en mer dans les calan­ques. Elles s’étalent de Mar­seille à Toulon” : (Source : asso­ci­a­tion Nation Océan/ZEA)

Quan­tités / ans en tonnes :

66 à 86 : 1 000 000   20 ans :  21 000 000
87 — 88 : 900 000     2 ans  :   1 800 000
89 : 800 000          1 an  :     800 000
90 à 92 : 500 000      3 ans  :   1 500 000
93 à 1999 : 330 000    7 ans  :   2 310 000
2000 à 2004 : 310 000 5 ans  :   1 550 000
2005 à 2009 : 250 000 5 ans  :   1 250 000
2010 à 2015 : 180 000 6 ans  :   1 080 000

Une esti­ma­tion des Métaux Lourds présents dans 30 000 000 de tonnes de boues rouges :
2 200 000 t de résidus d’aluminium
9 300 000 t de fer
1 900 000 t de titane
61300 t de chrome
2600 t de zinc
1700 t de plomb
900 t de cuiv­re
700 t de nick­el
20600 kg d’arsenic + du vana­di­um, du mer­cure

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