Dif­férence de moyens alloués, pri­vati­sa­tion du sys­tème, ces fac­teurs pèsent sur la qual­ité de l’enseignement et l’égalité d’accès à l’école autour de la Méditerranée. «Chère école, je t’écris...

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Dif­férence de moyens alloués, pri­vati­sa­tion du sys­tème, ces fac­teurs pèsent sur la qual­ité de l’enseignement et l’égalité d’accès à l’école autour de la Méditerranée.

«Chère école, je t’écris des rives de la Méditer­ranée. Je suis un écol­i­er, je suis Espag­nol, Libanais, Maro­cain. Cette année, j’ai fait mon entrée à l’école, mais mal­heureuse­ment, mes chances de réus­sir ne sont pas les mêmes selon mon orig­ine géo­graphique ou ma classe sociale. J’apprends à dire « ils, nous, vous ». « Je » deviens mul­ti­ple. Les raisons de ces iné­gal­ités, je vais te les compter ».

Le finance­ment de l’école publique est l’un des élé­ments du sys­tème qui doit per­me­t­tre une égal­ité d’accès à l’école sans con­di­tions de ressources, de lieux et d’origines. Les expéri­ences libanais­es, maro­caines et espag­noles nous mon­trent qu’autour de la Méditer­ranée, la pri­vati­sa­tion de l’école pro­gresse au fil des années, ce qui n’est pas sans con­séquences sur l’accès à l’éducation et le niveau des élèves. Dans le même temps, les bud­gets alloués à l’éducation sont par­fois forte­ment amputés. « L’efficacité d’un sys­tème édu­catif est liée à celle du sys­tème économique et poli­tique dans lequel il s’inscrit», explique le soci­o­logue espag­nol Mar­i­ano Fer­nan­dez. Une effi­cac­ité aujourd’hui remise en cause.

Au Maroc, une pri­vati­sa­tion galopante
Sur le fron­ton d’une école per­due dans la cam­pagne maro­caine à quelques kilo­mètres de Tanger, une cita­tion attire le regard : « Quand les enfants ne vont pas à l’école c’est tout un peu­ple qui ne grandit pas ». L’intention est louable, l’école est en travaux, de nou­velles salles de class­es seront bien­tôt prêtes. Les enfants issus des familles pau­vres de la région en uni­formes bleus et ros­es béné­fi­cient du sys­tème pub­lic dans ce qu’il a de meilleur a offrir. Mal­heureuse­ment, le roy­aume sem­ble suiv­re une dynamique inver­sée. Au Maroc, la pri­vati­sa­tion gagne du ter­rain, et l’écart entre zones urbaines et rurales tend à s’accentuer. Les con­séquences sur les résul­tats sco­laires sont visibles.

Selon un rap­port pub­lié par un col­lec­tif d’organisations maro­caines et inter­na­tionales, pour la pre­mière fois en 2013, il y a avait moins d’élèves inscrits dans l’enseignement pub­lic qu’en 2000, au moment de l’introduction de la Charte Nationale pour l’Education.
En 2006, 33% des enfants par­mi le groupe le moins avancé (les ménages pau­vres en zone rurale) ont atteint un stan­dard min­i­mum de lec­ture, alors que 75% du groupe le plus avancé (ménages rich­es en zones urbaines) avaient atteint un niveau inter­na­tion­al min­i­mum de lec­ture. Dans la même péri­ode, l’écart entre les enfants des ménages urbains rich­es et les enfants de ménages ruraux rich­es qui était insignifi­ant en 2006, a aug­men­té de 340%.

Der­rière ces chiffres, les par­ents font face à un véri­ta­ble casse-tête s’agissant de la sco­lar­i­sa­tion de leurs enfants. Meryem est maman d’un garçon de six ans. Cette année, elle a décidé de démé­nag­er dans la ville de Saleh. Son beau-frère lui a par­lé d’une école publique de qual­ité avec un per­son­nel impliqué et des effec­tifs réduits : « Une den­rée rare aujourd’hui. Si on envis­age de don­ner une édu­ca­tion de qual­ité, on se trou­ve vite face à un mur ». Un mur d’abord financier. Jusqu’à présent, elle débour­sait 500 dirhams par mois (50 euros) sans compter les frais de trans­port, de can­tines, ou les livres sco­laires. Au total, ce sont près de 1 000 dirhams par mois qu’elle va pou­voir économiser. Une somme impor­tante quand on sait que le salaire moyen maro­cain avoi­sine les 500 euros. Elle témoigne de la détéri­o­ra­tion du sys­tème sco­laire depuis son enfance : « J’étais sco­lar­isée dans une école publique, et je n’avais pas besoin de pren­dre des cours de sou­tien pour rester au niveau ». Pour elle, comme pour ses amis, quand on fait des enfants aujourd’hui au Maroc, on réflé­chit d’abord aux coûts que cela va engen­dr­er : « Cer­taines de mes amies se sont endet­tées. Moi je le savais, c’est d’ailleurs en par­tie pour cela qu’aujourd’hui je ne souhaite pas de deux­ième enfant ». Un luxe qu’elle ne peut pas se per­me­t­tre, avoue-t-elle à regret.

Face à ces iné­gal­ités, le rap­port présen­té devant les Nations Unies pré­conise par exem­ple de prévoir un pour­cent­age d’élèves les plus pau­vres dans les écoles privées, comme cela peut se faire en Inde, pour réduire ces iné­gal­ités, ou encore de réex­am­in­er la redis­tri­b­u­tion des ressources publiques vers les étab­lisse­ments privés.

En Espagne, la diminu­tion des bud­gets de l’éducation pèse sur la qual­ité de l’enseignement
Entre 2008 et 2012, la crise économique a para­doxale­ment ramené des élèves dans le sys­tème pub­lic mais le niveau général s’est détéri­oré car les moyens dédiés à l’éducation ont été revus à la baisse. “Cette crise a entraîné une réduc­tion bru­tale des dépens­es publiques en matière d’éducation, non seule­ment parce que son bud­get était élevé mais aus­si car dans ce domaine les coupes sont facil­itées (notam­ment le salaire des enseignants, et leur nom­bre)”, explique le soci­o­logue espag­nol Mar­i­ano Fer­nan­dez Enguita.

De plus, l’éducation n’est pas la pri­or­ité du gou­verne­ment con­ser­va­teur de Mar­i­ano Rajoy. Mais cette coupe a atteint les deux sys­tèmes, pub­lic et privé, et les étab­lisse­ments soutenus par des fonds publics, appelés en Espagne écoles con­certées. La rétrac­tion des dépens­es publiques a prin­ci­pale­ment eu, à court terme, l’effet de ramen­er les élèves de l’école privée à l’école con­certée et de l’école con­certée au pub­lic. A long terme c’est une autre question.

Dans le même temps, les dépens­es des ménages ont aug­men­té. Selon l’Enquête sur le bud­get des ménages, depuis 2006, année de référence, les dépens­es moyennes des ménages en matière d’éducation ont aug­men­té de 30%, tan­dis que les dépens­es totales moyennes ont été réduites de 7%.

Les con­séquences sur le sys­tème sco­laire sont divers­es selon Mar­i­ano Fer­nan­dez Engui­ta. Elles passent par la réduc­tion dras­tique des pro­grammes et ini­tia­tives com­pen­satoires, au détri­ment des secteurs les plus vul­nérables, mais aus­si par une cer­taine détéri­o­ra­tion des con­di­tions générales dans les class­es (aug­men­ta­tion des ratios élèves / enseignant et plus d’heures d’enseignement réelles). Les pro­fesseurs ont vu dis­paraitre cer­tains de leurs priv­ilèges (notam­ment le droit à la retraite anticipée) et se sen­tent déval­orisés. Tout cela entrainant un malaise général­isé. D’autant que la sta­bil­ité appar­ente des chiffres entre pub­lic et privé masque des change­ments majeurs dans les flux : l’enseignement pub­lic perd des élèves des class­es supérieures et moyennes, et reçoit la plu­part des élèves des caté­gories les plus pauvres.

Des iné­gal­ités ren­for­cées par l’organ­i­sa­tion du sys­tème espag­nol puisque la ges­tion de l’éducation est l’une des prérog­a­tives des dix-sept autonomies espag­noles. Des iné­gal­ités géo­graphiques per­sis­tent. L’accès à l’école privée (sous con­trat ou pure­ment privée) aug­mente dans les grandes villes et au sein des familles les plus favorisées économique­ment et culturellement.

Au Liban, l’hégémonie his­torique du sys­tème privé crée une iné­gal­ité de fait
His­torique­ment au Liban, les écoles privées ont été créées avant même l’apparition d’écoles publiques. D’autant que la Con­sti­tu­tion libanaise défend un sys­tème con­fes­sion­nel qui favorise le sou­tien à des écoles con­fes­sion­nelles plutôt qu’à l’école publique libanaise, explique la soci­o­logue Maïs­sam Nimer, auteure d’un arti­cle sur la sit­u­a­tion de l’école publique.

Selon les régions et les moyens alloués, la qual­ité de l’école publique n’est pas la même. « Le sys­tème clien­téliste favorise la nom­i­na­tion d’enseignants dans des zones déjà forte­ment dotées, au détri­ment de zones délais­sées », souligne la soci­o­logue. Tous les employés d’Etat ont droit à des sub­ven­tions pour la sco­lar­i­sa­tion de leurs enfants. Les fonc­tion­naires payent donc les frais de sco­lar­ité dans le privé grâce à des sub­ven­tions de l’Etat. Cer­taines insti­tu­tions privées font la même chose.

A Bey­routh, Bachir et Philip­pine ont dû faire un choix pour sco­laris­er leur fille. Pour Philip­pine, il était néces­saire de trou­ver un équili­bre entre le coût et la qual­ité de l’établissement : « Je voulais que l’établissement soit laïc. Une notion encore plus impor­tante à mon sens au Liban. Je voulais aus­si pou­voir m’entendre avec les par­ents d’élèves. Ici, il y a vrai­ment deux manières de vivre sa “parental­ité”. Cer­tains par­ents sont plus dans une logique con­sumériste. Les anniver­saires par exem­ple sont hors de prix dès le plus jeune âge. Je ne me recon­nais pas trop dans cette ten­dance ». La part de l’éducation représente 1/8ème de leur bud­get famil­ial : « La pre­mière année m’a coûté plus de 10 000 dol­lars, tous comptes faits, alors que ma fille était en petite sec­tion et que l’école se ter­mine à 13h45. Il faut donc trou­ver, et financer, une ou plusieurs activ­ités pour “cou­vrir” les cinq après-midi de la semaine », détaille Bachir. Des frais en nette aug­men­ta­tion. Lui aus­si sco­lar­isé dans le même étab­lisse­ment de Bey­routh devait débours­er de 3 000 à 3 500 dol­lars. En une dizaine d’année, les frais ont lit­térale­ment doublé.

Ces dernières années, on assiste même à une accen­tu­a­tion de la pri­vati­sa­tion. Car si l’école publique gagne des élèves, c’est parce qu’elle sco­larise les enfants syriens depuis le début de la guerre en Syrie. Le nom­bre de Libanais sco­lar­isés dans l’école publique con­tin­ue lui de baiss­er, avec 30 000 élèves libanais en moins entre 2015 et 2016.

Dans ce con­texte, les straté­gies mis­es en place par les familles mènent à l’endettement. Afin de don­ner de « bonnes bases » à leurs enfants, les familles s’endettent par­fois pour inscrire leurs enfants dans des écoles privées. « Cer­taines choi­sis­sent de ne sco­laris­er qu’un seul de leurs enfants, le plus sou­vent le garçon », com­plète Maïs­sam Nimer.

Et le dilemme ne s’arrête pas après le pri­maire. Si l’université est encore loin, Bachir refuse pour le moment d’envisager de sco­laris­er sa fille dans la même uni­ver­sité que lui, pour des raisons finan­cières mais pas seule­ment : « Le niveau édu­catif et cul­turel, celui des étu­di­ants et des enseignants, a vrai­ment reculé au cours de la dernière décen­nie et risque de reculer encore plus ». Jour­nal­iste et obser­va­teur atten­tif de la société libanaise, il reste pes­simiste sur l’évolution du sys­tème pub­lic : « Les écoles au Liban, c’est comme les plages, elles se pri­va­tisent et se pri­va­tis­eront encore plus, tant qu’il n’y a pas d’autorité cen­trale forte et de notion du pub­lic et de l’intérêt com­mun au sein de la société ».

Le coût de l’école

LIBAN
Les frais d’inscriptions dans le secteur privé sont extrême­ment vari­ables telle­ment ce secteur est diver­si­fié. Les écoles les plus abor­d­ables sont les écoles privées sub­ven­tion­nées (600–700 dol­lars améri­cains de frais de sco­lar­ité par année). Les plus chères, comme les écoles améri­caines ; Inter­na­tion­al Col­lege ou Amer­i­can Col­lege School deman­dent des frais de sco­lar­ité qui peu­vent s’élever jusqu’à 19 000 dol­lars par an pour l’année 2017–2018. Les prix vari­ent selon les écoles et les régions. Au nord du pays, à la fron­tière avec la Syrie, cer­taines écoles privées coû­tent 2 700 dol­lars par an, quand d’autres dans cette même région ou dans la Bekaa et dans le Sud deman­dent moins de 1 000 dol­lars par an dans les zones populaires/défavorisées.

À Bey­routh, le privé est, en revanche, plus cher et dont le coût a surtout beau­coup aug­men­té ces dernières années. Par exem­ple, au Grand-Lycée Fran­co-Libanais, prin­ci­pale école du réseau de la Mis­sion Laïque Française, les frais annuels s’élèvent désor­mais à 6 600 dol­lars par an (pour tous les niveaux, y com­pris la petite sec­tion). Ces frais n’incluent pas la can­tine (qui coûte près de 100 dol­lars par mois) ni les frais de trans­port (pour les enfants qui pren­nent le bus), ni les livres ou divers­es activ­ités. Il faut égale­ment compter les frais d’enregistrement durant la pre­mière année (2 600 dollars).

MAROC
Au Maroc, le coût d’une école privée varie entre 70 et 700 euros par mois. Les frais de sco­lar­ité dans une école privée inter­na­tionale peu­vent dépass­er les 4 200 euros annuels, alors que le salaire moyen maro­cain avoi­sine les 500 euros.

ESPAGNE
L’éventail des prix en Espagne est très large. Une école stricte­ment privée peut fac­tur­er 1 000 euros par mois pour un for­fait qui com­prend un ensem­ble de ser­vices et de ressources, mais ces écoles privées représen­tent à peine 6% des étu­di­ants. Dans le sys­tème con­certé, les prix peu­vent aller de zéro à plusieurs cen­taines d’euros selon les établissements.

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Si la ques­tion de la prise de con­science de la pol­lu­tion par le plas­tique sem­ble avoir fait son chemin, les actions des sociétés civiles, peu soutenues par les...

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Si la ques­tion de la prise de con­science de la pol­lu­tion par le plas­tique sem­ble avoir fait son chemin, les actions des sociétés civiles, peu soutenues par les pou­voirs publics, sem­blent bien minimes.

Un matin d’avril, sur la plage de Tigzirt, sur la côte algéri­enne, une trentaine de plongeurs est réu­nie par les autorités. Ils vien­nent des clubs de plongées de la région, mais ce jour là, ils sont invités par le Con­ser­va­toire nation­al du lit­toral, à ramass­er les déchets plas­tiques dans le port de la ville.
En févri­er 2017, Alger a signé en Indonésie, la con­ven­tion des Nations Unies pour l’environnement, sur la lutte con­tre les déchets plas­tiques et micro-plas­tiques en milieu marin. Le min­istre des ressources en eau a donc don­né instruc­tion de faire respecter cette con­ven­tion, et la respon­s­able locale a voulu organ­is­er un net­toy­age avant l’été. «Toutes les ordures que nous jetons dans la nature finis­sent leur périple dans le fonds marin à l’arrivée de la sai­son hiver­nale où les cours d’eau empor­tent tous les déchets sur leur pas­sage pour les dévers­er dans la mer. Ces pol­lu­ants devi­en­nent par la suite une nour­ri­t­ure pour les pois­sons et  délivrent des sub­stances qui désta­bilisent l’équilibre biologique sous-marin et por­tent atteinte aux créa­tures qui y vivent», explique à la presse Kamela Haliche, prési­dente de la sec­tion locale du Con­ser­va­toire nation­al du lit­toral (CNL).

Inter­dic­tion de l’utilisation des sacs plastiques

Dans les qua­tre tonnes de déchets ramassés ce matin là dans le port, beau­coup de bouteilles en plas­tique, d’autres en verre, d’anciens filets de pêche, des objets métalliques et des pneus. Et les plongeurs n’ont par­cou­ru qu’une cen­taine de mètres car­rés. Cette opéra­tion, en présence des autorités locales et de représen­tants des autorités nationales, est rare, mais peut être le signe du début d’une prise de con­science de l’importance de lut­ter con­tre la pol­lu­tion aux micro-par­tic­ules de plastique.
En Algérie, le min­istère de l’Environnement avait annon­cé en grande pompe un pro­jet d’interdiction ou de lim­i­ta­tion de l’usage des sacs plas­tiques. Mais dans le quo­ti­di­en, les com­merçants con­tin­u­ent à fournir un sac noir pour l’achat un paquet de cig­a­rette, ou quelques bon­bons. Si d’autres pays de la Méditer­ranée ont pris des mesures con­tre l’utilisation des sacs plas­tiques, comme la Tunisie qui en a inter­dit la vente aux caiss­es des super­marchés au print­emps 2017, ces mesures restent insuff­isantes, vue l’ampleur de la cat­a­stro­phe. La Méditer­ranée est l’espace mar­itime où le taux de micro-par­tic­ule de plas­tique est le plus élevé au monde : 115 000 par­tic­ules par kilo­mètre car­ré. D’ici 2050, selon les chercheurs, la qua­si-total­ité des oiseaux marins auront ingéré du plastique.

Les organ­ismes marins contaminés

Chaque année, 8 mil­lions de tonnes de plas­tique sont déver­sées dans les mers et les océans. Or 80% de la pol­lu­tion qui touche les mers est d’origine ter­restre et issue de l’activité humaine. Les chercheurs sont unanimes : pour pro­téger la mer, il faut réduire l’utilisation de plas­tique par les hommes. En juin 2017, une équipe sci­en­tifique de Malaisie alerte sur la con­t­a­m­i­na­tion des sels marins, util­isés dans l’alimentation. «Nous pen­sons que la plu­part des pro­duits issus de la mer sont con­t­a­m­inés avec des microplas­tiques, estime Ali Kara­mi du lab­o­ra­toire de tox­i­colo­gie marine de l’université de Putra Malaysia. Nous n’en sommes qu’au début du cauchemar! Vien­dra le moment où nous n’oserons plus manger un seul pois­son!» L’équipe sci­en­tifique a pu détecter des par­tic­ules de plas­tique supérieures à 149 μm dans 17 mar­ques de sels de table, venant de huit pays. Les taux con­statés ne sont pas préoc­cu­pants, pour le moment, selon les chercheurs.

A l’origine de cette con­t­a­m­i­na­tion, la présence de plas­tique dans les eaux, qui même lorsqu’il se dégrade et n’est plus vis­i­ble à l’oeil nu, a un impact impor­tant sur les organ­ismes vivants. Les chercheurs recom­man­dent notam­ment d’être vig­i­lant sur l’utilisation de micro­billes de plas­tique par le secteur cos­mé­tique. «Les microplas­tiques ont une durée de vie très longue et peu­vent per­sis­ter dans l’environnement durant des décen­nies, pré­cise Abol­fa­zl Golieskar­di, prin­ci­pal col­lab­o­ra­teur de Ali Kara­mi. Je pense que la pol­lu­tion par les plas­tiques est de nature à éradi­quer toute vie sur la planète. C’est le grand méchant loup du XXIe siècle!»

L’initiative de la Fon­da­tion Albert II de Monaco

Les sociétés civiles ont ten­té de s’emparer de cette prob­lé­ma­tique il y a des années, sans résul­tat spec­tac­u­laire. Pour­tant, en 2015, plusieurs acteurs se sont réu­nis à l’initative de la Fon­da­tion du Prince Albert II de Mona­co, pour une con­férence «Beyond Plas­tic Med». A l’issue de cette réu­nion, plusieurs fon­da­tions dont Mava, Surfrid­er Europe, Véo­lia et la Fon­da­tion de Mona­co se sont engagées à chercher des solu­tions inno­vantes pour lut­ter con­tre la pol­lu­tion aux micro-par­tic­ules de plas­tique. Un an plus tard, onze micro-ini­tia­tives méditer­ranéennes obti­en­nent un finance­ment pour des pro­jets qui poussent à réduire la con­som­ma­tion de plas­tique, dans le cadre du pre­mier appel à pro­jet de la Fondation.

Sur l’île de Chypre, l’une des ini­tia­tives primée pro­pose de met­tre l’accent sur la pol­lu­tion provo­quée par le tourisme, en inci­tant les touristes à utilis­er moins de matéri­aux plas­tiques pen­dant leur séjour. Au Mon­téné­gro, l’opération Veli­ka Plas­tic Free veut pouss­er les buvettes de plage à utilis­er des cou­verts en bois, à tri­er leurs déchets en plas­tiques et à affich­er des mes­sages de sen­si­bil­i­sa­tion pour les baigneurs. En Tunisie, l’association Jlil pour l’environnement marin pro­pose d’organiser des col­lectes des déchets, de créer des acces­soires de col­lecte de plas­tique et de for­mer 10 pro­fes­sion­nel aux tech­niques de sen­si­bil­i­sa­tion. «Nous tra­vail­lons sur plusieurs pro­jets comme Plas­tistop avec Bemed, Mosta9bali avec la fon­da­tion alle­mande Mitost, GERACIDD avec le PASC, nous tra­vail­lons aus­si avec des acteurs publics comme l’Anged, l’Apal sur des pro­jets de sen­si­bil­i­sa­tion sur la ges­tion des déchets, la citoyen­neté, et le tri sélec­tif. Mal­heureuse­ment, cette pol­lu­tion n’est pas un sujet qui fait par­tie du débat pub­lic. Les asso­ci­a­tions font beau­coup, mais le prob­lème c’est que l’état ne col­la­bore pas avec nous, et que le citoyen n’a pas encore pris con­science de la ques­tion de la pro­tec­tion de l’environnement . Nous tra­vail­lons désor­mais d’avantage avec les jeunes et les enfants», explique Faiçal Ghzaiel, le respon­s­able du pro­jet Plastistop.

Manque de coor­di­na­tion entre acteurs locaux

«En Tunisie, après la révo­lu­tion, la ges­tion des déchets est dev­enue irrégulière. Les protes­ta­tions envi­ron­nemen­tales se sont dévelop­pées à par­tir d’ouvertures poli­tiques sans précé­dent, par lesquelles les acteurs soci­aux et poli­tiques ain­si que les citoyens ordi­naires ont com­mencé à organ­is­er des man­i­fes­ta­tions dans les prin­ci­pales villes tunisi­ennes. Ces formes d’activisme ont vu des phas­es de protes­ta­tion rad­i­cal­isée évoluer vers des moments paci­fiques de mobil­i­sa­tion, même s’ils ne se sont pas dévelop­pés comme un mou­ve­ment envi­ron­nemen­tal unique», analyse Chiara Loschi, chercheure du CNRS auprès de l’Institut de Recherche sur le Maghreb Con­tem­po­rain. Les ini­tia­tives locales sem­blent pour le moment pas assez coor­don­nées pour avoir un impact plus important.

Sur les côtes algéri­ennes, dans les mémoires des asso­ci­a­tions de pro­tec­tion de l’environnement, on se sou­vient de l’opération MED. En 2014, un voili­er mené par un groupe d’experts algériens a par­cou­ru la côte pour étudi­er la pol­lu­tion aux plas­tiques. Pour cha­cune des qua­tre étapes, une ren­con­tre avec le pub­lic et des asso­ci­a­tions avait été organ­isée. Mais les sci­en­tifiques n’ont jamais reçu l’autorisation d’effectuer les prélève­ments néces­saires. «Les autorités nous ont dit à l’époque qu’une telle autori­sa­tion devait pass­er par six min­istères. Depuis, ils ont allégé la procé­dure, et nous avons pu en béné­fici­er lors de notre expédi­tion sur les grands requins l’année suiv­ante», explique Emir Berkane, porte-parole de l’initiative. Là encore, l’initiative n’a pas engen­dré de révo­lu­tion envi­ron­nemen­tale, mais elle peut-être eu un impact, impos­si­ble à quan­ti­fi­er pour le moment. «Nous avons réus­si, grâce à l’implication d’acteurs asso­ci­at­ifs locaux, à organ­is­er des séances de sen­si­bil­i­sa­tion pour des cen­taines d’enfants, ce que d’autres pres­tigieuses opéra­tions envi­ron­nements inter­na­tionales n’avaient pas réus­si à faire», souligne Emir Berkane.

Leïla Berat­to

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Si les sociétés civiles de la Méditer­ranée sem­blent pren­dre con­science des enjeux liés à la pol­lu­tion, les pou­voirs publics ne sont pas tou­jours atten­tifs aux exper­tis­es venues des...

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Si les sociétés civiles de la Méditer­ranée sem­blent pren­dre con­science des enjeux liés à la pol­lu­tion, les pou­voirs publics ne sont pas tou­jours atten­tifs aux exper­tis­es venues des asso­ci­a­tions. Exem­ple, sur l’île de Djer­ba en Tunisie.

Chiara Loschi
Chercheuse post­doc­tor­ante CNRS auprès de l’Institut de Recherche sur le Maghreb Con­tem­po­rain, Tunis, Pro­jet EUNPACK

Le con­texte de la tran­si­tion poli­tique tunisi­enne mon­tre la néces­sité d’une col­lab­o­ra­tion entre acteurs locaux dans la ges­tion vertueuse de la col­lecte des déchets et stock­age. Dans la péri­ode chao­tique qui a suivi la chute du régime tunisien en 2011, les citoyens et les tra­vailleurs des décharges et munic­i­pal­ités ont entamé des actions col­lec­tives en rai­son des con­di­tions de san­té et de tra­vail dans la chaine de la col­lecte des ordures. Au cours de la tran­si­tion poli­tique tunisi­enne, la ques­tion de l’environnement a mon­tré une forme d’activisme qui a mar­qué une nou­velle étape dans la par­tic­i­pa­tion poli­tique tant au niveau nation­al qu’au niveau local.

Dans ce pays, les man­i­fes­ta­tions envi­ron­nemen­tales ont par­ticipé à la ten­sion dialec­tique entre les insti­tu­tions nationales et les admin­is­tra­tions locales, en faisant par­tie des com­pé­tences munic­i­pales. En out­re, la nou­velle con­sti­tu­tion rat­i­fiée en jan­vi­er 2014 com­prend un ensem­ble de principes liés à la pro­tec­tion de l’environnement, don­nant au développe­ment durable une recon­nais­sance formelle sans précé­dent, un fait qui con­firme la per­ti­nence des soulève­ments pop­u­laires et la mobil­i­sa­tion autour de l’environnement.

Cepen­dant, les mobil­i­sa­tions ont eu un impact poli­tique lim­ité au moins sur l’élaboration des poli­tiques. Les gou­verne­ments con­tin­u­ent de compter sur les gou­verneurs et les représen­tants des admin­is­tra­tions locales. En out­re, les dif­férents min­istres de l’environnement se sont engagés sim­ple­ment dans des solu­tions à court terme pour sur­vivre à l’instabilité gou­verne­men­tale. En com­para­i­son aux prob­lèmes de sécu­rité, aux exi­gences en matière de jus­tice sociale et aux mobil­i­sa­tions de jeunes chômeurs, les man­i­fes­ta­tions envi­ron­nemen­tales représen­taient pour les gou­verne­ments de tran­si­tion une préoc­cu­pa­tion secondaire.

Après la révo­lu­tion, la ges­tion des déchets est dev­enue irrégulière. Les protes­ta­tions envi­ron­nemen­tales se sont dévelop­pées à par­tir d’ouvertures poli­tiques sans précé­dent, par lesquelles les acteurs soci­aux et poli­tiques ain­si que les citoyens ordi­naires ont com­mencé à organ­is­er des man­i­fes­ta­tions dans les prin­ci­pales villes tunisi­ennes. Ces formes d’activisme ont vu des phas­es de protes­ta­tion rad­i­cal­isée évoluer vers des moments paci­fiques de mobil­i­sa­tion, même s’ils ne se sont pas dévelop­pés comme un mou­ve­ment envi­ron­nemen­tal unique.

L’exemple de la décharge de Guel­lala à Djerba

Un cas intéres­sant se situe à Djer­ba. Ici, en 2012 est déclenchée une crise dans la ges­tion de déchets qui a amené à la démis­sion générale du con­seil munic­i­pal tem­po­raire de Homt Souk en 2014. En 2012, des citoyens ont attaqué la décharge de l’île située à Guel­lala en rai­son des odeurs et des soucis de san­té des citoyens, et des affron­te­ments avec la police ont suivi. En jan­vi­er 2014, les trois con­seils tem­po­raires locaux de l’île (Homt Souk, Ajim et Midoun) avaient l’espoir de réou­vrir les négo­ci­a­tions avec les insti­tu­tions nationales et trou­ver une solu­tion au prob­lème du traite­ment et du stock­age des déchets. Sans sur­prise, des émeutes ont repris alors que les citoyens refu­saient toute con­struc­tion de décharge sur l’île. Cepen­dant, même les mem­bres du con­seil de la ville avaient des opin­ions diver­gentes sur les raisons des man­i­fes­ta­tions. L’ancien prési­dent du con­seil tem­po­raire affir­mait qu’il s’agissait d’une dic­tature des citoyens qui a aggravé la sit­u­a­tion. Le porte parole, par con­tre, esti­mait néces­saire la col­lab­o­ra­tion avec les citoyens et accu­sait le com­porte­ment des insti­tu­tions nationales et des min­istères qui entra­vait le décol­lage des négo­ci­a­tions et de l’implantation d’une nou­velle décharge mod­erne et à norme.

L’association Djer­ba, Authen­tic­ité, Pat­ri­moine et Environnement

En même temps, d’autres ini­tia­tives, venue du bas, ont émergé. Par exem­ple, une asso­ci­a­tion active à l’époque était appelée « Djer­ba, Authen­tic­ité, Pat­ri­moine et Envi­ron­nement ». Le réseau a été fondé en 2014 par des anciens amis et cama­rades qui, lors de la crise envi­ron­nemen­tale, ont décidé de réor­gan­is­er la col­lecte locale des ordures dans leurs quartiers respec­tifs. Ils ont cher­ché à sen­si­bilis­er les citoyens et les clients des hôtels, car cer­tains d’entre eux étaient directeurs d’hôtel, dans le but d’améliorer la sit­u­a­tion environnementale.
Ils ont inclus dans leur réseau de petits entre­pre­neurs qui four­nis­saient des con­teners en aci­er, en tôle et en plas­tique à des quartiers et des hôtels, grâce à quoi l’association a intro­duit la col­lecte et le recy­clage des bouteilles en plas­tique. Ils ont ven­du les déchets plas­tiques au bureau local de la société nationale de ges­tion des déchets. Les mem­bres ont ren­con­tré des dif­fi­cultés à organ­is­er le recy­clage des bouteilles car, d’après eux, les citoyens n’étaient pas dis­posés à accepter de nou­velles cages à côté des loge­ments et des lieux d’activités économiques. Cette ini­tia­tive a provo­qué des évène­ments inquié­tants : l’un des mem­bres, un directeur d’hôtel, a égale­ment affir­mé qu’il a vu ses cages incendiées pen­dant la nuit, acte qu’il a inter­prété comme « une men­ace parce que quelqu’un ne veut pas voir la sit­u­a­tion changer ».

Néan­moins, l’association a pour­suivi ses activ­ités en tant qu’association de ser­vice dans la col­lecte des plas­tiques, sans aucun rela­tion avec les autorités locales, pas même après la nom­i­na­tion des nou­veaux conseils.
Le con­texte poli­tique tunisien mon­tre à plein titre com­ment la mau­vaise coor­di­na­tion par­mi acteurs est source de mau­vaise ges­tion du ser­vice de la col­lecte ayant des mau­vais­es con­séquences pour l’environnement.

Néan­moins, l’histoire de ges­tion autori­taire du pou­voir dans le pays ne peut pas créer les con­di­tions favor­ables pour la col­lab­o­ra­tion dans un bref délai. Cela est un tra­vail de longue durée qui ne peut qu’arriver après l’acceptation des règles de la par­tic­i­pa­tion col­lec­tive et de la ges­tion partagé du proces­sus de déci­sion politique.

Bio :
Chiara Loschi est chercheuse post­doc­tor­ante CNRS auprès de l’Institut de Recherche sur le Maghreb, Tunis, pour le pro­jet éuropéen EUNPACK « Good inten­tion mixed results – A con­flict sen­si­tive unpack­ing of the EU com­pre­hen­sive approach to con­flict and cri­sis mech­a­nisms project ». La recherche porte sur les répons­es locales à la ges­tion de crise de l’UE en Libye. Elle est tit­u­laire d’un doc­tor­at en sci­ences poli­tiques et rela­tions inter­na­tionales (Uni­ver­sité de Turin, Ital­ie) qui analyse les con­séquences indi­rectes des pro­jets inter­na­tionaux dans la ges­tion des déchets et des réformes du gou­verne­ment local en Tunisie. Ses recherch­es por­tent sur la démoc­ra­ti­sa­tion et la pro­mo­tion de la décen­tral­i­sa­tion et la ges­tion des con­flits dans le monde arabe. Elle a mené des travaux de ter­rain en Libye en 2010 (Tripoli) et en Tunisie à par­tir de 2013. Elle a été bour­sière à l’Université de Yale dans le cadre du pro­gramme Gou­ver­nance et développe­ment local en 2015.

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En France, l’autisme con­cerne 600 000 per­son­nes. De l’hôpital à l’école, com­ment se con­stru­it la sco­lar­i­sa­tion des enfants autistes ? Quelle place à l’école pour les enfants autistes ?  On...

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En France, l’autisme con­cerne 600 000 per­son­nes. De l’hôpital à l’école, com­ment se con­stru­it la sco­lar­i­sa­tion des enfants autistes ?

Quelle place à l’école pour les enfants autistes ? 

On dit sou­vent des enfants autistes qu’ils sont « dans leur bulle », ou « dans leur monde » car ils ont ten­dance à s’isoler, éprou­vent des dif­fi­cultés à entr­er en com­mu­ni­ca­tion avec les autres enfants et dévelop­pent des cen­tres d’intérêts peu communs.
Si la place des enfants autistes à l’école n’est pas tou­jours évi­dente à trou­ver, leur sco­lar­i­sa­tion est un défi posée à notre société, en ce qu’elle ques­tionne notre mod­èle d’intégration, notre rap­port au hand­i­cap et notre capac­ité à accepter la différence.

En France, la ten­dance actuelle est à « l’inclusion sco­laire », c’est à dire la volon­té de sco­laris­er les enfants autistes, en « milieu ordi­naire », en écoles dites « classiques ».

Si cette logique fait aujourd’hui l’unanimité, la prise en charge de l’autisme a sus­cité de nom­breux débats en France au cours des dernières décen­nies. Il y a trente ans, l’autisme était con­sid­éré comme une mal­adie psy­chi­a­trique et donc la majorité des enfants autistes étaient pris en charge en hôpi­tal de jour, très peu était sco­lar­isé en « milieu ordi­naire ». Les asso­ci­a­tions de par­ents se sont pro­gres­sive­ment mobil­isées pour sor­tir les enfants des insti­tu­tions médi­cales et les réin­tro­duire dans le sys­tème édu­catif. Dans le domaine de l’inclusion sco­laire, c’est d’ailleurs l’Italie qui est aujourd’hui le pays-cham­pi­on puisque tous les enfants autistes sont sco­lar­isés dans l’école de leur quarti­er et n’ont plus leur place dans les cen­tres médicaux.

« Depuis 2005, il y a un véri­ta­ble effort d’inclusion, on doit s’adapter à l’enfant » Marie-Pas­cale, pro­fesseur des écoles à Besançon

En France, la loi du 11 Févri­er 2005 appelée « Loi pour l’égalité des droits et des chances, la par­tic­i­pa­tion et la citoyen­neté des per­son­nes hand­i­capées » fait de l’inclusion sco­laire un objec­tif nation­al. Cette loi décrète que l’école publique doit met­tre en place les moyens néces­saires pour sco­laris­er les élèves en sit­u­a­tion de hand­i­cap. Ain­si, les enfants autistes sont accom­pa­g­nés d’une AVS (aux­il­i­aire de vie sco­laire) en classe. Pour les enfants avec un hand­i­cap plus lourd, des ULIS (unités local­isées pour l’inclusion sco­laire) sont mis­es en places, ce sont des class­es à effec­tif réduit (12 élèves) qui accueil­lent des enfants regroupés par hand­i­cap similaire.

Marie-Pas­cale Amiotte-Suchet est pro­fesseur des écoles à Besançon et « coor­do­na­teur ULIS ». Elle joue un rôle par­ti­c­uli­er pour l’inclusion des enfants autistes au sein de l’école.

«Dans le dis­posi­tif ULIS, les enfants sont inscrits dans une classe ordi­naire et suiv­ent le plus de cours pos­si­ble avec les enfants de leur âge, ce qui leur per­met de les inclure au groupe». Selon elle, « il y a un véri­ta­ble effort d’inclusion, on doit s’adapter aux besoins de l’enfant, l’inclure le plus pos­si­ble au groupe mal­gré son handicap ».

« Les asso­ci­a­tions jouent un rôle très impor­tant dans le change­ment des men­tal­ités » Alix, bénév­ole à Soliane

Alix est bénév­ole à l’association Soliane, une asso­ci­a­tion de Mar­seille spé­cial­isée dans l’accompagnement des par­ents ayant un enfant en sit­u­a­tion de hand­i­cap. Mil­i­tante active et pas­sion­née, elle-même mère d’une jeune fille hand­i­capée, Alix a fait de cet engage­ment asso­ci­atif le com­bat d’une vie « pour trou­ver une place à sa fille dans la société de demain ».

Crée en 2003, l’association Soliane a pour objec­tif de met­tre en rela­tion les par­ents d’enfants ayant un hand­i­cap afin qu’ils puis­sent partager leur expéri­ence, s’entraider, s’écouter. En grande majorité, ce sont les mères des enfants hand­i­capés qui arrê­tent de tra­vailler pour s’occuper de leur enfant au quo­ti­di­en et s’investir dans cette cause. L’association veut mobilis­er autour de la ques­tion de la sco­lar­i­sa­tion des enfants hand­i­capés et faire évoluer les men­tal­ités. « Oui, les enfants hand­i­capés, et notam­ment autistes, ont leur place dans une école ordi­naire, et l’Education nationale doit tout faire pour les y inclure! » affirme Alix depuis le siège de Soliane, un petit bâti­ment caché entre deux immeubles du Boule­vard Rabatau.

Mais la prise en charge de l’autisme ne fait pas l’unanimité et beau­coup dis­ent qu’il existe un fos­sé entre les asso­ci­a­tions de par­ents et les pro­fes­sion­nels du médi­co-social et du san­i­taire. « Le hand­i­cap est quelque chose de très lourd qui néces­site la col­lab­o­ra­tion de tous les acteurs » selon Alix. L’heure n’est donc pas aux divi­sions et même « s’il n’est pas tou­jours facile de tra­vailler avec les pro­fes­sion­nels », elle affirme avoir « besoin de tra­vailler main dans la main avec les médecins, les psy­cho­logues, les ortho­phon­istes… pour que la sco­lar­i­sa­tion soit complète ».

Le nom­bre d’enfants en sit­u­a­tion de hand­i­cap sco­lar­isés a plus que dou­blé depuis 2006.

Ces mul­ti­ples dis­posi­tifs mis en place depuis la loi de 2005 ont forte­ment con­tribué au proces­sus d’inclusion sco­laire. Ain­si, le nom­bre d’enfants en sit­u­a­tion de hand­i­cap sco­lar­isés a plus que dou­blé depuis 2006. En 2017, l’Education Nationale recense 300 815 enfants en sit­u­a­tion de hand­i­cap sco­lar­isés en « milieu ordi­naire ».Néan­moins, le mod­èle français est loin d’être par­fait et il reste encore de nom­breux pro­grès à réalis­er pour envis­ager une meilleure sco­lar­i­sa­tion des enfants autistes.
Selon Alix, il faut pri­or­i­taire­ment « met­tre des moyens pour répon­dre au défi du manque de place », à la fois en insti­tuts spé­cial­isés et en milieu sco­laire clas­sique, qui pousse chaque année de nom­breuses familles français­es à s’exiler en Bel­gique pour sco­laris­er leur enfant autiste. Si cer­tains quit­tent la France pour sco­laris­er leur enfant autiste, d’autres la rejoignent car la sit­u­a­tion est bien pire dans leur pays.

Simon Mangon

Photo de Une : Simon Mangon

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Si cer­tains quit­tent la France pour sco­laris­er leur enfant autiste, d’autres la rejoignent car la sit­u­a­tion est bien pire dans leur pays. D’Oran à Mar­seille: un exil pour une...

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Si cer­tains quit­tent la France pour sco­laris­er leur enfant autiste, d’autres la rejoignent car la sit­u­a­tion est bien pire dans leur pays.

D’Oran à Mar­seille: un exil pour une place à l’école.

Mia est fran­co-algéri­enne, elle est mère de deux enfants, dont Malik son ainé, 7 ans et atteint de trou­bles autis­tiques. La famille a quit­té Oran en Algérie en 2014 pour rejoin­dre la France afin de sco­laris­er Malik.Dès son plus jeune âge, Malik se dis­tingue des autres enfants : il ne par­le pas, joue très sou­vent seul et a des com­porte­ments stéréo­typés. Si les par­ents se doutent de quelque chose, l’autisme est assez mal con­nu en Algérie, il y a peu de pro­fes­sion­nels spé­cial­isés et les algériens sont glob­ale­ment mal informés.

C’est en regar­dant une émis­sion de France 3 sur l’autisme que Mia prend con­science de la sit­u­a­tion « c’était mon fils que je voy­ais à la télé, c’était exacte­ment la même sit­u­a­tion ».La famille se rend donc à Tlem­cen, une ville à 2h30 à l’ouest d’Oran, où se trou­ve l’une des seules écoles spé­cial­isées dans la sco­lar­i­sa­tion des enfants autistes de tout le pays.
Il y a très peu de place dans l’école, et aucun pro­fes­sion­nel ne peut con­firmer l’autisme de Malik. Une psy­cho­logue algéri­enne est caté­gorique avec la famille « si vous avez la pos­si­bil­ité de par­tir, n’hésitez pas ».

« Le hand­i­cap n’est pas une pri­or­ité en Algérie » Asma Beld­ji­lali, psychologue 

Asma Beld­ji­lali tra­vaille à Oran et prend en charge des enfants autistes depuis dix ans. Elle est la seule psy­cho­logue du pays for­mée à la prise en charge de l’autisme. Selon elle, il est « très dif­fi­cile de sco­laris­er son enfant autiste dans une école en Algérie… et ne par­lons même pas du col­lège ! ». Quand un directeur d’école accepte d’intégrer un enfant autiste au sein d’une classe, on peut être sûr que « rien n’est mis en place pour inclure cet enfant, il n’y a pas de pro­gramme adap­té, de suivi particulier ».

Alors que font les familles ? « Les par­ents les plus aisés pour­ront pay­er des séances d’orthophonistes ou des ren­dez-vous avec des psy­cho­logues et des pédopsy­chi­a­tres à leurs enfants, mais rien n’est rem­boursé » rap­pelle Asma. La ques­tion de la sco­lar­i­sa­tion des enfants autistes ne fait donc pas l’objet d’une poli­tique publique du gou­verne­ment algérien, qui a pour­tant annon­cé « un plan autisme en 2013, mais on a rien vu depuis… » déplore la psychologue.Alors qu’en est-il pour la grande majorité des enfants issus de familles modestes ?

« Beau­coup sont placés dans des cen­tre psy­chi­a­triques, mélangés avec tous les malades men­taux, les autres restent avec les mères à la maison ».

Les familles d’enfants autistes sont donc livrées à elles-mêmes en Algérie. En atten­dant une inter­ven­tion éta­tique pour organ­is­er la sco­lar­i­sa­tion de leurs enfants, elles se débrouil­lent et s’entraident pour vivre avec l’autisme au quotidien.
Mais selon Asma, il faut être patient car « le hand­i­cap n’est pas une pri­or­ité en Algérie ».Par­mi toutes les familles algéri­ennes touchées par la ques­tion de l’autisme, cer­taines, plus priv­ilégiées que d’autres, ont la pos­si­bil­ité de par­tir à l’étranger, en France ou au Cana­da, pour offrir une meilleure en prise en charge à leur enfant.

C’est le cas de Mia et sa famille qui déci­dent donc de quit­ter l’Algérie pour rejoin­dre la France. La famille ren­con­tre des pro­fes­sion­nels à Toulouse, et le diag­nos­tic est con­fir­mé au bout de 7 mois : Malik est atteint de trou­bles autis­tiques. Une recon­nais­sance offi­cielle de l’autisme de Malik est une pre­mière « vic­toire » puisqu’elle facilite les démarch­es auprès de l’administration, mais ce n’est que le début d’un long et dif­fi­cile par­cours pour pren­dre en charge Malik et le scolariser.
Arrivée à Mar­seille, Mia se ren­seigne auprès des asso­ci­a­tions pour recevoir des conseils.

Elle ren­con­tre alors Alix, la bénév­ole de Soliane la boucle est bouclée (voir Arti­cle « Autisme à l’école — Part 1), le com­bat des mères pour leur enfant autiste n’a pas de fron­tière. Mia arrête de tra­vailler et con­sacre son quo­ti­di­en à la prise en charge de Malik. Elle lance les démarch­es admin­is­tra­tives auprès de la Mai­son départe­men­tale des per­son­nes hand­i­capées (MDPH) pour sco­laris­er son fils.

« A l’école, tout le monde le con­nait » Mia, mère de Malik

Après quelques mois, Malik est sco­lar­isé à l’école mater­nelle du quartier.Une aux­il­i­aire de vie sco­laire (AVS) l’accompagne 10 heures par semaine et per­met l’inclusion pro­gres­sive de Malik dans la classe : il apprend à suiv­re des cours en groupe, et les autres enfants appren­nent à com­mu­ni­quer avec lui, « à l’école, tout le monde le con­nait » résume Mia. Selon elle, la sco­lar­i­sa­tion de Malik dépend beau­coup de l’AVS, la per­son­ne qui l’accompagne durant ses heures de cours. Elle déplore que cette pro­fes­sion soit aus­si pré­caire et insta­ble, puisque les AVS se suc­cè­dent les unes après les autres, cer­taines décou­vrent même le hand­i­cap avec Malik et ne sont pas for­mées à ce genre de situation.

Mais la prise en charge en France reste très bien organ­isée aux yeux de Mia, qui a vu la soli­tude des par­ents algériens, mal infor­més et peu con­seil­lés. Mia se sent donc con­stam­ment redev­able, elle remer­cie l’AVS tous les jours après l’école pour s’être occupé de son fils, elle se con­sid­ère comme priv­ilégiée, a le sen­ti­ment d’être chanceuse. Alix, bénév­ole chez Soliane, la per­suade : « c’est le droit de ton enfant d’être sco­lar­isé en milieu ordi­naire, c’est nor­mal ! ». Après quelques années passées à l’école mater­nelle, s’est posée la ques­tion de la suite de la sco­lar­i­sa­tion de Malik. Deux options se présen­taient à la famille, soit une sco­lar­i­sa­tion en milieu ordi­naire par le biais d’une ULIS, soit une prise en charge en IME (Insti­tut médico-social).

« La prise en charge d’un enfant autiste est un long chemin, il n’y a pas de réponse rapi­de et sur-mesure » Alix, bénév­ole à Soliane

La famille est donc en peine hési­ta­tion, d’autant plus que d’autres options se présen­tent à eux. Beau­coup de par­ents leur par­lent d’une pos­si­ble sco­lar­i­sa­tion en Bel­gique, où les places sont plus nom­breuses. Ils envis­agent alors un nou­veau départ, après avoir quit­té l’Algérie. Mais comme tout enfant, Malik a aus­si besoin de sta­bil­ité et cette course à la meilleure prise en charge a ses lim­ites. D’autant plus que, comme le rap­pelle Alix, « la prise en charge d’un enfant autiste est un long chemin, il n’y a pas de réponse rapi­de et sur-mesure pour son enfant ».

Finale­ment, Malik se voit attribuer une place en Insti­tut médi­co- édu­catif (IME) à Mar­seille et la famille décide de rester. Ils parvi­en­nent même à trou­ver un juste milieu en amé­nageant l’emploi du temps de Malik : il passera la moitié de sa semaine à l’IME, avec trois autres enfants autistes à réalis­er des activ­ités per­son­nal­isées, et l’autre moitié à l’école avec ses cama­rades de classe.Maintenant que Malik est sco­lar­isé et pris en charge par des pro­fes­sion­nels au quo­ti­di­en, Mia peut s’arrêter et pren­dre du recul sur ces dernières années. « J’ai envie de repren­dre une vie nor­male, de penser à moi, de faire du sport, de trou­ver un travail… ».

Le com­bat de par­ent d’un enfant autiste est un com­bat à plein temps, qui use et pousse à la recherche con­stante d’une meilleure sit­u­a­tion pour son enfant. Les par­ents sont engagés dans une quête inter­minable pour la meilleure prise en charge de leur enfant, ils vivent avec une pres­sion quo­ti­di­enne qui les pousse à se dire qu’ils ne font pas assez pour leur enfant… alors qu’ils y con­sacrent leur quotidien.

Après plusieurs années de com­bat, Mia se dit « qu’il n’y a pas de mod­èle idéal de prise en charge d’un enfant autiste ». D’abord parce que l’autisme s’exprime de manière dif­férente d’un enfant à l’autre, que chaque enfant est sin­guli­er, mais égale­ment parce que « les par­ents sont dif­férents, ont des manières dif­férentes de voir les choses, et ne veu­lent pas la même prise en charge pour leur enfant ».Désor­mais, Mia va essay­er de pren­dre du temps pour elle, pour « par­ler d’autre chose, penser à autre chose »… mais elle compte aus­si ren­dre la pareille et faire du bénévolat chez Soliane, pour aider comme on l’a aidé, et d’une cer­taine manière garder un pied dans ce monde de sol­i­dar­ité et d’entraide.

Simon Mangon

Photo de Une : Simon Mangon — Mia et Malik

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Si la loi l’autorise, les enfants nés en Algérie de par­ents migrants ont du mal à avoir accès à l’école. La faute aux réti­cences des directeurs d’école mais...

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Si la loi l’autorise, les enfants nés en Algérie de par­ents migrants ont du mal à avoir accès à l’école. La faute aux réti­cences des directeurs d’école mais aus­si des familles migrantes.

Sur la copie de l’examen de fin d’année, un 5/10 est inscrit en rouge. C’est l’épreuve de dessin. Sur la copie d’arabe, c’est un 0,5/10. Chenane, bien­tôt 7 ans, a inté­gré l’école publique du quarti­er «Cosider», à Bor­dj El Kif­fan, en sep­tem­bre 2015. Sa mère, une Camer­ounaise aux cheveux bouclés, se sou­vient être passée à l’école pour récupér­er les pre­miers résul­tats. «J’étais con­tente, même si les notes n’étaient pas bonnes», explique-t-elle. Pour la pre­mière fois en 2015–2016, 25 enfants migrants sub-sahariens ont été sco­lar­isés dans des écoles publiques. L’initiative a été lim­itée à Alger, mais rien n’empêche qu’elle se généralise.
«Nous nous sommes ren­du compte que beau­coup d’enfants de migrants, âgés de 6 ans, n’allaient pas à l’école. Nous avons con­tac­té le min­istère de l’Education. Pour eux, il était clair que tout enfant de 6 ans, présent en Algérie, devait aller à l’école. Nous avons établi une liste d’enfants, et le min­istère nous a don­né l’autorisation de les sco­laris­er très rapi­de­ment», explique Imène Ben­chaouche, anci­enne chargée de plaidoy­er pour la mis­sion «Algérie», de Médecins du Monde, et qui était en charge du dossier. La plu­part de ces enfants, nés en Algérie, n’avaient pas de papiers d’identité, et leurs par­ents n’ont pas de cer­ti­fi­cat de rési­dence. L’association a donc tra­vail­lé avec le min­istère pour adapter le dossier d’inscription. «Les par­ents ne savaient pas qu’une inscrip­tion était pos­si­ble. Le min­istère ne con­nais­sait pas l’existence de ces enfants. Nous avons fait le lien», ajoute Imène Benchaouche.

Enfants fran­coph­o­nes et anglo­phones pour école arabophone 

Leroy, Liberien, est recon­nais­sant d’avoir pu inscrire son fils, Ones­imus : «Il n’a rien à faire à la mai­son, il faut qu’il aille à l’école. Et il aime ça». Le petit garçon, vis­age rond, grand sourire, était sco­lar­isé l’année précé­dente, mais dans une école privée. «Il y avait de l’anglais, du français, c’était plus sim­ple pour lui, mais je n’avais pas les moyens de con­tin­uer à pay­er», racon­te son père.
L’enseignement pub­lic, en arabe, pose de vraies dif­fi­cultés aux familles des quartiers d’Alger qui sont majori­taire­ment anglo­phones. Libériens et Nigériens, les par­ents maîtrisent peu le français, et ont très rarement des notions d’arabe. «Je ne par­le pas l’arabe, je ne peux pas aider ma fille, alors elle fait ses devoirs toute seule, et elle s’en sort bien. Elle par­le un peu arabe main­tenant», racon­te Bin­tou Touré, une Libéri­enne dont la fille de huit ans, était sco­lar­isée au Liberia avant d’arriver en Algérie. «J’essaye d’aider Ones­imus à appren­dre à la mai­son, racon­te Leroy. Il con­nait l’alphabet et ses tables de mul­ti­pli­ca­tions jusqu’à 4, mais en anglais! La dif­fi­culté, c’est la langue. Lorsqu’il a des devoirs, je l’emmène voir d’autres per­son­nes dans notre com­mu­nauté qui ont quelques notions d’arabe». Nyono­plu, 39 ans, vit en Algérie depuis 8 ans. Elle a inscrit sa fille, Myr­i­am Faith, au deux­ième trimestre. «Je ne peux pas lui enseign­er l’arabe ou le français. tant qu’on vit en Algérie, il faut qu’elle aille à l’école et qu’elle apprenne ces langues». La petite fille, cas­quette rose sur la tête, boucles dorées «hel­lo kit­ty» aux oreilles, dit qu’elle s’est fait ses amis. Quand on lui demande ce qu’elle a appris, elle répond : «Kahloucha machi cheb­ba!» (une noire n’est pas belle), puis elle part en courant. Sa mère baisse la tête et sourit douce­ment : «Elle se bagarre sou­vent, on lui prend ses cahiers et ses sty­los. Les enfants sont par­fois vio­lents. Il leur est arrivé de jeter des cail­loux sur nous, les par­ents. Myr­i­am Faith est dev­enue plus têtue. Mais je veux qu’elle con­tin­ue à aller à l’école, elle va s’habituer, et elle va habituer les autres enfants à sa présence».

Ones­imus et Myr­i­am Faith (à droite), avec d’autres enfants qui eux ne sont pas encore scolarisés.
Pho­tos : Leïla Beratto.

Sac­ri­fices

La sco­lar­i­sa­tion a poussé les par­ents à boule­vers­er leurs habi­tudes: «Il faut l’emmener le matin, revenir le chercher, puis le rac­com­pa­g­n­er l’après-midi. Nous habitons à La Pérouse, c’est un long tra­jet. Par­fois je m’énerve parce que j’ai l’impression de per­dre beau­coup de temps, mais je veux qu’il apprenne, et si nous sommes ici, ce n’est pas de sa faute», explique Leroy. «Il faut faire des sac­ri­fices. Chaque matin, je me lève à 6h. Nous habitons très loin, nous mar­chons plus de 20 min­utes et ensuite il faut pren­dre un bus, puis le tramway. Par­fois, lorsque nous arrivons, on nous ren­voie parce qu’on est trop en retard. D’autres fois, on nous dit qu’on s’est trompé de jour, que la petite n’a pas école», racon­te Nyono­plu, qui se demande pourquoi l’institutrice n’a pas don­né un papi­er aux par­ents pour leur expli­quer le roule­ment des classes.
Ce change­ment a aus­si provo­qué des inquié­tudes du côté des écoles publiques : «Une direc­trice m’a demandé si les enfants étaient vac­cinés. Je lui ai répon­du, que oui, mais que si elle avait des doutes, elle n’avait qu’à leur faire pass­er une vis­ite médi­cale», se sou­vient Imène Ben­chaouche. Après quelques semaines à l’école, une maman a racon­té à l’association être con­tente car un enseignant lui avait dit que son enfant «était pro­pre et bien habil­lé». A Bor­dj El Kif­fan, les par­ents migrants ont pu ren­con­tr­er les enseignants de leurs enfants : «J’ai dis­cuté deux fois avec la maîtresse, elle a été très gen­tille et a essayé de m’expliquer l’organisation du tra­vail pour Myr­i­am Fatih», explique Nyono­plu. «Moi, j’ai demandé à ren­con­tr­er l’enseignante, mais la direc­trice a refusé», ajoute la mère de Chenane. «C’est vrai qu’il y a des prob­lèmes, mais on ne peut pas tout faire nous même. Nous n’avons per­son­ne pour nous aider. Il faut que l’école aus­si prenne soin de nos enfants», con­clu Bin­ta Touré.

Réti­cences des parents 

Cer­taines familles de migrants, con­tac­tées par Médecins du Monde, ont décliné l’offre de sco­lar­i­sa­tion à l’école publique. «Cer­tains par­ents ont peur que leur enfant subisse les vio­lences qu’ils subis­sent au quo­ti­di­en, d’autres ont du mal à envis­ager de rester vivre dans le même quarti­er toute une année», résume Imène Ben­chaouche. Doudou, con­go­lais de 33 ans instal­lé à Alger depuis 10 ans, et père d’une petite fille, refuse de l’inscrire à l’école publique : «à la mai­son, on par­le français, je veux qu’elle apprenne le français». Fab­rice, père de deux enfants, rétorque : «Où est la dif­férence ?  Enseign­er en langue arabe, c’est enseign­er quand même, non?». Ce Camer­ounais de 45 ans a inscrit sa fille et son fils dans une école privée et ne veut pas les en retir­er : «L’école s’est habituée à eux, ils ont leurs repères, c’est mieux qu’ils restent là bas». Le prix de la sco­lar­i­sa­tion est pour­tant un prob­lème. L’année dernière, son fils de 5 ans, n’a pas pu aller à l’école pen­dant un mois, parce que ses par­ents n’avaient pas trou­vé l’argent néces­saire pour pay­er. Dora, l’aînée, aime bien son école : «Il y a des écoles qui ne font pas les travaux manuels». Dans son bureau, la direc­trice de l’école de Dora sourit : «Oui, elle est très douée pour les travaux manuels, et excel­lente élève en français. Mais, pour le reste, elle ne tra­vaille pas assez». La maîtresse a pro­posé à la petite fille de pren­dre des cours de sou­tien, le mar­di. «C’est un coût en plus. La direc­trice voudrait qu’elle y aille deux fois par semaine, mais je n’ai pas les moyens», explique Fabrice.

Des dis­posi­tifs spé­ci­fiques pour les réfugiés

En l’absence de précé­dent pour la sco­lar­i­sa­tion dans le pub­lic, des acteurs asso­ci­at­ifs avaient struc­turé une aide à la sco­lar­i­sa­tion dans le privé. L’association Ren­con­tre et développe­ment a aidé à la sco­lar­i­sa­tion de 15 enfants migrants à Alger. Elle reçoit des sub­ven­tions de plusieurs ambas­sades et d’organisations car­i­ta­tives inter­na­tionales pour inscrire les enfants dans des écoles privées. En 2011, les sub­ven­tions étaient plus impor­tantes et près d’une quar­an­taine d’enfants ont pu être sco­lar­isés dans des écoles privées. La sco­lar­i­sa­tion des enfants réfugiés et deman­deurs d’asile est encadrée et prise en charge, si néces­saire, par le Haut Com­mis­sari­at aux réfugiés (HCR), via le réseau de pro­tec­tion de l’enfance NADA. Toutes ces aides ne con­cer­nent qu’une infime minorité des 100 000 migrants présents sur le ter­ri­toire, dont de plus en plus de femmes en âge d’avoir des enfants. Dans un com­mu­niqué pub­lié l’année dernière, la Plate­forme migra­tion Algérie, qui regroupe 18 asso­ci­a­tions algéri­ennes, écrivait : «Beau­coup d’efforts ont été con­sen­tis par l’Algérie pour l’amélioration de la sit­u­a­tion {des} enfants. Ain­si, la sco­lar­i­sa­tion des enfants, quelque soit le statut admin­is­tratif de leurs par­ents, dans les écoles publiques est actuelle­ment pos­si­ble. Cepen­dant beau­coup d’enfants restent en dehors du sys­tème sco­laire par manque d’information». Un respon­s­able asso­ci­atif résume : «C’est sim­ple, on a toutes les cartes en main. Il faut juste met­tre en place un accom­pa­g­ne­ment pour tous, les familles, les enfants et les pro­fes­sion­nels de l’éducation».

Leïla Berat­to

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Des images d’enfants en blouse, cartable sur le dos, entrant dans leur classe. Dans les jour­naux télévisés de nos pays méditer­ranéens, ces images ont illus­tré le mois de...

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Des images d’enfants en blouse, cartable sur le dos, entrant dans leur classe. Dans les jour­naux télévisés de nos pays méditer­ranéens, ces images ont illus­tré le mois de sep­tem­bre et les ren­trées sco­laires. L’éducation est un domaine géré par l’État. Nom­breux sont les pays qui défend­ent une école pour tous. Les taux d’alphabétisation dans la région ont atteint des niveaux inédits (67% au Maroc, 72% en Algérie, 73% en Égypte, 90% au Liban, 94% en Turquie, 95% au Portugal).

Mais der­rière ces chiffres, partout en Méditer­ranée, les États se désen­ga­gent de l’éducation et les sys­tèmes édu­cat­ifs finis­sent par impos­er une iné­gal­ité basée sur les ressources finan­cières des familles. Au Maroc, en Algérie, au Liban, l’école publique, éten­dard des hommes poli­tiques, est cri­tiquée et seuls les par­ents qui ont les moyens choi­sis­sent d’inscrire leurs enfants dans les étab­lisse­ments privés voir étrangers. Sous cou­vert d’accessibilité, on oublie ce qui fait l’école : des enseignants for­més, des locaux chauf­fés, des pos­si­bil­ités de trans­port et des pro­grammes solides et mod­ernes. Ce sont ces fac­teurs qui favorisent, de fait, les iné­gal­ités entre les enfants.

Car l’éducation, ce n’est pas seule­ment l’école mais un écosys­tème qui per­met aux enfants d’avoir accès à la con­nais­sance. Cet écosys­tème est lui aus­si frag­ilisé aujourd’hui. En France, l’accompagnement des enfants en sit­u­a­tion de hand­i­cap, comme les enfants autistes, est sys­té­ma­tique­ment organ­isé sous forme d’emplois pré­caires. Les nou­velles pri­or­ités budgé­taires du prési­dent Emmanuel Macron veu­lent sup­primer ces emplois, sans pro­pos­er de solu­tion alter­na­tive, notam­ment aux asso­ci­a­tions qui dans cer­tains cas sont en charge de mis­sions éduca­tives. En Espagne, les dernières réformes empêchent l’accès à un emploi sta­ble aux jeunes pro­fesseurs, ce qui les précarise.

Cer­tains restent mal­gré tout à l’écart de l’école. Les oubliés de l’éducation sont sou­vent des étrangers : des Syriens au Liban, des Libériens en Algérie, des Pales­tiniens en Ter­ri­toires occupés, des Roms en France. Dans la région de la Bek­ka, il faut sou­vent tra­vailler plutôt qu’étudier, à Alger, il faut batailler avec les directeurs d’école pour faire respecter la loi, à Jib al-Dhib, il faut recon­stru­ire les murs, détru­its par l’armée israéli­enne, à Mar­seille, il faut jon­gler avec les expulsions.

Dans les écoles, comme dans le milieu asso­ci­atif, les bud­gets et les sub­ven­tions se font rares, le champ libre est lais­sé aux entre­pris­es privées et la notion de ser­vice pub­lic pour l’éducation est mal­menée. La pri­vati­sa­tion de l’éducation aura pour con­séquence de sépar­er ceux qui ont les moyens de ceux qui ne les ont pas, à l’école comme dans le reste du quotidien.

Photo de Une : JDG

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En Syrie et à ses portes, les enfants syriens sont vul­nérables. Les trois prin­ci­paux pays d’accueil, la Turquie, le Liban et la Jor­danie compt­abilisent 5 mil­lions de réfugiés...

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En Syrie et à ses portes, les enfants syriens sont vul­nérables. Les trois prin­ci­paux pays d’accueil, la
Turquie, le Liban et la Jor­danie compt­abilisent 5 mil­lions de réfugiés dont la moitié sont des
enfants. Le Liban et la Jor­danie sont loin d’avoir les ressources néces­saires et suff­isantes pour les
pren­dre en charge. Privés de leurs droits pri­maires, l’accès à l’éducation reste pour eux incertain.

Au cœur de la Syrie, dans les zones de con­flit, c’est par­fois la peur au ven­tre que les enfants ten­tent de rejoin­dre des lieux cachés où ils peu­vent recevoir encore un cours de maths ou d’arabe, leurs écoles ont été détru­ites par les bom­barde­ments syriens et russ­es, ou ont été trans­for­mées en dépôts mil­i­taires ou en lieux d’accueil des pop­u­la­tions. Les écoles publiques fonc­tion­nent tou­jours, dans les zones épargnées par les com­bats et con­trôlées par l’armée syri­enne comme à Damas mais les risques d’attaque venant des ban­lieues en guerre restent élevés. D’après les récents chiffres de l’agence onusi­enne pour la défense des droits des enfants, l’UNICEF, 6 mil­lions d’enfants à l’intérieur de la Syrie ont besoin d’une aide human­i­taire, ce chiffre représente presque la total­ité des enfants vivant dans le pays, ils seraient 8 millions.

Sur place, les volon­taires et les salariés syriens de l’UNICEF pour­suiv­ent leurs actions éduca­tives mais seule­ment là où le régime syrien les autorise. Ailleurs au milieu des ruines ou dans les local­ités proche des fronts, les civils, réu­nis au sein des comités de défense civile, s’organisent pour apporter de l’aide human­i­taire, soign­er les blessés et s’occuper des enfants. Déter­minés à ne pas les laiss­er seuls face au cauchemar de la guerre, ils con­stru­isent et ini­tient des pro­jets là où ils peuvent.
Là s’improvisent alors des pièces de théâtre, des jeux, des temps de chants, de dessin mais aus­si des cours d’arabe, de sci­ence, de maths. Tout le monde s’y met d’après un habi­tant d’Alep venu récem­ment en France témoigner.

Un peu plus à l’ouest dans la région d’Idleb, les ini­ti­a­teurs du pro­jet Mag­ic Car­a­van, ten­tent de pour­suiv­re leurs activ­ités dans plusieurs villes du pays. Ces trans­met­teurs d’espoir dis­tribuent des sourires et sont vail­lants aux épreuves de la guerre. Dans de petites maisons mobiles faites de bric et de broc mais tou­jours col­orées et situées à l’abri des bom­barde­ments, ils invi­tent les enfants à venir s’y réfugi­er, suiv­re des cours, jouer, réap­pren­dre à sourire, se recon­stru­ire un peu. Leurs familles y sont invitées elles aus­si. D’après l’un des ini­ti­a­teurs du pro­jet, Khal­doun Batal, l’éducation en Syrie est un véri­ta­ble rem­part con­tre la mil­i­tari­sa­tion de la jeunesse, par­fois con­trainte de rejoin­dre les rangs des mul­ti­ples groupes armés présents sur le ter­ri­toire syrien. (voir pho­tos et arti­cle dans le dossier Syrie).
Ces pro­jets édu­cat­ifs sont de petites gouttes dans l’océan mais per­me­t­tent de soulager les trau­ma­tismes de guerre très présents chez toute cette généra­tion d’enfants qui représen­tent la moitié de la pop­u­la­tion syrienne.

Salle de classe de l’association syri­enne Alpha­bet au cœur d’un camp situé dans la région de la Bekaa au Liban @Hélène Bour­gon 2015

D’abord se nour­rir, étudi­er ensuite

Loin de la sit­u­a­tion turque et jor­dani­enne où dès le début de l’arrivée des syriens, les États ont con­stru­it des camps formels, l’État libanais, lui, n’a pas recon­nu le statut de réfugié aux syriens, lais­sant cette tâche à l’UNHCR (le haut com­mis­sari­at aux réfugiés) chargé des les enreg­istr­er. Il a tou­jours refusé d’ériger des camps. Les syriens enreg­istrés comme réfugiés sont 1,001,051 au Liban. Éparpil­lés aux qua­tre coins du pays, ils vivent dans des maisons, des apparte­ments, des garages, et dans des camps informels qu’ils con­stru­isent eux-mêmes dans les cam­pagnes. Les ONG inter­na­tionales et locales ont bien du mal à localis­er et à iden­ti­fi­er les besoins et à péren­nis­er leurs pro­grammes d’aide. Cette sit­u­a­tion est de plus en plus vis­i­ble en Jor­danie où 80% des réfugiés vivraient désor­mais hors des camps pour ten­ter de trou­ver un tra­vail. En tant que réfugiés, ils ont droit à une petite aide men­su­elle du HCR qui cou­vre unique­ment la nour­ri­t­ure. Les familles qui doivent s’acquitter d’un loy­er, comme c’est générale­ment le cas hors des camps et majori­taire­ment le cas au Liban, peinent à join­dre les deux bouts, et donc choi­sis­sent par­fois d’envoyer leurs nom­breux enfants, tra­vailler dans les champs au Liban ou dans les entre­pris­es de tex­tiles en Turquie (à des­ti­na­tion de nos grandes mar­ques européennes).

«Être mineur est une vul­néra­bil­ité » con­fie Tina Fayçal, qui tra­vaille pour l’ONG Car­i­tas Liban « on les reçoit dans des cen­tres et on aide les enfants à retrou­ver le chemin de l’école, les sit­u­a­tions vari­ent, cer­tains sont orphe­lins, d’autres sont oblig­és de tra­vailler pour sub­venir aux besoins de la famille, ou souf­frent de graves trou­bles psy­chologiques et physiques, dus aux trau­ma­tismes de la guerre ». L’absence d’accès à l’éducation est un grand risque pour les enfants syriens réfugiés. Tina Fayçal pour­suit « S’il n’y a pas de pos­si­bil­ité de sco­lar­i­sa­tion, il faut aider finan­cière­ment les familles et trou­ver des activ­ités pour ces enfants sinon ils sont exploités par les employeurs, pour les filles mineures c’est le risque d’un mariage pré­coce, on a égale­ment détec­té des cas d’abus sex­uels » dans tous les cas les par­ents n’osent pas porter plainte. En Jor­danie, les mariages de mineures syri­ennes avec des étrangers, union arrangée avec la famille, sont fréquents dans le camp de Zaatari. Cer­taines ONG ont égale­ment reporté de nom­breux cas de pros­ti­tu­tion pour sub­venir aux besoins de la famille et cau­tion­né par cer­tains de ses mem­bres dans les dif­férents pays d’accueil.

Généra­tion perdue ?

Face à cette urgence en 2014, l’Unicef a lancé la cam­pagne « No lost gen­er­a­tion »-pas de généra­tion per­due- afin d’aider les pays d’accueil à sco­laris­er les enfants syriens qui sont par­fois plus nom­breux dans cer­tains vil­lages que les locaux. Les États, libanais, turcs et jor­daniens ont ouvert les portes de leurs écoles publiques depuis 2015. Les enfants syriens peu­vent suiv­re les pro­grammes locaux mais qui sont par­fois revis­ités et adap­tés à leur niveau. Ils sont encadrés par des pro­fesseurs notam­ment syriens au Liban. Mais d’après le min­istère de l’éducation libanais, en 2017 seuls 194 000 enfants syriens suiv­ent ce pro­gramme sur plus 500 000 enfants présents au Liban. La Turquie s’est félic­itée d’avoir sco­lar­isé 500 000 enfants sur les 1,2 mil­lions qu’elle compte et le meilleur élève est la Jor­danie qui a sco­lar­isé plus de 150 000 enfants syriens sur env­i­ron 240 000. La vul­néra­bil­ité est donc éten­due et prég­nante pour plus d’un mil­lion d’enfants syriens dans les prin­ci­paux pays d’accueil sans compter les mil­liers d’enfants syriens ayant trou­vé refuge avec leurs familles en Irak, en Égypte ou au Maghreb. La fragilité socio-économique et par­fois sécu­ri­taire de ces pays d’accueil freine l’accès aux soins, aux besoins pri­maires et à l’éducation des nom­breux syriens réfugiés.

Cours de l’école fondée par l’association Relief and Rec­on­cil­i­a­tion au milieu des camps informels dans la région du Akkar au Liban @Hélène Bour­gon 2015

Au milieu des campe­ments de for­tune il n’est cepen­dant pas rare d’entendre des voix d’enfants en train de chanter ou de réciter des textes en arabe. C’est toute la mis­sion des dif­férentes asso­ci­a­tions syri­ennes, libanais­es, turques, jor­dani­ennes et inter­na­tionales sur le ter­rain qui tra­vail­lent sans relâche pour pour­suiv­re l’éducation de ces jeunes ressources privées d’école. Ils impro­visent la con­struc­tion de lieux, des sortes de pré­fab­riqués ou des tentes, sou­vent tenus et ani­més par des pro­fesseur-e-s syrien-ne-s et des volon­taires syrien-ne-s en for­ma­tion. Au Liban ces lieux d’éducation informelle sont pour de nom­breux par­ents bien plus ras­sur­ants que les écoles publiques libanais­es par­fois situées à plusieurs kilo­mètres de leur lieu de vie. Le coût du trans­port et la vul­néra­bil­ité des enfants syriens réfugiés sur les routes font renon­cer les familles au pari d’une re-sco­lar­i­sa­tion de leurs enfants. Ce con­texte que l’on retrou­ve en Jor­danie et en Turquie éloigne enfants et ado­les­cents syriens de leur objec­tif d’étudier un jour à l’université. L’éducation reste en effet un bon passe­port pour leur inté­gra­tion et pour con­stru­ire leur avenir. Si cer­tains rêvent d’aller recon­stru­ire leur pays la Syrie, d’autres y ont renon­cé avec beau­coup de peine logée dans leur cœur.

Hélène Bourgon

Photo de Une : Salles de classe d’une école en préfabriqué conçus par l’association Relief and Reconciliation dans la région du Akkar au nord du Liban @Hélène Bourgon 2015

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15–38 est un site gra­tu­it qui repose sur le sou­tien des lecteurs auprès de l’association éditrice du site 15–38 Réseau Méd, enreg­istrée auprès de la pré­fec­ture des Bouch­es-du-Rhône le 23 juin 2016.

Afin de nous per­me­t­tre de pro­duire 10 dossiers par an, nous vous pro­posons une adhé­sion annuelle à 60 euros. Une adhé­sion de sou­tien qui nous per­me­t­tra de financer la rémunéra­tion des col­lab­o­ra­teurs qui par­ticipent à l’élaboration des dossiers. Elle vous per­met égale­ment de pren­dre part aux ren­con­tres annuelles du Réseau 15–38 qui se tien­dront en fin d’année afin de créer des liens en Méditerranée.

Si vous souhaitez adhér­er, rem­plis­sez le bul­letin d’adhésion.

Ren­voyez-le soit par mail : 1538mediterranee@gmail.com

Soit à l’adresse de l’association :
Asso­ci­a­tion 1538 Réseau Med
3 rue Sainte Elisabeth
13002 Marseille

Il est pos­si­ble de régler par chèque à l’ordre de “Asso­ci­a­tion 1538 Réseau Med” ou en ligne via le site Hel­lo Asso.

Votre adhé­sion est val­able dès récep­tion de votre paiement.

Vous pou­vez égale­ment soutenir 15–38 en don­nant de manière ponctuelle ou men­su­elle, selon vos moyens. (Reçu sur demande)

15–38, ce sont aus­si des for­ma­tions, des con­férences, des événements.

Afin de nous per­me­t­tre de sceller les pre­miers parte­nar­i­ats tout en con­tin­u­ant de pub­li­er des dossiers, 15–38 a lancé une cam­pagne de finance­ment par­tic­i­patif. Clô­turée le 21 avril 2017, elle a rassem­blé 193 sou­tiens. Nous leur dis­ons encore une fois MERCI !

Com­ment sera util­isé votre argent ? Cliquez sur la vidéo pour en savoir plus !

Mer­ci à Lau­rent Quero et Mathilde Bour­gon, les créa­teurs de cette ani­ma­tion ! Ils ont fait ce pre­mier don à 1538. Pour les deux jours de tra­vail néces­saires, nous auri­ons dû les rémunér­er à hau­teur de 500 euros.


Récem­ment, j’ai lu dans la presse que vous soute­niez Bachar El Assad, l’homme qui m’a chas­sé de mon pays, tué mes amis et mes proches, m’a pour­chas­sé et...

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Récem­ment, j’ai lu dans la presse que vous soute­niez Bachar El Assad, l’homme qui m’a chas­sé de mon pays, tué mes amis et mes proches, m’a pour­chas­sé et con­traint de fuir la Syrie. Savez-vous pourquoi ? Sim­ple­ment pour avoir exer­cé mon méti­er de jour­nal­iste au cours de la révo­lu­tion syrienne.

Vous êtes plus savants que moi en poli­tique, c’est pourquoi j’aimerais vous pos­er une ques­tion. Il y a des dizaines de jour­nal­istes qui comme moi ont com­bat­tu les islamistes ” El Qai­da, Daech, Jounoud El Cham, Ahrar El Cham ” et d’autres fac­tions que vous ne con­nais­sez sans doute pas. Ils se sont égale­ment opposés à Bachar El Assad. Voici ma ques­tion: pourquoi le soutenez- vous ?

La France m’a per­mis d’échapper à la guerre, elle fait désor­mais par­tie de moi. Après les mas­sacres de Char­lie Heb­do et du 13 Novem­bre, j’étais avec ceux qui ont pleuré les vic­times et déposé des fleurs place de La République. J’ai étudié la langue de ce pays et y ai édité deux livres en français. Je tra­vaille comme des mil­liers de réfugiés, nous ne cau­sons de tort à per­son­ne, tout ce que nous souhaitons c’est de vivre digne­ment. J’aime ce pays et suis prêt à don­ner ma vie pour lui.

Votre leader, Mme le Pen a égale­ment dit que les Syriens man­quaient de courage pour avoir quit­té leur pays en rai­son des événe­ments, alors que les Français ne l’avaient pas fait pen­dant la deux­ième guerre mon­di­ale. Cette com­para­i­son est inap­pro­priée : la guerre civile se déroulant dans mon pays n’a que peu de rap­ports avec la tragédie vécue par la France entre 1939 et 1945. Il est par con­tre pos­si­ble de la rap­procher de ce qui s’est passé en Espagne à la fin des années trente du siè­cle dernier. Pensez vous que les cen­taines de mil­liers d’Espagnols qui ont fui leur pays à ce moment là pour se réfugi­er en France étaient des lâches ?

Madame Le Pen : en Syrie, bien avant la prise de pou­voir par le par­ti Baath, nous avons accueil­li il y a de cela un siè­cle, des cen­taines de mil­liers d’Arméniens fuyant les mas­sacres organ­isés par l’Empire Ottoman. Avec le temps, ils sont devenus aus­si syriens que les autres habi­tants et notre pays est devenu pluriel sur le plan lin­guis­tique. Ces hommes et ces femmes ont tra­vail­lé, fait pro­gress­er l’économie et con­stru­it des ponts entre leur cul­ture d’origne et celle de leur pays d’accueil, ponts que les réfugiés d’aujourd’hui ten­tent d’édifier.

Je vous écris depuis un café parisien avec, autour de moi, des gens de divers­es nation­al­ités. Je remar­que que cer­tains me regar­dent avec ani­mosité, ce qui n’était pas le cas quand je suis arrivé il y a quelques années. Je ne quit­terai jamais la France quoi qu’il arrive. Savez-vous pourquoi ? Parce qu’un philosophe Irlandais Edmaund Burk, je suis sûr que vous le con­nais­sez, a dit “La seule chose qui per­met au mal de tri­om­pher est l’inaction des hommes de bien “.

Photo ©IsabelleLagny

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Chers lecteurs et lec­tri­ces, Après des dossiers d’actualité lourds en émo­tion et en infor­ma­tion, il est grand temps d’aller en plein cœur de cette Méditer­ranée et de se...

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Chers lecteurs et lec­tri­ces,

Après des dossiers d’actualité lourds en émo­tion et en infor­ma­tion, il est grand temps d’aller en plein cœur de cette Méditer­ranée et de se laiss­er dériv­er au gré du vent.
Ce voy­age est pro­posé par Cyrille Mous­set (adhérente de 15–38) et son com­pagnon. “Met­tre les voiles”, quit­ter leur quo­ti­di­en et par­tir nav­iguer durant deux ans en Méditer­ranée à bord de leur voili­er “Sauvage” n’a pas été une sim­ple déci­sion. Par­tis le 17 mars de Sanary-sur-mer (sud de la France), ils ont mis le cap sur l’île de Capraïa, située entre la côte ital­i­enne et la Corse. La plume bien aigu­isée, ils nous livrent leurs réc­its en texte et en image afin de nous faire décou­vrir des con­trées peu explorées et ce bel univers qu’est la voile. Bon voy­age à tous !

Episode 1

« Voy­age autour de la méditer­ranée sur un Glad­i­a­teur de 33 pieds »

Le jour J est enfin arrivé. Aujourd’hui, ven­dre­di 17 Mars 2017, nous quit­tons le mouil­lage de Sanary sur Mer pour un voy­age autour de la méditer­ranée. Nous nav­iguons sur un Glad­i­a­teur, voili­er des chantiers Wauquiez de 1978. Nous vivons sur notre voili­er et notre désir est de par­tir à la décou­verte de nou­veaux lieux mais surtout de pou­voir s’enrichir de nom­breuses ren­con­tres au gré de nos escales et du vent. Nous avons choisi de vivre autrement et à tra­vers cette expéri­ence toute nou­velle que nous abor­dons avec grand opti­misme, mais non sans appréhen­sion, nous souhaitons partager notre quo­ti­di­en. À tra­vers ce réc­it conçu pareil à un jour­nal de bord, nous vous fer­ons part de nos sen­ti­ments éprou­vés avec sim­plic­ité et humil­ité. Nous vous par­lerons égale­ment des dif­fi­cultés admin­is­tra­tives et morales que nous avons ren­con­trées et elles sont nom­breuses lorsque l’on décide de tout quit­ter et de par­tir sans date de retour ! Nous par­lerons aus­si de toutes ces ques­tions que nous nous posons et de celles posées par notre entourage comme par exem­ple : « Mais de quoi allez-vous vivre ? », « Et si cela ne marche pas ? », « Et si vous tombiez malades ? », etc…Nous pour­rions con­tin­uer cette liste indéfin­i­ment et ne jamais larguer les amar­res, rester dans un port, vivre tran­quille­ment sur notre bateau et être rac­cordé 24/24 à l’eau, l’électricité et…bien ancré dans la société. Mais il est déjà trop tard ! Nous sommes bel et bien par­tis, et « Sauvage » notre voili­er, avale goulu­ment les pre­miers milles nau­tiques vers notre pre­mière escale : les îles de la Toscane. Capraïa, Elbe et Gian­nu­tri pour débuter. Notre odyssée com­mence et nous comp­tons sur le souf­fle d’Éole pour nous pouss­er tou­jours plus en avant !

Départ de l’aventure en image

Episode 2

Tra­ver­sée de Sanary jusqu’à Capraïa » (ven­dre­di 17 et Same­di 18 Mars 2017)

Après 36 heures de nav­i­ga­tion entre Sanary et Capraïa (pre­mière île de l’archipel Toscan à l’est du cap Corse), nous voilà en Ital­ie ! Épuisés mais con­tents d’arriver, nous aurons fait 34 heures de voile et deux heures de moteur. L’objectif est d’utiliser le moins pos­si­ble la brise diesel. Ce fut une nav­i­ga­tion sportive, avec un vent arrière de force 5–6 sur l’échelle beau­fort (le max­i­mum est 12). Nous nav­iguons qu’avec un bout de génois (voile à l’avant). Plus tail­lé pour la nav­i­ga­tion au près, notre « Sauvage » roule beau­coup dans cette allure et je donne mon trib­ut à Nep­tune à 6 repris­es ! Il faut par­fois un cer­tain temps avant que le corps s’amarine…Je n’ai pas d’autre choix que d’attendre la fin du cal­vaire car je sais par expéri­ence que les mau­vais moments s’oublient au prof­it des bons ! De plus, le pilote automa­tique, con­sid­éré comme notre troisième équip­i­er, décide de nous aban­don­ner en cours de route. C’est donc à la force de nos qua­tre bras que nous bar­rons « Sauvage » à tra­vers un Nep­tune de mau­vaise humeur. Nous essaierons de répar­er le pilote plus tard, l’achat d’un neuf n’étant pas prévu dans notre bud­get actuel. C’est la pre­mière fois que nous nav­iguons de nuit au mois de mars et les tem­péra­tures sont encore très fraîch­es ! L’humidité tombe vers 16h00 et nos triples couch­es de vête­ments ne sont pas de trop. Le froid est ce qu’il faut com­bat­tre en mer avant tout car c’est un des fac­teurs qui favorise le mal de mer, c’est la règle des 4 F : Froid, Fatigue, Faim et Frousse ! Nous arrivons à Capraïa en pleine nuit (à éviter quand on peut !), heureuse­ment, la baie devant le port est saine et notre traceur n’indique aucune dif­fi­culté par­ti­c­ulière. Nous y jetons l’ancre. Le vent est tombé, tout comme nous tombons de sommeil ! ”

Tra­ver­sée Sanary (France)-Capraïa (Ital­ie)

Episode 3

« Les îles Toscanes » (Dimanche 19 au mer­cre­di 29 Mars 2017)

« Au petit matin du dimanche 19 Mars, nous gon­flons notre annexe pour par­tir en explo­ration sur l’île de Capraïa. Nous util­isons un kayak gon­flable pour aller à terre. Nous avons fait ce choix dès le départ après avoir pesé le pour et le con­tre entre une annexe à moteur ou une à rame. En plus d’être écologique, le kayak ne prend que très peu de place à bord, ne pèse pas lourd et nous gagnons en tran­quil­lité d’esprit lorsque nous le lais­sons à terre. Une annexe à rame est moins ten­tante à cha­parder qu’une à moteur ! Voilà com­ment s’organise la journée : nous vivons au rythme du soleil, nous nous cou­chons et lev­ons avec lui, il fait office de réveil naturel. Le temps de pré­par­er le déje­uner pour le midi et nous quit­tons le bateau pour décou­vrir ces nou­veaux lieux. L’archipel toscan se com­pose de 7 îles et sont les som­mets de mon­tagnes du con­ti­nent tyrrhénien enfon­cés dans la mer. Capraïa était autre­fois une prison (l’Alcatraz améri­cain en plus petit !), sa côte est accore et rocheuse et le print­emps libère tous les arômes des plantes de son maquis. Nous prof­i­tons de la sai­son pour faire une longue marche qu’il ne sera plus pos­si­ble de faire en plein été à cause de la chaleur et le manque d’arbre. De retour sur le bateau, nous con­sul­tons la météo. C’est elle surtout qui dicte notre par­cours et il faut tou­jours être vig­i­lant car elle est d’humeur changeante et taquine. Pour cela, nous sommes équipés d’un télé­phone portable avec un for­fait inclu­ant les con­nex­ions sur Inter­net depuis l’Europe (30 GO par mois) et des appli­ca­tions gra­tu­ites téléchargées pour les météos du large et côtière. Nous sommes bien évidem­ment équipés de la VHF ASN, équipement oblig­a­toire si on nav­igue au-dessus de la bande des 6 milles nau­tiques (1 Mille = 1852 mètres).
Il faut tou­jours être prêt à quit­ter ou à chang­er de mouil­lage et devons par­fois laiss­er nos états d’âme de côté. C’est ce qui se pro­duit ce lun­di 20 mars. Nous avons eu tout juste le temps de flirter avec Capraïa et le vent qui se lève nous pousserait jusqu’à Elbe, la plus grande des îles de l’Archipel Toscan. Une petite demi-heure suf­fit pour nous pré­par­er et lever l’ancre. Si nous ratons l’occasion, nous risquons de rester coincés plusieurs jours au même endroit car nous voulons descen­dre rapi­de­ment jusqu’à Malte, ayant déjà vis­ité cette zone en 2015.

L’île d’Elbe

Après 8 heures de voile, nous arrivons sur l’île d’Elbe et jetons l’ancre dans le golfe de la Biodola, situé au nord de l’île, à l’ouest de Porto­fer­raio. C’est un excel­lent abri pour les vents de secteur Sud. À cette péri­ode, nous sommes les seuls au mouil­lage ! C’est une île très mon­tag­neuse et verte que nous décou­vrons, aux côtes très découpées. Réputée égale­ment pour l’importance de son min­erai de fer sur la côte est, la dernière mine a fer­mé en 1984.
Nous nous trou­vons entre les vil­lages de Porto­fer­raio (cap­i­tale de l’île) et de Mar­ciana Mari­na. Nous apercevons un arrêt de bus à notre descente mais ce n’est pas encore la sai­son et le bus ne passe pas avant le mois de juin…nous optons pour l’auto stop et ça marche ! De cette façon, nous ren­con­trons des insu­laires qui n’hésitent pas à nous pren­dre et on prof­ite de leur gen­til­lesse pour glan­er quelques infor­ma­tions sur le quo­ti­di­en de l’île. La pre­mière per­son­ne que l’on ren­con­tre nous dépose au cen­tre de Porto­fer­raio en ayant pris soin de nous indi­quer le mag­a­sin pour faire notre rav­i­taille­ment en fruits et légumes et la petite gare routière où un bus pour­ra nous rap­procher de notre mouil­lage pour le retour. Nous procé­dons de la même façon pour nous ren­dre le lende­main à Mar­ciana Mari­na, située à 15 Km de notre mouil­lage ! Même scé­nario que la veille, quelqu’un s’arrête et nous dit que nous sommes « for­tu­nati ! », com­prenez « chanceux » de trou­ver quelqu’un qui se rend jusqu’à Mar­ciana aujourd’hui ! Nous prof­i­tons de ce char­mant ital­ien bavard (pléonasme ?!) pour faire une « micro-autostop-inter­view ». Nous apprenons qu’Elbe compte 30.000 âmes, vit essen­tielle­ment du tourisme les trois mois d’été (sur 200 hôtels, seuls 6 ou 7 ouvrent de Pâques à Noël, pour le reste, ils n’ouvrent que de juin à la mi-sep­tem­bre) et l’on y cul­tive la vigne et l’olivier. Con­cer­nant la pop­u­la­tion plus jeune, ils sont oblig­és de quit­ter l’île après le lycée pour con­tin­uer leurs études dans les uni­ver­sités de l’Italie con­ti­nen­tale telles que Pise ou Florence.

On ne peut ignor­er l’exil de Napoléon qui dura deux ans (1814–1815) et à qui on doit la mod­erni­sa­tion de Porto­fer­raio. La ville est mar­quée par Napoléon, on y trou­ve la bière à son nom, le cir­cuit et des bars et restau­rants rap­pelant son pas­sage ! On nous a tout de même rap­porté, qu’un jour, un restau­rant avait affiché le mes­sage suiv­ant : « Napoléon n’a absol­u­ment jamais, mais jamais mangé ici ! ». La balade jusqu’à la citadelle vaut le détour et déam­buler dans les rues bor­dées de maisons aux façades couleur ocre, nous plonge dans le XVIII° siècle.

Jeu­di 23 Mars :
Nous quit­tons notre mouil­lage du golfe de la Biodola pour rejoin­dre un autre lieu décrit comme étant un pur joy­au : Por­to Azzuro, situé sur la côte sud-est de l’île. Pour l’anecdote, le vil­lage por­tait le nom de Lon­gone, anci­enne prison et donc asso­cié au crime en Ital­ie. C’est pour ne pas faire fuir les touristes qu’à présent il est con­nu sous le nom de Por­to Azzuro et compte tenu de l’activité touris­tique en été, le strat­a­gème a très bien fonc­tion­né ! Nous décou­vrons un vil­lage ani­mé où nous emprun­tons le GR (sen­tier de grade ran­don­née) pour nous retrou­ver sur les hau­teurs de l’île. Per­chés sur les cimes, c’est un mag­nifique panora­ma qui s’offre à nous. Le lende­main, nous par­tons en direc­tion d’un autre vil­lage per­ché dans les hau­teurs : Cam­po­liv­eri, où nous y trou­vons une ambiance plus locale et très agréable.

Lun­di 27 Mars :
Il est temps de dire au revoir à Elbe et par­tir en direc­tion de la dernière île et aus­si la plus petite qui con­stitue l’archipel toscan : Gian­nu­tri. « Sauvage » prend le vent arrière et file à 5 nœuds. Huit heures plus tard nous arrivons à Gian­nu­tri. Luxe, calme et volup­té. Quelques maisons, aucun com­merce et seul un restau­rant et un hôtel ouvrent en été. Lorsque nous descen­dons à terre, après avoir jeté l’ancre dans la minus­cule crique de Spalma­toi, nous avons l’impression que l’île nous appar­tient ! Nous emprun­tons les chemins de tra­verse et l’un d’entre eux nous mène à la vil­la Romaine que nous souhaitons vis­iter. Nous devrons mal­heureuse­ment aban­don­ner l’idée car des grilles blo­quent l’entrée pour cause de fer­me­ture hors sai­son. En effet, du 26 mai au 12 octo­bre le tourisme est régulé et le site antique n’est acces­si­ble qu’accompagné d’un guide et muni d’un « passe ». Le site est sous vidéo sur­veil­lance et nous ne voulons pas out­repass­er l’interdiction mise en place pour de bonnes raisons : la pro­tec­tion du site. Mal­gré tout, nous jouons aux Indi­ana Jones en herbe et, sans dépass­er les lim­ites imposées, nous volons quelques pho­tos par le biais d’un petit chemin latéral. Il est temps de ren­tr­er et plan­i­fi­er la suite de notre itinéraire, prochaine étape : les îles Pontines. »

Episode 4

Le voili­er “Sauvage” au mouil­lage à Pon­za, la plus grande des îles Pon­tines en Italie

« La tra­ver­sée vers les îles Pon­tines » Avril-mai

Un peu plus d’un mois s’est écoulé depuis notre dernier réc­it et quelques péripéties ont retardé la suite de nos aventures !
Lorsque le 29 mars nous quit­tons les îles Toscanes en direc­tion des îles Pon­tines, c’est un vent pais­i­ble et favor­able qui nous pousse accom­pa­g­né d’une mer calme. À ce moment-là, nous ignorons que nous allons avoir recours aux ser­vices médi­caux ital­iens d’ici quelques jours…
Nous met­tons le cap sur Pon­za à 120 Milles nau­tiques, la plus grande des îles Pon­tines et durant cette tra­ver­sée de 18 heures, la nature nous offre un mer­veilleux spec­ta­cle ! Ils arrivent et sont au nom­bre de 3, puis 4 et finale­ment ce sont 5 dauphins qui, dans un véri­ta­ble bal­let, vien­nent cha­touiller l’étrave de Sauvage ! Un tel cadeau nous rend plus opti­miste que jamais et nous atteignons Pon­za en pleine nuit à la voile…L’arrivée est quelque peu ten­due. Nous devons zigza­guer entre les nom­breux récifs et pas­sons en quelques sec­on­des de 3 nœuds à 7 nœuds de vitesse ! Cette accéléra­tion soudaine du vent est dû à un effet de site et le pas­sage de cap engen­dre sou­vent un change­ment brusque de régime qui ne manque jamais de sur­pren­dre ! Au petit matin, nous prof­i­tons du calme et de l’ensoleillement pour faire notre rav­i­taille­ment dans le petit cen­tre de Ponza.
Notre objec­tif est de descen­dre vers le sud en pas­sant par le golfe de Naples, puis le détroit de Mes­sine pour rejoin­dre l’île de Malte, tou­jours sous réserve de la météo, où nous souhaitons nous arrêter quelques jours afin de con­tin­uer nos activ­ités pro­fes­sion­nelles. Hé oui ! Il va bien fal­loir tra­vailler car nous ne sommes pas ren­tiers et c’est le moment d’aborder la ques­tion cru­ciale du : « Mais de quoi vivent-ils ?! »

Cyrille et son com­pagnon ont cha­cun une activ­ité pro­fes­sion­nelle adap­tée à leur mode de vie de nomade, Cyrille est tra­duc­trice à son compte et a créé “Sail­ing the words”

« Et si nous vous par­lions un peu de nous ? »

Nous avons cha­cun dévelop­pé une activ­ité pro­fes­sion­nelle nous per­me­t­tant de voy­ager et de tra­vailler où que nous allions. Nous souhaitons plus qu’expérimenter le tra­vail nomade, nous voulons qu’il devi­enne indis­so­cia­ble de notre aven­ture ! Pour ma part, je suis tra­duc­trice et nav­i­ga­trice. J’ai opté pour le tra­vail en nomade dig­i­tal et dis­pose du matériel infor­ma­tique néces­saire à mon activ­ité qui porte le nom de « Sail­ing the Words ». Sail­ing the Words est la fusion de mes deux pas­sions : traduire et nav­iguer ! Je fais donc nav­iguer les mots de l’anglais au français. Je traduis les doc­u­ments dans mes domaines de com­pé­tences qui sont : le secteur du tourisme et bien sûr le secteur nau­tique. Je nav­igue sur les mots et…sur la mer Méditer­ranée ! Pour plus de ren­seigne­ments je vous invite à voguer sur les pages de mon site dédié à la tra­duc­tion et à la nav­i­ga­tion : www.sailingthewords.com mais aus­si sur la page Face­book de Sail­ing the words : https://www.facebook.com/sailingthewords/.

Mon com­pagnon de vie et de nav­i­ga­tion est illus­tra­teur auto­di­dacte ! C’est un rêveur et il a pour mis­sion de nour­rir son inspi­ra­tion au fil de nos déplace­ments et d’immortaliser nos escales les plus mar­quantes à l’encre de chine. Il varie les plaisirs en tes­tant de nou­veaux procédés sur le bateau comme la lino­gravure. Il a, à son act­if, deux ban­des dess­inées qui ont été pub­liées par la mai­son d’édition « Des ronds dans l’O ». Ce sont deux adap­ta­tions de romans. La pre­mière, inti­t­ulée « Tueuse » est l’œuvre de l’auteure mar­seil­laise Annie Bar­rière. La deux­ième est l’adaptation d’une nou­velle d’Isabelle Eber­hardt : « Yas­mi­na ». Vous retrou­verez ses œuvres sur le site : www.desrondsdanslo.com/May.htlm.
Tout ce que nous pos­sé­dons se trou­ve à bord de notre voili­er. Pen­dant les dernières années, nous avons con­sti­tué « un tré­sor de guerre » pour faire face aux imprévus car nous savons qu’ils sont nom­breux en mer. Mais ce qui use nos nerfs en ce moment, c’est la météo ! Très changeante, nous devons la con­sul­ter plusieurs fois par jour. Nous sommes en avril, les nuits tou­jours fraîch­es, et les caprices d’Éole met le moral de l’équipage à rude épreuve ! Pour imager cette con­trainte, nous don­nons cet exem­ple : imag­inez que vous devez démé­nag­er sans crier gare ; en fonc­tion de la force du vent, de sa direc­tion, du sens de la houle, à l’approche d’un orage, etc…sans vouloir faire nos « Causettes », il y a des jours où ça fatigue ! Heureuse­ment qu’une bonne nuit répara­trice (quand c’est pos­si­ble) suf­fit à retrou­ver la bonne humeur et l’entrain.
Nous sommes le 4 avril et Pon­za nous offre un peu de repos…Hélas, pas pour longtemps. Lorsque je me réveille ce matin-là, je con­state à ma grande sur­prise, que je suis en sym­biose avec le print­emps : JE BOURGEONNE ! Recou­verte de bou­tons rouge sur tout le corps, c’est panique à bord ! On pen­sait avoir tout prévu et la trousse à phar­ma­cie a été soigneuse­ment pré­parée en fonc­tion des faib­less­es physiques de cha­cun. Mais là, nous don­nons notre langue au chat : est-ce la vari­celle ? Intox­i­ca­tion ali­men­taire ? Ou bien une allergie ? En tout cas ça gratte…Apparemment ce n’est pas con­tagieux car je suis la seule à avoir ça et je n’ai pas de fièvre. Nous restons calmes et déci­dons de con­tin­uer notre chemin en direc­tion d’Ischia, afin de se rap­procher du golfe de Naples.

« Ven­totene ou notre île maudite »

Nous aime­ri­ons cette fois-ci nous arrêter à Ven­totene. Cette île devint un cen­tre péni­ten­ti­aire jusqu’à une époque très récente avec sa voi­sine San Ste­fano où Mus­soli­ni empris­on­na les antifas­cistes. Il y a deux ans, lors de notre pre­mier galop d’essai en voili­er, nous n’avions pas pu la vis­iter. C’était plus avancé dans la sai­son et il nous avait été impos­si­ble de mouiller là où pour­tant le guide nau­tique nous l’indiquait à cause de la mul­ti­tude de corps-morts instal­lés (bouées payantes, aux­quelles vous êtes oblig­és d’accrocher le voili­er, sans eau ni élec­tric­ité). Sûrs de notre coup cette fois-ci, nous mouil­lons l’ancre dans un endroit autorisé et nous nous pré­parons à descen­dre. Tout à coup, arrive à fond la caisse un can­ot de « la briga­da di finan­za » (brigade des finances). Ils nous inter­dis­ent de descen­dre à terre, pré­tex­tant du mau­vais temps. Nous con­sul­tons à nou­veau nos TROIS appli­ca­tions météo qui annon­cent la même chose : 10 Nœuds de vent, autant dire pétole !

Après s’être étran­glés de rire intérieure­ment, nous décryp­tons le mes­sage sub­lim­i­nal suiv­ant : soit vous allez au port et payez la nuit, soit vous dégagez ! Il ne nous faut pas moins de cinq min­utes pour faire nos adieux à Ven­totene et met­tre le cap sur Ischia. Nous n’essaierons pas une troisième fois et tant pis pour la vis­ite de Ven­totene et les com­merces locaux où nous avons pour habi­tude de faire nos cours­es. Mal­heureuse­ment, nous con­sta­tons que ce phénomène se répand de plus en plus. L’obligation de con­som­mer et de pay­er partout où nous nous trou­vons… Il est de moins en moins accep­té que l’on puisse être à un endroit sans pay­er. En pous­sant à l’extrême nos réflex­ions, nous nous deman­dons s’il fau­dra un jour pay­er seule­ment pour se balad­er et regarder le paysage !

Episode 5

Comme un air de désenchantement…

Voici trois mois que nous sommes sur les flots et nous aime­ri­ons vous faire part de sen­ti­ments plus per­son­nels dans la con­ti­nu­ité de la nar­ra­tion de nos aven­tures mar­itimes. Après l’épisode de Ven­totene, nous met­tons le cap sur les îles du golfe de Naples avec au pro­gramme : Ischia, Pro­ci­da, Naples et Capri.
C’est un voy­age de deux ans que nous entre­prenons, et il sera sûre­ment ponc­tué à la fois d’émerveillements et de désen­chante­ments. Nous pen­sons qu’il est aus­si impor­tant de partager les joies comme les déceptions.

Lorsque nous pour­suiv­ons notre nav­i­ga­tion vers le sud, nous faisons une triste con­stata­tion : la pol­lu­tion vis­i­ble à l’œil nu qui règne en mer Méditer­ranée. La côte méditer­ranéenne souf­fre de deux types de pol­lu­tion, celle du plas­tique et celle de l’immobilier. La « Med » se serait-elle pac­sée avec le dia­ble ? À peine a-t-on trem­pé le bout de l’étrave dans les eaux ital­i­ennes que nous nous prê­tons à un drôle de jeu. Nous obser­vons la mer et nous comp­tons les déchets flottants…Il ne se passe pas un quart d’heure sans apercevoir un sac ou une bouteille en plas­tique, des cagettes en poly­styrène et toutes sortes d’objets dis­parates à la dérive, au beau milieu de cette mer qui, rap­pelons-le, est une mer fer­mée. La sit­u­a­tion ne s’améliore pas quand nous descen­dons à terre.

Prenons pour exem­ple L’île de Pro­ci­da. Elle fait par­tie des îles du golfe de Naples. Quand nous atteignons la petite baie de Pro­ci­da (Cala di Cori­cel­la), on a l’impression d’arriver sur une aquarelle. La palette de couleurs des façades des maisons sur­plom­bant le petit port de pêche est sub­lime. Pro­ci­da est un lieu culte du ciné­ma ital­ien. Par­mi les plus célèbres qui y ont été tournés, nous en retien­drons trois : « Il posti­no » avec Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neru­da, « le tal­entueux Mr Rip­ley » remake améri­cain de « plein soleil » et « Gra­ziel­la » d’après le roman éponyme d’Alphonse de Lamar­tine. Alors que ce pre­mier jour sur l’île nous enchante, le deux­ième nous désen­chante. Ce jour-là, nous déci­dons de ramer jusqu’à la plage qui se trou­ve en face de notre mouil­lage pour emprunter un sen­tier de prom­e­nade. Quand nous arrivons sur la plage, nous cher­chons un coin pour dépos­er notre kayak. Et pour­tant, ce n’est pas la place qui manque mais il se trou­ve que la plage est jonchée de poubelles. Ce n’est pas le vent qui a parsemé quelques papiers ou plas­tiques, pas du tout ! Nous voyons des sacs poubelles de par­ti­c­uliers, soigneuse­ment fer­més (quand ils ne sont pas éven­trés) déposés sci­em­ment sur la plage. Le bord de cette plage offre une vision apoc­a­lyp­tique où les gens se baig­nent… Lorsque nous remon­tons le chemin (avec notre poubelle à la main), nous avons du mal à com­pren­dre ce qui se passe car, arrivés en haut du chemin, nous trou­vons une poubelle chaque 100 mètres ! Et le comble de tout ceci est que nous tombons nez à nez, c’est le cas de le dire, sur la déchet­terie de l’île qui sem­ble avoir la même activ­ité qu’un vol­can éteint depuis plusieurs mil­liers d’années.

L’île de Poci­da dans le golfe de Naples en Ital­ie, souf­fre de la pol­lu­tion des par­ti­c­uliers qui déposent leurs poubelles sur les plages.

L’île d’Ischia mon­tre aus­si quelques anom­alies quand on s’y penche de plus près. Nous avions déjà vis­ité Ischia au mois de juin 2015 où la sai­son bat­tait son plein. Au mois d’avril 2017, beau­coup de mag­a­sin sont fer­més et l’ambiance est un peu tris­tounette. De juin à sep­tem­bre, Ischia est une des des­ti­na­tions de vacances préférées des touristes alle­mands du troisième âge et des russ­es. D’ailleurs, tout est écrit en alle­mand ou en russe. Mais nous sommes envahis par un sen­ti­ment de décep­tion à la vue de plusieurs dys­fonc­tion­nements d’ordre pub­lic. Lorsque nous enta­mons une prom­e­nade dans un parc dit « aro­ma­tique méditer­ranéen », nous le trou­vons à l’abandon, sans indi­ca­tion, sans plan, où

les poubelles jonchent les allées. Cela fait par­tie des nom­breuses con­tra­dic­tions de l’Italie. Nous apercevons un gros chantier au même stade qu’il y a deux ans. Le pro­jet en ques­tion devait aboutir sur la con­struc­tion d’une salle poly­va­lente dédiée à la cul­ture. Le début et la fin du pro­jet est tou­jours vis­i­ble sur un grand pan­neau : « De 2007 à 2013, avec finance­ment de l’Europe ». Mais nous nous réc­on­cil­ions avec Ischia lorsque nous prenons le bus jusqu’au vil­lage de Fontana pour mon­ter jusqu’au mont Epomeo, pic le plus haut de l’île (788 M), nous offrant un mag­nifique panora­ma. En redescen­dant, nous tra­ver­sons une forêt de châ­taig­niers où les familles et les étu­di­ants ont pour habi­tude de venir pique-niquer. C’est la Dolce Vita et la forêt reten­tit de rire et de musique, embaume la gril­lade et respire la joie et la bonne humeur italienne !
De plus, c’est grâce à un der­ma­to­logue très gen­til et de garde ce jour-là sur l’île que j’ai élu­cidé mon his­toire de bou­ton, le ver­dict est tombé : c’est un pso­ri­a­sis à goutte. Très con­traig­nant mais bénin, je suis soulagée que le voy­age puisse con­tin­uer. J’apprends que le der­ma­to­logue tient une per­ma­nence sur l’île une fois par mois, c’est quand même un coup de pot. La note prend égale­ment un goût salé et la carte vitale européenne ne fonc­tionne pas partout, il faut s’en accommoder !

Escale à Naples, “oui Naples est sale…mais c’est une crasse séduc­trice qui côtoie de véri­ta­bles joy­aux architecturaux”.

Naples

On ne peut pas évo­quer la pol­lu­tion sans par­ler de Naples…Mais Naples nous rend schiz­o­phrène au niveau des sen­ti­ments ! Oui Naples est sale…Mais c’est une crasse séduc­trice qui côtoie de véri­ta­bles joy­aux archi­tec­turaux, un peu comme Palerme. Elle suinte la cor­rup­tion et la saleté par tous ses pores mais l’ambiance est unique. Pour vis­iter la ville et ses envi­rons, nous déci­dons de pren­dre quelques nuits dans une mari­na et nous cher­chons la plus proche du cen­tre-ville (tant qu’à faire !). Nous jetons notre dévolu sur la Mari­na San­ta Lucia. Nous négo­cions le tarif au télé­phone : Nous pas­sons de 80 à 60 Euros par nuit pour un dix mètres… La mari­na n’a ni toi­lette, ni douche. Mais nous sommes au cœur de Naples et les mari­nas plus excen­trées ne pro­posent pas de tar­ifs plus avan­tageux. La sécu­rité est sujette à cau­tion et sou­vent inclue dans le prix. Nous avons une place qui donne sur les restau­rants de la Mari­na et l’endroit est assez sûr pour laiss­er le bateau seul la journée. Ce sera notre petite folie et nous res­terons cinq nuits au port, aucun regret !

De nom­breux inci­dents mal­heureux nous ont été rap­portés par des nav­i­ga­teurs qui sont déjà allés au port de Naples. Les fonds sont rem­plis de détri­tus et des tas de câbles, de cordages, flot­tent dans le port et dans la grande baie. Le gros risque est de se pren­dre une corde dans l’hélice lorsque vous êtes au moteur. C’est au petit bon­heur la chance…Nous prenons le risque et nous sor­tons indemnes en quit­tant Naples et son port.

Nous notons une grande dif­férence entre la France et l’Italie : les sacs plas­tiques. Alors que la France essaie de dimin­uer voire de stop­per com­plète­ment la dis­tri­b­u­tion des sacs plas­tiques dans les grandes sur­faces et tout autre com­merce, c’est très dif­férent en Ital­ie. C’est la foire aux sacs ! Peu importe ce que vous achetez, on vous remet un tick­et au bis­phénol et un sac plas­tique ! Nous n’avons jamais eu autant de sacs plas­tiques sur le bateau. Nous les util­isons pour la poubelle « déchets ménagers ».
Idem pour le tri des ordures, il n’est pas respec­té et vous pou­vez trou­ver une poubelle à deux entrées : une pour le car­ton et une autre pour le verre, mais sans aucune sépa­ra­tion, si bien que tout se mélange ! Nous ne cher­chons pas à blâmer qui que ce soit en faisant cette con­stata­tion. Après tout, n’est-ce pas la réponse à une société hyp­ocrite ? Pourquoi deman­der de faire le tri alors que l’on con­tin­ue à dis­tribuer des sacs plas­tiques à tout va ? Pourquoi ne réduit-on pas les embal­lages ? À Paris, chaque deux ans, se tient le plus gros salon de l’emballage…Nous ne pen­sons pas être plus éco­los en France qu’en Italie.
Autre con­stata­tion mal­heureuse, c’est la dégra­da­tion de site excep­tion­nel tel que Her­cu­lanum ou Pom­péi. Nous choi­sis­sons de vis­iter Her­cu­lanum. Notre décep­tion a été de trou­ver plusieurs por­tions fer­mées au pub­lic cause « de dégra­da­tion du site ». Ce site fab­uleux est en train de se réduire à peau de cha­grin car il n’y a jamais eu d’anticipation de travaux de conservation.
Nous quit­tons Naples avec un petit pince­ment au cœur car elle reste mal­gré tout, une de nos villes préférées de la côte ital­i­enne. Elle nous a ensorcelés !

Cap sur Malte

Nous voulons attein­dre l’île de Malte afin de s’installer quelques semaines ou pourquoi pas y pass­er l’été pour se pos­er un peu et tra­vailler à nos activ­ités. Mal­heureuse­ment, Malte ne s’avère pas à la hau­teur de nos espérances pour dif­férentes raisons que nous allons évo­quer plus bas.
Avant d’atteindre Malte, nous aurons fait une halte à Capri, le petit bijou du golfe de Naples, puis deux arrêts dans les îles éoli­ennes dont une à Panaréa et une autre à Vul­cano. Nous les avions vis­itées il y a deux ans et avions gravi tous les som­mets. Mais nous sommes impa­tients de décou­vrir de nou­veaux ter­ri­toires et ne faisons qu’une petite escale dans ces îles.
Si nous devons recom­man­der une seule île du Golfe de Naples c’est, sans hési­ta­tion, Capri ! Con­cer­nant les îles éoliennes…Nous vous les recom­man­dons toutes ! Fil­icu­di a notre préférence mais elles sont toutes distinctes.
Après s’être avi­tail­lés à Vul­cano, nous met­tons le cap sur Malte ven­dre­di 28 avril à 13h00 et tra­ver­sons le détroit de Mes­sine dans la nuit avec un courant favor­able. Nous arrivons à Malte Dimanche 30 avril au matin. Nous aurons par­cou­ru env­i­ron 200 milles nau­tiques, la nav­i­ga­tion dur­era 43 heures dont 15 heures au moteur. Nous jetons l’ancre à St Julian’s Bay et mal­gré un mouil­lage chahuteur dû à une petite houle facétieuse, nous trou­vons un repos réparateur.

Arrivée à Malte

Mai 2017 : Arrivée à Malte

L’arrivée à Malte est tou­jours impres­sion­nante. La lumière sur le cal­caire, la couleur dorée sur ses for­ti­fi­ca­tions grandios­es et son archi­tec­ture aux influ­ences ori­en­tales est une invi­ta­tion aux con­tes des mille et une nuit. Tout ce beau décor ne reflète mal­heureuse­ment pas les couliss­es de l’île. Malte est certes cos­mopo­lite, mais c’est aus­si une île faite pour le tourisme et beau­coup pour le tourisme ! Plus par­ti­c­ulière­ment à Sliema, quarti­er du bord de mer, nous con­sta­tons la con­struc­tion d’immeubles de plus en plus haut, les maisons sont toutes rehaussées de plusieurs étages et le soleil se couche donc plus tôt que prévu ! De très nom­breux chantiers immo­biliers furent entre­pris par l’ancien gou­verne­ment qui n’était pas avare en autori­sa­tions (affaires de corruption) …

Nous prof­i­tons de cette halte pour nous avi­tailler en eau et en Gazole tout en restant au mouil­lage. Nous faisons plusieurs allers-retours avec notre kayak gon­flable et nous réus­sis­sons à trans­porter 58L d’eau en un voy­age avec des bidons de 5 et 8L. Il y a une fontaine d’eau potable à 15 mètres de là où nous lais­sons le kayak. Nous trou­vons une laver­ie et une sta­tion d’essence égale­ment tout proche. Nous pas­sons une journée à faire nos « corvées » et nous voilà tran­quilles pour un moment. Mais le vent tourne et nous sommes oblig­és de chang­er de mouil­lage. Nous nous abri­tons à Rinel­la Bay, en face des « trois cités ». Nous sommes loin de tout, coincés sur le bateau et aucun marc­hand de fruits et légumes à moins de 30 min­utes de marche quand il y a une petite accalmie.
Nous con­sta­tons égale­ment que notre con­nex­ion inter­net est très pau­vre et ne pou­vons pas tra­vailler comme nous l’avions prévu. L’eau du mouil­lage est sale et nous sommes très dépen­dants de l’eau de mer car nous faisons tout avec elle : vais­selle, toi­lette, etc… Nous rinçons la vais­selle avec l’eau douce à l’aide d’un pul­vérisa­teur pour économiser l’eau. Nous faisons notre toi­lette à l’eau de mer et avons appris un petit truc qui nous per­met de ne pas se rin­cer ! Dès que nous sor­tons de l’eau, nous nous essuyons tout de suite. De ce fait, le sel ne provoque pas ce tiraille­ment ressen­ti comme avec le séchage naturel au vent. L’été tarde à venir, alors nous faisons une excep­tion pour les cheveux que nous rinçons à l’eau douce car il fait encore un peu humide en soirée.
Le vent de nord-ouest forcit et sur les 4 bateaux qui se trou­vent au mouil­lage, deux dérapent dans la nuit (l’ancre ne tient pas) heureuse­ment, il n’y a pas de casse et ils doivent rajouter une deux­ième ancre.

« Sur les traces d’Ulysse »

Le 10 mai, alors que le vent tourne au sud, nous déci­dons de quit­ter Malte et d’aller sur Syra­cuse où le mouil­lage devant le port con­stitue un excel­lent abri. Nous trou­vons le séjour à Malte trop court et regret­tons tout de même notre mouil­lage dans la baie de St Julian qui lui, offre un excel­lent emplace­ment. Mais quand la météo propose…On dis­pose, alors cap sur Syra­cuse ! De là, nous atten­drons le souf­fle con­ciliant d’Éole pour nous pouss­er jusqu’en Grèce, dans les îles Ion­i­ennes. Impa­tients de con­tin­uer sur les traces d’Ulysse, nous allons enfin décou­vrir une par­tie de la Méditer­ranée que nous n’avons encore jamais explorée !

Comme pré­cisé au départ, ce voy­age est une com­bi­nai­son de belles décou­vertes mais com­porte quelques désen­chante­ments comme le dur con­stat de pol­lu­tion en mer Méditer­ranée. Mal­heureuse­ment, ce sont TOUTES les côtes méditer­ranéennes qui sont touchées. Nous accom­plis­sons des gestes respon­s­ables au quo­ti­di­en de sorte à ne pas aggraver cette sit­u­a­tion. Nous choi­sis­sons des pro­duits qui n’agressent pas l’environnement marin, nous sommes très économes en eau, et la brise diesel est util­isée en dernier recours car nous avons le temps (il est de bon ton de le pré­cis­er !). Nous croyons aux ini­tia­tives indi­vidu­elles même si elles ne représen­tent qu’une goutte d’eau dans la Méditerranée…Ben C’est déjà ça !
Prochain épisode : Une semaine de mouil­lage à Syra­cuse et l’arrivée sur les îles Ioniennes !

Pollution dans le golfe Ambracique, en Grèce

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Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits,…)...

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Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits,…) et sur l’avenir des pro­duc­teurs de cannabis dans les pays du Sud. Avec elle, nous décryp­tons l’adaptation des pays his­torique­ment pro­duc­teurs de cannabis en Méditer­ranée, prin­ci­pale­ment Maroc et Liban, face aux nou­veaux modes de production.

Entretien

La Méditer­ranée est his­torique­ment une des prin­ci­pales régions pro­duc­tri­ces de cannabis avec le Maroc et le Liban, est-ce tou­jours le cas aujourd’hui ?

Effec­tive­ment, la région méditer­ranéenne est une région his­torique de pro­duc­tion de cannabis, mais ce n’est qu’au cours de ces cinquante dernières années que le Maroc et le Liban* sont devenus par­mi les plus impor­tants pro­duc­teurs de haschich au monde pour ce qui con­cerne le marché d’exportation. Il y a eu, par le passé, d’autres espaces de cul­ture de cannabis en Afrique du Nord, au Moyen Ori­ent et en Europe du Sud, notam­ment en Egypte, en Syrie, en Algérie, en Tunisie, en Grèce et en Turquie.

Le Maroc, qui est un pays tra­di­tion­nel de cul­ture de cannabis (de kif ou herbe de cannabis), a com­mencé à pro­duire du haschich pour répon­dre à la demande européenne, puis l’a ensuite dif­fusé sur son ter­ri­toire nation­al. Le Liban l’a des­tiné dans un pre­mier temps à l’Europe et le Moyen Ori­ent, mais très peu de haschich libanais cir­cule actuelle­ment en Europe, si on en croit les saisies réal­isées par la police européenne et les dires des con­som­ma­teurs européens.

Aujourd’hui, le Rif au Maroc et la Beqaa au Liban sont toutes deux d’importantes régions de pro­duc­tion de cannabis. Les paysans les plus pau­vres y ont prof­ité de l’opportunité économique provo­quée par la pro­hi­bi­tion et une demande mon­di­ale soutenue de cannabis. Le Maroc et le Liban parta­gent, à bien des égards, des simil­i­tudes (mar­gin­al­i­sa­tion des espaces de cul­ture, lég­is­la­tion répres­sive, demande inter­na­tionale impor­tante, cli­mat méditer­ranéen prop­ice à la cul­ture, marchés de con­som­ma­tion à prox­im­ité, etc.).

Mais la com­para­i­son des deux pays laisse entrevoir des dif­férences de con­textes insti­tu­tion­nels dans les marchés locaux et inter­na­tionaux (marché tra­di­tion­nel au Maroc/absence d’un marché local au Liban, sta­bil­ité au Maroc/instabilité au Liban, etc.). Au Maroc, la sta­bil­ité du pays et la spé­cial­i­sa­tion des cul­ti­va­teurs de cannabis, depuis une cinquan­taine d’années, a favorisé le développe­ment d’une économie du haschich com­péti­tive. En dif­férents lieux, de mul­ti­ples pro­duits, aux qual­ités et aux prix diver­si­fiés, sont com­mer­cial­isés. La con­cur­rence entre pro­duc­teurs maro­cains et européens entraine de véri­ta­bles straté­gies com­mer­ciales. Par ailleurs, le Maroc pro­duit égale­ment pour une impor­tante con­som­ma­tion locale de cannabis.

Au Liban, les cul­ti­va­teurs et les inter­mé­di­aires ont su dévelop­per une économie du cannabis mal­gré l’instabilité poli­tique, les guer­res et les ingérences étrangères. L’absence de con­trôle de l’Etat dans la Beqaa, en sit­u­a­tion de con­flit per­ma­nente, s’est révélée avan­tageuse pour les cul­ti­va­teurs et les inter­mé­di­aires et a même favorisé le pas­sage du cannabis au pavot à la fin des années 1980. Les désor­dres poli­tiques actuels au Moyen-Ori­ent — et prin­ci­pale­ment la guerre en Syrie —, ont, une fois encore, favorisé la reprise de la cul­ture de cannabis et la pro­duc­tion de haschich dans la val­lée de la Béqaa. Aujourd’hui, le Liban est cer­taine­ment le pre­mier pro­duc­teur de résine de cannabis du Moyen-Ori­ent. Pour­tant, si la cul­ture du cannabis au Liban est anci­enne, ce pro­duit n’y a pas sus­cité les mêmes usages tra­di­tion­nels qu’au Maroc.

Champ de cannabis dans le Rif (Maroc)

Par ailleurs, ces dernières années ont vu émerg­er de nou­veaux espaces de cul­ture de cannabis en Méditer­ranée. Est née en Europe une pro­duc­tion domes­tique crois­sante, égale­ment par­mi des pays méditer­ranéens. En Espagne par exem­ple, selon une recherche menée sur la base des saisies de la police espag­nole, la cul­ture de cannabis à grande échelle a aug­men­té et on s’orienterait vers une sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions du haschich maro­cain. Rap­pelons que l’Espagne, qui est très proche géo­graphique­ment du Maroc, est le pre­mier pays de tran­sit et beau­coup de trafi­quants et d’intermédiaires espag­nols sont impliqués dans le traf­ic du haschich maro­cain. Le plus sur­prenant est que la cul­ture de cannabis à grande échelle se ferait surtout selon le mod­èle «hol­landais», c’est-à-dire en intérieur, alors que l’Espagne du Sud dis­pose de con­di­tions cli­ma­tiques et édaphiques favor­ables, autant que le Maroc et le Liban. Mais, étant don­né l’ampleur qu’a prise cette économie, les cul­tures de cannabis ont été déplacées en intérieur dans des lieux cachés et pro­tégés. Une autre recherche a mon­tré qu’en Turquie égale­ment, il per­siste une tra­di­tion de pro­duc­tion de haschich et, en regard à une posi­tion géo­graphique idéale au car­refour de l’Europe, des Balka­ns et du Moyen-Ori­ent, la cul­ture de cannabis aurait aug­men­té ces dix dernières années, prin­ci­pale­ment dans la région de Diyarbakir. Cepen­dant, la pro­duc­tion de cannabis dans plusieurs pays de la Méditer­ranée reste mécon­nue car peu de recherch­es sur ces pays ont été effec­tuées. La plu­part des infor­ma­tions provi­en­nent de jour­nal­istes ou de la police et non pas de recherch­es en sci­ences sociales. C’est le cas de l’Albanie où la police médi­a­tise régulière­ment les arresta­tions dans des inter­ven­tions liées au traf­ic et les érad­i­ca­tions de champs de cannabis vis­i­ble­ment impor­tantes dans le pays, surtout dans les mon­tagnes près de la fron­tière avec la Grèce.

Quelle est la lég­is­la­tion actuelle au Maroc con­cer­nant la cul­ture et la con­som­ma­tion du cannabis ? Est-elle effi­cace pour dis­suad­er les pro­duc­teurs de se lancer dans la production ? 

La lég­is­la­tion actuelle en matière de cul­ture et de con­som­ma­tion de cannabis au Maroc est liée à la péri­ode de Pro­tec­torat français, c’est un héritage colo­nial et des con­ven­tions inter­na­tionales. Plusieurs dahirs (décrets roy­aux) ont régle­men­té la cul­ture, la vente et l’usage du cannabis entre 1912 et 1956. D’abord ces dahirs avaient pour objec­tifs de défendre les intérêts de la Régie du Tabac et du Kif, mono­pole instau­ré par la France (qui cul­ti­vait du cannabis dans dif­férentes régions, notam­ment du côté de Kéni­tra ou de Mar­rakech), dont les recettes étaient ver­sées à l’administration française, et de lut­ter con­tre la con­tre­bande du kif cul­tivé dans la zone sous Pro­tec­torat espag­nol, c’est-à-dire dans le Rif. En 1954, un dahir inter­dit, dans la per­spec­tive de l’indépendance prochaine, la pro­duc­tion, la vente et la con­som­ma­tion de cannabis dans toute la zone sous pro­tec­torat français pri­vant ain­si le Maroc d’une manne finan­cière après l’avoir exploité pen­dant plusieurs décen­nies. A l’indépendance (1956), cette inter­dic­tion est élargie à l’ensemble du ter­ri­toire et le car­ac­tère illé­gal des dérivés du cannabis sera con­fir­mé dès la sig­na­ture par le Maroc (1966) de la Con­ven­tion unique sur les stupé­fi­ants de 1961 (Nations unies). Dans la lignée des con­ven­tions inter­na­tionales, en 1974, un nou­veau dahir relatif à la répres­sion et à la préven­tion de la tox­i­co­manie est pro­mul­gué. Répres­sif à l’égard du con­som­ma­teur, il con­stitue aujourd’hui la base de la lég­is­la­tion en matière de con­som­ma­tion de drogues au Maroc. Mal­gré ces inter­dic­tions, la cul­ture de cannabis sera tolérée dans un espace restreint du Rif cen­tral où elle serait implan­tée depuis plusieurs siè­cles. Elle sera égale­ment tolérée dans le Rif occi­den­tal (Jebala), là où il y a eu des exten­sions de cul­ture de cannabis pen­dant les années 1980 et 1990.

La cul­ture de cannabis a une longue his­toire de tolérance per­pé­tuée par les Espag­nols pen­dant le Pro­tec­torat pour s’attirer la sym­pa­thie des tribus berbères après la guerre du Rif (1921–1926). Le cannabis y est devenu un sym­bole iden­ti­taire d’une pop­u­la­tion mar­gin­al­isée. Le Nord du Maroc a eu par le passé une his­toire tumultueuse avec le pou­voir cen­tral. Il a con­nu des émeutes de 1958 et 1981, et a été mis à l’écart des grands pro­jets de développe­ment à l’indépendance du pays. La lég­is­la­tion n’a donc pas été effi­cace pour sup­primer la cul­ture de cannabis dans le Rif mais l’application de la loi a été effi­cace notam­ment lorsqu’elle a sup­primé la cul­ture de cannabis dans le Sud du Maroc ou a restreint l’extension de la cul­ture de cannabis au delà du Rif. Elle a per­mis égale­ment d’éradiquer la cul­ture de cannabis dans la province de Larache.

Glob­ale­ment, les dahirs de loi inter­dis­ent l’usage, la cul­ture, le trans­port, le stock­age, la vente du cannabis sous toutes leurs formes. Toute­fois, l’usage étant tra­di­tion­nel, la pos­ses­sion de petites quan­tités n’est pas pas­si­ble de pour­suites. Quant à la cul­ture de cannabis, elle est illé­gale et peut faire encourir à ses auteurs une peine d’emprisonnement de 5 à 10 ans et une amende de 5 000 à 50 000 dirhams. Elle est aus­si tolérée, ce qui n’empêche nulle­ment les érad­i­ca­tions ou les arresta­tions. Ce qui place les cul­ti­va­teurs dans une grande incer­ti­tude. Selon les chiffres du Min­istère de l’Intérieur, ils seraient 47 000 cul­ti­va­teurs sous man­dats d’arrêt, ils ne seront pas tous incar­cérés, mais leur incrim­i­na­tion les fait vivre dans la peur per­ma­nente. Ils doivent se cacher, établir des straté­gies, chang­er leur vie quo­ti­di­enne. Pour des dél­its plus graves liés au marché du cannabis, la dis­tri­b­u­tion et la vente, les peines sont plus sévères, surtout si des liens avec des organ­i­sa­tions crim­inelles sont avérés.

Com­ment évolue la pro­duc­tion et com­ment les pro­duc­teurs maro­cains s’adaptent-ils face la con­som­ma­tion de cannabis de syn­thèse, mais aus­si face à l’augmentation de la pro­duc­tion en Europe ?

En effet, en Europe, il y a eu une émer­gence d’une indus­trie de sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions de haschich. Les con­som­ma­teurs européens ont désor­mais à dis­po­si­tion des pro­duits diver­si­fiés et puis­sants. Selon l’Observatoire européen des drogues et tox­i­co­ma­nies, le marché est aus­si car­ac­térisé depuis le milieu des années 2000 par l’introduction du cannabis de syn­thèse orig­i­naire d’Asie. Il est dif­fi­cile de savoir si le cannabis de syn­thèse a un impact sur la cul­ture de cannabis au Maroc et s’il fait con­cur­rence au haschich maro­cain en Europe. Il faudrait déter­min­er en pre­mier lieu quels sont les con­som­ma­teurs de cannabis qui se tour­nent vers ce type de pro­duit. Nonob­stant, le haschich a souf­fert de la con­cur­rence de l’herbe cul­tivée par les nou­veaux entre­pre­neurs de cannabis locaux qui usent de tech­niques de cul­ture et de straté­gies de mar­ket­ing mod­ernes et élaborées, et il a per­du beau­coup de sa pop­u­lar­ité pen­dant les années 1990.

Jeunes plants de cannabis de var­iété hybride, Rif (Maroc)

Pour­tant, il n’y a pas eu de déclin de la pro­duc­tion de haschich au Maroc, au con­traire la cul­ture de cannabis, la cul­ture de cannabis a vu éclore de nou­veaux développe­ments ces dix dernières années, avec l’introduction de var­iétés hybrides de cannabis, aux taux de THC plus élevés, afin de répon­dre aux préférences actuelles des con­som­ma­teurs européens. Les acteurs maro­cain du marché du cannabis ont déjà, par le passé, dû faire face à la con­cur­rence : pen­dant les années 1970 quand le haschich maro­cain, même de très bonne qual­ité, a com­mencé à être ven­du en Europe, il était con­cur­rencé par d’autres qual­ités réputées comme les haschichs libanais, turc, afghan ou népalais. Le marché pro­po­sait égale­ment dif­férentes var­iétés d’herbes africaine, colom­bi­enne, ou thaïlandaise.

Ce n’est qu’au cours des années 1990 que le haschich maro­cain s’est imposé sur le marché. Mais la con­cur­rence à laque­lle doivent faire face les cul­ti­va­teurs est égale­ment locale, par exem­ple entre le haschich pro­duit dans l’espace his­torique de cul­ture et celui provenant de nou­veaux espaces de pro­duc­tion, ou comme entre cul­ti­va­teurs d’un même vil­lage. Le nom­bre élevé de cul­ti­va­teurs per­met aux inter­mé­di­aires et aux trafi­quants d’exercer des pres­sions afin que soient intro­duites de nou­velles var­iétés hybrides ou que le prix du cannabis baisse. En l’occurrence, les cul­ti­va­teurs doivent s’adapter aux change­ments du marché, mais ces adap­ta­tions sont toute­fois à rel­a­tivis­er ; la cul­ture des hybrides par exem­ple pose d’autres prob­lèmes, comme celui de la sur­pro­duc­tion. Ces dernières années, la répres­sion du traf­ic s’est inten­si­fiée, et les cul­ti­va­teurs se plaig­nent de ne plus pou­voir écouler leurs stocks aus­si aisé­ment que par le passé. Et s’ils parvi­en­nent, grâce aux tech­niques mod­ernes, à faire évoluer leurs pro­duits, ils ne maîtrisent pas tou­jours les cir­cuits de commercialisation.

Com­ment évolue la cir­cu­la­tion des drogues en Méditer­ranée ? Y’a-t-il plus de trafics ? de nou­velles routes ? De nou­veaux con­cur­rents au shit marocain ? 

Depuis quelques années, les risques lors du trans­port du haschisch ont aug­men­té au Maroc et vers l’Europe. Les autorités se con­cen­trent sur la répres­sion du traf­ic au delà de l’espace de cul­ture de cannabis (routes, fron­tières, villes) et les saisies se sont mul­ti­pliées. Vers l’Europe l’utilisation de moyens tech­nologiques (radars, etc.) per­me­t­tent d’intercepter les trafi­quants de manière plus effi­cace. Pour y faire face, les inter­mé­di­aires cherchent de nou­veaux marchés et com­men­cent à recon­fig­ur­er leurs réseaux de com­mer­cial­i­sa­tion ain­si depuis quelques années ils écoulent le haschisch en Afrique prof­i­tant notam­ment de sys­tèmes poli­tiques frag­ilisés et corrompus.

Con­cer­nant les nou­veaux con­cur­rents, les pro­duc­teurs des pays indus­tri­al­isés ne s’étaient pas réelle­ment intéressés, jusqu’à présent, à l’extraction de la résine. Le haschich demeu­rait un pro­duit d’importation. Mais actuelle­ment, on observe de nom­breuses ten­ta­tives de pro­duc­tion de résine en Europe même, comme en Amérique du Nord. Des tech­niques se dévelop­pent locale­ment, et de plus en plus de « cul­ti­va­teurs domes­tiques de cannabis » trans­for­ment leur cannabis grâce à des tech­niques d’extraction emprun­tées au pays du Sud mais adap­tées à l’Europe ; ain­si le « Pol­li­na­tor* », dévelop­pé par une entre­pre­neuse hol­landaise, per­met de pro­duire locale­ment une résine de grande qualité.

*Voir Afsahi K., Dar­wich S., 2016, “Hashish in Moroc­co and Lebanon- A com­par­a­tive study”, Inter­na­tion­al Jour­nal of Drug Pol­i­cy, 31, 190–198 http://dx.doi.org/10.1016/j.drugpo.2016.02.024

*Le Pol­li­na­tor est une machine qui ressem­ble à un sèche-linge bor­dé d’un tamis. Elle per­met d’extraire une résine avec moins de déchets végé­taux ou impuretés.

Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Maître de con­férences en soci­olo­gie à l’Université de Bor­deaux et chercheuse au Cen­tre Emile Durkheim (CNRS), une par­tie de ses recherch­es actuelles visent à dévoil­er les mécan­ismes du marché du cannabis à par­tir de l’étude de l’offre. Elle a notam­ment ini­tié et développe des com­para­isons Nord-Sud (avec le Maroc, le Cana­da et la France), et Sud-Sud (avec le Maroc, le Brésil et le Liban) de la cul­ture de cannabis. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits…) et sur l’avenir des pro­duc­teurs de cannabis dans les pays du Sud.

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En 2017, on meurt encore en Méditer­ranée. Le con­stat est amer pour débuter une nou­velle année, mais il est réel, brut, vio­lent : 5 079 per­son­nes sont décédées...

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En 2017, on meurt encore en Méditer­ranée. Le con­stat est amer pour débuter une nou­velle année, mais il est réel, brut, vio­lent : 5 079 per­son­nes sont décédées en ten­tant de rejoin­dre les rives de l’Europe l’année dernière. Un petit bout de mer à l’échelle d’une planète, mais l’espace mar­itime où l’on meurt le plus ces dernières années. Ce con­stat nous a con­va­in­cu de lancer 15–38 en évo­quant ceux que l’on appelle les “migrants”.

Mais au fait, qu’est-ce qu’un migrant : toi, moi, vous, nous ? L’anthropologue ital­i­enne Giu­lia Fabi­ano et le soci­o­logue français Smaïn Laach­er ten­tent de décon­stru­ire ce mot. 15–38 c’est aus­si la volon­té de décen­tr­er nos regards et de vous pro­pos­er d’aller voir ailleurs. Com­ment accueille-t-on ces migrants au Liban, en Algérie, en Grèce et en France ? Quelles sont les prob­lé­ma­tiques et les solu­tions adoptées ?

Mais pour com­mencer, pourquoi par­tir ? Comme Thier­ry, Malik, Josiane, cer­tains ont quit­té un pays en guerre, dont la Syrie, d’autres ont fui l’absence d’horizon, croy­ant à un eldo­ra­do européen. La plu­part sont des hommes mais pas seule­ment. Il y a des femmes et des mineurs aus­si, que nous avons ren­con­trés à Mar­seille. Tous ont pris la route avec, dans un coin de leur tête, le risque et la peur de mourir qui les guet­tent à chaque pas. La mort, comme com­pagnon de route sur les chemins de l’exil, nous l’évoquerons avec l’anthropologue Car­oli­na Kobelin­sky et avec Sheima qui a tra­ver­sé la Méditer­ranée depuis la Libye accom­pa­g­née de toute sa famille et est aujourd’hui réfugiée en Norvège.

L’exil a un com­mence­ment : le pays que l’on laisse der­rière soi, la famille, la mai­son, les amis, les repères. Il n’a pas for­cé­ment une fin, mais des escales inopinées devi­en­nent par­fois des lignes d’arrivées. Nous avons donc rejoint Athènes, aux côtés de Manu qui racon­te l’accueil sol­idaire dans un squat au coeur d’un pays où la crise a déjà telle­ment frag­ilisé les Grecs. Nous avons inter­rogé Raja, Ahmed et leurs amis étu­di­ants en Algérie qui con­stru­isent un col­lec­tif de sou­tien aux migrants, sur un ter­ri­toire où la présence et l’accueil des sub­sa­hariens com­men­cent à peine à pos­er question.

C’est égale­ment en France dans de petits vil­lages que cer­tains ont été accueil­lis. A Saint-Bauzille-de-Putois, par exem­ple, les habi­tants sont par­fois inqui­ets et se deman­dent ce qu’ils vont bien pou­voir faire de cet “autre” qui entre dans le quo­ti­di­en. Car aller à la ren­con­tre des migrants c’est aus­si don­ner la parole à ceux qui les aident ou les voient pass­er, ceux qu’ils émeu­vent et ceux qu’ils effraient.

Mais avant d’arriver, il y a les fron­tières, les bar­rières, la peur au ven­tre. Nous nous sommes arrêtés à Vin­timille, entre la France et l’Italie, là où des citoyens sont con­sid­érés comme hors-la-loi pour avoir voulu porter sec­ours à ceux qui arrivent. Où est la fron­tière entre non-assis­tance à per­son­ne en dan­ger et délit de sol­i­dar­ité ? Dans la val­lée de la Roya, les citoyens pour­suiv­is par la jus­tice ques­tion­nent notre hospitalité.

Pour con­clure, lais­sons la plume à ceux qui la manient avec tal­ent et poésie comme Omar Souleimane, jour­nal­iste et poète syrien instal­lé en France. Dans son dernier recueil, il évoque, l’exil, la mémoire du pays et la con­struc­tion d’une vie nou­velle entre ces deux réalités.

Ce dossier nous rap­pelle que “la crise migra­toire” néces­site une réflex­ion méditer­ranéenne de tous les acteurs et que les replis nationaux n’empêcheront pas les mobil­ités humaines sur ce bassin lieu de bras­sages cul­turels historiques.

Rédaction 1538
Caricature : Saâd
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Au cœur de la ville de Gar­danne (Bouch­es-du-Rhône), la présence de l’usine d’alumine ALTEO et ses pra­tiques exas­pèrent les pêcheurs, les défenseurs et les pro­tecteurs de l’environnement et...

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Au cœur de la ville de Gar­danne (Bouch­es-du-Rhône), la présence de l’usine d’alumine ALTEO et ses pra­tiques exas­pèrent les pêcheurs, les défenseurs et les pro­tecteurs de l’environnement et de la bio­di­ver­sité marine. 

Cette usine d’aluminium a ouvert ses portes en 1894. Dirigée par le groupe indus­triel français Péchiney, elle sera l’une des pre­mières à extraire de l’alumine à par­tir de la baux­ite, un min­erai rouge riche en alu­mine, en l’attaquant avec de la soude à haute tem­péra­ture (4 à 5 tonnes de baux­ite sont néces­saires pour obtenir 2 tonnes d’alumine). Ce procédé est extrême­ment pol­lu­ant et entraîne le rejet de boues rouges, con­tenant des métaux lourds tels que le plomb et l’arsenic (voir détails dans l’encadré).

Depuis 1967 et jusqu’au 31 décem­bre 2015 (50 ans), l’usine avait le droit de rejeter ces boues directe­ment dans la mer au large des calan­ques mar­seil­lais­es (dans la fos­se de Cas­sidaigne, un canyon sous-marin de 320m de pro­fondeur, à quelques kilo­mètres devant la calanque de Port-Miou à Cas­sis) grâce à une canal­i­sa­tion de 47 km souter­rains et 7 km sous-marins. D’après cer­tains car­tographes et pêcheurs les boues remon­tent suiv­ant les courants à 150m vers la sur­face et s’étendent désor­mais de Fos-sur-Mer jusqu’à Hyères, soit 130 km.

Le 28 décem­bre 2015, alors que les rejets devaient cess­er, un arrêté pré­fec­toral (grâce au feu vert de Manuel Valls) a pour­tant autorisé l’usine à pour­suiv­re le déverse­ment dans la mer, cette fois « d’un efflu­ent liq­uide résidu­el » jugé moins tox­ique par l’exploitant. Ce dernier depuis 2014 et à l’approche de l’interdiction du rejet des boues a instal­lé des fil­tres-presse pour réduire leur vol­ume en séparant le liq­uide du solide. La par­tie solide est trans­for­mée en baux­a­line, des résidus secs, aus­si tox­iques que les boues d’après les mil­i­tants de l’association Nation Océan (ZEA), qui sont stock­és sur la terre, exposés aux vents (350 à 400 000 tonnes par an) sur les collines de Mange-gar­ri, com­mune de Bouc-Bel-Air (à prox­im­ité de lieux de vie, d’écoles et d’un cen­tre aéré) et dans la mer où le liq­uide issu de la trans­for­ma­tion rejeté serait encore plus tox­ique que les boues rouges (voir sché­ma ci-dessous).

L’arrêté per­met depuis ce jour et pour les six années à venir, le déverse­ment de 270 mètres cubes d’effluents liq­uides par heure dans la mer, dépas­sant la norme européenne de rejet de métaux lourds qui est en principe de 11kg par jour pour l’arsenic, 87 kg pour le fer et 2 880 tonnes d’aluminium par an (chiffres esti­mat­ifs, la quan­tité quo­ti­di­enne de chaque métaux rejetés n’étant pas régulière).

Colère rouge sur les boues rouges

Olivi­er Dubuquoy de l’association Nation Océan/Zea et auteur du doc­u­men­taire « Zone Rouge » pré­cise à ce sujet: « Pen­dant 6 ans Alteo peut rejeter la par­tie liq­uide des boues rouges en mer et béné­fi­cie de la part de l’Etat Français d’une déro­ga­tion sur la quan­tité des matières dan­gereuses rejetées en mer. Alteo peut rejeter un déchet liq­uide au PH beau­coup plus impac­tant et con­tenant pro­por­tion­nelle­ment plus d’arsenic, d’aluminium ou de fer que dans les rejets du passé. Passées les années déroga­toires, on revien­dra en arrière sans aucune amélio­ra­tion car pour plusieurs matières dan­gereuses comme l’arsenic, l’aluminium ou le fer ce seront les seuils en vigueur entre 1995 et 2015 qui seront a nou­veau adoptés. »

Vue aéri­enne de l’usine Altéo dans la ville de Gar­danne @Gaetan Hutter

A la suite de l’arrêté pré­fec­toral du 28 décem­bre 2015 qui per­met le rejet d’effluents dans la mer jusqu’en 2021, l’association Nation Océan/Zea n’a pas tardé à émet­tre un recours hiérar­chique jugeant incon­sti­tu­tion­nelle la déci­sion uni­latérale de Manuel Valls, alors pre­mier min­istre qui a été le seul à don­ner le feu vert. La min­istre de l’environnement de l’époque (Ségolène Roy­al) avait pour­tant émis un avis défa­vor­able et les insti­tu­tions ne don­naient pas au pre­mier min­istre de pou­voir hiérar­chique sur ses ministres.

L’association a gag­né mais Ségolène Roy­al qui avait six mois pour se pronon­cer à nou­veau con­tre l’arrêté ne l’a pas fait. Pres­sions économiques, sociales ou autres, l’enquête publique a été favor­able à l’exploitant mal­gré les argu­ments des riverains, asso­ci­a­tions et pêcheurs. Triste con­stat, après tant d’efforts de la part de citoyens respon­s­ables. Les recours sont très coû­teux et les enjeux envi­ron­nemen­taux de taille mais ils n’ont pas con­va­in­cus les dirigeants de l’importance de cette déci­sion pour l’avenir de la san­té publique et de la bio­di­ver­sité marine dans la région. Ce qui a poussé une fois de plus Nation Océan (ZEA) en juin 2017, à émet­tre un recours, cette fois con­tre les tonnes de beaux­a­line stock­ées à prox­im­ité de zones hab­it­a­bles dans la com­mune de Bouc-Bel-Air mal­gré les risques san­i­taires encou­rus pour les riverains (voir lien ci-dessous).

20 mil­lions de tonnes de boues rouges

Depuis 1996, 20 mil­lions de tonnes de boues rouges sup­plé­men­taires (à min­i­ma plus de 30 mil­lions de tonnes depuis 1966) ont été écoulées directe­ment dans la mer sur 2 400 km, lais­sant la loi de la nature via les courants, dis­pers­er les boues chargées de métaux lourds. Ce voy­age en eaux trou­bles nous con­duit en Espagne où des boues rouges ont été retrou­vées, trans­portées par les courants marins.

Dans cette som­bre affaire, ni les lois qui inter­dis­ent en principe les rejets indus­triels directs en mer, ni les normes européennes, large­ment dépassées ici n’ont pu stop­per l’industriel. Pourquoi le laisse t-on faire depuis 50 ans ? Les argu­ments ne man­quent pas. Le pre­mier avancé étant celui des 350 emplois directs que génère l’usine. Mais pour Olivi­er Dubuquoy, il y a d’autres raisons. La pro­duc­tion d’aluminium à Gar­danne pro­duit une alu­mine de spé­cial­ité util­isée dans l’armement, l’industrie phar­ma­ceu­tique, les réfrac­taires, la céramique, l’aviation, l’alliage de métaux et de com­posants pour les smart phone.

Ce qui aurait con­duit l’exploitant à ne pas opter pour l’une des solu­tions pro­posée par l’association, à savoir le recy­clage du liq­uide rejeté en mer, à tra­vers sa réu­til­i­sa­tion en cir­cuit fer­mé par un sys­tème de fil­tra­tion. Le risque d’avoir une alu­mine moins pure et le manque à gag­n­er qui en découlerait ont bien plus de poids face à la sauve­g­arde de la bio­di­ver­sité marine et de la san­té des habi­tants de la région. De plus, le déman­tèle­ment du con­duit qui trans­porte les rejets de l’usine ain­si que la réha­bil­i­ta­tion du site dans son état prim­i­tif représen­teraient un coût que l’usine n’a pas envis­agé. C’est d’ailleurs sou­vent le con­tribuable qui sans le savoir sup­porte la réha­bil­i­ta­tion, voir la dépol­lu­tion de sites après le pas­sage d’une activ­ité indus­trielle. (Voir extrait doc­u­men­taire réal­isé à Port-de-Bouc ci-dessous).

D’autres solu­tions pour réduire cette cat­a­stro­phe envi­ron­nemen­tale et ses effets ont été pro­posées notam­ment la mise en place de bar­rières pour prévenir le pub­lic de la présence de sites où sont stock­ées les matières dan­gereuses ain­si que des recom­man­da­tions con­cer­nant la cueil­lette de champignons, des risques sur l’eau et les potagers à prox­im­ité, ou le finance­ment d’une étude épidémi­ologique. Toutes ces propo­si­tions n’ont pour l’instant eu aucun effet sur l’exploitant qui a le droit de nui­sance sur l’environnement, dénué de toute respon­s­abil­ité vis à vis de l’Etat et des citoyens. Le pol­lueur-payeur reste un beau principe.

Le cas de Gar­danne n’est mal­heureuse­ment pas orphe­lin, les luttes sont mul­ti­ples et deman­dent une mobil­i­sa­tion de masse. Le nou­veau min­istre de l’écologie, Nico­las Hulot a con­fié qu’il suiv­rait ce dossier mais ce dernier n’est pas pri­or­i­taire. Aujourd’hui seuls quelques pas­sion­nés au sein d’associations envi­ron­nemen­tales se mobilisent. Leurs efforts ne sont pas vains car ils parvi­en­nent régulière­ment à blo­quer des déci­sions vitales pour l’avenir des ter­res et des mers. Olivi­er Dubuquoy con­clut : « Nous sommes encore un peu isolés face à ces grandes batailles qui con­cer­nent notre avenir à tous, il faut un pas de la part de la société civile dans les cinq prochaines années pour s’engager à faire respecter les accords sur le cli­mat sinon on le paiera cher. »

Photo de Une : Bois communal de Gardanne ©Matthieu Duperrex

Liens utiles

Doc­u­men­taire à voir : « ZONE ROUGE » : réal­i­sa­tion Olivi­er Dubuquoy et Laeti­tia Moreau
https://www.youtube.com/watch?v=pPNdMZgncWw
http://www.lesfilmsdici.fr/fr/en-production/5100-zone-rouge-une-desinformation-toxique.html

Site de l’association ZEA anci­en­nement Nation Océan:
http://www.zea.earth/
Arti­cles en lien avec les boues rouges :
http://www.zea.earth/actus
Mou­ve­ment “Colère Rouge” et sa pétition :
http://www.zea.earth/agir/campagnes/colere-rouge

Extrait du doc­u­men­taire radio­phonique, “Génie du rivage”, réal­isé à Port-de-Bouc avec les anciens ouvri­ers de l’usine Kuhlmann par Claire Dutrait et Stephan Dunkelman :

Encadré métaux lourds

1966 à 2016 — 50 ans que (PECHINEY ALCAN RIO TINTO ALCAN et ALTEO) utilisent cette canal­i­sa­tion qui relie l’usine d’Alumine de Gar­danne à Port Miou  pour rejeter leurs déchets (Cas­sidaigne 320 m). Plus de 30 mil­lions de tonnes de boues rouges chargées de métaux lourds tox­iques ont été rejetées en mer dans les calan­ques. Elles s’étalent de Mar­seille à Toulon” : (Source : asso­ci­a­tion Nation Océan/ZEA)

Quan­tités / ans en tonnes :

66 à 86 : 1 000 000   20 ans :  21 000 000
87 — 88 : 900 000     2 ans  :   1 800 000
89 : 800 000          1 an  :     800 000
90 à 92 : 500 000      3 ans  :   1 500 000
93 à 1999 : 330 000    7 ans  :   2 310 000
2000 à 2004 : 310 000 5 ans  :   1 550 000
2005 à 2009 : 250 000 5 ans  :   1 250 000
2010 à 2015 : 180 000 6 ans  :   1 080 000

Une esti­ma­tion des Métaux Lourds présents dans 30 000 000 de tonnes de boues rouges :
2 200 000 t de résidus d’aluminium
9 300 000 t de fer
1 900 000 t de titane
61300 t de chrome
2600 t de zinc
1700 t de plomb
900 t de cuivre
700 t de nickel
20600 kg d’arsenic + du vana­di­um, du mercure

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Mal­gré la pénal­i­sa­tion de la vio­lence con­ju­gale, les Tunisi­ennes doivent faire face aux craintes de la société et au manque de moyens des associations. Ahlam* sort de son...

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Mal­gré la pénal­i­sa­tion de la vio­lence con­ju­gale, les Tunisi­ennes doivent faire face aux craintes de la société et au manque de moyens des associations.

Ahlam* sort de son sac à main une poignée de feuilles pliées en deux. Des cer­ti­fi­cats médi­caux à l’en-tête «Min­istère de la San­té, République tunisi­enne», comme pour prou­ver ses dires. «S’il savait que je venais ici, je me ferais frap­per encore plus, c’est dan­gereux», lance-t-elle rapi­de­ment. Ahlam sort d’une séance d’ «écoute sol­idaire» au cen­tre d’écoute et d’orientation de l’Association tunisi­enne des femmes démoc­rates (ATFD), au coeur de la cap­i­tale. Cette femme de 43 ans, mère de trois enfants et femme au foy­er, vient ren­con­tr­er les bénév­oles de l’association depuis deux ans, à la recherche de sou­tien et de con­seils. Cela fait des années que son mari la bat, racon­te-t-elle en mon­trant son nez, cassé, et les dents man­quantes au fond de sa bouche. «Je vais bien­tôt voir un avo­cat. Je veux sim­ple­ment réclamer mes droits et retrou­ver mon bon­heur», souf­fle Ahlam. En Tunisie, la vio­lence con­ju­gale est un délit puni de 2 à 5 ans de prison selon la grav­ité des blessures physiques infligées. Mais entre ce qu’on peut lire dans le Code pénal et la réal­ité vécue par les femmes, le fos­sé est immense, et le dépôt puis l’aboutissement d’une plainte est sou­vent un long et pénible processus.

Honte et sen­ti­ment de culpabilité

Ahlam s’est mar­iée en 1998. Après la nais­sance de son pre­mier enfant, en 2000, les coups de son mari com­men­cent. En 2003, elle décou­vre qu’il a une rela­tion avec une autre femme. «Je lui ai dit que je ne voulais pas de cette sit­u­a­tion. Il m’a frap­pée et m’a fait hos­pi­talis­er en psy­chi­a­trie, en dis­ant que je n’avais le droit de rien faire». La vio­lence est quo­ti­di­enne, infligée par son mari, mais aus­si par sa belle-famille. «J’étais comme leur bonne et tout le monde me frap­pait», racon­te-t-elle. Ahlam se retrou­ve isolée : «Je n’avais plus d’amis. J’ai arrêté d’en avoir, je me suis ren­fer­mée sur moi-même. J’avais mon prob­lème et je ne pou­vais pas en par­ler aux autres. Ni aux hommes, ni aux femmes. Si tu leur par­les, elles vont te causer encore plus de prob­lèmes et tu auras une répu­ta­tion hor­ri­ble dans le quarti­er».

Effrayée, préoc­cupée par l’avenir de ses enfants, Ahlam envis­age la solu­tion judi­ci­aire avec pru­dence. «Je ne peux pas divorcer, car j’ai peur que mon mari ne me donne pas la pen­sion ali­men­taire, et parce qu’il va me frap­per. Il faut d’abord que je prou­ve la vio­lence pour le divorce», soupire-t-elle. En Tunisie, les femmes ont le droit de divorcer depuis 1956 et la pro­mul­ga­tion du Code du statut per­son­nel, et ont droit pour leurs enfants à une pen­sion ali­men­taire du père. Une avancée impul­sée par le prési­dent Habib Bour­gui­ba, père de l’indépendance. La loi ne prévoit pas l’obligation pour les femmes de se jus­ti­fi­er pour deman­der le divorce, mais en cas de vio­lences, le divorce dit «par préju­dice» aboutit sou­vent plus rapi­de­ment. Il per­met égale­ment aux femmes de réclamer, en plus d’une pen­sion ali­men­taire plus élevée, des dédom­mage­ments. Et dans tous les cas, aucune mesure de pro­tec­tion n’est prévue par la loi pour préserv­er les femmes des éventuelles repré­sailles de leur mari en atten­dant l’aboutissement des procédures.

Sen­ti­ment de cul­pa­bil­ité, honte, vul­néra­bil­ité sociale et économique, obsta­cles admin­is­trat­ifs et juridiques : les mil­i­tantes de l’ATFD, qui ont reçu, écouté et ori­en­té plus de 4000 femmes depuis 1991, con­nais­sent bien les raisons qui empêchent la plu­part des femmes vic­times de vio­lences de porter plainte. Selon une enquête nationale menée par l’Office nation­al de la famille et de pop­u­la­tion en 2011, près de la moitié des femmes tunisi­ennes ont subi des vio­lences physiques au cours de leur vie. Mais seules 18% d’entre elles ont porté plainte. «Il y a trop de silence qui entoure la vio­lence, les femmes ne se sen­tent pas autorisées à en par­ler», regrette Ahlem Bel­haj, anci­enne prési­dente de l’ATFD, actuelle­ment en charge de la com­mis­sion «Vio­lences et San­té» de l’association.

Pres­sion sociale et nor­mal­i­sa­tion de la vio­lence envers les femmes

A Tunis, l’espace d’hébergement de l’association Beity, d’une capac­ité de 30 lits et dont l’unique entrée n’a pas d’écriteau pour un max­i­mum de dis­cré­tion, reçoit depuis octo­bre 2016 des femmes «en sit­u­a­tion de vul­néra­bil­ité». Cer­taines d’entre elles se s’ont retrou­vées à la rue, par­fois avec leurs enfants, pour avoir osé porté plainte ou voulu fuir un foy­er vio­lent. Sou­vent rejetées par leur famille, sans ressources finan­cières, elles sont accom­pa­g­nées par l’association dans leurs démarch­es, et peu­vent béné­fici­er de for­ma­tions et d’aides à la recherche d’emploi.

En huit mois, la direc­trice du cen­tre, Nadia Ben­zarti, a sou­vent enten­du les mêmes mots dans la bouche des femmes vic­times de vio­lences domes­tiques : «Lorsque les femmes vien­nent, elles dis­ent “Je l’ai bien mérité”. Ou par exem­ple : “C’est parce que je n’ai pas fait le dîn­er hier soir qu’il m’a frap­pé, il a quelque part rai­son.” », se désole-t-elle. Une réac­tion due à un mécan­isme psy­chologique qui per­met de se pro­téger du trau­ma­tisme, explique cette psy­cho­logue de for­ma­tion, mais aus­si le résul­tat d’une nor­mal­i­sa­tion de la vio­lence envers les femmes.

La lutte con­tre cette banal­i­sa­tion est l’un des com­bats de Hayet Jaz­zar, avo­cate à la Cour de cas­sa­tion de Tunis, mem­bre de la Ligue tunisi­enne des droits de l’Homme (LTDH) et mil­i­tante de l’ATFD. Elle a con­seil­lé, ori­en­té et accom­pa­g­né juridique­ment des femmes vic­times de vio­lences pen­dant 25 ans, bénév­ole­ment. Attablée au café “L’Univers”, où se retrou­vent beau­coup d’activistes de la société civile, elle dénonce la pres­sion sociale que subis­sent ces femmes : «Autour d’elles, dans la famille, quand elles sont vio­len­tées, et quand elles en par­lent, on leur dit : tout le monde est vio­len­té, essaie de baiss­er un peu le ton, change ta manière de réa­gir”. Tout le monde lui con­seille de se soumet­tre encore plus ! »

L’aboutissement d’une plainte, une rareté

Les obsta­cles ne se lim­i­tent pas au cer­cle famil­ial. Au poste de police, l’accueil n’est pas celui que l’on pour­rait imag­in­er pour une vic­time de quelque crime que ce soit. «Le plus sou­vent on lui dit : “Ren­tre chez toi, tu vas empris­on­ner ton mari, ce n’est pas nor­mal”», racon­te Hayet Jaz­zar. Pour Ahlem Bel­haj, ce com­porte­ment fréquent chez les policiers est le symp­tôme d’une société où les femmes ne sont pas con­sid­érées comme des indi­vidus mais plutôt comme un élé­ment de la famille. «Son statut de citoyenne n’est rien à côté de son statut d’épouse, de fille, ou de soeur. La cohé­sion famil­iale passe au-dessus des droits des femmes, résume-t-elle. La police n’est pas syn­onyme de sécu­rité et de jus­tice. Au con­traire, la police est égale­ment le mail­lon d’une chaîne de menaces».

Les mil­i­tantes asso­cia­tives ont ain­si con­staté que les femmes qui per­sis­taient dans leur n’étaient qu’une minorité, les autres aban­don­nant en cours de route, découragées. Najet*, 36 ans, femme au foy­er et mère de deux enfants, a décidé un jour d’août 2016 d’agir face aux vio­lences physiques quo­ti­di­ennes que lui infligeait son époux. «Je lui ai dit : Je m’en vais, ça suf­fit, je prends les enfants avec moi. Si tu voir les enfants, tu vien­dras, mais dans tous les cas je m’en vais». Najet part vivre chez son père avec son fils de 5 ans et sa fille de 3 ans. Dans la foulée, elle se rend chez un avo­cat pour entamer une procé­dure de divorce. Quelques mois plus tard, le père de ses enfants vient les emmen­er pour ce qu’elle croit être une garde comme les autres. C’était en févri­er 2017, elle ne les a pas revus depuis. «Il est par­ti en Algérie avec eux. Il les a enlevés. Je ne sais même pas où ils sont». Najet peine à retenir ses larmes. «C’est lorsque je suis allée sig­naler l’enlèvement au poste de police que j’ai réal­isé en plus que mon avo­cat n’avait pas trans­mis ma plainte au tri­bunal, des mois plus tôt. J’ai dû tout repren­dre à zéro», pour­suit, amère, la jeune femme, qui se rend régulière­ment au cen­tre d’écoute de l’ATFD.

L’histoire de Najet, abusée par son avo­cat, est courante, comme l’explique Khouloud Nsiri, chargée du pro­gramme Adela à l’association Avo­cats sans fron­tières (ASF), qui vise à amélior­er l’accès à la jus­tice des per­son­nes vul­nérables, en par­ti­c­uli­er les femmes. Selon elle, de nom­breux inter­venants du sys­tème judi­ci­aire prof­i­tent de la sit­u­a­tion des femmes vic­times de vio­lence et par­fois de leur mécon­nais­sance de leurs droits pour leur soutir­er de l’argent. « Elle est vic­time, elle a subi des atroc­ités, et là elle est manip­ulée tout au long du proces­sus… », soupire-t-elle. Et lorsqu’une affaire arrive devant le juge, par­fois au bout de plusieurs années, et sou­vent grâce à la pugnac­ité d’avocats mil­i­tants, rien n’est encore gag­né. «Il y a une ten­dance à don­ner les peines les plus légères pos­si­bles aux maris vio­lents, parce que ce qui pré­domine dans l’esprit de la loi tunisi­enne c’est le fait de préserv­er la famille, et donc préserv­er le mari, qui dans les textes est tou­jours offi­cielle­ment “le chef de famille”», explique Khouloud Nsiri.

La sol­i­dar­ité, seul espoir, en atten­dant la loi “inté­grale”

Dans ce con­texte, le rôle des asso­ci­a­tions est essen­tiel d’un bout à l’autre du proces­sus, de l’écoute active et sol­idaire à l’accompagnement juridique en pas­sant par le con­seil, le sou­tien psy­chologique, l’hébergement d’urgence lorsque c’est néces­saire. «L’État doit recon­naître sa respon­s­abil­ité pour faciliter l’accès à la jus­tice pour les femmes. Car le sen­ti­ment de réus­sir à obtenir jus­tice est déjà un remède en soi», con­clut Khouloud Nsiri. Même son de cloche du côté de Nadia Ben­zarti, de Beity : «Ce qu’on est en train de faire, nor­male­ment ça devrait être le tra­vail de l’Etat !», s’indigne-t-elle. Grâce aux pres­sions de la société civile, un nou­veau pro­jet de loi, la «loi inté­grale rel­a­tive aux vio­lences faites aux femmes», a été rédigé. En par­tie basé sur les recom­man­da­tions d’associations his­toriques comme l’ATFD, il a pour objec­tif de traiter les vio­lences faites aux femmes de façon plus com­plète, en prenant en compte les dif­férents types de vio­lences : physique, mais aus­si psy­chologique, économique… Elle prévoit égale­ment des mécan­ismes de préven­tion de la vio­lence, un ren­force­ment de la pro­tec­tion des femmes qui en sont vic­times, et des sanc­tions à l’encontre des policiers qui ten­teraient de les dis­suad­er de porter plainte.

Le pro­jet de loi répond aus­si à la néces­sité de met­tre la loi tunisi­enne en con­for­mité avec la nou­velle con­sti­tu­tion post-révo­lu­tion, adop­tée en 2014, et qui stip­ule que l’Etat tunisien «s’engage à pren­dre les mesures néces­saires pour éradi­quer la vio­lence con­tre les femmes». Adop­té en con­seil des min­istres en juil­let 2016, il aurait dû être voté au par­lement en mai 2017. Mais le texte traîne encore dans les tiroirs de l’Assemblée des représen­tants du peu­ple, et les mil­i­tantes s’impatientent. «Jusqu’à main­tenant il y a un cer­tain vide juridique. On ne recon­naît pas la vio­lence faite aux femmes comme un phénomène spé­ci­fique. Le pro­jet de loi est donc vrai­ment inno­vant en matière de lég­is­la­tion ! Et c’est urgent ! », s’exclame Ahlem Belhaj.

Même si c’est loin d’être suff­isant. « La cause de la vio­lence envers les femmes c’est la men­tal­ité misog­y­ne et patri­ar­cale qui règne en Tunisie, s’exclame Hayet Jaz­zar. Il faut édu­quer, sen­si­bilis­er. » Le com­bat des asso­ci­a­tions ne s’arrêtera pas avec la nou­velle loi.

*Les prénoms ont été mod­i­fiés à la demande des femmes pour des raisons de sécurité.

Perrine Massy et Timothée Vinchon 

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Pays de tra­di­tion soufie, l’Algérie a aujourd’hui du mal à dévelop­per la recherche sur le soufisme, alors que les dis­cours inspirés du wah­habisme se développent. Ils sont quelques...

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Pays de tra­di­tion soufie, l’Algérie a aujourd’hui du mal à dévelop­per la recherche sur le soufisme, alors que les dis­cours inspirés du wah­habisme se développent.

Ils sont quelques dizaines à peine. En Algérie, pays de tra­di­tion soufie, les chercheurs qui tra­vail­lent sur le soufisme sont peu nom­breux et dis­crets. Si le cheikh Khaled Ben­tounes, guide de la con­frérie Alawiya, né à Mosta­ganem, est con­nu dans le monde entier, la pra­tique du soufisme et son étude sont source d’incompréhension et de cri­tiques dans le pays. Yas­mine, 36 ans, de longs cheveux bruns, a été élevée dans une zaouïa : «On nous dit sou­vent que nous ne sommes pas de vrais musul­mans. J’ai com­pris ma dif­férence la pre­mière fois où je suis allée à l’école publique. Chez moi, il n’était pas tabou d’accueillir un chré­tien ou un athé, et je n’avais jamais enten­du quelqu’un par­ler de kouf­far (mécréant)».

Le soufisme mar­gin­al­isé sous Boumédiène
«En l’Algérie, de 1965 à 1979, les voix soufies ont été occultées. La décen­nie noire (la péri­ode de ter­ror­isme des années 1990) a per­mis une prise de con­science et nous sommes désor­mais plus écoutés», estime un respon­s­able de la zaouia Alawiya. «Les soufis sont dis­crets, réti­cents à faire des déc­la­ra­tions, à com­mu­ni­quer sur leurs ren­con­tres et leurs activ­ités car cer­tains salafistes n’hésitent pas à regret­ter publique­ment leur exis­tence», explique Saïd Dje­belkheir, le chercheur algérien le plus con­nu sur la ques­tion. Diplômé de Sci­ences islamiques, il a tra­vail­lé comme jour­nal­iste et est l’auteur de «Soufisme et référent religieux» (2011).

S’il est sou­vent inter­viewé par la presse algéri­enne, il est par­fois vio­lem­ment attaqué. Lors d’une con­férence publique sur la peine de mort organ­isée par Amnesty Inter­na­tionale en 2016, il est pris à par­ti lorsqu’il déclare que le Coran est tem­porel, c’est à dire, lié à l’époque à laque­lle il a été écrit. «Lorsque l’on attaque des pro­pos, les gens se ser­vent d’une argu­men­ta­tion religieuse util­isée par les salafistes. Ce n’est pour­tant pas notre cul­ture, ces argu­ments ont été importés d’Arabie Saou­dite», explique le chercheur.

L’Islam offi­ciel, sun­nite et malékite
Offi­cielle­ment, l’Algérie est un pays musul­man où l’Islam sun­nite est reli­gion d’Etat. Le min­istère des Affaires religieuses explique con­trôler les cultes pour éviter toute ten­ta­tive de «désta­bil­i­sa­tion». Ain­si, le référent religieux algérien est le rite malékite : «le référant religieux, celui de nos aïeux et des savants, inspiré de l’Ecole de Médine qui a créé la civil­i­sa­tion de l’Andalousie et a préservé les Andalous qui se sont réfugiés au Maghreb, a fait de la société maghrébine une société ouverte et mod­érée», déclarait Mohamed Aïs­sa, le min­istre des Affaires religieuses à la presse en juin 2016. Si offi­cielle­ment on fait appel aux zaouias comme aux mosquées pour «lutter con­tre les inva­sions sec­taires et l’extrémisme religieux», Saïd Dja­belkheir déplore un cer­tain lax­isme vis à vis du dis­cours salafiste. «On n’essaye pas de les con­trôler. On laisse faire le dis­cours rig­oriste et vio­lent, qui peut par­fois aller jusqu’à l’appel à la vio­lence, comme lorsqu’un salafiste a con­damné à mort l’écrivain Kamel Daoud (après une déc­la­ra­tion de l’auteur sur l’Islam sur un plateau de télévi­sion français) », explique-t-il.

A la dif­férence des uni­ver­sités tunisi­ennes ou maro­caines, le soufisme comme domaine de recherche n’existe que depuis une ving­taine d’années en Algérie. «Depuis les années 1980, on étu­di­ait les cul­tures pop­u­laires ou la lit­téra­ture pop­u­laire, et c’est là que l’on par­lait de soufisme, résume Said Dja­belkheir. Aujourd’hui, nous con­nais­sons très mal notre pat­ri­moine soufi. Il n’est pas com­plète­ment recen­sé. Comme c’est un pat­ri­moine oral, s’il se perd, ce sera irrécupérable. Le plus gros du tra­vail pour la recherche algéri­enne est désor­mais d’étudier le soufisme vivant».

Mar­di 21 mars à Mar­seille, le Col­lège de Méditer­ranée, dont 15–38 est parte­naire, organ­ise à l’école Cen­trale de Mar­seille, la con­férence «Une spir­i­tu­al­ité méditer­ranéenne ? Islam, soufisme et con­tact inter­re­ligieux dans l’histoire de la Méditer­ranée» avec Giuseppe Cecere, his­to­rien de l’université de Bologne et Sylvie Denoix, his­to­ri­enne du CNRS.

http://www.rencontresaverroes.com/college-de-mediterranee/article/conference-4-une-spiritualite-mediterraneenne-islam-soufisme-et”

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