Ven­dre­di 14 juin, le ter­rain m’appelle à la rai­son sur la prob­lé­ma­tique du Col­lège Ver­sailles. Mes con­tacts dans ce dossier me prévi­en­nent qu’un Con­seil d’Administration excep­tion­nel se tien­dra le ven­dre­di 14 juin à 17h00 au col­lège. Une man­i­fes­ta­tion d’enseignants, de par­ents d’élèves dès lors est organ­isée. Nous voici tous et toutes devant la grille usée des Ver­sail­lais.

Les retrou­vailles sont tou­jours chaleureuses lorsque il s’agit de luttes con­tre la clien­tèle mar­seil­laise. Ce con­stat est partagé par l’ensemble des pro­tag­o­nistes ici présent. Mais depuis 10 min­utes que je suis présent devant l’entrée du col­lège, le vent s’invite à la tour­mente des man­i­fes­tants du jour.

Voici une cra­vate qui vient assoir l’idée de la bonne tenue du dit con­seil d’administration. Les offi­ciels du départe­ment s’introduisent dans la boucle des antag­o­nismes. Ils vien­nent avec leurs sacs de rigid­ités lan­gag­ières, le dégage­ment de respon­s­abil­ité est immé­di­ate­ment dilué dans la col­lé­gial­ité des impé­trants du dossier. Il faut bien ten­dre l’oreille pour démêler la patate chaude du dessous de l’affaire. L’amiante présent dans le col­lège, les sols plom­bés, « le con­stat on le partage ici comme dans d’autres étab­lisse­ment sco­laire de la ville ».

Etant extérieur à ce quo­ti­di­en anx­iogène que subis­sent, collégien.nes, pro­fesseurs, par­ents d’élèves, habitant.es du troisième arrondisse­ment de Mar­seille, je me per­me­ts d’interroger naïve­ment l’état des con­stata­tions auprès des pré­posés du Départe­ment. Les périmètres de leurs répons­es n »évo­quent que très peu l’amiante et de fait pren­nent quelques plombs par l’aile reven­dica­tive du corps enseignant. Le con­stat est sans appel : ils, elles souhait­ent l’arrêt immé­di­at des arguties con­statant ain­si le vide argu­men­tatif à l’œuvre. Pour l’heure, les pro­fesseurs sont vent debout en sou­tient du mis­tral qui souf­fle dans les bronch­es d’une insti­tu­tion souf­frant d’absentéisme chronique. Afin de dépass­er le cadre du con­stat que nous parta­geons tous, quid de la respon­s­abil­ité du départe­ment ?

Source : https://www.education.gouv.fr/cid199/les-collectivites-territoriales.html
PROPRIÉTÉ DES COLLÈGES PUBLICS

Le départe­ment a la charge des col­lèges. À ce titre, il en assure la con­struc­tion, la recon­struc­tion, l’extension, les gross­es répa­ra­tions, l’équipement et le fonc­tion­nement.

Peu­vent-ils dès lors deman­der des comptes au départe­ment s’agissant d’un ser­pent de mer comme le désami­antage des écoles publiques, des col­lèges du départe­ment du Rhône ? Peu­vent-ils con­stater que le tra­vail n’a pas été fait ? Peu­vent-ils con­sater que les par­ents d’élèves, les enseignants, les élèves des étab­lisse­ments touchés par le con­stat de l’absentéissme départe­men­tal sont en droit de réclamer des répons­es sur la demande de délo­cal­i­sa­tion des élèves. Car le col­lège est ami­anté et le sol du col­lège est plom­bé. Le dossier n’avance pas alors que les grues d’euromed gen­tri­fie le secteur à coup de ciment mètre après mètre, le dossier n’avance pas alors que les élèves vivent H24 dans un envi­ron­nement tox­ique per­ma­nent.

« Le con­stat on le partage », dis­ait un homme cra­vaté ! Mais qui partage quoi ? N’est-ce pas la ques­tion ?

Par­lons-nous du con­stat de partage des respon­s­abil­ités entre la ville, la métro­pole, le départe­ment, la région, le rec­torat (l’Etat) ?

Par­lons-nous du con­stat de dis­par­ité de traite­ment entre par exem­ple le 8ème arrondisse­ment de Mar­seille bour­sou­flé d’infrastructures, de parcs, d’écoles aux normes, de col­lèges avec option musique clas­sique, de diag­nos­tic ami­ante à jour, de par­ents d’élèves respec­tés et infor­més, de pro­fesseurs soignés par le rec­torat… Ce con­stat de bonne ges­tion n’a plus lieu d’être dans le 3ème arrondisse­ment de la ville d’après les enseignants. Ici, les bib­lio­thèques sont absentes pour 45 000 habi­tants que compte l’arrodissement. L’amiante dans le secteur c’est un sec­onde nature, on nait avec, on grandit avec, on étudie avec.

Si l’on partage le con­stat comme cet homme cra­vaté, nous pou­vons aus­si con­stater dans le lan­gage dis­tan­cié des pro­tagonnistes des règle­ments par copinage inter­posés, l’assise rétorique con­sacrant le déni en tout point. L’évocation du bien être des enfants tombe ain­si dans la sphère du vide de la séman­tique de l’irresponsabilité :

« Je ne sais pas, je suis juste un admin­is­tratif ! moi ma respon­s­abil­ité c’est cela.

Nous sommes reu­nis pour juste­ment trou­ver une solu­tion.

L’amiante ici n’est pas le prob­lème !

Nous pou­vons faire les travaux en con­fi­nant les zones amien­tés.

Nor­male­ment, la métro­pole devrait être là !

Je ne sais pas !

Nous atten­dons les résul­tats du diag­nos­tic ami­ante… »

Nous pou­vons aus­si inté­gr­er à la séman­tique de l’irresponsabilité, le vocab­u­laire de la fuite en avant. Ici, c’est le maître d’œuvre du col­lège qui fuit face à la bron­ca des petits gens. Sa déci­sion de fuir est rapi­de et con­cise. De quoi a-t-il peur ? De par­ents qui n’acceptent pas qu’un lieu au ser­vice de l’éducation d’enfants soit en réal­ité un cock­tail tox­ique ami­anté et plom­bé ? D’enseignants à bout de nerf réprimés et lâchés par la pro­viseur de l’établissement ain­si que le recteur de l’académie Aix-Mar­seille, comme ils en témoignent depuis de longues semaines ?

De la fuite char­p­en­tée au déni, nous arpen­tons le chemin de la men­ace des grands clercs. Voici le recteur qui lève le doigt sur des par­ents d’élèves face caméra, que craint-il ? Dans sa sphère de pen­sée, la défi­ance du citoyen.ne n’est pas recev­able. Lui con­naît les bonnes manières pour traiter ce con­stat que nous parta­geons. Sutout ne pas répon­dre aux mul­ti­ples con­vo­ca­tions des riens du secteur. Cette atti­tude dédaigneuse a pour objéc­tif d’éloigner les pop­u­la­tions pop­u­laires des déci­sions publiques. En effet, qui sont ces familles pau­vres du secteur qui osent per­turber les bonnes pra­tiques de l’entre-soit des impor­tants, des sachants ?

Ils savent mais n’ont pas de réponse, curieux par­doxe pour les ten­anciers de la ville qui sont capa­bles d’emmurer la plaine, de jeter des ves­tiges romains à la mer, de con­stru­ire des exten­sions de lignes de métro qui ne fonc­tion­nent tou­jours pas, d’évoquer la pluie pour jus­ti­fi­er l’effondrement de bâti­ment, de laiss­er des familles entières des quartiers pop­u­laires dans des loge­ments empris­es aux moi­sis­sures…

S’agissant du col­lège Ver­sailles, les par­ents, les enseignants, les CIQ (Les comités d’intérêt de Qarti­er), les élèves, ont une demande claire : c’est la délo­cal­i­sa­tion des élèves dans un lieu sûr pour que l’ensemble des man­i­fes­tants puis­sent être ras­suré quant à l’avenir des col­légiens de Ver­sailles.

Au final, en assis­tant à l’expression de la dés­in­vol­ture que nous pro­posent nos dig­ni­taires du jour, j’ai pu ressen­tir la dis­tance qui sépare les Mar­seil­lais issus de class­es pop­u­laires et cette caste qui dérégule cette ville au ser­vice de leurs copains du BTP. Ain­si va Mar­seille sous l’égide des béton­neurs qui avan­cent à pas de charge veil­lant à admin­istr­er la ville par des pra­tiques inhu­maines. Madame Vas­sale vous fera prof­iter de son pen­chant au dia­logue avec ces concitoyen.nes. Son pas­sage devant ma caméra, sans un mot, sans un regard en direc­tion des familles en dit long sur le con­stat que nous devri­ons partager.

Ce cauchemard de l’absence, du déni, du mépris des mau­vais ges­tion­naires de cette ville peut et doit cess­er, ce con­stat, les mem­bres du col­lec­tif Ver­sailles ain­si que toutes les zones pop­u­laires à l’abandon de Mar­seille le parta­gent.

La mobil­i­sa­tion des électeurs mar­seil­lais, des col­lec­tifs, des organ­i­sa­tions de défens­es des citoyens peut con­stituer une force expres­sive au ser­vice d’un renou­veau de Mar­seille. Mais pour que ce séparatisme insti­tu­tion­nel s’achève avec la fin de man­da­ture de Mon­sieur Gaudin, il faut que la volon­té de change­ment de poli­tique à Mar­seille soit partagée.

Partagez-vous ce con­stat ?

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Entre­tien avec le Prési­dent de la Fon­da­tion ACM Vin­cent Garces Ramon. La Fon­da­tion dont le siège est à Valence en Espagne fête ses 10 ans en 2019. Il revient sur les enjeux au cœur de la Méditer­ranée et les objec­tifs de ce réseau citoyen qui réu­nit des cer­cles dans 20 pays de la Méditer­ranée.

Qu’est-ce que la Fon­da­tion ACM ?
Elle réu­nit des groupes de citoyens, les cer­cles, dans tous les pays méditer­ranéens. Elle est née de la volon­té de con­stru­ire un réseau capa­ble de met­tre à l’agenda un espace méditer­ranéen pas seule­ment géo­graphique ou his­torique mais aus­si poli­tique et humain, avec la néces­sité affir­mée de tenir compte de cet espace pour la con­struc­tion à venir.
Le dernier cer­cle vient d’être lancé récem­ment à Sara­je­vo. La fon­da­tion est donc présente dans tous les pays de la Méditer­ranée, sauf en Libye car les con­di­tions ne sont pas réu­nies.

Chaque cer­cle développe ses pro­pres capac­ités pour per­me­t­tre de se réu­nir et de s’auto-organiser afin de pro­mou­voir des actions dans l’espace ter­ri­to­r­i­al méditer­ranéen.

Le siège de la Fon­da­tion est instal­lé à Valence mais notre visée est régionale. Nous sommes égale­ment en rap­port avec les insti­tu­tions poli­tiques supra nationales ; par exem­ple la fon­da­tion est mem­bre obser­va­teur de l’assemblée par­lemen­taire méditer­ranéenne.

Quels sont les moyens d’actions des cer­cles de citoyens de la fon­da­tion ?
Les moyens mis en œuvre par la Fon­da­tion sont les suiv­ants : un réseau de citoyens engagés qui s’établit aujourd’hui dans 28 cer­cles, de 28 villes dans 20 pays de la Méditer­ranée avec un objec­tif com­mun : pro­mou­voir la cul­ture du dia­logue, le respect mutuel et la recon­nais­sance de la diver­sité à l’intérieur de la région.

Le but est aus­si de con­stru­ire des pos­si­bil­ités d’actions et de propo­si­tions citoyennes en lien avec la vie de tous les citoyens et en rap­port avec les insti­tu­tions et les poli­tiques.

La 8ème ren­con­tre des cer­cles aura lieu en novem­bre prochain à Barcelone. Les thèmes abor­dés sont à chaque fois dif­férents. Ces ren­con­tres don­nent l’occasion de s’écouter et de faire des propo­si­tions avec des experts ou des représen­tants d’institutions publiques. De ces ren­con­tres nais­sent des plaidoy­ers, des propo­si­tions qui sont trans­mis­es dans le réseau et aux insti­tu­tions.

Quels sont les prin­ci­paux enjeux en Méditer­ranée ?
Les préoc­cu­pa­tions de la fon­da­tion tour­nent autour de notions cen­trales :
- la guerre, la paix, les con­flits, et notam­ment les con­flits non réso­lus dans la région comme celui entre la Pales­tine et Israël, Chypre ou le Sahara occi­den­tal. Une ren­con­tre à ce sujet s’est d’ailleurs tenue à Istan­bul.
Il est aus­si ques­tion des nou­veaux con­flits ; Syrie, Libye, Égypte, Algérie. La paix n’est pas réelle en Méditer­ranée ; c’est un espace mil­i­tarisé et un théâtre d’affrontements.

- les iné­gal­ités sociales et économiques ; entre le nord et le sud et à l’intérieur même des pays. Des réal­ités qui peu­vent expli­quer une par­tie des migra­tions comme des guer­res ;

- l’environnement ; la mer Méditer­ranée étant la mer la plus pol­luée du monde, com­ment pou­vons-nous aider à lut­ter con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique ? Cette préoc­cu­pa­tion explique notam­ment le sou­tien de la Fon­da­tion à l’AJCM depuis sa créa­tion (lien) ;

- Les femmes et les jeunes ; lut­ter con­tre les dis­crim­i­na­tions, faciliter l’information, l’éducation et la mobil­ité.
Finale­ment, notre objec­tif est de faciliter les échanges d’expérience et la con­nais­sance entre les cer­cles. Il s’agit aus­si de ren­dre vis­i­ble le fait qu’il est pos­si­ble de se réu­nir mal­gré nos dif­férences et de faire des propo­si­tions com­munes à des­ti­na­tion des insti­tu­tions publiques.

Quels sont les rap­ports de la fon­da­tion avec les insti­tu­tions, avez-vous l’impression d’être enten­du ?

Les insti­tu­tions réagis­sent de manière dif­férente, mais générale­ment elles sont encore assez dis­tantes et leur agen­da poli­tique par­fois éloigné des actions demandées par les citoyens. Cela explique la dif­fi­culté de recon­nais­sance publique de leurs actions et de leur légitim­ité alors que leur légitim­ité devrait venir des citoyens directe­ment. Car finale­ment d’où vient le pou­voir ? Des citoyens.

L’actu de la FACM

Prochaine ren­con­tre des cer­cles en octo­bre à Naples autour du thème : « Héritage citoyen­neté et pat­ri­moine cul­turel en Méditer­ranée ».

Par ailleurs, la Fon­da­tion vient de pub­li­er son rap­port d’activité 2018.

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L’ADJ se meurt, tous unis con­tre l’exclusion sociale” pou­vait-on lire sur un pan­neau lors d’un rassem­ble­ment organ­isé par les tra­vailleurs soci­aux inqui­ets de l’imminente fer­me­ture de l’accueil de jour (ADJ). Dès 2018, ils mul­ti­plient les appels à l’aide devant les fenêtres de la Pré­fec­ture, de l’Hôtel de ville ou encore de la Région. Au terme de mois de luttes et d’espoirs, les sub­ven­tions sont finale­ment main­tenues (Région, CPAM), une sub­ven­tion excep­tion­nelle est accordée par l’Etat et seule la sub­ven­tion dédiée à l’action pré­caire, octroyée par la Ville de Mar­seille est dimin­uée, rap­pelle le rap­port d’activité.

La péti­tion lancée sur inter­net rap­pelle que “365 jours par an, week-end et jours fériés, les 39 salariés de l’Accueil De jour, infir­mières, agents d’entretien, tra­vailleurs soci­aux, secré­taires et agents d’accueil, œuvrent comme acteurs de la Cohé­sion sociale. 39 salariés qui s’emploient à créer, main­tenir et restau­r­er le lien social dans le paysage mar­seil­lais et ce dans un sys­tème social carencé.

En 2017, sur l’accueil de jour Marceau, le nom­bre de per­son­nes reçues aug­mente de 23% alors que nos effec­tifs bais­sent de 10%. En sous-effec­tif, nous main­tenons notre activ­ité dans des locaux onéreux et inadap­tés. L’Accueil De Jour, c’est plus de 6500 per­son­nes accueil­lies, 1162 per­son­nes domi­cil­iées admin­is­tra­tive­ment, 300 suiv­is par référent social, 18 000 douch­es, sans compter toutes ces per­son­nes que la société tente de ren­dre invis­i­bles dans nos rues et qui voient point­er le risque d’être désor­mais sans lieu de mise à l’abri et d’accès aux droits fon­da­men­taux. Car aujourd’hui, les dif­fi­cultés finan­cières sont telles que salariés et usagers sommes claire­ment men­acés de per­dre nos emplois pour les uns, de ne plus dis­pos­er d’un lieu ressource pour les autres. Ces dif­fi­cultés sont dues des baiss­es de finance­ment qui ne cessent de s’accentuer depuis 3 ans.”

Le 5 juin 2019, dans les locaux de l’association Fra­ter­nité Belle de Mai dans le 3ème arrondisse­ment de Mar­seille, l’équipe de salarié-e-s est heureuse de con­vi­er sa pre­mière assem­blée générale publique en présence des per­son­nes qui l’ont soutenue et des représen­tants du con­seil départe­men­tal.

La feuille trem­blante à la main, l’émotion monte au fil des témoignages qui rap­pel­lent les spé­ci­ficités de l’action sociale et leur engage­ment humain auprès des invis­i­bles de la rue.

Le directeur “Le fait d’accueillir se tra­vaille tous les jour en pro­fondeur et il faut des moyens. Charles Péguy par­lait “D’arracher les mis­érables à la mis­ère”, notre vocab­u­laire a bien changé on par­le main­tenant de SDF” :

Eva, salariée très impliquée dans le sauve­tage de l’accueil de jour : “nous rap­pelons que un homme, une femme, un étranger, un vieux, un jeune, un malade, a encore des droits et une place dans notre société”:

Gilles, salarié de l’ADJ revient sur la notion d’accueil. « Nous avons observé une évo­lu­tion dans le pub­lic, au début on accueil­lait prin­ci­pale­ment des hommes isolés d’origine française ou ayant un titre de séjour, depuis deux ans nous recevons de nom­breuses per­son­nes migrantes dont des jeunes femmes avec enfants et il n’y a pas de place pour eux à Mar­seille c’est pourquoi ils vien­nent à nous mais aucun dis­posi­tif n’existe pour eux sous pré­texte qu’ils n’ont pas de papiers donc pas de droits. Nous devons nous adapter c’est très dif­fi­cile et cela mon­tre à quel point l’ADJ est poreuse avec la rue et qu’il n’y a pas de fron­tière entre l’ADJ et la rue.”:

Extrait du doc­u­men­taire : La folie de l’abandon de Gérard Miller et Anaïs Feuil­lette « La société fonc­tionne d’une manière telle que il lui est néces­saire qu’il ait des morts dans la rue, ne vous imag­inez pas qu’il y a de lib­erté pos­si­ble en dehors des con­traintes de la nor­mal­ité. » :

Michelle, la notion de l’accueil incon­di­tion­nel :

 

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Il faut con­naître les autres directe­ment, pas à tra­vers la fenêtre des médias et d’internet”, nous explique, Walid, l’un des pre­miers par­tic­i­pants au pro­gramme Eras­mus virtuel dans la ville de Sfax, en Tunisie. Suite aux print­emps arabes de 2011, dans ce pays, ce sont les jeunes qui sont finale­ment les plus engagés dans une par­tic­i­pa­tion active, dif­fusée au sein de la société civile locale dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen Ori­ent. 1 125 jeunes ont par­ticipé à ce pro­gramme en Tunisie, pays comp­tant le plus de par­tic­i­pants jusqu’à présent, suivi par l’Italie (877), la Jor­danie (779) et le Maroc (572).

Un arti­cle de Francesca Helm et Giuseppe Acconcia à Tunis

L’Erasmus virtuel

Depuis 1987, date de lance­ment du pro­jet Eras­mus, 9 mil­lions de per­son­nes ont par­ticipé au pro­gramme, selon les chiffres de la Com­mis­sion européenne. On peut con­sid­ér­er que c’est le pro­jet européen qui a con­nu le plus grand suc­cès au cours des dernières années. À par­tir de 2014, Eras­mus+ inclue toutes les ini­tia­tives d’échanges visant à étudi­er, enseign­er, être bénév­ole et coopér­er et regrouper les jeunes d’Europe et des pays voisins dans le but de les pré­par­er à une réponse col­lec­tive aux défis mon­di­aux. Mais le vrai virage est sur­venu en 2015, lorsque le pro­gramme a été éten­du hors des fron­tières européennes.

En 2018, une ver­sion virtuelle du pro­gramme a été lancée sur le Euro­pean Youth Por­tal dans l’objectif de génér­er de nou­velles pos­si­bil­ités d’échanges et d’ouvrir des oppor­tu­nités de dia­logue inter­cul­turel dans la Méditer­ranée avec l’Algérie, l’Égypte, la Jor­danie, le Liban, la Syrie, la Pales­tine, la Tunisie et la Libye. En 2018, 8 222 per­son­nes (44,5% 18–21 ans; 36,3% 22–25 ans; 12,9% 26–20%) ont par­ticipé aux activ­ités de Vir­tu­al Exchanges, avec une majorité de femmes (60,6%) et d’étudiants du supérieur (64,1%). “Cela ouvre de grandes pos­si­bil­ités, c’est très nova­teur. Cela per­met d’effacer les entrav­es à la lib­erté de cir­cu­la­tion ou les bar­rières économiques. C’est un espace sûr et con­fort­able qui per­met d’intégrer des per­son­nes nor­male­ment exclues, surtout dans les pays en développe­ment”, affirme un par­tic­i­pant.
“C’est révo­lu­tion­naire: une pos­si­bil­ité inédite de partager des visions divers­es, d’apprendre les uns des autres et de mieux com­pren­dre des per­spec­tives dif­férentes “, ajoute un autre par­tic­i­pant.
En 2011, lors des Print­emps arabes qui ont touché plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Ori­ent, la Com­mis­sion Européenne a souligné le besoin de rassem­bler des nou­velles sources pour Eras­mus+. Ain­si, en décem­bre 2017, l’Association des uni­ver­sités méditer­ranéennes, qui regroupe 108 insti­tu­tions issues de 23 pays, a lancé une péti­tion pour deman­der à l’Union européenne d’accroître le nom­bre de bours­es pour les échanges Euro-méditer­ranéens, visant une aug­men­ta­tion à 30 000 entre 2021 et 2027. Cela revêt une impor­tance toute par­ti­c­ulière dans le con­texte actuel de stig­ma­ti­sa­tion des flux migra­toires par les par­tis de droite xéno­phobe qui ten­tent d’imposer des lim­ites à la mobil­ité des jeunes entre l’Afrique du Nord et l’Europe.

Sur les murs à Tunis. @Guiseppe Acconsia

La Com­mis­sion européenne a pour­tant pro­posé de dou­bler les finance­ments pour Eras­mus. Pour le pro­gramme 2014–2020, le bud­get est de 14,7 mil­liards d’euros, et la propo­si­tion pour 2021–2027 est d’atteindre 30 mil­liards. Eras­mus+ Vir­tu­al Exchange a le poten­tiel d’augmenter le nom­bre de par­tic­i­pants en réduisant les bar­rières à la par­tic­i­pa­tion et d’impliquer plus de jeunes sur les deux rives de la Méditer­ranée, notam­ment pour les plus mar­gin­al­isés comme les réfugiés.
L’objectif est d’avoir des parte­naires par­mi les ONG comme Kiron, qui tra­vaille spé­ci­fique­ment dans le but de per­me­t­tre aux réfugiés d’accéder à l’enseignement supérieur, en réal­isant des échanges virtuels qui per­me­t­tent des dia­logues entre réfugiés et jeunes non réfugiés, comme le cours Réfugiés en Europe, ou le New­com­ers and Nation­al­ism.
Cepen­dant, les bar­rières poli­tiques et cul­turelles demeurent, comme l’illustre la déci­sion de la Ligue du Nord, par­ti poli­tique du Min­istre de l’Intérieur ital­ien, Mat­teo Salvi­ni, de s’opposer à l’élargissement du pro­gramme Eras­mus, virtuel et physique, aux pays d’Afrique du Nord.

Les jeunes pio­nniers

Nous nous sommes entretenus avec des jeunes par­tic­i­pants à Eras­mus+ Vir­tu­al Exchange dans le cadre d’un pro­jet d’évaluation des expéri­ences de Vir­tu­al Exchange que l’Université de Padoue est en train de dévelop­per avec d’autres organ­ismes de recherche en Europe. Les répon­dants ont con­fir­mé qu’ils ont vécu une bonne expéri­ence en ter­mes de con­struc­tion de rela­tions inter­cul­turelles. “Cela a été une belle expéri­ence, nous sommes tou­jours en con­tact avec d’autres par­tic­i­pants. J’étais le seul réfugié de mon groupe et j’étais très intéressé par le fait de décou­vrir les expéri­ences des autres: cela a été émou­vant”, affirme l’un des par­tic­i­pants.
Les per­son­nes inter­rogées sont les jeunes pio­nniers du pro­jet. Il provi­en­nent de 42 pays des deux côtés de la Méditer­ranée, et cer­tains sont des réfugiés qui vivent en Europe ou qui aimeraient y vivre. En accé­dant à une plate­forme en ligne à tra­vers les asso­ci­a­tions de jeunes et uni­ver­si­taires en Europe et en Afrique du Nord, ils se sont ren­con­trés à l’occasion de ses­sions con­sacrées à divers sujets.
Cer­tains ont ajouté que cette expéri­ence a remis en cause leurs idées reçues. “Cela m’a per­mis de beau­coup amélior­er mes capac­ités en com­mu­ni­ca­tion — nous avons appris à ne pas juger les autres et à se met­tre dans leur peau. Nous avons acquis des com­pé­tences qui seront utiles dans notre vie quo­ti­di­enne”, déclare un répon­dant. De plus, les par­tic­i­pants ont ren­con­tré des gens, dis­cuté de dif­férents sujets et con­stru­it des rela­tions sig­ni­fica­tives. La majorité des répon­dants ont eu des con­tacts et ont tis­sé des liens d’amitié après la fin du pro­gramme, et ils ont prévu de se ren­con­tr­er en per­son­ne dans un avenir proche.
Toutes les per­son­nes inter­rogées ont exprimé leur souhait de par­ticiper à de futures expéri­ences d’échange virtuel. “Vir­tu­al Exchanges, c’est l’avenir ; c’était plus sim­ple et intéres­sant que ce à quoi je m’attendais avant de par­ticiper”, a expliqué un inter­viewé. Les jeunes qui ont par­ticipé a l’étude ont con­fir­mé que cette expéri­ence à ren­for­cé leurs capac­ités à com­mu­ni­quer, tra­vailler en équipe et résoudre des prob­lèmes.  

Tunis @Guiseppe Acconsia

Se sen­tir plus proche

Cer­tains ont souligné des prob­lèmes de con­nex­ion inter­net ou pour com­pléter leur pro­jet vidéo. D’autres ont souligné que le sujet de la crise des migra­tions en Europe, par exem­ple, pour­rait être davan­tage appro­fon­di. “Dans mon groupe, il n’y avait qu’un seul par­tic­i­pant qui avait été impliqué dans les poli­tique rel­a­tives aux réfugiés”, fait remar­quer l’un des répon­dants. De plus, on note un intérêt spé­ci­fique à dis­cuter des poli­tiques migra­toires et de la représen­ta­tion médi­a­tique des événe­ments inter­na­tionaux de la part des médias locaux.
Les jeunes de la Méditer­ranée seront plus proches les uns des autres en dépas­sant la for­mule tra­di­tion­nelle du pro­gramme Eras­mus. Cette ini­tia­tive ouvre de nou­velles pos­si­bil­ités, qui n’ont pas encore été explorées – com­ment étudi­er des sujets d’actualité d’intérêt com­mun, notam­ment la crise migra­toire qui con­cerne les deux rives de la Méditer­ranée. Vir­tu­al Exchange est une réal­ité nou­velle dont l’objectif est de dépass­er les bar­rières économiques et poli­tiques à la mobil­ité des jeunes d’Europe et d’Afrique du Nord. L’objectif de ce pro­jet pilote est de touch­er 16 000 jeunes à la fin 2019 et de dévelop­per une stratégie com­plète pour par­venir à inté­gr­er Vir­tu­al Exchanges dans l’enseignement du pro­gramme Eras­mus 2021–2027, de manière formelle et informelle.
Une com­mu­nauté de facil­i­ta­teurs est en train de se dévelop­per. 265 d’entre eux ont déjà par­ticipé à des for­ma­tions en la matière. Des organ­i­sa­tions de jeunes et uni­ver­si­taires sont en train de dévelop­per leur pro­gramme de Vir­tu­al Exchange en par­tant de la base avec le sou­tien de facil­i­ta­teurs Eras­mus+. Ils dévelop­per­ont leurs pro­grammes d’enseignement et de mobil­ité inter­na­tionale, stim­u­lant le sens de la curiosité chez les jeunes, encour­ageant leur capac­ité à entr­er en con­tact avec l’altérité et à con­stru­ire des rela­tions sig­ni­fica­tives au delà des fron­tières entre les sociétés.

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Au mois de mai 2019, 15–38 Méditer­ranée a mené une rési­dence de jour­nal­istes durant 15 jours dans l’école mater­nelle de Fontau­ris à For­calquier.

Col­ine, Hélène et Justin inter­ve­naient dans les class­es de grande sec­tion de mater­nelle. Trois groupes et leurs insti­tu­teurs qui se sont inter­rogés sur la notion de foy­er, de vivre ensem­ble, dans le cadre de ces ate­liers inti­t­ulés “Bien­v­enue chez nous”. Mais chez nous finale­ment, c’est quoi ? C’est où ?

Après la décou­verte et la prise en main du micro : appren­dre à pos­er des ques­tions, à recon­naître sa voix, à faire le silence pour ne pas gén­er l’enregistrement, les élèves étaient invités à com­menter des images de leur ville, For­calquier. Mais aus­si à inven­ter des his­toires en lien avec des sou­venirs, ou de racon­ter leur mai­son à tra­vers un objet.

Autant de pépites sonores que nous met­tons à l’écoute sur cette page, et que nous avons présen­tées aux par­ents et aux enfants de l’école lors d’une après-midi organ­isée avec le con­cours de l’asso­ci­a­tion Croq’Livres, le mar­di 4 juin dans le square qui jouxte l’école.

Bien­v­enue chez nous”, l’histoire d’une rési­dence de jour­nal­isme avec des mater­nelles de For­calquier :

Les objets, classe 2 — Stéphane et Guil­laume

Les objets, classe 5 — Anne

Les objets, classe 6 — Arielle et Cécile

Et pour les par­ents, ça veut dire quoi “bien­v­enue chez nous ?”

L’exposition des dessins et des pho­tos issues de la rési­dence, ain­si que les reportages sonores sont présen­tés à la librairie la Car­line de For­calquier, dans la Mairie et à l’école de Fontau­ris tout au long du mois de juin.

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Deux habitant·es sur trois vivent en ville dans les pays du pour­tour méditer­ranéen. Vers 2030, ils représen­teront les trois quarts de la pop­u­la­tion totale. Selon un rap­port du Plan Bleu, dans l’ensemble des vingt et un pays du pour­tour méditer­ranéen, la pop­u­la­tion urbaine – rési­dant dans des aggloméra­tions de plus de 10 000 habitant·es – est passée de 94 mil­lions en 1950 (44 % de la pop­u­la­tion) à 274 mil­lions en 2000 (64 %).

Com­ment gér­er ce développe­ment ? Que nous appren­nent l’histoire et l’évolution de nos villes pour bâtir un futur durable ? Ce dossier pro­pose des regards croisés d’Istanbul à Alger, en pas­sant par Mar­seille, Barcelone, le Liban, la Syrie ou la Grèce. Ce dossier que nous vous pro­posons a été réalis­er avec le con­cours et le finance­ment de Réseau Riti­mo.

A Athènes les murs par­lent et inter­pel­lent : que sont dev­enues nos villes méditer­ranéennes avec les crises économiques pour cer­taines, sociales et migra­toires pour d’autres, ou après les affron­te­ments ?

En Espagne, c’est l’ubérisation de la société et des loge­ments qui ques­tionne, alors que dans la cité phocéenne, le manque d’investissements publics est cri­ant. A Istan­bul comme à Alger, les autorités con­stru­isent de nou­veaux loge­ments, mais à quel prix pour le vivre ensem­ble et le respect des droits des habitant·es ?

En Syrie, certain·es évo­quent déjà la recon­struc­tion dans un pays en ruine après 8 ans de con­flit. La société civile alerte sur le non-respect du droit de la pro­priété. Poussé·es à par­tir durant ces années de guerre, de nombreux·ses Syrien·ne·s sont passé·es par le Liban, recon­fig­u­rant des quartiers de la cap­i­tale, Bey­routh, déjà soumis à l’extrême pau­vreté. Certain·es sont allé·es plus loin, rejoignant l’île de Les­bos en Grèce. Une île qui s’organise encore aujourd’hui face à l’arrivée de per­son­nes migrantes. Aux con­fins de l’Europe, une terre oubliée, dis­parue des radars médi­a­tiques.

Les villes méditer­ranéennes sont en mou­ve­ment. On bâtit, on restau­re, on recon­fig­ure, on détru­it, et par­fois des immeubles s’effondrent. Partout les enjeux économiques per­cu­tent les dif­férentes voies pour vivre la ville, ensem­ble.

Crédit photo : Mélanie Rostagnat — Beyrouth

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Autre­fois réputée pour son vin, son bois de con­struc­tion navale et son mar­bre bleu clair, l’île de Les­bos est aujourd’hui con­nue pour avoir vu s’échouer sur ses plages des cen­taines de mil­liers de réfugié·es venu·es depuis la Turquie en 2015. L’élan de sol­i­dar­ité née de l’émoi des habitant·es est quelque peu retombé, dans une Grèce où, à l’image de l’Europe, la ges­tion de la migra­tion reste prob­lé­ma­tique.

En sep­tem­bre 2015, il n’était pas rare de lire dans les jour­naux du monde entier : « L’île de Les­bos au bord de l’implosion ». Les images mon­traient des mil­liers de réfugié·es, la plu­part syrien·nes. Des femmes, hommes, enfants, des familles entières, têtes hors de l’eau à quelques mètres des plages, tout juste sorti·es de leurs embar­ca­tions pneu­ma­tiques, le gilet de sauve­tage encore sur le dos, remer­ciant le ciel d’avoir épargné leur vie. La majorité sont parti·es de Syrie, ont rejoint la Turquie où les camps de réfugié·es sont bondés, certain·es ont été contraint·es de pour­suiv­re leur chemin, direc­tion l’Europe, d’autres vien­nent d’Afghanistan, de la Bir­manie ou encore de l’Erythrée. Depuis le nord-ouest turc, les pre­mières îles grec­ques appa­rais­sent à l’horizon après deux heures seule­ment de nav­i­ga­tion. « Ils étaient des mil­liers à arriv­er chaque jour à Les­bos, leur mai­son était la rue, ils erraient comme per­dus sur notre île où les habitant·es se sont vite organisé·es pour leur apporter de l’aide », remar­que Emmanuel Chatzichalkias, avo­cat orig­i­naire de Les­bos, « nous nous sommes rapi­de­ment mobilisé·es pour les deman­des d’asile et de nom­breuses ONG ont aus­si débar­qué ». Mais des heurts ont éclaté entre réfugié·es afghan·es et syrien·nes. Tou·tes voulaient quit­ter rapi­de­ment l’île via des bateaux affrétés par le gou­verne­ment grec afin de rejoin­dre le port d’Athènes et pour­suiv­re leur par­cours vers l’Europe de l’Ouest. D’autres images de vio­lence sont arrivées rapi­de­ment des fron­tières hon­groise et bul­gare où les forces de l’ordre et l’armée repous­saient vio­lem­ment ces hordes humaines, lais­sant certain·es mourir de froid aux portes de l’Europe.

« Pre­mier accueil, mise en place du camp de réfugié-es et blocage sur l’île »

A Les­bos, ce sont de mul­ti­ples organ­i­sa­tions human­i­taires, jour­nal­istes, volon­taires inter­na­tionaux venu·es des qua­tre coins du pays et du monde observ­er, aider. « Les­bos était une île com­plète­ment incon­nue du monde, une des îles les moins fréquen­tées par les touristes et en un seul mois elle est dev­enue le cen­tre du monde, beau­coup en ont prof­ité et en prof­ite encore », analyse Emmanuel Chatzichalkias, visant cer­taines ONG locales venues béné­fici­er des fonds des Nations Unies pour des mis­sions human­i­taires auprès des réfugié·es. « Cette crise est dev­enue ain­si très lucra­tive pour des ONG, faisant appel à des volon­taires peu expérimenté·es venu·es faire plus du tourisme que de con­tribuer à ce que la sit­u­a­tion s’améliore », renchérit Selene Mag­no­lia, activiste et pho­tographe qui a tra­vail­lé sur place à plusieurs repris­es.

D’après l’avocat, les habi­tant-es ten­ant des hôtels ou des cham­bres d’hôtes prof­i­tent égale­ment encore aujourd’hui de la présence étrangère. « Il n’y a jamais eu autant de « vis­i­teurs », car la men­tal­ité des locaux est assez rude et pas très accueil­lante avec les touristes en temps nor­mal, donc la baisse du tourisme et les dif­fi­cultés économiques de l’île est un mythe, car encore aujourd’hui il y a des ONG, qui logent du per­son­nel ». Eux-mêmes descen­dants à 60 % de grec·ques migrant·es venu·es en nom­bre de Turquie en 1922, les habitant·es de Les­bos se sont montré·es sol­idaires dans l’accueil des réfugié·es., mMais l’enthousiasme de 2015 est retombé comme un souf­fle ;, aujourd’hui, bien des choses ont changé. Même si le flux de per­son­nes arrivant sur les côtes s’est tar­i­tarît, pas­sant de cen­taines de mil­liers à des mil­liers, les arrivées se pour­suiv­ent et le camp de Moria, un des plus impor­tants d’Europe, ne désem­plit pas.

Depuis l’accord entre les États européens et la Turquie signé le 18 mars 2016, l’unique camp accueil­lant les migrant·es a des allures de prison. L’accord prévoit que la Turquie régule les départs, et encour­age les réfugié·es à rester sur son sol con­tre des mil­liards d’euros ver­sés par l’Union Européenne, dédiés à l’aide et la prise en charge des réfugié·es. Sur l’île de Les­bos, cette déci­sion s’est traduite par une poli­tique d’endiguement des réfugié·es, interdit·es de rejoin­dre le con­ti­nent, et l’obligation qui leur est faite de deman­der l’asile en Grèce. Ils et elles doivent rester dans le camp de Moria jusqu’à la fin de la procé­dure, c’est-à-dire plusieurs années. Celles et ceux jugé·es non éli­gi­bles à l’asile en Grèce, sont ain­si facile­ment reconduit·es en Turquie en une heure et demie de nav­i­ga­tion.

D’après la fon­da­tion RAJA, la poli­tique d’endiguement a entraîné d’importantes ten­sions sur les îles en plus de la détéri­o­ra­tion des con­di­tions de vie. « La capac­ité max­i­male des instal­la­tions « hotspots », financées par l’Union Européenne, sur les cinq îles prin­ci­pales rece­vant demandeur·s.deuses d’asile et migrant·e.e.s est tou­jours de 6 338 alors que le nom­bre total de per­son­nes vivant dans ces instal­la­tions est de plus de 13 000. Le nom­bre total de per­son­nes sur les îles était de 14 822 à la mi-avril 2018 et est de 16 800 à la fin mai 2018. Des man­i­fes­ta­tions de résident·es locales·aux et des inci­dents xéno­phobes sem­blent être à la hausse. Env­i­ron 61 000 migrant·e.e.s et demandeurs·.deuses d’asile sont bloqué·e.e.s à tra­vers le pays », observe la fon­da­tion présente sur le site en juil­let 2018. Le jour­nal­iste Pav­los Kapan­tais explique : « Il est clair que le gou­verne­ment gère très mal la sit­u­a­tion, et de sur­croît doit se pli­er d’un côté aux déci­sions européennes et de l’autre aux déci­sions des Nations Unies qui déci­dent de fer­mer des camps dans des régions où pour­tant la cohab­i­ta­tion entre habitant·es et réfugié·es se passent bien ».

Sit­u­a­tion cri­tique dans le camp de réfugié·es à Les­bos

Aujourd’hui la sit­u­a­tion des réfugié·es dans le camp de Moria, à Les­bos, est en effet cri­tique, le camp de Moria. Créée en 2011 sur une anci­enne zone mil­i­taire de 48km², il a une capac­ité d’accueil de 3 000 per­son­nes et n’est pas adap­té à l’accueil des 7 500 per­son­nes vivant dans des tentes. Il est géré par le gou­verne­ment grec et béné­fi­cie de la coor­di­na­tion du UNHCR qui emploie dif­férentes ONG. D’après Selene Mag­no­lia, « le camp a été éten­du récem­ment afin d’accueillir 2 000 per­son­nes sup­plé­men­taires por­tant à près de 10 000 le nom­bre de réfugié·es et migrant·es présent·es à Les­bos ». Selon dif­férents témoignages recueil­lis sur place, il y a une volon­té poli­tique de laiss­er l’état du camp se dégrad­er afin de décourager la venue d’autres réfugié·es. Le dernier rap­port d’OXFAM inti­t­ulé « Per­son­nes vul­nérables, aban­don­nées au sein des hotspots en Grèce » est pour­tant alar­mant. Les souf­frances psy­chologiques de nom­breux habitant·es du camp détéri­orent la sécu­rité de tous ses occupant·es. Un seul médecin aurait été désigné par le gou­verne­ment grec pour les 2 000 nou­veaux arrivant·es. L’identification des cas les plus vul­nérables est mise en cause. « Femmes enceintes, enfants non accom­pa­g­nés, vic­times de tor­tures livrés à eux-mêmes », cite le rap­port. « Iden­ti­fi­er ces per­son­nes et sub­venir à leurs besoins est assuré­ment le devoir le plus élé­men­taire du gou­verne­ment grec et de ses parte­naires européens », con­fie Jon Cere­zo, respon­s­able de cam­pagne human­i­taire OXFAM France dans une inter­view accordée à InfoMi­grants. Surtout pour les per­son­nes ayant besoin de se faire trans­fér­er dans des hôpi­taux sur le con­ti­nent pour des soins spé­ci­fiques. On pour­rait y ajouter le devoir de sco­laris­er les enfants qui sont à Les­bos, privé·es d’école durant des années. La vul­néra­bil­ité est une déf­i­ni­tion juridique qui offre le droit à une procé­dure de demande d’asile nor­male aux per­son­nes âgées et aux mineur·es et aus­si aux vic­times notam­ment de traf­ic d’être humain, de vio­ls, ou encore de tor­tures. Des travailleur·ses sociales·aux du Greek Coun­cil for Refugees ont con­fié qu’un quart des per­son­nes qu’ils pren­nent en charge aurait dû être recon­nues comme vul­nérables.

Cepen­dant, aujourd’hui ces per­son­nes sont for­cées par le gou­verne­ment grec et les déci­sions des États européens de rester sur les îles jusqu’à la fin de leur procé­dure. Prisonnier·es au cœur de cette véri­ta­ble « déten­tion admin­is­tra­tive », « Ils sont oblig­és de rester entre 18 et 20 mois dans ce camp où on peut lire l’inscription « Bien­v­enue en prison », j’ai vu des per­son­nes com­mencer à faire la queue à 3 heures du matin pour recevoir un petit déje­uner », pré­cise Selene Mag­no­lia choquée par cette sit­u­a­tion. L’attente inter­minable et l’absence d’occupation génèrent de grandes frus­tra­tions. L’un d’eux lui a même con­fié : « Moria est un endroit qui te change. Crois-moi. »

Sur place, les asso­ci­a­tions locales tirent la son­nette d’alarme mais ne sont pas enten­dues. Fin 2017, le maire de Les­bos, Spy­ros Gali­nos avait d’ailleurs appelé à une grève générale afin d’attirer l’attention sur les dif­fi­cultés de l’île à gér­er les 8 000 migrant·es présent·es dans le camp de Moria, le manque d’infrastructures comme les san­i­taires, les douch­es, l’accès à l’eau à des espaces dédiés à la cui­sine. Il dénonçait là le car­ac­tère non oblig­a­toire légale­ment de garder les réfugié·es à Les­bos durant toute la procé­dure de demande d’asile, volon­té de l’Union Européenne afin de les garder le plus loin des côtes européennes, appelant le gou­verne­ment à trans­fér­er la moitié des réfugié·es sur le con­ti­nent. Une grève avait égale­ment été entamée par des dizaines de policier·es respon­s­ables de la sécu­rité du camp et en sous effec­tif. Seuls les cas les plus vul­nérables iden­ti­fiés ont été trans­férés sur le con­ti­nent.

« En 2018, de plus en plus de per­son­nes ont pu rejoin­dre Athènes, le gou­verne­ment les a trans­férées un peu partout dans le pays suite à leur demande d’asile, et de nouvelles·aux réfugié·es arrivant de Turquie sont venu·es les rem­plac­er. Mais rien n’a changé à Moria, aucune nou­velle infra­struc­ture n’a été con­stru­ite », pour­suit l’avocat Emmanuel Chatzichalkias, « tant que la Turquie prof­it­era des flux de réfugié·es, nous ver­rons à Les­bos de nouvelles·aux réfugié·es arriv­er. Car il y a un vrai traf­ic d’êtres humains et de passeurs en Turquie, je peux vous l’assurer. J’ai plusieurs témoignages venant de per­son­nes que je suis juridique­ment dans leur demande d’asile. »

Le jeu xéno­phobe

Comme le souligne le jour­nal­iste grec Pav­los Kapan­taïs : « En Grèce, on reste dans une ligne pro-immigré·es. Les trois derniers min­istres de l’immigration ont été sen­si­bles à cette ques­tion durant leur man­dat et promet­taient des papiers pour tout le monde. Mais on a aus­si aujourd’hui au par­lement des par­tis d’extrême droite très dan­gereux dont les dis­cours pèsent dans l’opinion publique ». Le change­ment de men­tal­ité s’est notam­ment fait sen­tir à Les­bos où l’opinion aujourd’hui n’est plus en faveur de l’accueil des réfugié·es. Les futures élec­tions munic­i­pales, prévues en mai 2019, pèsent sans aucun doute dans la bal­ance. « Les habitant·es restent partagé·es entre celles et ceux qui accueil­lent et four­nissent de l’aide et celles et ceux qui rejet­tent totale­ment les réfugié·es et par­fois sont violent·es. Mais l’ambiance générale n’est plus à l’heure de la sol­i­dar­ité. Les per­son­nes les moins éduquées, qui, déjà à l’époque de l’arrivée des réfugié·es, n’avaient pas com­pris les choix organ­i­sa­tion­nels du maire, tombent aujourd’hui dans des dis­cours racistes et xéno­phobes », s’alarme le juriste, inqui­et pour l’avenir sécu­ri­taire de l’Europe si rien n’est fait en matière d’intégration pour les pop­u­la­tions de migrant·es et de réfugié·es. « Le manque d’infrastructures, de ressources, la crise économique, la fatigue des gens con­stituent une porte ouverte à toutes sortes de pro­pa­gan­des et de fric­tion », souligne Selene Mag­no­lia.

D’après la pho­tographe, la société à Les­bos est désor­mais partagée en trois caté­gories de per­son­nes : les résident·es, les réfugié·es et les human­i­taires. « Il existe une sorte d’espacement sur­réal­iste entre les habitant·es qui mènent leur vie nor­male­ment, les migrant·es qui y intro­duisent de nou­velles cul­tures, tra­di­tions, ali­men­ta­tion et les activistes qui ont un impact sur la com­mu­nauté et man­i­fes­tent leur résis­tance aux poli­tiques anti-migrant·es insuf­flées par l’Europe », racon­te-t-elle. L’espoir réside dans les pro­jets pro­posés par les citoyen·nes de Les­bos, et per­me­t­tent à certain·es réfugié·es de tra­vailler, de se nour­rir cor­recte­ment, de recom­mencer à vivre. A Tilos, autre île grecque où le camp a fer­mé faute de moyens, la mairesse est en train de chercher des fonds afin d’accueillir à nou­veau des réfugié·es et de les impli­quer dans un pro­jet de fab­ri­ca­tion de fro­mage de chèvre avec l’accord des habi­tants.

Hélène Bourgon avec Selene Magnolia à Lesbos, photographe et militante pour le respect des droits des personnes migrantes

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Pri­or­ité poli­tique revendiquée, la con­struc­tion de loge­ments pour per­me­t­tre aux Algérien·nes d’accéder à la pro­priété a trans­for­mé le vis­age des villes algéri­ennes. Partout dans le pays se con­stru­isent des cités, faites de bar­res d’immeubles, mais insuff­isam­ment équipées. Ce qui a un impact sur les modes de vie.

« Ici, c’est le bloc F. Il y a autant de blocs que de let­tres de l’alphabet, et ils con­tin­ueront encore ». Les immeubles se suiv­ent, iden­tiques, à perte de vue. Les rues sont vides. Il n’y a guère que quelques ouvri­ers et des futur·es habitant·es qui vien­nent repér­er le loge­ment qui leur a été attribué avant d’en recevoir les clés. Au pied de la colline, sur la grande avenue prin­ci­pale, du linge est sus­pendu aux fenêtres, quelques mag­a­sins et cafés sont ouverts au rez-de-chaussée des immeubles. Env­i­ron 4 000 loge­ments ont été attribués et sont habités. A terme, la nou­velle ville de Sidi Abdel­lah, à 25 kilo­mètres à l’ouest d’Alger, en comptera 50 000. « Mes par­ents ont fait une demande de loge­ment AADL en 2001, racon­te Ous­sama. Ils l’ont obtenu début 2018 ». Lancée en 2000, l’AADL per­met aux habitant·es qui gag­nent entre 24 000 dinars et six fois le Salaire min­i­mum (fixé à 18 000 dinars), et qui ne sont pas pro­prié­taires, d’acheter un F3 à 2,1 mil­lions de dinars (env­i­ron 15 600 euros) ou un F4 à 2,7 mil­lions de dinars (plus de 20 100 euros). Les pro­prié­taires doivent pay­er 25 % du prix, divisé en 4 tranch­es, lors de l’attribution du loge­ment. Puis ils s’acquittent de men­su­al­ités de 6 500 ou 8 400 dinars pen­dant 20 ans. Mais pour que les loge­ments soient effec­tive­ment con­stru­its, il a fal­lu atten­dre longtemps. « On a grandit dans l’appartement de mes grands-par­ents, à Hus­sein-Dey, mes par­ents, ma soeur et moi. Aujourd’hui, on est content·es d’avoir plus d’espace », sourit Ous­sama. Le jeune homme ne vient pour­tant que les week-ends. « Comme il n’y a pas beau­coup de moyens de trans­port, je dors chez ma grand-mère la semaine, pour pou­voir aller au tra­vail. Et c’est à Hus­sein Dey que j’ai mes amis, c’est là-bas que j’ai mes entraîne­ments de sport ». Dans son nou­veau quarti­er, il appré­cie le calme mais il souligne le manque des équipements : « Il y a un com­mis­sari­at, une mosquée et un lycée. Mais il n’y a qu’un seul café et quand ma mère veut faire des cours­es, on retourne à Alger ».

A 400 kilo­mètres de là, dans la périphérie d’Oran, Amin gare sa camion­nette au pied d’un immeu­ble vide. En cette fin de journée, cet entre­pre­neur en bâti­ment de 32 ans vient faire avancer les travaux de son nou­veau loge­ment AADL. « Quand on a obtenu les clés, il a fal­lu tout refaire. Le car­relage n’était pas droit, le branche­ment de l’électricité était fait n’importe com­ment, et la pein­ture, c’était dés­espérant », soupire-t-il. Il a déjà dépen­sé 300 000 dinars pour remet­tre à neuf son apparte­ment. La plu­part de ses futurs voisins sont dans le même cas. « La for­mule AADl est un moyen d’avoir accès à la pro­priété, et c’est posi­tif. Mais il y a beau­coup de con­traintes ». Il sait que les his­toires de loge­ment ne sont « jamais sim­ples ». En 2007, ses par­ents ont eux aus­si béné­fi­cié d’un loge­ment grâce à l’aide de l’État. A cette époque, le loge­ment, acheté sur plan, coûte 2,5 mil­lions de dinars. L’État en paie 500 000 dinars et sou­tient les entre­pre­neurs privés qui les con­stru­isent en ven­dant des ter­rains à prix réduits et en sub­ven­tion­nant les matières pre­mières. « Au final, le loge­ment était plus petit que ce qui avait été promis. On n’a jamais pu y habiter et mes par­ents cherchent à le ven­dre aujourd’hui », explique Amin.

Con­stru­ire vite et beau­coup

En 2018, 200 000 loge­ments ont été attribués selon les autorités algéri­ennes. Depuis l’arrivée au pou­voir d’Abdelaziz Boute­fli­ka en 1999, la poli­tique du loge­ment a été l’une des pri­or­ités des autorités. En 2016, 2,8 mil­lions de loge­ments avaient été livrés, dont env­i­ron 1 mil­lion entre 2014 et 2016. Une poli­tique du chiffre se met en place, il faut con­stru­ire vite et beau­coup. Les pro­grammes sont alors con­fiés à des entre­pris­es étrangères, prin­ci­pale­ment chi­nois­es ou turques, et pour rentabilis­er les coûts, la taille des pro­grammes de loge­ments aug­mente. Les autorités créent ce qu’on appelle les « villes nou­velles » ; d’immenses aligne­ments d’immeubles regroupés en périphérie loin­taine d’une ville. Par­mi ces villes, Sidi Abdel­lah où vivent Ous­sama et sa famille.

Les grands ensem­bles archi­tec­turaux font par­tie de l’histoire du pays. Alors que l’Algérie est tou­jours un départe­ment français, et que Jacques Cheva­lier le maire de la cap­i­tale, l’architecte Fer­nand Pouil­lon y con­stru­it les bâti­ments de Diar Es Saa­da (732 loge­ments), Diar el Mahçoul (1 550 loge­ments) et la cité de Cli­mat de France (5 000 loge­ments). A l’époque, l’objectif des autorités est de rel­oger la pop­u­la­tion algéri­enne musul­mane qui vit dans des bidonvilles. En 1958, alors que la guerre d’indépendance a com­mencé, d’autres grandes cités sont con­stru­ites dans le pays, après que le général De Gaulle ait lancé le Plan de Con­stan­tine. C’est là que se généralisent les ensem­bles de plus de 1 000 loge­ments, car pour les autorités français­es il faut « faire vite » pour con­tre­car­rer le FLN (Front nation­al de Libéra­tion).

A l’indépendance, les autorités algéri­ennes rompent avec ces deux dynamiques. La crise du loge­ment a été atténuée : de nom­breux loge­ments lais­sés vacants par le départ des Européen·nes ont per­mis à des familles de se loger. En 1974, le gou­verne­ment crée les zones d’habitat urbain nou­velles (ZHUN). « Les autorités voulaient loger le plus grand nom­bre d’habitant·es, à un coût moin­dre, mais avec une utopie social­iste : les nou­veaux loge­ments devaient per­me­t­tre de trans­met­tre aux habitant·es les valeurs de moder­nité et de vivre-ensem­ble. Il y avait une réflex­ion sur la com­po­si­tion archi­tec­turale », explique Safar Madani Zitoun, soci­o­logue et urban­iste à l’Université d’Alger 2. Mais la crise du loge­ment reprend, les besoins aug­mentent. « Au final, parce qu’il le fal­lait, on vide les ZHUN de leur aspect idéologique, et on con­stru­it des loge­ments sim­i­laires de partout, à Alger comme à Béchar. Il y avait une idée égal­i­tariste. Cela a abouti à une stan­dard­i­s­a­tion archi­tec­turale dans tout le pays », ajoute Safar Madani Zitoun.

La cité de Diar El Kef, au dessus du quarti­er de Bab el Oued, en mai 2016. Elle a été con­stru­ite lors de la guerre d’indépendance, à la faveur du Plan de Con­stan­tine. Crédit : Bachir.

En périphérie, insuff­i­sance de ser­vices et exclu­sion

L’intervention du Fonds moné­taire inter­na­tion­al (FMI) et la mise en place des réformes struc­turelles en 1994 impact la poli­tique d’habitat : les types de loge­ments con­stru­its par l’Etat doivent se diver­si­fi­er. C’est ain­si que nais­sent les dif­férentes for­mules : loge­ment social, AADL, LSP ou LPP pour les plus aisé·es. Pour­tant, la péri­ode de ter­ror­isme [1] a généré un exode rur­al impor­tant et provo­qué une nou­velle crise aiguë du loge­ment. En 1999, lorsque Abde­laz­iz Boute­fli­ka est élu Prési­dent, il donne la pri­or­ité à la Réc­on­cil­i­a­tion nationale. Dans la Charte qu’il pro­pose au vote lors d’un référen­dum, il promet l’amnistie aux ter­ror­istes qui déposent les armes s’ils ne sont pas respon­s­ables de meurtre, mais aus­si la con­struc­tion de loge­ments pour favoris­er la réc­on­cil­i­a­tion. Cinq ans plus tard, 600 000 habi­ta­tions ont été édi­fiées : c’est un tiers de ce qui a été con­stru­it entre l’indépendance et son arrivée au pou­voir.

Mais les urban­istes s’inquiètent des aspects négat­ifs con­séquents à cette con­struc­tion de masse. Le pre­mier con­stat, partagé égale­ment par les habitant·es, c’est le manque de ser­vice. Dans une étude sur la ville de Bat­na (au sud est d’Alger) pub­liée en 2003, Fari­da Naceur et Abdal­lah Farhi soulig­nent que le fait qu’hormis une école pri­maire et un col­lège, la ZHUN-1, avec 3 100 loge­ments et plus de 23 000 habitant·es, n’offre pas les ser­vices néces­saires pour répon­dre aux besoins des habitant·es : « Cette insuff­i­sance de ser­vices au niveau de la Z.H.U.N. con­traint les occupant·es à se déplac­er au cen­tre-ville même pour les besoins de pre­mière néces­sité. Les déplace­ments au cen­tre-ville sont fréquents, ce qui induit une réduc­tion des temps de séjour à l’intérieur des cités et entrave les pos­si­bil­ités de con­sol­i­da­tion des liens de voisi­nage. En con­séquence, sont ren­for­cées les atti­tudes de repli des habitant·es à l’intérieur de leur loge­ment. La non-con­nais­sance entre voisin·es des dif­férents blocs rend dif­fi­cile l’identification des auteur·es des actes de van­dal­isme », écrivent-ils.

Le soci­o­logue et urban­iste Madani Safar Zitoun a étudié la région de Con­stan­tine et sa grande nou­velle cité « Ali Mend­jli ». Il évoque égale­ment une « immense cité dor­toir ». Il souligne cepen­dant que depuis 2014, les choses se sont améliorées, grâce à la cen­tral­i­sa­tion des bud­gets. Jusqu’à présent, le min­istère de l’Habitat ne gérait que la par­tie loge­ments du quarti­er et la con­struc­tion d’une école ou d’un cen­tre de san­té rel­e­vait du min­istère de l’Éducation ou de la San­té. « Désor­mais, l’OPGI, l’Office de pro­mo­tion et de ges­tion immo­bil­ière, rassem­ble tous les finance­ments liés au secteur dont il a la charge. Cette cen­tral­i­sa­tion per­met aux écoles d’être con­stru­ites beau­coup plus rapi­de­ment. Avant, 10 ans pou­vaient s’écouler entre l’arrivée d’habitant·es et l’ouverture d’une école dans un nou­veau quarti­er. L’architecte qui des­sine les immeubles de loge­ment peut aus­si s’occuper de l’école, ce qui per­met une plus grande cohérence archi­tec­turale », explique Madani Safar Zitoun.

L’urbaniste Rachid Sidi Boume­dine estime pour sa part que la poli­tique de loge­ment de l’Etat, qui vise à con­stru­ire des grands ensem­bles en périphérie loin­taine, posera un prob­lème d’exclusion. Notam­ment, parce que c’est dans ces grands ensem­bles que les autorités rel­o­gent les familles qui vivaient dans des habi­tats pré­caires : « Les familles s’appuient sur leur tis­su social ancien, famil­ial ou trib­al, ou celui qu’elles ont con­sti­tué au cours de leur vie dans la ville. Le rel­o­ge­ment a une facette de délo­ge­ment qui entraîne (…) des muti­la­tions ou des démem­bre­ments de ces réseaux et de ces grappes famil­iales », analyse Rachid Sidi Boume­dine. L’urbaniste affirme qu’à terme, Alger se divis­era entre les quartiers cen­traux habités par les plus rich­es et où se situeront les com­merces de luxe, et de l’autre les plaines et les faubourgs indus­triels qui deviendraient des « Med­i­na Dje­di­da » (nou­velles villes) et leurs souks (marchés) spé­cial­isés : « le cap­i­tal­isme algérien aura ain­si réus­si, sub­rep­tice­ment, avec un autre stand­ing mais avec le même résul­tat glob­al, à recon­stituer à la fois une ville formelle et une « ville arabe » où les habitant·es des bidonvilles habit­eraient ».

L’utopie d’une ville mod­erne

Cepen­dant, Madani Safar Zitoun nuance : « Il y a effec­tive­ment un sen­ti­ment d’exclusion des habitant·es, qui se sen­tent loin de la ville, la sen­sa­tion égale­ment d’être dans un ghet­to où il n’y a pas de vie. Cepen­dant, les rel­o­ge­ments en Algérie se font par groupe de 200 ou 300 familles. Les sol­i­dar­ités peu­vent se main­tenir. Même si cela génère des sit­u­a­tions d’affrontements, entre groupes d’individus, lorsque des jeunes ten­tent de s’attribuer des espaces publics pour gag­n­er de l’argent, pour en faire des park­ing par exem­ple. Il y a effec­tive­ment des zones où il y a des sit­u­a­tions explo­sives, mais il y en a beau­coup d’autres plus sere­ine ». Aujourd’hui, les urban­istes algériens, à l’initiative de l’Université d’Alger 2 et de l’Ecole publique d’architecture et d’urbanisme (EPAU) étu­di­ent les dif­férentes formes de mobil­i­sa­tions citoyennes qui se créent dans ces nou­veaux quartiers. « On con­state qu’il existe des exem­ples con­crets où les habitant·es pren­nent en charge les prob­lèmes de leur zone d’habitat et parvi­en­nent à amélior­er l’espace dans lequel ils vivent, en créant des espaces com­muns, comme des jardins com­mu­nau­taires », résume Madani Safar Zitoun.

Au rez-de-chaussée du Musée d’art mod­erne d’Alger, les archi­tectes Nacym et Sihem Bagh­li, ont réu­ni le 26 jan­vi­er 2019 des professionnel·les de la ville autour du pro­jet « Djisr El Djazair ». Au départ, il y a un pro­jet un peu fou de pont qui relierait les baies d’Alger d’est en ouest, en faisant de la mer un point cen­tral, par­tie prenante de la cap­i­tale. Mais ce cou­ple veut surtout redy­namiser la réflex­ion autour d’un pro­jet de société : com­ment bien vivre dans la ville ? Après avoir présen­té leur pro­jet archi­tec­tur­al en 2017, ils lan­cent un con­cours de pro­jet au sein de la com­mu­nauté étu­di­ante puis poussent au débat. Ce jour-là, alors que le mod­éra­teur inter­roge sur « la ville de demain », Yas­mine Ter­ki, respon­s­able de Cap-Terre, le cen­tre algérien du pat­ri­moine cul­turel bâti en terre, tranche : « Quand j’ai cher­ché des mod­èles de ville intel­li­gente, je ne les ai trou­vés que dans les cen­tres his­toriques. Ils étaient le pro­duit de notre cul­ture et respec­taient notre envi­ron­nement. Or aujourd’hui, on pro­duit des villes folles qui détru­isent la planète, qui nous détru­isent ». A l’issue de la ren­con­tre, après avoir con­sulté des cen­taines de professionnel·les, Nacym et Sihem Bagh­li annon­cent qu’un groupe de tra­vail sera con­sti­tué, avec un objec­tif : faire en sorte que l’utopie d’une ville nou­velle, où il fait bon vivre, devi­enne un jour réal­ité.

Légende photo de tête : la nouvelle ville de Sidi Abdellah, en périphérie d’Alger, en juillet 2018. Elle contiendra, à terme, 50 000 logements. Crédit : Bachir.

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Après des dossiers d’actualité lourds en émo­tion et en infor­ma­tion, il est grand temps d’aller en plein cœur de cette Méditer­ranée et de se laiss­er dériv­er au gré du vent.
Ce voy­age est pro­posé par Cyrille Mous­set (adhérente de 15–38) et son com­pagnon. “Met­tre les voiles”, quit­ter leur quo­ti­di­en et par­tir nav­iguer durant deux ans en Méditer­ranée à bord de leur voili­er “Sauvage” n’a pas été une sim­ple déci­sion. Par­tis le 17 mars de Sanary-sur-mer (sud de la France), ils ont mis le cap sur l’île de Capraïa, située entre la côte ital­i­enne et la Corse. La plume bien aigu­isée, ils nous livrent leurs réc­its en texte et en image afin de nous faire décou­vrir des con­trées peu explorées et ce bel univers qu’est la voile. Bon voy­age à tous !

Episode 1

« Voy­age autour de la méditer­ranée sur un Glad­i­a­teur de 33 pieds »

Le jour J est enfin arrivé. Aujourd’hui, ven­dre­di 17 Mars 2017, nous quit­tons le mouil­lage de Sanary sur Mer pour un voy­age autour de la méditer­ranée. Nous nav­iguons sur un Glad­i­a­teur, voili­er des chantiers Wauquiez de 1978. Nous vivons sur notre voili­er et notre désir est de par­tir à la décou­verte de nou­veaux lieux mais surtout de pou­voir s’enrichir de nom­breuses ren­con­tres au gré de nos escales et du vent. Nous avons choisi de vivre autrement et à tra­vers cette expéri­ence toute nou­velle que nous abor­dons avec grand opti­misme, mais non sans appréhen­sion, nous souhaitons partager notre quo­ti­di­en. À tra­vers ce réc­it conçu pareil à un jour­nal de bord, nous vous fer­ons part de nos sen­ti­ments éprou­vés avec sim­plic­ité et humil­ité. Nous vous par­lerons égale­ment des dif­fi­cultés admin­is­tra­tives et morales que nous avons ren­con­trées et elles sont nom­breuses lorsque l’on décide de tout quit­ter et de par­tir sans date de retour ! Nous par­lerons aus­si de toutes ces ques­tions que nous nous posons et de celles posées par notre entourage comme par exem­ple : « Mais de quoi allez-vous vivre ? », « Et si cela ne marche pas ? », « Et si vous tombiez malades ? », etc…Nous pour­rions con­tin­uer cette liste indéfin­i­ment et ne jamais larguer les amar­res, rester dans un port, vivre tran­quille­ment sur notre bateau et être rac­cordé 24/24 à l’eau, l’électricité et…bien ancré dans la société. Mais il est déjà trop tard ! Nous sommes bel et bien par­tis, et « Sauvage » notre voili­er, avale goulu­ment les pre­miers milles nau­tiques vers notre pre­mière escale : les îles de la Toscane. Capraïa, Elbe et Gian­nu­tri pour débuter. Notre odyssée com­mence et nous comp­tons sur le souf­fle d’Éole pour nous pouss­er tou­jours plus en avant !

Départ de l’aventure en image

Episode 2

Tra­ver­sée de Sanary jusqu’à Capraïa » (ven­dre­di 17 et Same­di 18 Mars 2017)

Après 36 heures de nav­i­ga­tion entre Sanary et Capraïa (pre­mière île de l’archipel Toscan à l’est du cap Corse), nous voilà en Ital­ie ! Épuisés mais con­tents d’arriver, nous aurons fait 34 heures de voile et deux heures de moteur. L’objectif est d’utiliser le moins pos­si­ble la brise diesel. Ce fut une nav­i­ga­tion sportive, avec un vent arrière de force 5–6 sur l’échelle beau­fort (le max­i­mum est 12). Nous nav­iguons qu’avec un bout de génois (voile à l’avant). Plus tail­lé pour la nav­i­ga­tion au près, notre « Sauvage » roule beau­coup dans cette allure et je donne mon trib­ut à Nep­tune à 6 repris­es ! Il faut par­fois un cer­tain temps avant que le corps s’amarine…Je n’ai pas d’autre choix que d’attendre la fin du cal­vaire car je sais par expéri­ence que les mau­vais moments s’oublient au prof­it des bons ! De plus, le pilote automa­tique, con­sid­éré comme notre troisième équip­i­er, décide de nous aban­don­ner en cours de route. C’est donc à la force de nos qua­tre bras que nous bar­rons « Sauvage » à tra­vers un Nep­tune de mau­vaise humeur. Nous essaierons de répar­er le pilote plus tard, l’achat d’un neuf n’étant pas prévu dans notre bud­get actuel. C’est la pre­mière fois que nous nav­iguons de nuit au mois de mars et les tem­péra­tures sont encore très fraîch­es ! L’humidité tombe vers 16h00 et nos triples couch­es de vête­ments ne sont pas de trop. Le froid est ce qu’il faut com­bat­tre en mer avant tout car c’est un des fac­teurs qui favorise le mal de mer, c’est la règle des 4 F : Froid, Fatigue, Faim et Frousse ! Nous arrivons à Capraïa en pleine nuit (à éviter quand on peut !), heureuse­ment, la baie devant le port est saine et notre traceur n’indique aucune dif­fi­culté par­ti­c­ulière. Nous y jetons l’ancre. Le vent est tombé, tout comme nous tombons de som­meil ! ”

Tra­ver­sée Sanary (France)-Capraïa (Ital­ie)

Episode 3

« Les îles Toscanes » (Dimanche 19 au mer­cre­di 29 Mars 2017)

« Au petit matin du dimanche 19 Mars, nous gon­flons notre annexe pour par­tir en explo­ration sur l’île de Capraïa. Nous util­isons un kayak gon­flable pour aller à terre. Nous avons fait ce choix dès le départ après avoir pesé le pour et le con­tre entre une annexe à moteur ou une à rame. En plus d’être écologique, le kayak ne prend que très peu de place à bord, ne pèse pas lourd et nous gagnons en tran­quil­lité d’esprit lorsque nous le lais­sons à terre. Une annexe à rame est moins ten­tante à cha­parder qu’une à moteur ! Voilà com­ment s’organise la journée : nous vivons au rythme du soleil, nous nous cou­chons et lev­ons avec lui, il fait office de réveil naturel. Le temps de pré­par­er le déje­uner pour le midi et nous quit­tons le bateau pour décou­vrir ces nou­veaux lieux. L’archipel toscan se com­pose de 7 îles et sont les som­mets de mon­tagnes du con­ti­nent tyrrhénien enfon­cés dans la mer. Capraïa était autre­fois une prison (l’Alcatraz améri­cain en plus petit !), sa côte est accore et rocheuse et le print­emps libère tous les arômes des plantes de son maquis. Nous prof­i­tons de la sai­son pour faire une longue marche qu’il ne sera plus pos­si­ble de faire en plein été à cause de la chaleur et le manque d’arbre. De retour sur le bateau, nous con­sul­tons la météo. C’est elle surtout qui dicte notre par­cours et il faut tou­jours être vig­i­lant car elle est d’humeur changeante et taquine. Pour cela, nous sommes équipés d’un télé­phone portable avec un for­fait inclu­ant les con­nex­ions sur Inter­net depuis l’Europe (30 GO par mois) et des appli­ca­tions gra­tu­ites téléchargées pour les météos du large et côtière. Nous sommes bien évidem­ment équipés de la VHF ASN, équipement oblig­a­toire si on nav­igue au-dessus de la bande des 6 milles nau­tiques (1 Mille = 1852 mètres).
Il faut tou­jours être prêt à quit­ter ou à chang­er de mouil­lage et devons par­fois laiss­er nos états d’âme de côté. C’est ce qui se pro­duit ce lun­di 20 mars. Nous avons eu tout juste le temps de flirter avec Capraïa et le vent qui se lève nous pousserait jusqu’à Elbe, la plus grande des îles de l’Archipel Toscan. Une petite demi-heure suf­fit pour nous pré­par­er et lever l’ancre. Si nous ratons l’occasion, nous risquons de rester coincés plusieurs jours au même endroit car nous voulons descen­dre rapi­de­ment jusqu’à Malte, ayant déjà vis­ité cette zone en 2015.

L’île d’Elbe

Après 8 heures de voile, nous arrivons sur l’île d’Elbe et jetons l’ancre dans le golfe de la Biodola, situé au nord de l’île, à l’ouest de Porto­fer­raio. C’est un excel­lent abri pour les vents de secteur Sud. À cette péri­ode, nous sommes les seuls au mouil­lage ! C’est une île très mon­tag­neuse et verte que nous décou­vrons, aux côtes très découpées. Réputée égale­ment pour l’importance de son min­erai de fer sur la côte est, la dernière mine a fer­mé en 1984.
Nous nous trou­vons entre les vil­lages de Porto­fer­raio (cap­i­tale de l’île) et de Mar­ciana Mari­na. Nous apercevons un arrêt de bus à notre descente mais ce n’est pas encore la sai­son et le bus ne passe pas avant le mois de juin…nous optons pour l’auto stop et ça marche ! De cette façon, nous ren­con­trons des insu­laires qui n’hésitent pas à nous pren­dre et on prof­ite de leur gen­til­lesse pour glan­er quelques infor­ma­tions sur le quo­ti­di­en de l’île. La pre­mière per­son­ne que l’on ren­con­tre nous dépose au cen­tre de Porto­fer­raio en ayant pris soin de nous indi­quer le mag­a­sin pour faire notre rav­i­taille­ment en fruits et légumes et la petite gare routière où un bus pour­ra nous rap­procher de notre mouil­lage pour le retour. Nous procé­dons de la même façon pour nous ren­dre le lende­main à Mar­ciana Mari­na, située à 15 Km de notre mouil­lage ! Même scé­nario que la veille, quelqu’un s’arrête et nous dit que nous sommes « for­tu­nati ! », com­prenez « chanceux » de trou­ver quelqu’un qui se rend jusqu’à Mar­ciana aujourd’hui ! Nous prof­i­tons de ce char­mant ital­ien bavard (pléonasme ?!) pour faire une « micro-autostop-inter­view ». Nous apprenons qu’Elbe compte 30.000 âmes, vit essen­tielle­ment du tourisme les trois mois d’été (sur 200 hôtels, seuls 6 ou 7 ouvrent de Pâques à Noël, pour le reste, ils n’ouvrent que de juin à la mi-sep­tem­bre) et l’on y cul­tive la vigne et l’olivier. Con­cer­nant la pop­u­la­tion plus jeune, ils sont oblig­és de quit­ter l’île après le lycée pour con­tin­uer leurs études dans les uni­ver­sités de l’Italie con­ti­nen­tale telles que Pise ou Flo­rence.

On ne peut ignor­er l’exil de Napoléon qui dura deux ans (1814–1815) et à qui on doit la mod­erni­sa­tion de Porto­fer­raio. La ville est mar­quée par Napoléon, on y trou­ve la bière à son nom, le cir­cuit et des bars et restau­rants rap­pelant son pas­sage ! On nous a tout de même rap­porté, qu’un jour, un restau­rant avait affiché le mes­sage suiv­ant : « Napoléon n’a absol­u­ment jamais, mais jamais mangé ici ! ». La balade jusqu’à la citadelle vaut le détour et déam­buler dans les rues bor­dées de maisons aux façades couleur ocre, nous plonge dans le XVIII° siè­cle.

Jeu­di 23 Mars :
Nous quit­tons notre mouil­lage du golfe de la Biodola pour rejoin­dre un autre lieu décrit comme étant un pur joy­au : Por­to Azzuro, situé sur la côte sud-est de l’île. Pour l’anecdote, le vil­lage por­tait le nom de Lon­gone, anci­enne prison et donc asso­cié au crime en Ital­ie. C’est pour ne pas faire fuir les touristes qu’à présent il est con­nu sous le nom de Por­to Azzuro et compte tenu de l’activité touris­tique en été, le strat­a­gème a très bien fonc­tion­né ! Nous décou­vrons un vil­lage ani­mé où nous emprun­tons le GR (sen­tier de grade ran­don­née) pour nous retrou­ver sur les hau­teurs de l’île. Per­chés sur les cimes, c’est un mag­nifique panora­ma qui s’offre à nous. Le lende­main, nous par­tons en direc­tion d’un autre vil­lage per­ché dans les hau­teurs : Cam­po­liv­eri, où nous y trou­vons une ambiance plus locale et très agréable.

Lun­di 27 Mars :
Il est temps de dire au revoir à Elbe et par­tir en direc­tion de la dernière île et aus­si la plus petite qui con­stitue l’archipel toscan : Gian­nu­tri. « Sauvage » prend le vent arrière et file à 5 nœuds. Huit heures plus tard nous arrivons à Gian­nu­tri. Luxe, calme et volup­té. Quelques maisons, aucun com­merce et seul un restau­rant et un hôtel ouvrent en été. Lorsque nous descen­dons à terre, après avoir jeté l’ancre dans la minus­cule crique de Spalma­toi, nous avons l’impression que l’île nous appar­tient ! Nous emprun­tons les chemins de tra­verse et l’un d’entre eux nous mène à la vil­la Romaine que nous souhaitons vis­iter. Nous devrons mal­heureuse­ment aban­don­ner l’idée car des grilles blo­quent l’entrée pour cause de fer­me­ture hors sai­son. En effet, du 26 mai au 12 octo­bre le tourisme est régulé et le site antique n’est acces­si­ble qu’accompagné d’un guide et muni d’un « passe ». Le site est sous vidéo sur­veil­lance et nous ne voulons pas out­repass­er l’interdiction mise en place pour de bonnes raisons : la pro­tec­tion du site. Mal­gré tout, nous jouons aux Indi­ana Jones en herbe et, sans dépass­er les lim­ites imposées, nous volons quelques pho­tos par le biais d’un petit chemin latéral. Il est temps de ren­tr­er et plan­i­fi­er la suite de notre itinéraire, prochaine étape : les îles Pon­tines. »

Episode 4

Le voili­er “Sauvage” au mouil­lage à Pon­za, la plus grande des îles Pon­tines en Ital­ie

« La tra­ver­sée vers les îles Pon­tines » Avril-mai

Un peu plus d’un mois s’est écoulé depuis notre dernier réc­it et quelques péripéties ont retardé la suite de nos aven­tures !
Lorsque le 29 mars nous quit­tons les îles Toscanes en direc­tion des îles Pon­tines, c’est un vent pais­i­ble et favor­able qui nous pousse accom­pa­g­né d’une mer calme. À ce moment-là, nous ignorons que nous allons avoir recours aux ser­vices médi­caux ital­iens d’ici quelques jours…
Nous met­tons le cap sur Pon­za à 120 Milles nau­tiques, la plus grande des îles Pon­tines et durant cette tra­ver­sée de 18 heures, la nature nous offre un mer­veilleux spec­ta­cle ! Ils arrivent et sont au nom­bre de 3, puis 4 et finale­ment ce sont 5 dauphins qui, dans un véri­ta­ble bal­let, vien­nent cha­touiller l’étrave de Sauvage ! Un tel cadeau nous rend plus opti­miste que jamais et nous atteignons Pon­za en pleine nuit à la voile…L’arrivée est quelque peu ten­due. Nous devons zigza­guer entre les nom­breux récifs et pas­sons en quelques sec­on­des de 3 nœuds à 7 nœuds de vitesse ! Cette accéléra­tion soudaine du vent est dû à un effet de site et le pas­sage de cap engen­dre sou­vent un change­ment brusque de régime qui ne manque jamais de sur­pren­dre ! Au petit matin, nous prof­i­tons du calme et de l’ensoleillement pour faire notre rav­i­taille­ment dans le petit cen­tre de Pon­za.
Notre objec­tif est de descen­dre vers le sud en pas­sant par le golfe de Naples, puis le détroit de Mes­sine pour rejoin­dre l’île de Malte, tou­jours sous réserve de la météo, où nous souhaitons nous arrêter quelques jours afin de con­tin­uer nos activ­ités pro­fes­sion­nelles. Hé oui ! Il va bien fal­loir tra­vailler car nous ne sommes pas ren­tiers et c’est le moment d’aborder la ques­tion cru­ciale du : « Mais de quoi vivent-ils ?! »

Cyrille et son com­pagnon ont cha­cun une activ­ité pro­fes­sion­nelle adap­tée à leur mode de vie de nomade, Cyrille est tra­duc­trice à son compte et a créé “Sail­ing the words”

« Et si nous vous par­lions un peu de nous ? »

Nous avons cha­cun dévelop­pé une activ­ité pro­fes­sion­nelle nous per­me­t­tant de voy­ager et de tra­vailler où que nous allions. Nous souhaitons plus qu’expérimenter le tra­vail nomade, nous voulons qu’il devi­enne indis­so­cia­ble de notre aven­ture ! Pour ma part, je suis tra­duc­trice et nav­i­ga­trice. J’ai opté pour le tra­vail en nomade dig­i­tal et dis­pose du matériel infor­ma­tique néces­saire à mon activ­ité qui porte le nom de « Sail­ing the Words ». Sail­ing the Words est la fusion de mes deux pas­sions : traduire et nav­iguer ! Je fais donc nav­iguer les mots de l’anglais au français. Je traduis les doc­u­ments dans mes domaines de com­pé­tences qui sont : le secteur du tourisme et bien sûr le secteur nau­tique. Je nav­igue sur les mots et…sur la mer Méditer­ranée ! Pour plus de ren­seigne­ments je vous invite à voguer sur les pages de mon site dédié à la tra­duc­tion et à la nav­i­ga­tion : www.sailingthewords.com mais aus­si sur la page Face­book de Sail­ing the words : https://www.facebook.com/sailingthewords/.

Mon com­pagnon de vie et de nav­i­ga­tion est illus­tra­teur auto­di­dacte ! C’est un rêveur et il a pour mis­sion de nour­rir son inspi­ra­tion au fil de nos déplace­ments et d’immortaliser nos escales les plus mar­quantes à l’encre de chine. Il varie les plaisirs en tes­tant de nou­veaux procédés sur le bateau comme la lino­gravure. Il a, à son act­if, deux ban­des dess­inées qui ont été pub­liées par la mai­son d’édition « Des ronds dans l’O ». Ce sont deux adap­ta­tions de romans. La pre­mière, inti­t­ulée « Tueuse » est l’œuvre de l’auteure mar­seil­laise Annie Bar­rière. La deux­ième est l’adaptation d’une nou­velle d’Isabelle Eber­hardt : « Yas­mi­na ». Vous retrou­verez ses œuvres sur le site : www.desrondsdanslo.com/May.htlm.
Tout ce que nous pos­sé­dons se trou­ve à bord de notre voili­er. Pen­dant les dernières années, nous avons con­sti­tué « un tré­sor de guerre » pour faire face aux imprévus car nous savons qu’ils sont nom­breux en mer. Mais ce qui use nos nerfs en ce moment, c’est la météo ! Très changeante, nous devons la con­sul­ter plusieurs fois par jour. Nous sommes en avril, les nuits tou­jours fraîch­es, et les caprices d’Éole met le moral de l’équipage à rude épreuve ! Pour imager cette con­trainte, nous don­nons cet exem­ple : imag­inez que vous devez démé­nag­er sans crier gare ; en fonc­tion de la force du vent, de sa direc­tion, du sens de la houle, à l’approche d’un orage, etc…sans vouloir faire nos « Causettes », il y a des jours où ça fatigue ! Heureuse­ment qu’une bonne nuit répara­trice (quand c’est pos­si­ble) suf­fit à retrou­ver la bonne humeur et l’entrain.
Nous sommes le 4 avril et Pon­za nous offre un peu de repos…Hélas, pas pour longtemps. Lorsque je me réveille ce matin-là, je con­state à ma grande sur­prise, que je suis en sym­biose avec le print­emps : JE BOURGEONNE ! Recou­verte de bou­tons rouge sur tout le corps, c’est panique à bord ! On pen­sait avoir tout prévu et la trousse à phar­ma­cie a été soigneuse­ment pré­parée en fonc­tion des faib­less­es physiques de cha­cun. Mais là, nous don­nons notre langue au chat : est-ce la vari­celle ? Intox­i­ca­tion ali­men­taire ? Ou bien une allergie ? En tout cas ça gratte…Apparemment ce n’est pas con­tagieux car je suis la seule à avoir ça et je n’ai pas de fièvre. Nous restons calmes et déci­dons de con­tin­uer notre chemin en direc­tion d’Ischia, afin de se rap­procher du golfe de Naples.

« Ven­totene ou notre île mau­dite »

Nous aime­ri­ons cette fois-ci nous arrêter à Ven­totene. Cette île devint un cen­tre péni­ten­ti­aire jusqu’à une époque très récente avec sa voi­sine San Ste­fano où Mus­soli­ni empris­on­na les antifas­cistes. Il y a deux ans, lors de notre pre­mier galop d’essai en voili­er, nous n’avions pas pu la vis­iter. C’était plus avancé dans la sai­son et il nous avait été impos­si­ble de mouiller là où pour­tant le guide nau­tique nous l’indiquait à cause de la mul­ti­tude de corps-morts instal­lés (bouées payantes, aux­quelles vous êtes oblig­és d’accrocher le voili­er, sans eau ni élec­tric­ité). Sûrs de notre coup cette fois-ci, nous mouil­lons l’ancre dans un endroit autorisé et nous nous pré­parons à descen­dre. Tout à coup, arrive à fond la caisse un can­ot de « la briga­da di finan­za » (brigade des finances). Ils nous inter­dis­ent de descen­dre à terre, pré­tex­tant du mau­vais temps. Nous con­sul­tons à nou­veau nos TROIS appli­ca­tions météo qui annon­cent la même chose : 10 Nœuds de vent, autant dire pétole !

Après s’être étran­glés de rire intérieure­ment, nous décryp­tons le mes­sage sub­lim­i­nal suiv­ant : soit vous allez au port et payez la nuit, soit vous dégagez ! Il ne nous faut pas moins de cinq min­utes pour faire nos adieux à Ven­totene et met­tre le cap sur Ischia. Nous n’essaierons pas une troisième fois et tant pis pour la vis­ite de Ven­totene et les com­merces locaux où nous avons pour habi­tude de faire nos cours­es. Mal­heureuse­ment, nous con­sta­tons que ce phénomène se répand de plus en plus. L’obligation de con­som­mer et de pay­er partout où nous nous trou­vons… Il est de moins en moins accep­té que l’on puisse être à un endroit sans pay­er. En pous­sant à l’extrême nos réflex­ions, nous nous deman­dons s’il fau­dra un jour pay­er seule­ment pour se balad­er et regarder le paysage !

Episode 5

Comme un air de désen­chante­ment…

Voici trois mois que nous sommes sur les flots et nous aime­ri­ons vous faire part de sen­ti­ments plus per­son­nels dans la con­ti­nu­ité de la nar­ra­tion de nos aven­tures mar­itimes. Après l’épisode de Ven­totene, nous met­tons le cap sur les îles du golfe de Naples avec au pro­gramme : Ischia, Pro­ci­da, Naples et Capri.
C’est un voy­age de deux ans que nous entre­prenons, et il sera sûre­ment ponc­tué à la fois d’émerveillements et de désen­chante­ments. Nous pen­sons qu’il est aus­si impor­tant de partager les joies comme les décep­tions.

Lorsque nous pour­suiv­ons notre nav­i­ga­tion vers le sud, nous faisons une triste con­stata­tion : la pol­lu­tion vis­i­ble à l’œil nu qui règne en mer Méditer­ranée. La côte méditer­ranéenne souf­fre de deux types de pol­lu­tion, celle du plas­tique et celle de l’immobilier. La « Med » se serait-elle pac­sée avec le dia­ble ? À peine a-t-on trem­pé le bout de l’étrave dans les eaux ital­i­ennes que nous nous prê­tons à un drôle de jeu. Nous obser­vons la mer et nous comp­tons les déchets flottants…Il ne se passe pas un quart d’heure sans apercevoir un sac ou une bouteille en plas­tique, des cagettes en poly­styrène et toutes sortes d’objets dis­parates à la dérive, au beau milieu de cette mer qui, rap­pelons-le, est une mer fer­mée. La sit­u­a­tion ne s’améliore pas quand nous descen­dons à terre.

Prenons pour exem­ple L’île de Pro­ci­da. Elle fait par­tie des îles du golfe de Naples. Quand nous atteignons la petite baie de Pro­ci­da (Cala di Cori­cel­la), on a l’impression d’arriver sur une aquarelle. La palette de couleurs des façades des maisons sur­plom­bant le petit port de pêche est sub­lime. Pro­ci­da est un lieu culte du ciné­ma ital­ien. Par­mi les plus célèbres qui y ont été tournés, nous en retien­drons trois : « Il posti­no » avec Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neru­da, « le tal­entueux Mr Rip­ley » remake améri­cain de « plein soleil » et « Gra­ziel­la » d’après le roman éponyme d’Alphonse de Lamar­tine. Alors que ce pre­mier jour sur l’île nous enchante, le deux­ième nous désen­chante. Ce jour-là, nous déci­dons de ramer jusqu’à la plage qui se trou­ve en face de notre mouil­lage pour emprunter un sen­tier de prom­e­nade. Quand nous arrivons sur la plage, nous cher­chons un coin pour dépos­er notre kayak. Et pour­tant, ce n’est pas la place qui manque mais il se trou­ve que la plage est jonchée de poubelles. Ce n’est pas le vent qui a parsemé quelques papiers ou plas­tiques, pas du tout ! Nous voyons des sacs poubelles de par­ti­c­uliers, soigneuse­ment fer­més (quand ils ne sont pas éven­trés) déposés sci­em­ment sur la plage. Le bord de cette plage offre une vision apoc­a­lyp­tique où les gens se baig­nent… Lorsque nous remon­tons le chemin (avec notre poubelle à la main), nous avons du mal à com­pren­dre ce qui se passe car, arrivés en haut du chemin, nous trou­vons une poubelle chaque 100 mètres ! Et le comble de tout ceci est que nous tombons nez à nez, c’est le cas de le dire, sur la déchet­terie de l’île qui sem­ble avoir la même activ­ité qu’un vol­can éteint depuis plusieurs mil­liers d’années.

L’île de Poci­da dans le golfe de Naples en Ital­ie, souf­fre de la pol­lu­tion des par­ti­c­uliers qui déposent leurs poubelles sur les plages.

L’île d’Ischia mon­tre aus­si quelques anom­alies quand on s’y penche de plus près. Nous avions déjà vis­ité Ischia au mois de juin 2015 où la sai­son bat­tait son plein. Au mois d’avril 2017, beau­coup de mag­a­sin sont fer­més et l’ambiance est un peu tris­tounette. De juin à sep­tem­bre, Ischia est une des des­ti­na­tions de vacances préférées des touristes alle­mands du troisième âge et des russ­es. D’ailleurs, tout est écrit en alle­mand ou en russe. Mais nous sommes envahis par un sen­ti­ment de décep­tion à la vue de plusieurs dys­fonc­tion­nements d’ordre pub­lic. Lorsque nous enta­mons une prom­e­nade dans un parc dit « aro­ma­tique méditer­ranéen », nous le trou­vons à l’abandon, sans indi­ca­tion, sans plan, où

les poubelles jonchent les allées. Cela fait par­tie des nom­breuses con­tra­dic­tions de l’Italie. Nous apercevons un gros chantier au même stade qu’il y a deux ans. Le pro­jet en ques­tion devait aboutir sur la con­struc­tion d’une salle poly­va­lente dédiée à la cul­ture. Le début et la fin du pro­jet est tou­jours vis­i­ble sur un grand pan­neau : « De 2007 à 2013, avec finance­ment de l’Europe ». Mais nous nous réc­on­cil­ions avec Ischia lorsque nous prenons le bus jusqu’au vil­lage de Fontana pour mon­ter jusqu’au mont Epomeo, pic le plus haut de l’île (788 M), nous offrant un mag­nifique panora­ma. En redescen­dant, nous tra­ver­sons une forêt de châ­taig­niers où les familles et les étu­di­ants ont pour habi­tude de venir pique-niquer. C’est la Dolce Vita et la forêt reten­tit de rire et de musique, embaume la gril­lade et respire la joie et la bonne humeur ital­i­enne !
De plus, c’est grâce à un der­ma­to­logue très gen­til et de garde ce jour-là sur l’île que j’ai élu­cidé mon his­toire de bou­ton, le ver­dict est tombé : c’est un pso­ri­a­sis à goutte. Très con­traig­nant mais bénin, je suis soulagée que le voy­age puisse con­tin­uer. J’apprends que le der­ma­to­logue tient une per­ma­nence sur l’île une fois par mois, c’est quand même un coup de pot. La note prend égale­ment un goût salé et la carte vitale européenne ne fonc­tionne pas partout, il faut s’en accom­mod­er !

Escale à Naples, “oui Naples est sale…mais c’est une crasse séduc­trice qui côtoie de véri­ta­bles joy­aux archi­tec­turaux”.

Naples

On ne peut pas évo­quer la pol­lu­tion sans par­ler de Naples…Mais Naples nous rend schiz­o­phrène au niveau des sen­ti­ments ! Oui Naples est sale…Mais c’est une crasse séduc­trice qui côtoie de véri­ta­bles joy­aux archi­tec­turaux, un peu comme Palerme. Elle suinte la cor­rup­tion et la saleté par tous ses pores mais l’ambiance est unique. Pour vis­iter la ville et ses envi­rons, nous déci­dons de pren­dre quelques nuits dans une mari­na et nous cher­chons la plus proche du cen­tre-ville (tant qu’à faire !). Nous jetons notre dévolu sur la Mari­na San­ta Lucia. Nous négo­cions le tarif au télé­phone : Nous pas­sons de 80 à 60 Euros par nuit pour un dix mètres… La mari­na n’a ni toi­lette, ni douche. Mais nous sommes au cœur de Naples et les mari­nas plus excen­trées ne pro­posent pas de tar­ifs plus avan­tageux. La sécu­rité est sujette à cau­tion et sou­vent inclue dans le prix. Nous avons une place qui donne sur les restau­rants de la Mari­na et l’endroit est assez sûr pour laiss­er le bateau seul la journée. Ce sera notre petite folie et nous res­terons cinq nuits au port, aucun regret !

De nom­breux inci­dents mal­heureux nous ont été rap­portés par des nav­i­ga­teurs qui sont déjà allés au port de Naples. Les fonds sont rem­plis de détri­tus et des tas de câbles, de cordages, flot­tent dans le port et dans la grande baie. Le gros risque est de se pren­dre une corde dans l’hélice lorsque vous êtes au moteur. C’est au petit bon­heur la chance…Nous prenons le risque et nous sor­tons indemnes en quit­tant Naples et son port.

Nous notons une grande dif­férence entre la France et l’Italie : les sacs plas­tiques. Alors que la France essaie de dimin­uer voire de stop­per com­plète­ment la dis­tri­b­u­tion des sacs plas­tiques dans les grandes sur­faces et tout autre com­merce, c’est très dif­férent en Ital­ie. C’est la foire aux sacs ! Peu importe ce que vous achetez, on vous remet un tick­et au bis­phénol et un sac plas­tique ! Nous n’avons jamais eu autant de sacs plas­tiques sur le bateau. Nous les util­isons pour la poubelle « déchets ménagers ».
Idem pour le tri des ordures, il n’est pas respec­té et vous pou­vez trou­ver une poubelle à deux entrées : une pour le car­ton et une autre pour le verre, mais sans aucune sépa­ra­tion, si bien que tout se mélange ! Nous ne cher­chons pas à blâmer qui que ce soit en faisant cette con­stata­tion. Après tout, n’est-ce pas la réponse à une société hyp­ocrite ? Pourquoi deman­der de faire le tri alors que l’on con­tin­ue à dis­tribuer des sacs plas­tiques à tout va ? Pourquoi ne réduit-on pas les embal­lages ? À Paris, chaque deux ans, se tient le plus gros salon de l’emballage…Nous ne pen­sons pas être plus éco­los en France qu’en Ital­ie.
Autre con­stata­tion mal­heureuse, c’est la dégra­da­tion de site excep­tion­nel tel que Her­cu­lanum ou Pom­péi. Nous choi­sis­sons de vis­iter Her­cu­lanum. Notre décep­tion a été de trou­ver plusieurs por­tions fer­mées au pub­lic cause « de dégra­da­tion du site ». Ce site fab­uleux est en train de se réduire à peau de cha­grin car il n’y a jamais eu d’anticipation de travaux de con­ser­va­tion.
Nous quit­tons Naples avec un petit pince­ment au cœur car elle reste mal­gré tout, une de nos villes préférées de la côte ital­i­enne. Elle nous a ensor­celés !

Cap sur Malte

Nous voulons attein­dre l’île de Malte afin de s’installer quelques semaines ou pourquoi pas y pass­er l’été pour se pos­er un peu et tra­vailler à nos activ­ités. Mal­heureuse­ment, Malte ne s’avère pas à la hau­teur de nos espérances pour dif­férentes raisons que nous allons évo­quer plus bas.
Avant d’atteindre Malte, nous aurons fait une halte à Capri, le petit bijou du golfe de Naples, puis deux arrêts dans les îles éoli­ennes dont une à Panaréa et une autre à Vul­cano. Nous les avions vis­itées il y a deux ans et avions gravi tous les som­mets. Mais nous sommes impa­tients de décou­vrir de nou­veaux ter­ri­toires et ne faisons qu’une petite escale dans ces îles.
Si nous devons recom­man­der une seule île du Golfe de Naples c’est, sans hési­ta­tion, Capri ! Con­cer­nant les îles éoliennes…Nous vous les recom­man­dons toutes ! Fil­icu­di a notre préférence mais elles sont toutes dis­tinctes.
Après s’être avi­tail­lés à Vul­cano, nous met­tons le cap sur Malte ven­dre­di 28 avril à 13h00 et tra­ver­sons le détroit de Mes­sine dans la nuit avec un courant favor­able. Nous arrivons à Malte Dimanche 30 avril au matin. Nous aurons par­cou­ru env­i­ron 200 milles nau­tiques, la nav­i­ga­tion dur­era 43 heures dont 15 heures au moteur. Nous jetons l’ancre à St Julian’s Bay et mal­gré un mouil­lage chahuteur dû à une petite houle facétieuse, nous trou­vons un repos répara­teur.

Arrivée à Malte

Mai 2017 : Arrivée à Malte

L’arrivée à Malte est tou­jours impres­sion­nante. La lumière sur le cal­caire, la couleur dorée sur ses for­ti­fi­ca­tions grandios­es et son archi­tec­ture aux influ­ences ori­en­tales est une invi­ta­tion aux con­tes des mille et une nuit. Tout ce beau décor ne reflète mal­heureuse­ment pas les couliss­es de l’île. Malte est certes cos­mopo­lite, mais c’est aus­si une île faite pour le tourisme et beau­coup pour le tourisme ! Plus par­ti­c­ulière­ment à Sliema, quarti­er du bord de mer, nous con­sta­tons la con­struc­tion d’immeubles de plus en plus haut, les maisons sont toutes rehaussées de plusieurs étages et le soleil se couche donc plus tôt que prévu ! De très nom­breux chantiers immo­biliers furent entre­pris par l’ancien gou­verne­ment qui n’était pas avare en autori­sa­tions (affaires de cor­rup­tion) …

Nous prof­i­tons de cette halte pour nous avi­tailler en eau et en Gazole tout en restant au mouil­lage. Nous faisons plusieurs allers-retours avec notre kayak gon­flable et nous réus­sis­sons à trans­porter 58L d’eau en un voy­age avec des bidons de 5 et 8L. Il y a une fontaine d’eau potable à 15 mètres de là où nous lais­sons le kayak. Nous trou­vons une laver­ie et une sta­tion d’essence égale­ment tout proche. Nous pas­sons une journée à faire nos « corvées » et nous voilà tran­quilles pour un moment. Mais le vent tourne et nous sommes oblig­és de chang­er de mouil­lage. Nous nous abri­tons à Rinel­la Bay, en face des « trois cités ». Nous sommes loin de tout, coincés sur le bateau et aucun marc­hand de fruits et légumes à moins de 30 min­utes de marche quand il y a une petite accalmie.
Nous con­sta­tons égale­ment que notre con­nex­ion inter­net est très pau­vre et ne pou­vons pas tra­vailler comme nous l’avions prévu. L’eau du mouil­lage est sale et nous sommes très dépen­dants de l’eau de mer car nous faisons tout avec elle : vais­selle, toi­lette, etc… Nous rinçons la vais­selle avec l’eau douce à l’aide d’un pul­vérisa­teur pour économiser l’eau. Nous faisons notre toi­lette à l’eau de mer et avons appris un petit truc qui nous per­met de ne pas se rin­cer ! Dès que nous sor­tons de l’eau, nous nous essuyons tout de suite. De ce fait, le sel ne provoque pas ce tiraille­ment ressen­ti comme avec le séchage naturel au vent. L’été tarde à venir, alors nous faisons une excep­tion pour les cheveux que nous rinçons à l’eau douce car il fait encore un peu humide en soirée.
Le vent de nord-ouest forcit et sur les 4 bateaux qui se trou­vent au mouil­lage, deux dérapent dans la nuit (l’ancre ne tient pas) heureuse­ment, il n’y a pas de casse et ils doivent rajouter une deux­ième ancre.

« Sur les traces d’Ulysse »

Le 10 mai, alors que le vent tourne au sud, nous déci­dons de quit­ter Malte et d’aller sur Syra­cuse où le mouil­lage devant le port con­stitue un excel­lent abri. Nous trou­vons le séjour à Malte trop court et regret­tons tout de même notre mouil­lage dans la baie de St Julian qui lui, offre un excel­lent emplace­ment. Mais quand la météo propose…On dis­pose, alors cap sur Syra­cuse ! De là, nous atten­drons le souf­fle con­ciliant d’Éole pour nous pouss­er jusqu’en Grèce, dans les îles Ion­i­ennes. Impa­tients de con­tin­uer sur les traces d’Ulysse, nous allons enfin décou­vrir une par­tie de la Méditer­ranée que nous n’avons encore jamais explorée !

Comme pré­cisé au départ, ce voy­age est une com­bi­nai­son de belles décou­vertes mais com­porte quelques désen­chante­ments comme le dur con­stat de pol­lu­tion en mer Méditer­ranée. Mal­heureuse­ment, ce sont TOUTES les côtes méditer­ranéennes qui sont touchées. Nous accom­plis­sons des gestes respon­s­ables au quo­ti­di­en de sorte à ne pas aggraver cette sit­u­a­tion. Nous choi­sis­sons des pro­duits qui n’agressent pas l’environnement marin, nous sommes très économes en eau, et la brise diesel est util­isée en dernier recours car nous avons le temps (il est de bon ton de le pré­cis­er !). Nous croyons aux ini­tia­tives indi­vidu­elles même si elles ne représen­tent qu’une goutte d’eau dans la Méditerranée…Ben C’est déjà ça !
Prochain épisode : Une semaine de mouil­lage à Syra­cuse et l’arrivée sur les îles Ion­i­ennes !

Pollution dans le golfe Ambracique, en Grèce

Episode 6

SYRACUSE : POINT DE DÉPART POUR LA GRÈCE

Voici la suite des nav­i­ga­tions de « Sauvage » et de son équipage en mer Méditer­ranée. Cet épisode qui racon­te nos pre­miers pas en Grèce, dans les îles Ion­i­ennes, par­lera de ces ren­con­tres faites en mer et sur le con­ti­nent grec qui nous auront mar­quées, et de moment clef à tra­vers une vidéo…
Nous ne sommes pas venus à Syra­cuse pour ses eaux cristallines mais pour retrou­ver cette ville pleine de vie et de charme et c’est d’ici que com­mence notre « vrai » voy­age. En effet, nous allons décou­vrir une nou­velle par­tie de la Méditer­ranée et le mouil­lage dans la baie de Syra­cuse représente pour nous le sas d’attente pour notre départ vers la Grèce. Dans l’attente d’une fenêtre météo favor­able, nous imag­i­nons une arrivée digne de l’Odyssée d’Ulysse : Cor­fou, dans les îles Ion­i­ennes !
À Syra­cuse, nous ren­con­trons Car­o­line et Nico, un jeune cou­ple fran­co-ital­ien qui voy­age sur « Ysé », un voili­er en alu­mini­um de 11,50 mètres. Ils ont appareil­lé de Bre­tagne en octo­bre 2016 et ont passé l’hiver à Malte. Pen­dant deux mois, nous nav­iguerons ensem­ble jusqu’à leur retour en Ital­ie.
Mais le début s’annonce mal ! Alors que nous prof­i­tons d’une fenêtre idéale pour point­er l’étrave vers la Grèce, Ysé ren­con­tre un prob­lème de moteur et doit s’arrêter d’urgence dans un port en Cal­abre, au sud de l’Italie. Nous con­venons de con­tin­uer notre route vers la Grèce car le vent vient du sud et ne nous per­met pas de rester au mouil­lage dans cette par­tie de l’Italie. Après 62 heures de nav­i­ga­tion (dont 14 au moteur), nous tou­chons notre pre­mière île grecque : le sud de Lefkas ! Tant pis pour notre arrivée sur Cor­fou, la météo en a décidé autrement ! Ysé et son équipage arriveront 4 jours après.

LES ÎLES IONIENNES : SES PAYSAGES, SES HABITANTS, SES EFFETS DE SITES, ET NOS RENCONTRES

Notre par­cours dans les îles ion­i­ennes : Point d’arrivée : Lefkas, puis Megan­isi, Kas­tos, Ithaque (Kioni), côte est de la Céphalonie (Eufemia, Kalo limani), Chenal de Lefkas, Pre­veza (sur le con­ti­nent), le golfe d’Amvrakia de Preveza,Andipaxoi, Pax­oi, Cor­fou, Oth­oni @Cyrille Mous­set

Ce qui a ren­du ces deux mois de nav­i­ga­tion mag­iques, c’est assuré­ment la com­bi­nai­son de la beauté du paysage des îles Ion­i­ennes, pre­mière approche avec la pop­u­la­tion grecque et notre ren­con­tre avec l’équipage du voili­er « Ysé ». Nous n’avions, jusqu’à présent, con­nu aucune expéri­ence de nav­i­ga­tion avec un autre voili­er. Toute­fois, nous con­sta­tons aujourd’hui, que cette entente partagée pen­dant ces deux mois avec nos amis est rare, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que nous sommes du même âge et qu’il est plus « nor­mal » de crois­er sur l’eau des retraités ou en général des gens plus âgés. Car­o­line et Nico vivent aus­si sur leur bateau et nous pou­vons partager ensem­ble nos ques­tions, nos doutes, et nos joies ! De plus nous décou­vrons tous les qua­tre la Grèce pour la pre­mière fois.
Nous avons le même rythme de croisière, et de par nos per­son­nal­ités dif­férentes, chaque per­son­ne apporte quelque chose d’enrichissant. Il n’y a pas de « meneur ou de chef », qui décide où aller, quand par­tir, com­bi­en de temps rester etc…

Sou­vent, lorsque nous repen­sons à nos pre­miers pas en Grèce avec l’équipage d’Ysé, on se dit que nous avons décou­vert des lieux que nous n’aurions jamais décou­vert à deux. Nous louons une voiture pour vis­iter les plus grandes îles, ce qui per­met de divis­er les frais par deux et nous parta­geons tous les qua­tre une curiosité boulim­ique qui nous a poussé jusqu’ici en bateau !

Pour décrire briève­ment les îles Ion­i­ennes, il y a une chose à savoir : il ne faut surtout pas s’attendre à la Grèce des cartes postales habituelles : Le soleil éblouis­sant sur les maisons bleues et blanch­es ! La région des îles Ion­i­ennes est celle où il pleut le plus en hiv­er. L’été est très chaud et humide, ce qui a pour con­séquence cette végé­ta­tion lux­u­ri­ante qui fait la par­tic­u­lar­ité de ces îles. Il y a des oliviers, des cyprès, des pins et des fleurs à pro­fu­sion ! C’est une région verte et ombragée aux maisons cou­vertes de tuiles romaines rouges.
Les effets de sites sont nom­breux et il n’est pas rare que la topogra­phie des îles per­turbe nos prévi­sions météorologiques. Nous croyons être à l’abri du vent du nord en trou­vant un beau mouil­lage au sud ? hé bien non ! Les rafales de vent se ren­for­cent lorsqu’elles déva­lent les falais­es escarpées des îles Ion­i­ennes, ce qui sou­vent, crée des sur­pris­es et provoque des direc­tions de vent con­traires à celui qui était prévu. Au départ, nous sommes un peu con­fus, puis rapi­de­ment, nous apprenons à appréhen­der et anticiper ces phénomènes courant en Grèce.

NOUVELLES EXPÉRIENCES ET PARTAGE DE BEAUX MOMENTS !

En Céphalonie, plus pré­cisé­ment au port d’Argostoli, nous faisons nos for­mal­ités (je rap­pelle que même si nous sommes dans la com­mu­nauté européenne, il est de bon ton de faire des for­mal­ités en entrant en Grèce, j’ai d’ailleurs écrit un arti­cle à ce sujet sur mon site Sailingthewords.com : « les for­mal­ités en Grèce » dans la rubrique actu­al­ités). Nous avons loué une voiture pour nous y ren­dre car nous sommes au mouil­lage d’Eufemia, sur la côte Est et faire une pierre deux coups : les for­mal­ités et la vis­ite de l’île ! À Argos­toli nous vivons un joli moment : dans le port, alors que les pêcheurs vendent leur pêche et rangent leurs filets, des tortues vien­nent aux abor­ds du quai pour manger les déchets de pois­sons ! On les appelle « Caret­ta-Caret­ta » en grec ! Elles font bien évidem­ment la joie des touristes et des pas­sants !
Sur l’île d’Ithaque et Mégan­isi, nous expéri­men­tons notre pre­mier mouil­lage avec « amar­res à terre ». Manœu­vre un peu déli­cate pour la pre­mière fois mais c’est presque une oblig­a­tion en Grèce ! Réservé aux mouil­lages pro­fonds, exi­gus et très fréquen­tés, ce style d’amarrage per­met de garder son bateau tou­jours dans le même axe et de l’empêcher d’éviter.

Amarre à terre à Ithaque pour Sauvage et Ysé (de droite à gauche) ! @Cyrille Mous­set

Nous faisons égale­ment un arrêt sur Kas­tos, habitée par 80 âmes, on y trou­ve une « Tav­er­na » (restau­rant grec), un bar, une église et même une école ! sans par­ler du mini mar­ket, ouvert seule­ment le matin et…pas tous les jours ! Il y a un port où on peut se baign­er telle­ment l’eau est translu­cide. Nos nav­i­ga­tions vont de sur­pris­es en sur­pris­es. Toutes ces îles dif­fèrent les unes des autres et il n’y en a pas une qui se ressem­blent. Nous ne descen­drons pas jusqu’à Zante pour l’instant et déci­dons de touch­er le con­ti­nent afin que l’équipage d’Ysé puisse régler un prob­lème de moteur… Notre choix se porte sur Pre­veza et le golfe Ambracique car il y a plusieurs chantiers navals et des mag­a­sins spé­cial­isés dans le matériel mar­itime. Nous prof­iterons de cette escale pour acheter un nou­veau son­deur car cela fait deux mois que le nôtre nous a lâché et nous sommes tou­jours au fil à plomb pour son­der les pro­fondeurs, à l’ancienne !
Ce que nous ignorons, c’est que nous allons rester à Pre­veza plus de temps que prévu et vivre de belles aven­tures !

PROCHAIN EPISODE : 1 /PREVEZA ET LE GOLFE AMBRACIQUE : UN ARRET PLUS LONG QUE PRÉVU ! 2/CORFOU, DRÔLE D’IMPRESSION, 3/LA SÉPARATION, NOTRE NOUVELLE ÉQUIPIÈRE ET NOTRE DESCENTE EN DIRECTION DU GOLFE DE PATRAS !

Episode 7

Notre arrêt pro­longé à Préveza nous a per­mis de créer des liens avec la pop­u­la­tion locale mais aus­si mar­itime, nous avons décou­vert les paysages de la région de l’Épire, et tout ceci nous a lais­sé d’excellents sou­venirs. C’est pour toutes ces raisons que nous y con­sacrons un chapitre un peu plus long…

PREVEZA ET LE GOLFE AMBRACIQUE : UN ARRET PLUS LONG QUE PRÉVU

Lorsque nous arrivons à Préveza, nous jetons l’ancre dans la baie face aux chantiers navals et aux nom­breuses mari­nas. La ville est juste en face mais l’accès est dif­fi­cile quand nous nous trou­vons de ce côté-là. À moins de pren­dre le bus (quand il passe) ou le taxi qui per­met de tra­vers­er un tun­nel sous la mer reliant la ville. Le port com­mu­nal de Préveza est plein et n’a pas la place pour accueil­lir nos deux bateaux. En atten­dant qu’une place se libère, nous allons nav­iguer dans le golfe Ambracique et mouiller sous les ruines d’un site qua­si­ment à l’abandon : Nikopolis…Et là à notre grande sur­prise, nous nous retrou­vons à deux bateaux dans cette baie gigan­tesque peu pro­fonde, face à un paysage sauvage, isolé et boudé par le tourisme. On com­prend pourquoi : L’eau est de couleur verte, ici ni transats ni para­sols ne peu­vent envahir le bord de mer, il ne réserve aucune place pour la farniente. De nom­breuses tortues y nagent tout en prenant soin de rester loin de nous, mais lorsque nous descen­dons à terre pour longer le bord de mer, il y a du monde…Une quan­tité phénomé­nale de crabes, de Bernard l’Hermite, de minus­cules pois­sons, c’est plein de vie !

Le Golfe Ambracique @Cyrille Mous­set

NIKOPOLIS OU LA BAIE SAUVAGE

Le lende­main, nous par­tons à pied vis­iter la cité de Nikopo­lis, là encore, nous ne crois­erons personne…Et pour­tant, la muraille est imposante par sa taille (mal­gré sa décrépi­tude) et par son his­toire. Nikopo­lis a été con­stru­ite par Octave pour com­mé­mor­er sa vic­toire sur Antoine lors de la bataille d’Actium. Cette bataille a décidé de l’avenir de l’empire romain ! Quand nous rejoignons nos bateaux, nous apercevons une grande salle qui sem­ble être une taverne…Lorsque nous entrons, nous sommes chaleureuse­ment accueil­lis par une dame grecque. Exit l’anglais dans cette par­tie de la Grèce. Nous arrivons à nous faire com­pren­dre et prenons place pour dîn­er.

Arrivent le mari, les enfants, les petits enfants, le pope du vil­lage et quelques voisins…L’animation se met en marche, ça par­le, ça rigole, et nous man­geons joyeuse­ment au milieu de ce brouha­ha très agréable ! Nous finis­sons par dis­cuter avec eux en s’aidant du pau­vre vocab­u­laire que nous pos­sé­dons et d’un dic­tio­n­naire que nous avons sur le portable ! Nous pas­sons une soirée très con­viviale.

Le Théâtre de Nikopo­lis @Cyrille Mous­set

PREVEZA, UN CHARME QUI OPÈRE

De retour sur Préveza, nous trou­vons deux places au port com­mu­nal. Nous res­terons un total de 3 semaines (Préveza et le Golfe Ambracique). À ce jour, cela reste l’arrêt le plus long que nous ayons jamais fait ! Nous tombons sous le charme de l’ambiance de la ville de Préveza. Der­rière les restau­rants et cafés du bord de mer, les rues ont gardé l’atmosphère des villes de marchés provinciaux…Nous ren­con­trons beau­coup de français au port com­mu­nal, cer­tains d’entre eux par­courent la Grèce depuis 20 ans ! Nous ne pen­sons pas y rester aus­si longtemps…Il y a telle­ment d’autres choses à décou­vrir. On peut toute­fois com­pren­dre cet attache­ment à la douceur de vivre grecque ! Ces ren­con­tres auront été rich­es en échanges. Nous écou­tons les con­seils, les expéri­ences de cha­cun et surtout les lieux à ne pas man­quer.

TASSOS, PERSONNAGE INCONTOURNABLE

Nous ren­con­trons Anastha­sios, dit « Tas­sos » à l’occasion d’un dîn­er avec l’équipage d’Ysé dans les ruelles de Préveza. Anastha­sios est le gérant mais on pour­rait le pren­dre pour un client. Il s’assit à notre table et avec son accent nous par­le en toutes les langues. Français, et surtout ital­ien avec Nico ! Faut dire que physique­ment il impose…Il a le corps d’un rug­by­man et la tête de Léo Fer­ré ! Il coiffe sa grande crinière blanche d’un cato­gan, boit de l’ouzo, fume beau­coup, drague autant, et aime faire la fête ! Nous le crois­erons à nou­veau le lende­main dans un café très local.

D’ailleurs à ce sujet, il est agréable de con­stater qu’il existe tou­jours de vieux bistrots aux allures défraîchies où on trou­ve une couleur plus locale, mêlant dif­férentes généra­tions. Nous pas­sons la soirée avec lui, dis­cu­tons de la Grèce, de ses habi­tants, de poli­tique, etc…Les lumières du bistrot s’éteignent, et c’est en zigza­guant que nous rejoignons nos embarcations…Encore une ren­con­tre et un moment qui fer­ont par­tie de ces beaux moments passés en Grèce.
Nous avons égale­ment pu nous pro­cur­er un nou­veau son­deur, l’équipage d’Ysé a trou­vé un mécani­cien pour répar­er le moteur, et nous avons même eu la pos­si­bil­ité de pren­dre des douch­es à l’eau douce sur la plage ! Les pleins d’eau sont faits, il est temps de repar­tir vers le nord des îles Ion­i­ennes…

CORFOU, DRÔLE D’IMPRESSION

Com­ment ne pas s’arrêter à Cor­fou ?! D’après l’Odyssée, Ulysse aurait débar­qué sur une plage située sur la côte ouest : Pale­okas­trit­sa. Hum Hum…On arrivera par la côte Est avec l’équipage d’Ysé. Nous mouil­lons au sud de la ville de Cor­fou et ne fer­ons qu’une vis­ite éclaire de la ville. Toute­fois, lorsque nous repasserons à Cor­fou, seuls cette fois-ci, après une escale sur l’île d’Othoni, nous mouillerons plusieurs jours sous la forter­esse. Je ne sais pas si c’est la chaleur écras­ante de l’époque (mi-juil­let) ou le fait d’avoir vis­ité la ville façon éclaire au pre­mier arrêt, ou encore d’avoir quit­té nos amis après avoir nav­igué deux mois en leur com­pag­nie, mais nous ressen­tons un léger abat­te­ment…

La forter­esse de Cor­fou @Cyrille Mous­set

De plus nous essuyons un coup de vent non prévu par la météo. Une nuit dif­fi­cile où nous devons assur­er des quarts de nuit au mouil­lage ! Notre chaîne tient bien et Sauvage se mon­tre valeureux. Mais les cornes de brumes qui son­nent dans la nuit pour aver­tir un bateau, puis deux, puis trois qui dérapent, ne nous per­me­t­tent pas de pass­er une nuit tran­quille et sere­ine ! Pas de casse, une petite peur et le lende­main, le soleil revient, le vent se calme et tout rede­vient « nor­mal ». Le cen­tre-ville de Cor­fou grouille de monde à cette époque et les rues sont bor­dées de mag­a­sins de sou­venirs qui vendent tous la même chose…Mais en nous écar­tant des axes touris­tiques, nous nous per­dons dans les ruelles du vieux Cor­fou. C’est une toute autre facette de la ville qui nous réc­on­cilie avec Cor­fou. Nous tombons sous le charme des vieilles façades aux tra­di­tion­nels volets verts, une archi­tec­ture néo­clas­sique pour le musée des arts con­stru­it par les anglais au XIXe siè­cle, et le plus drôle dans tout ça, c’est que nous nous retrou­vons presque seuls dans nos déam­bu­la­tions !

Le Vieux Cor­fou @Cyrille Mous­set

LA SÉPARATION, NOTRE NOUVELLE ÉQUIPIÈRE ET NOTRE DESCENTE EN DIRECTION DU GOLFE DE PATRAS !

Après notre pre­mière vis­ite de Cor­fou avec l’équipage d’Ysé, nous déci­dons de pouss­er encore un peu plus au nord pour décou­vrir l’île d’Othoni, ce qui per­me­t­tra à nos amis d’attendre une bonne fenêtre météo pour redescen­dre en Cal­abre. Oth­oni est une petite île qui échappe au tourisme de masse. Très fréquen­tée par les ital­iens car c’est la pre­mière île des Ion­i­ennes qu’ils ren­con­trent et il est agréable d’y faire une escale pour se ressourcer avant de se jeter dans le grand bain touris­tique de Cor­fou ! Oth­oni compte 40 habi­tants l’hiver et 380 l’été… C’est aus­si une île où les chats sont presque plus nom­breux que les habi­tants ! D’ailleurs, c’est ici que l’équipage de Sauvage s’agrandit et accueille sa nou­velle équip­ière que nous appellerons…. « Ysé », une petite chat­te âgée de 6 semaines qui depuis, nav­igue avec nous et avec laque­lle nous for­mons à présent un trio.

Ysé, notre nou­velle équip­ière @Cyrille Mous­set

La Grèce et ses chats…. Des chats partout ! Peut-être une tra­di­tion mais un prob­lème aus­si car beau­coup ne passent pas l’hiver et la plu­part vivent dehors. Ils n’appartiennent à per­son­ne mais pour­tant tout le monde leur donne à manger. Beau­coup d’entre eux sont malades et mal­gré les cam­pagnes de stéril­i­sa­tion qui sont menées, le nom­bre de chats ne cesse d’augmenter…
Le 12 juil­let, la fenêtre météo atten­due par nos amis arrive et l’heure de la sépa­ra­tion a son­né. Elle ne se fait pas sans un pince­ment au cœur mais nos pro­jets de nav­i­ga­tion sont dif­férents et il est impor­tant que cha­cun réalise le but qu’il s’est fixé. Nous sommes cer­tains que la mer nous réu­ni­ra à nou­veau, sans pour autant con­naître la date du prochain ren­dez-vous !
Ce même jour, nous met­tons les voiles et redescen­dons les îles Ion­i­ennes par la côte Est avec un arrêt sur Cor­fou, Pax­os, Pre­veza à nou­veau (vac­cin d’Ysé oblige !) et Kas­tos que nous avions bien aimé lors de notre pre­mière vis­ite. Notre objec­tif : Entr­er dans le golfe de Patras, pour­suiv­re par le golfe de Corinthe afin de tra­vers­er le mythique canal et se retrou­ver en mer Égée. Nous voulons trou­ver un endroit pour hivern­er à flot cet hiv­er…

Naviguer avec un chat

Navigation Golfe de Patras

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Les nou­velles mairies issues du mou­ve­ment des Indignés éprou­vent des dif­fi­cultés à gér­er les villes et per­dent le sou­tien de ceux qui ont porté leur suc­cès.

Ada Colau, ex-con­tes­tataire et fig­ure charis­ma­tique du mou­ve­ment Podemos, est dev­enue il y a deux ans, la pre­mière maire fémin­iste de la ville de Barcelone. L’une des actions les plus écla­tantes entamées par l’exécutif depuis est la lutte con­tre les loca­tions touris­tiques illé­gales. Agusti Colom est pro­fesseur d’économie et con­seiller munic­i­pal pour le tourisme : « Tous les apparte­ments loués aux touristes qui ne fig­urent pas dans le reg­istre com­mu­nal seront fer­més. Airbnb est dans l’erreur, parce qu’à Barcelone la légal­ité existe et elle est respec­tée. En 2017, nous avons déjà sanc­tion­né plus de 300 activ­ités illé­gales. Le tourisme crée des emplois et des oppor­tu­nités pour la ville, mais nous devons con­trôler et lim­iter ses effets négat­ifs ». En accord avec la loi cata­lane, Airbnb et d’autres struc­tures sim­i­laires pour­raient recevoir une amende qui va jusqu’à 600 000 euros. Dans les rues de Barcelone, les man­i­fes­ta­tions con­tre l’afflux touris­tique sont de plus en plus courantes.

Ada Colau au bureau de vote à Barcelone, le 21 décem­bre 2017

«Ada Colau a accep­té le com­pro­mis avec les insti­tuts financiers»
Mal­gré ces bons résul­tats, Ada Colau sem­ble avoir per­du le sou­tien de l’organisation dont elle a été la fon­da­trice : la Platafor­ma des afec­ta­dos de hipote­cas , la plate­forme des vic­times de l’hypothèque (PAH). « Dès son arrivée à la mairie, Ada Colau a accep­té le com­pro­mis avec les insti­tuts financiers qui gèrent les dettes immo­bil­ières. Les mêmes accords ont été adop­tés ici à Madrid par le maire Manuela Car­me­na. Avec le temps, on se rend compte que cer­tains activistes, qui étaient il y a quelques années dans la rue avec nous, ils avaient déjà un pro­jet poli­tique bien clair. Alors, les solu­tions ne sont pas les mêmes pour ceux qui veu­lent chang­er le sys­tème poli­tique du pays et pour nous, qui voulons avant tout sauver notre mai­son », explique Luis Chamar­ro, coor­di­na­teur de la sec­tion de Madrid.

En Espagne, depuis 2006, 770 000 per­son­nes ont été expul­sées de leur foy­er. Entre 2009 et 2016, plus de 15 100 per­son­nes se sont sui­cidées en con­séquence de ce qu’on appelle ici le «ter­ror­isme financier». « Les claus­es dans notre con­trat sont illé­gales, les ban­ques ont ven­du notre dette à d’autres insti­tuts financiers. Les juges du tri­bunal le savent très bien, pour­tant ils con­tin­u­ent à défendre les ban­ques et à enfrein­dre la loi », explique Maria Isabel, 69 ans, durant un rassem­ble­ment de la PAH en face du Con­grès des députés. Patri­cio Con­dor, 52 ans, d’origine équa­to­ri­enne, arrive mal­gré tout à en rire : « Per­son­ne ne nous aidait, on a dû appren­dre par nous-mêmes à inter­préter le lan­gage bureau­cra­tique des ban­ques, on a tous pris un cours inten­sif en jurispru­dence. »

La sor­tie du métro à Lava­piés, lieu habituel de ren­dez-vous

La crise économique de la péri­ode 2008–2011 avait fait bas­culer les équili­bres poli­tiques et le tra­di­tion­nel partage du pou­voir entre le Par­ti pop­u­laire (PP) et le Par­ti social­iste ouvri­er espag­nol (PSOE). Lors des élec­tions com­mu­nales de décem­bre 2015, deux nou­velles for­ma­tions, issues du mou­ve­ment des Indignés, ont gag­né la mairie de deux plus impor­tantes villes du pays : Madrid et Barcelone. Aho­ra Madrid et Barcelona en Comù, soutenus par Podemos, incar­nent l’espoir des mil­liers d’Espagnols pour un vrai change­ment sur des ques­tions sociales et économiques comme le droit au loge­ment, la fémin­i­sa­tion de la poli­tique, l’égalisation des salaires et le tra­vail digne.

A Lava­piès, des loy­ers tou­jours plus chers
A Madrid, les prob­lèmes de loge­ment ont de mul­ti­ples formes. Selon une enquête du quo­ti­di­en El Paìs, depuis 2014 le prix moyen des loca­tions a aug­men­té de 36 %. Cer­tains quartiers du cen­tre-ville vivent une véri­ta­ble gen­tri­fi­ca­tion poussée, c’est le cas de Lava­piés, un quarti­er aux rues étroites dans la par­tie sud de la cap­i­tale. « Lava­piés était un quarti­er pop­u­laire jusqu’à peu, explique Tere­sa Palo­mo, jour­nal­iste indépen­dante qui vit dans le quarti­er depuis 8 ans. Ici habitaient des com­mu­nautés de Lati­no-Améri­cains, d’asiatiques et de sub­sa­hariens. Puis à un cer­tain moment, Lava­piés a com­mencé à se faire con­naitre à cause des bagar­res noc­turnes, il est devenu le quarti­er dan­gereux du cen­tre-ville, alors qu’en vérité on y vivait très bien ». L’explosion des loca­tions touris­tiques au cen­tre-ville a pour­tant entraîné une aug­men­ta­tion sys­té­ma­tique des prix des loy­ers dans toute la ville. Lava­piés a été gen­tri­fié au prof­it des couch­es sociales supérieures à la recherche de prix plus abor­d­ables, ce qui est en train de chang­er rapi­de­ment le pro­file socio-économique du quarti­er. Si les étrangers aban­don­nent, pour ceux qui restent la sit­u­a­tion n’est pas plus facile. José Emilio, 43 ans, acteur de théâtre venu de Cadix, vit depuis des années dans une sit­u­a­tion pré­caire : « Avec mon méti­er, je n’arrive jamais à avoir des entrées sta­bles. Pour faire face à l’augmentation des prix, j’ai dû sous-louer une petite cham­bre et partager mon apparte­ment avec quelqu’un. Alors que rien ne jus­ti­fie une telle explo­sion des prix des loca­tions ».

Face à cette sit­u­a­tion, l’absence de dia­logue s’accentue entre les dif­férents par­ti­sans du mou­ve­ment du 15M (de 15 mai 2011, date d’un impor­tant rassem­ble­ment spon­tané, à l’origine du mou­ve­ment des indignés). « C’est très bizarre de faire par­tie des insti­tu­tions, d’accepter le grand cirque médi­a­tique, où tout se joue sur de sub­tiles tac­tiques. Alors qu’on était habitué à la con­fronta­tion sincère de la rue, où on pou­vait s’exprimer sans aucune hypocrisie », analyse Lucia Mar­tin, porte-parole du mou­ve­ment Barcelona en Comù au con­grès des députés espag­nols à Madrid.

Une prochaine pos­si­bil­ité de réc­on­cil­i­a­tion, sera sans doute le rassem­ble­ment pour la «renta basi­ca », le revenu de base uni­versel, prévu dans les semaines à venir à Madrid. Perçu par les activistes comme une mesure essen­tielle pour faire face au «ter­ror­isme financier» et à la cor­rup­tion poli­tique. Un sujet trans­ver­sal, qui tient à cœur à la fois aux mou­ve­ments de rue et aux nou­velles for­ma­tions poli­tiques espag­noles. Mal­gré les frac­tures internes, et les plus récentes dif­fi­cultés à dia­loguer entre Madrid et Barcelone, les Indignés ont tou­jours les moyens d’occuper l’espace pub­lic espag­nol.

Texte et photos : Samuel Bregolin

Pho­to de Une : une man­i­fes­ta­tion de la PAH en face du Con­grès des députés espag­nols, jeu­di 25 jan­vi­er 2018

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Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits,…)...

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Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits,…) et sur l’avenir des pro­duc­teurs de cannabis dans les pays du Sud. Avec elle, nous décryp­tons l’adaptation des pays his­torique­ment pro­duc­teurs de cannabis en Méditer­ranée, prin­ci­pale­ment Maroc et Liban, face aux nou­veaux modes de pro­duc­tion.

Entretien

La Méditer­ranée est his­torique­ment une des prin­ci­pales régions pro­duc­tri­ces de cannabis avec le Maroc et le Liban, est-ce tou­jours le cas aujourd’hui ?

Effec­tive­ment, la région méditer­ranéenne est une région his­torique de pro­duc­tion de cannabis, mais ce n’est qu’au cours de ces cinquante dernières années que le Maroc et le Liban* sont devenus par­mi les plus impor­tants pro­duc­teurs de haschich au monde pour ce qui con­cerne le marché d’exportation. Il y a eu, par le passé, d’autres espaces de cul­ture de cannabis en Afrique du Nord, au Moyen Ori­ent et en Europe du Sud, notam­ment en Egypte, en Syrie, en Algérie, en Tunisie, en Grèce et en Turquie.

Le Maroc, qui est un pays tra­di­tion­nel de cul­ture de cannabis (de kif ou herbe de cannabis), a com­mencé à pro­duire du haschich pour répon­dre à la demande européenne, puis l’a ensuite dif­fusé sur son ter­ri­toire nation­al. Le Liban l’a des­tiné dans un pre­mier temps à l’Europe et le Moyen Ori­ent, mais très peu de haschich libanais cir­cule actuelle­ment en Europe, si on en croit les saisies réal­isées par la police européenne et les dires des con­som­ma­teurs européens.

Aujourd’hui, le Rif au Maroc et la Beqaa au Liban sont toutes deux d’importantes régions de pro­duc­tion de cannabis. Les paysans les plus pau­vres y ont prof­ité de l’opportunité économique provo­quée par la pro­hi­bi­tion et une demande mon­di­ale soutenue de cannabis. Le Maroc et le Liban parta­gent, à bien des égards, des simil­i­tudes (mar­gin­al­i­sa­tion des espaces de cul­ture, lég­is­la­tion répres­sive, demande inter­na­tionale impor­tante, cli­mat méditer­ranéen prop­ice à la cul­ture, marchés de con­som­ma­tion à prox­im­ité, etc.).

Mais la com­para­i­son des deux pays laisse entrevoir des dif­férences de con­textes insti­tu­tion­nels dans les marchés locaux et inter­na­tionaux (marché tra­di­tion­nel au Maroc/absence d’un marché local au Liban, sta­bil­ité au Maroc/instabilité au Liban, etc.). Au Maroc, la sta­bil­ité du pays et la spé­cial­i­sa­tion des cul­ti­va­teurs de cannabis, depuis une cinquan­taine d’années, a favorisé le développe­ment d’une économie du haschich com­péti­tive. En dif­férents lieux, de mul­ti­ples pro­duits, aux qual­ités et aux prix diver­si­fiés, sont com­mer­cial­isés. La con­cur­rence entre pro­duc­teurs maro­cains et européens entraine de véri­ta­bles straté­gies com­mer­ciales. Par ailleurs, le Maroc pro­duit égale­ment pour une impor­tante con­som­ma­tion locale de cannabis.

Au Liban, les cul­ti­va­teurs et les inter­mé­di­aires ont su dévelop­per une économie du cannabis mal­gré l’instabilité poli­tique, les guer­res et les ingérences étrangères. L’absence de con­trôle de l’Etat dans la Beqaa, en sit­u­a­tion de con­flit per­ma­nente, s’est révélée avan­tageuse pour les cul­ti­va­teurs et les inter­mé­di­aires et a même favorisé le pas­sage du cannabis au pavot à la fin des années 1980. Les désor­dres poli­tiques actuels au Moyen-Ori­ent — et prin­ci­pale­ment la guerre en Syrie —, ont, une fois encore, favorisé la reprise de la cul­ture de cannabis et la pro­duc­tion de haschich dans la val­lée de la Béqaa. Aujourd’hui, le Liban est cer­taine­ment le pre­mier pro­duc­teur de résine de cannabis du Moyen-Ori­ent. Pour­tant, si la cul­ture du cannabis au Liban est anci­enne, ce pro­duit n’y a pas sus­cité les mêmes usages tra­di­tion­nels qu’au Maroc.

Champ de cannabis dans le Rif (Maroc)

Par ailleurs, ces dernières années ont vu émerg­er de nou­veaux espaces de cul­ture de cannabis en Méditer­ranée. Est née en Europe une pro­duc­tion domes­tique crois­sante, égale­ment par­mi des pays méditer­ranéens. En Espagne par exem­ple, selon une recherche menée sur la base des saisies de la police espag­nole, la cul­ture de cannabis à grande échelle a aug­men­té et on s’orienterait vers une sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions du haschich maro­cain. Rap­pelons que l’Espagne, qui est très proche géo­graphique­ment du Maroc, est le pre­mier pays de tran­sit et beau­coup de trafi­quants et d’intermédiaires espag­nols sont impliqués dans le traf­ic du haschich maro­cain. Le plus sur­prenant est que la cul­ture de cannabis à grande échelle se ferait surtout selon le mod­èle «hol­landais», c’est-à-dire en intérieur, alors que l’Espagne du Sud dis­pose de con­di­tions cli­ma­tiques et édaphiques favor­ables, autant que le Maroc et le Liban. Mais, étant don­né l’ampleur qu’a prise cette économie, les cul­tures de cannabis ont été déplacées en intérieur dans des lieux cachés et pro­tégés. Une autre recherche a mon­tré qu’en Turquie égale­ment, il per­siste une tra­di­tion de pro­duc­tion de haschich et, en regard à une posi­tion géo­graphique idéale au car­refour de l’Europe, des Balka­ns et du Moyen-Ori­ent, la cul­ture de cannabis aurait aug­men­té ces dix dernières années, prin­ci­pale­ment dans la région de Diyarbakir. Cepen­dant, la pro­duc­tion de cannabis dans plusieurs pays de la Méditer­ranée reste mécon­nue car peu de recherch­es sur ces pays ont été effec­tuées. La plu­part des infor­ma­tions provi­en­nent de jour­nal­istes ou de la police et non pas de recherch­es en sci­ences sociales. C’est le cas de l’Albanie où la police médi­a­tise régulière­ment les arresta­tions dans des inter­ven­tions liées au traf­ic et les érad­i­ca­tions de champs de cannabis vis­i­ble­ment impor­tantes dans le pays, surtout dans les mon­tagnes près de la fron­tière avec la Grèce.

Quelle est la lég­is­la­tion actuelle au Maroc con­cer­nant la cul­ture et la con­som­ma­tion du cannabis ? Est-elle effi­cace pour dis­suad­er les pro­duc­teurs de se lancer dans la pro­duc­tion ?

La lég­is­la­tion actuelle en matière de cul­ture et de con­som­ma­tion de cannabis au Maroc est liée à la péri­ode de Pro­tec­torat français, c’est un héritage colo­nial et des con­ven­tions inter­na­tionales. Plusieurs dahirs (décrets roy­aux) ont régle­men­té la cul­ture, la vente et l’usage du cannabis entre 1912 et 1956. D’abord ces dahirs avaient pour objec­tifs de défendre les intérêts de la Régie du Tabac et du Kif, mono­pole instau­ré par la France (qui cul­ti­vait du cannabis dans dif­férentes régions, notam­ment du côté de Kéni­tra ou de Mar­rakech), dont les recettes étaient ver­sées à l’administration française, et de lut­ter con­tre la con­tre­bande du kif cul­tivé dans la zone sous Pro­tec­torat espag­nol, c’est-à-dire dans le Rif. En 1954, un dahir inter­dit, dans la per­spec­tive de l’indépendance prochaine, la pro­duc­tion, la vente et la con­som­ma­tion de cannabis dans toute la zone sous pro­tec­torat français pri­vant ain­si le Maroc d’une manne finan­cière après l’avoir exploité pen­dant plusieurs décen­nies. A l’indépendance (1956), cette inter­dic­tion est élargie à l’ensemble du ter­ri­toire et le car­ac­tère illé­gal des dérivés du cannabis sera con­fir­mé dès la sig­na­ture par le Maroc (1966) de la Con­ven­tion unique sur les stupé­fi­ants de 1961 (Nations unies). Dans la lignée des con­ven­tions inter­na­tionales, en 1974, un nou­veau dahir relatif à la répres­sion et à la préven­tion de la tox­i­co­manie est pro­mul­gué. Répres­sif à l’égard du con­som­ma­teur, il con­stitue aujourd’hui la base de la lég­is­la­tion en matière de con­som­ma­tion de drogues au Maroc. Mal­gré ces inter­dic­tions, la cul­ture de cannabis sera tolérée dans un espace restreint du Rif cen­tral où elle serait implan­tée depuis plusieurs siè­cles. Elle sera égale­ment tolérée dans le Rif occi­den­tal (Jebala), là où il y a eu des exten­sions de cul­ture de cannabis pen­dant les années 1980 et 1990.

La cul­ture de cannabis a une longue his­toire de tolérance per­pé­tuée par les Espag­nols pen­dant le Pro­tec­torat pour s’attirer la sym­pa­thie des tribus berbères après la guerre du Rif (1921–1926). Le cannabis y est devenu un sym­bole iden­ti­taire d’une pop­u­la­tion mar­gin­al­isée. Le Nord du Maroc a eu par le passé une his­toire tumultueuse avec le pou­voir cen­tral. Il a con­nu des émeutes de 1958 et 1981, et a été mis à l’écart des grands pro­jets de développe­ment à l’indépendance du pays. La lég­is­la­tion n’a donc pas été effi­cace pour sup­primer la cul­ture de cannabis dans le Rif mais l’application de la loi a été effi­cace notam­ment lorsqu’elle a sup­primé la cul­ture de cannabis dans le Sud du Maroc ou a restreint l’extension de la cul­ture de cannabis au delà du Rif. Elle a per­mis égale­ment d’éradiquer la cul­ture de cannabis dans la province de Larache.

Glob­ale­ment, les dahirs de loi inter­dis­ent l’usage, la cul­ture, le trans­port, le stock­age, la vente du cannabis sous toutes leurs formes. Toute­fois, l’usage étant tra­di­tion­nel, la pos­ses­sion de petites quan­tités n’est pas pas­si­ble de pour­suites. Quant à la cul­ture de cannabis, elle est illé­gale et peut faire encourir à ses auteurs une peine d’emprisonnement de 5 à 10 ans et une amende de 5 000 à 50 000 dirhams. Elle est aus­si tolérée, ce qui n’empêche nulle­ment les érad­i­ca­tions ou les arresta­tions. Ce qui place les cul­ti­va­teurs dans une grande incer­ti­tude. Selon les chiffres du Min­istère de l’Intérieur, ils seraient 47 000 cul­ti­va­teurs sous man­dats d’arrêt, ils ne seront pas tous incar­cérés, mais leur incrim­i­na­tion les fait vivre dans la peur per­ma­nente. Ils doivent se cacher, établir des straté­gies, chang­er leur vie quo­ti­di­enne. Pour des dél­its plus graves liés au marché du cannabis, la dis­tri­b­u­tion et la vente, les peines sont plus sévères, surtout si des liens avec des organ­i­sa­tions crim­inelles sont avérés.

Com­ment évolue la pro­duc­tion et com­ment les pro­duc­teurs maro­cains s’adaptent-ils face la con­som­ma­tion de cannabis de syn­thèse, mais aus­si face à l’augmentation de la pro­duc­tion en Europe ?

En effet, en Europe, il y a eu une émer­gence d’une indus­trie de sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions de haschich. Les con­som­ma­teurs européens ont désor­mais à dis­po­si­tion des pro­duits diver­si­fiés et puis­sants. Selon l’Observatoire européen des drogues et tox­i­co­ma­nies, le marché est aus­si car­ac­térisé depuis le milieu des années 2000 par l’introduction du cannabis de syn­thèse orig­i­naire d’Asie. Il est dif­fi­cile de savoir si le cannabis de syn­thèse a un impact sur la cul­ture de cannabis au Maroc et s’il fait con­cur­rence au haschich maro­cain en Europe. Il faudrait déter­min­er en pre­mier lieu quels sont les con­som­ma­teurs de cannabis qui se tour­nent vers ce type de pro­duit. Nonob­stant, le haschich a souf­fert de la con­cur­rence de l’herbe cul­tivée par les nou­veaux entre­pre­neurs de cannabis locaux qui usent de tech­niques de cul­ture et de straté­gies de mar­ket­ing mod­ernes et élaborées, et il a per­du beau­coup de sa pop­u­lar­ité pen­dant les années 1990.

Jeunes plants de cannabis de var­iété hybride, Rif (Maroc)

Pour­tant, il n’y a pas eu de déclin de la pro­duc­tion de haschich au Maroc, au con­traire la cul­ture de cannabis, la cul­ture de cannabis a vu éclore de nou­veaux développe­ments ces dix dernières années, avec l’introduction de var­iétés hybrides de cannabis, aux taux de THC plus élevés, afin de répon­dre aux préférences actuelles des con­som­ma­teurs européens. Les acteurs maro­cain du marché du cannabis ont déjà, par le passé, dû faire face à la con­cur­rence : pen­dant les années 1970 quand le haschich maro­cain, même de très bonne qual­ité, a com­mencé à être ven­du en Europe, il était con­cur­rencé par d’autres qual­ités réputées comme les haschichs libanais, turc, afghan ou népalais. Le marché pro­po­sait égale­ment dif­férentes var­iétés d’herbes africaine, colom­bi­enne, ou thaï­landaise.

Ce n’est qu’au cours des années 1990 que le haschich maro­cain s’est imposé sur le marché. Mais la con­cur­rence à laque­lle doivent faire face les cul­ti­va­teurs est égale­ment locale, par exem­ple entre le haschich pro­duit dans l’espace his­torique de cul­ture et celui provenant de nou­veaux espaces de pro­duc­tion, ou comme entre cul­ti­va­teurs d’un même vil­lage. Le nom­bre élevé de cul­ti­va­teurs per­met aux inter­mé­di­aires et aux trafi­quants d’exercer des pres­sions afin que soient intro­duites de nou­velles var­iétés hybrides ou que le prix du cannabis baisse. En l’occurrence, les cul­ti­va­teurs doivent s’adapter aux change­ments du marché, mais ces adap­ta­tions sont toute­fois à rel­a­tivis­er ; la cul­ture des hybrides par exem­ple pose d’autres prob­lèmes, comme celui de la sur­pro­duc­tion. Ces dernières années, la répres­sion du traf­ic s’est inten­si­fiée, et les cul­ti­va­teurs se plaig­nent de ne plus pou­voir écouler leurs stocks aus­si aisé­ment que par le passé. Et s’ils parvi­en­nent, grâce aux tech­niques mod­ernes, à faire évoluer leurs pro­duits, ils ne maîtrisent pas tou­jours les cir­cuits de com­mer­cial­i­sa­tion.

Com­ment évolue la cir­cu­la­tion des drogues en Méditer­ranée ? Y’a-t-il plus de trafics ? de nou­velles routes ? De nou­veaux con­cur­rents au shit maro­cain ?

Depuis quelques années, les risques lors du trans­port du haschisch ont aug­men­té au Maroc et vers l’Europe. Les autorités se con­cen­trent sur la répres­sion du traf­ic au delà de l’espace de cul­ture de cannabis (routes, fron­tières, villes) et les saisies se sont mul­ti­pliées. Vers l’Europe l’utilisation de moyens tech­nologiques (radars, etc.) per­me­t­tent d’intercepter les trafi­quants de manière plus effi­cace. Pour y faire face, les inter­mé­di­aires cherchent de nou­veaux marchés et com­men­cent à recon­fig­ur­er leurs réseaux de com­mer­cial­i­sa­tion ain­si depuis quelques années ils écoulent le haschisch en Afrique prof­i­tant notam­ment de sys­tèmes poli­tiques frag­ilisés et cor­rom­pus.

Con­cer­nant les nou­veaux con­cur­rents, les pro­duc­teurs des pays indus­tri­al­isés ne s’étaient pas réelle­ment intéressés, jusqu’à présent, à l’extraction de la résine. Le haschich demeu­rait un pro­duit d’importation. Mais actuelle­ment, on observe de nom­breuses ten­ta­tives de pro­duc­tion de résine en Europe même, comme en Amérique du Nord. Des tech­niques se dévelop­pent locale­ment, et de plus en plus de « cul­ti­va­teurs domes­tiques de cannabis » trans­for­ment leur cannabis grâce à des tech­niques d’extraction emprun­tées au pays du Sud mais adap­tées à l’Europe ; ain­si le « Pol­li­na­tor* », dévelop­pé par une entre­pre­neuse hol­landaise, per­met de pro­duire locale­ment une résine de grande qual­ité.

*Voir Afsahi K., Dar­wich S., 2016, “Hashish in Moroc­co and Lebanon- A com­par­a­tive study”, Inter­na­tion­al Jour­nal of Drug Pol­i­cy, 31, 190–198 http://dx.doi.org/10.1016/j.drugpo.2016.02.024

*Le Pol­li­na­tor est une machine qui ressem­ble à un sèche-linge bor­dé d’un tamis. Elle per­met d’extraire une résine avec moins de déchets végé­taux ou impuretés.

Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Maître de con­férences en soci­olo­gie à l’Université de Bor­deaux et chercheuse au Cen­tre Emile Durkheim (CNRS), une par­tie de ses recherch­es actuelles visent à dévoil­er les mécan­ismes du marché du cannabis à par­tir de l’étude de l’offre. Elle a notam­ment ini­tié et développe des com­para­isons Nord-Sud (avec le Maroc, le Cana­da et la France), et Sud-Sud (avec le Maroc, le Brésil et le Liban) de la cul­ture de cannabis. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits…) et sur l’avenir des pro­duc­teurs de cannabis dans les pays du Sud.

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A Tunis comme à Alger, la grève des médecins rési­dents a mis en lumière les défail­lances des sys­tèmes de san­té. Héritage social­iste égal­i­taire pour l’Algérie, héritage de l’époque de Bour­gui­ba pour la Tunisie, la san­té publique est pour­tant en déliques­cence et les prob­lèmes de ges­tion poussent les patients vers le privé.

« Je me suis retrou­vé à faire des gardes de 24 heures un jour sur deux, 30 jours de suite. Un jour, en ren­trant, je me suis endor­mi au volant et je suis ren­tré dans un mur », racon­te Meh­di*, rési­dent dans un hôpi­tal de Tunis. Débor­dés, les rési­dents tunisiens ont le sen­ti­ment d’être les “bouche-trous” des hôpi­taux, qui souf­frent d’une infra­struc­ture vieil­lis­sante, d’équipements défail­lants et de mau­vaise ges­tion. «Par exem­ple, pour­suit Meh­di, quand tu es interne en pédi­a­trie, à cause du manque d’appareils res­pi­ra­toirs, tu pass­es par­fois la nuit à te relay­er avec l’autre rési­dent de garde pour faire respir­er manuelle­ment des nour­ris­sons. Tu n’as pas intérêt à t’endormir». Cette dégra­da­tion des con­di­tions de tra­vail touche égale­ment les infir­miers et aides-soignants. Une étude de 2013 a ain­si révélé que près de 70% des infir­miers de l’hôpital de Sfax souf­fraient d’épuisement pro­fes­sion­nel. Face à cette sit­u­a­tion, les ten­sions sont fortes entre médecins et per­son­nel paramédi­cal. «Hon­nête­ment, beau­coup ne font pas leur tra­vail, on est oblig­és de le faire à leur place au détri­ment de la for­ma­tion», regrette Meh­di.

«La loi algéri­enne, c’est six gardes max­i­mum par mois, témoigne un chirurgien d’Alger. Faire plus de dix gardes, c’est nor­male­ment unique­ment par réqui­si­tion du directeur de l’hôpital ou d’un offici­er de police judi­ci­aire. Mais c’est pour­tant courant». Dans les rangs des rési­dents man­i­fes­tants, Sofia*, rési­dente en car­di­olo­gie, énumère la liste des prob­lèmes quo­ti­di­ens qui l’épuisent : «Cer­tains jours, je n’ai pas de ten­siomètre pen­dant ma garde. Par­fois, l’appareil qui fait les radios est en panne. D’autres fois, les bran­car­diers ne sont pas là. Je passe mes journées à gér­er des prob­lèmes qui ne sont pas de ma respon­s­abil­ité et je ne soigne pas : je fais du brico­lage». Au ser­vice de gyné­colo­gie de l’hôpital de Bab El Oued, le groupe élec­trogène ne fonc­tionne plus. En cas de coupure de courant, il faut opér­er à la lumière des télé­phones porta­bles. «Et on par­le d’un hôpi­tal de la cap­i­tale du pays ! Imag­inez dans les Hauts-plateaux ou le sud», souligne Sadek Ham­laoui, l’un des porte-parole du Col­lec­tif autonome des médecins rési­dents algériens.

Man­i­fes­ta­tion à l’hôpital Mustapha Pacha, Alger, jan­vi­er 2018. Crédit LB

Les deux pays voisins ont pour­tant investi dans la san­té publique. En Algérie, le bud­get de la san­té a été mul­ti­plié par 4 entre 2000 et 2010. Mal­gré la crise budgé­taire liée à la baisse des revenus du pét­role, le bud­get de la san­té pour 2018 dépasse 3,4 mil­liards de dol­lars. En Tunisie, la loi de Finances 2018 prévoit un bud­get de 773 mil­lions de dol­lars. Si face au manque de matériel et de spé­cial­istes dans cer­taines régions, les respon­s­ables tunisiens invo­quent sou­vent la sit­u­a­tion économique dif­fi­cile du pays, un rap­port pub­lié en 2016 mon­tre qu’il s’agit tout autant — voir plus — d’un prob­lème de ges­tion que de moyens. La répar­ti­tion des équipements entre les dif­férents étab­lisse­ments de san­té y est par exem­ple qual­i­fié d’ «irra­tionnelle». Ain­si, le gou­ver­norat de l’Ariana, près de la cap­i­tale, est le moins doté en appareils d’imagerie médi­cale, alors que les patients qui se ren­dent en con­sul­ta­tion sont par­ti­c­ulière­ment nom­breux. A l’inverse, le gou­ver­norat de Tozeur, dans le sud, est celui qui a le plus d’appareils d’imagerie médi­cale par nom­bre d’habitants, alors que le rythme de con­sul­ta­tion médi­cale est faible. Les déci­sions con­cer­nant les ressources humaines et l’équipement sont cen­tral­isées au niveau du min­istère de la San­té, sou­vent sans con­sul­ter les acteurs de ter­rain ou éval­uer les besoins réels des struc­tures de san­té. «J’ai une amie, fraîche­ment diplômée en chirurgie pédi­a­trique, qui s’est retrou­vée à exercer dans le gou­ver­norat de Gafsa, où il n’y a aucun ser­vice de chirurgie pédi­a­trique ! Elle pas­sait son temps à écrire des cour­ri­ers pour adress­er ses patients à d’autres hôpi­taux», racon­te Meri­am Ben Soltane, rési­dente à Tunis.

De mau­vais­es ges­tions qui mènent à la cor­rup­tion

En Algérie, la ges­tion admin­is­tra­tive a été en par­tie décen­tral­isée. Le directeur de l’hôpital doit arbi­tr­er selon une enveloppe for­faitaire remise par l’Etat ain­si qu’un verse­ment, for­faitaire lui aus­si, de la Caisse nationale d’assurance mal­adie. Prob­lème : cer­taines spé­cial­ités sont plus chères que d’autres. «D’un point de vue financier, l’hôpital a sou­vent intérêt à ne pas soign­er», soupire un médecin spé­cial­iste du ser­vice pub­lic. Les choix des ges­tion­naires sont sou­vent mis en cause par les soignants. «A Djelfa (la qua­trième ville algéri­enne), en 2008, il y avait qua­tre scan­ners mais aucun poste de médecin radi­o­logue», témoigne Bilel, un médecin spé­cial­iste. En 2015, le ter­ri­toire comp­tait l’équivalent de 71 770 lits d’hospitalisation. Un chiffre en apparence sat­is­faisant, mais qui cache des dis­par­ités régionales impor­tantes. «Il faut surtout se deman­der ce que sig­ni­fie un lit, souligne un pédi­a­tre d’un hôpi­tal d’une région mon­tag­neuse. En réan­i­ma­tion par exem­ple, la norme inter­na­tionale veut qu’on compte comme lit, un lit équipé d’un matériel de réan­i­ma­tion pédi­a­trique. J’ai vu des ges­tion­naires compter le nom­bre de mate­las et en déduire que c’était des lits de réan­i­ma­tion. Le ges­tion­naire, comme tout le monde, n’a pas envie de se faire engueuler parce que les chiffres de son hôpi­tal ne sont pas bons».

Dans un arti­cle, le pro­fesseur de chirurgie Abid Lar­bi, ancien directeur de san­té publique au min­istère de la san­té, souligne que les taux d’occupation des hôpi­taux avoisi­nent les 50%, à l’exception des étab­lisse­ments mère-enfant, des mater­nités et des ser­vices de gyné­co-obstétriques. « Au lieu de con­stru­ire des poly­clin­iques, en met­tant en valeur le médecin omniprati­cien, on con­stru­it encore dans toutes les régions du pays des hôpi­taux qui sont à moitié vides», souligne-t-il. Selon lui, la région d’Adrar aurait ain­si plus besoin de poly­clin­iques et de mater­nités que des cinq hôpi­taux en con­struc­tion. «L’insuffisance de con­trôle et des pri­or­ités mal définies sont une source de gaspillage des deniers publics», affirme-t-il.

En Tunisie, la mau­vaise ges­tion et l’absence de con­trôle ouvrent la voie à la cor­rup­tion au sein des hôpi­taux. C’était l’une des prin­ci­pales caus­es de mécon­tente­ment exprimées par les patients de tout le pays lors du dia­logue socié­tal de san­té organ­isé en 2014 : bakchich ver­sé aux employés de l’administration pour con­tourn­er les longues heures d’attente aux con­sul­ta­tions, pass­er un exa­m­en ou obtenir les résul­tats d’analyses san­guines plus rapi­de­ment… Mais la cor­rup­tion existe égale­ment à un plus haut niveau, dans l’attribution des appels d’offre pour les médica­ments par exem­ple. «La dernière fois, j’ai ren­con­tré un représen­tant médi­cal qui m’a dit que son entre­prise avait rem­porté l’appel d’offres plusieurs mois aupar­a­vant pour un médica­ment, et qu’il l’avait fourni à l’hôpital. Or je n’avais jamais vu ce médica­ment, et il n’était pas disponible ! Per­son­ne ne sait où les boîtes sont passées», s’insurge Meh­di.

En Tunisie, env­i­ron 90% de la pop­u­la­tion béné­fi­cie d’une cou­ver­ture san­té. Mais il existe une iné­gal­ité, en par­ti­c­uli­er géo­graphique, dans l’accès aux soins : ain­si, les habi­tants du Kef, dans le nord-ouest, doivent par­courir plus de 200 kms pour accéder à l’hôpital uni­ver­si­taire, alors que ceux-ci sont surtout con­cen­trés sur la côte, plus prospère. Par ailleurs, être assuré et avoir accès à un étab­lisse­ment de san­té ne garan­tit pas tou­jours une qual­ité de soins cor­recte. Dans les hôpi­taux comme dans les cen­tres de san­té de base, les délais d’attente sont longs, et les médica­ments man­quent, faute de con­trôle des stocks, ce qui oblige les patients à se fournir dans des officines privées. «On ne trou­ve même pas de paracé­ta­mol à la phar­ma­cie de l’hôpital», se plaint Lil­ia*, dont le fiancé a été hos­pi­tal­isé à Nabeul. Dans ce con­texte, nom­breux sont ceux qui dis­ent recourir à la cor­rup­tion ou faire appel à des con­nais­sances pour être soignés mieux et plus vite. D’autres, s’ils en ont les moyens, se tour­nent vers les clin­iques privées. «Moi je cotise pour la san­té publique et j’y crois. Mais quand j’ai un pépin de san­té, je fais en sorte d’aller dans le privé», recon­naît Lil­ia.

S’adapter aux muta­tions sociales
En Algérie, alors qu’une nou­velle loi de san­té est en exa­m­en, les autorités répè­tent que la san­té gra­tu­ite pour tous est la pierre angu­laire du sys­tème. Pour­tant, la part à charge des ménages représente aujourd’hui 30% de la dépense nationale de san­té, soit l’équivalent de la part de la Sécu­rité sociale. Le sys­tème de san­té n’est pas en mesure, tel qu’il est organ­isé, de faire face aux muta­tions sociales. Ain­si l’espérance de vie a aug­men­té et un mil­lion de bébés nais­sent chaque année, la pop­u­la­tion algéri­enne est donc vieil­lis­sante et la pres­sion sur les infra­struc­tures gyné­co-obstétriques et pédi­a­triques est gran­dis­sante. Par ailleurs, le développe­ment du niveau de vie a mod­i­fié le pro­fil épidémi­ologique du pays. Ain­si, on meurt désor­mais plus d’un can­cer ou d’un acci­dent de la route, que d’une mal­adie comme le choléra. Si le plan can­cer lancé en 2011 per­met désor­mais aux patients d’être suiv­is en chimio­thérapie à l’hôpital pub­lic, la radio­thérapie doit se faire dans les clin­iques privées. «Il existe des infra­struc­tures dans les hôpi­taux publics, mais elles sont sur­chargées et les délais d’attente sont longs. La radio­thérapie doit se faire dans un délai fixe après la chimio. Les patients n’ont pas d’autres choix que de se tourn­er vers le privé», explique Samia Gas­mi, prési­dente de l’association d’aide aux can­céreux Nour Doha.  

Mais surtout, les dis­par­ités régionales sont très impor­tantes. Selon le think-tank Nab­ni, on compte 1,52 médecins pour 1 000 habi­tants dans les régions du Cen­tre, con­tre 0,81 pour 1 000 habi­tants dans le Sud Est. On recense par ailleurs un spé­cial­iste pour 733 habi­tants à Alger, con­tre 1 spé­cial­iste pour 12 827 à Djelfa. La ville de In Salah, 36 000 habi­tants, à 1 270 kilo­mètres au sud d’Alger, n’a aucune struc­ture publique qui peut pren­dre en charge un accouche­ment en cas de com­pli­ca­tions. «La seule solu­tion qu’on a, c’est de met­tre la patiente dans une voiture pour Ghardaïa, à 600 kilo­mètres», explique une habi­tante.

«Le patient se sent dén­i­gré, méprisé, mal pris en charge»
Tous ces obsta­cles, asso­ciés à un manque de com­mu­ni­ca­tion, sont sources de ten­sions entre patients et soignants. En Tunisie, la parole s’est libérée avec la révo­lu­tion de 2011, entraî­nant des dénon­ci­a­tions plus fréquentes, des dépasse­ments et erreurs médi­cales. La frus­tra­tion des patients peut même par­fois se trans­former en agres­siv­ité. «Ma prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion est dev­enue ma sécu­rité. Quand un patient décède, ses proches s’attaquent à toi. On dirait que c’est toi qui as tué le patient. Tu as pour­tant fait de ton mieux, en fonc­tion des moyens que tu avais», con­fie Ami­na Bouzi­di, rési­dente en pédi­a­trie à Mona­s­tir. Elle espère une prise de con­science col­lec­tive : «Nous on souf­fre, tout comme nos conci­toyens, de l’état des hôpi­taux. Donc ça con­cerne tout le monde». En Algérie, le dis­cours est iden­tique. Les agres­sions sont devenus régulières. «Les patients sont face à nous. Ils nous ren­dent respon­s­ables de tous les prob­lèmes, de l’attente au manque de médica­ments, de l’absence de lits, de la panne du scan­ner», résume un rési­dent en oph­tal­molo­gie d’un CHU de la cap­i­tale. A Alger, il y a cinq CHU pour 5 mil­lions de per­son­nes, sans compter les patients envoyés dans d’autres régions du pays parce les étab­lisse­ments de prox­im­ité n’avaient pas les moyens de les pren­dre en charge. «Le patient se sent dén­i­gré, méprisé, mal pris en charge», résume un car­di­o­logue. «C’est aus­si le sys­tème de gra­tu­ité qui pose prob­lème, soulève un maître assis­tant. Les patients pensent que le médecin est à sa dis­po­si­tion. Il n’y a pas de respon­s­abil­i­sa­tion». Sarah fait par­tie de ceux qui en veu­lent aux médecins : «Ils n’écoutent pas les patients. Ils sont per­suadés d’avoir rai­son. Et ils ont fail­li tuer mon père lorsqu’il a été hos­pi­tal­isé». Face aux nom­breuses his­toires d’erreurs médi­cales, les patients se méfient et ne font plus con­fi­ance.

Se tourn­er vers le privé, ou choisir l’exil
A Tunis comme à Alger, la san­té publique est un argu­ment bran­di par les autorités. Pour­tant, des indices mon­trent bien que l’on se dirige douce­ment vers une aug­men­ta­tion du rôle du privé dans le secteur de la san­té. En Tunisie les médecins du secteur pub­lic peu­vent exercer une activ­ité privée com­plé­men­taire deux après-midi par semaine. Mais cer­tains en abusent. «Dans mon ser­vice, il y a appareil à échogra­phie tout neuf, mais il ne sert à rien car il est acca­paré par un médecin du ser­vice qui l’utilise pour son activ­ité privée et ferme la porte à clé quand il part», explique Ahlem*, rési­dente en gyné­colo­gie obstétrique.

D’autres choi­sis­sent de se tourn­er défini­tive­ment vers les clin­iques privées, où les salaires et con­di­tions de tra­vail sont meilleurs. «Il y a une poli­tique délibérée pour encour­ager le secteur privé à se dévelop­per au détri­ment du pub­lic. Si ça con­tin­ue, les Tunisiens les plus pau­vres n’auront plus qu’à mourir au pied des clin­iques privées», s’alarme Jed Henchiri, le prési­dent de l’OTJM. En Algérie, c’est d’abord le salaire qui pousse les médecins vers le privé. «70 000 dinars par mois (495 euros), après douze ans d’études. J’aspire à voy­ager, à per­me­t­tre à mes enfants d’avoir une bonne édu­ca­tion. C’est sim­ple, avec ce salaire, c’est impos­si­ble», explique Lin­da, qui a ouvert un cab­i­net de pédi­a­trie après son ser­vice civ­il. Dans le nou­veau pro­jet de loi san­té, plusieurs dis­po­si­tions per­me­t­tent aus­si l’entrée du secteur privé dans cer­tains domaines réservés jusque là au secteur pub­lic. Ain­si le texte pré­cise que dans le cadre de parte­nar­i­ats pub­lic-privé, l’État, tout en assur­ant la prise en charge des soins, évit­era les dépens­es liées à la con­struc­tion et à l’aménagement de nou­velles struc­tures de soins, aux frais de per­son­nel et à la ges­tion de l’établissement de san­té.

Si les médecins fuient vers le privé, ils vont aus­si s’installer à l’étranger. L’an dernier, 45% des nou­veaux diplômés en médecine sont par­tis à l’étranger : un exil sans précé­dent. Réputés pour être bien for­més, les médecins tunisiens sont accueil­lis à bras ouverts dans de nom­breux pays. En France, ils sont la pre­mière nation­al­ité représen­tée par­mi les lau­réats du con­cours d’équivalence en médecine des­tinée aux étrangers. Le sen­ti­ment que les autorités ont aban­don­né la san­té publique les pousse à par­tir. «Moi je ferai ce que je peux pour rester, pour servir mon pays, mais on se sent méprisés et humil­iés», soupire Waj­di*, interne en pédi­a­trie.

Selon un rap­port de l’organisation inter­na­tionale du tra­vail, le taux d’émigration des médecins est de l’ordre de 4% pour l’Algérie et de 3.5% pour la Tunisie en 2004. Il n’a cessé d’augmenter rapi­de­ment depuis la fin des années 1990, surtout pour l’Algérie. Les médecins sont les pre­miers pro­fes­sion­nels algériens, nés en Algérie, à exercer à l’étranger. Le nom­bre de médecins qui quit­tent l’Algérie aug­mente con­stam­ment depuis 1997. La des­ti­na­tion priv­ilégiée est aus­si la France. Près d’un médecin né en Algérie sur qua­tre y exerce. Les effec­tifs de médecins spé­cial­istes ne sont pas touchés de la même manière. Pour les médecins nés et for­més en Algérie, les spé­cial­ités les plus con­cernées sont la psy­chi­a­trie, la radi­olo­gie, l’ophtalmologie et l’anesthésie-réanimation. De manière générale, les médecins qui tra­vail­lent dans le secteur pub­lic sont plus touchés par le départ que ceux du privé.

*Les noms ont été changés à la demande des inter­viewés.

De longs mouvements de contestation

Le mécon­tente­ment des patients comme des soignants ne date pas d’hier. Le 24 mars 2018, les internes et rési­dents tunisiens ont mis fin à une grève qui aura duré 47 jours. A l’initiative de l’Organisation tunisi­enne des jeunes médecins (OTJM), le mou­ve­ment récla­mait entre autres la créa­tion d’un statut légal pour les internes et rési­dents et protes­tait con­tre une réforme du diplôme de médecine qui retar­dait son obten­tion à la fin de la spé­cial­ité. Par­ti­c­ulière­ment déter­minés, les jeunes médecins ont man­i­festé à plusieurs repris­es, regroupant jusqu’à 3 000 internes et rési­dents devant le min­istère de la San­té au début du mois de mars. Ils ont finale­ment réus­si fait pli­er le min­istre et obtenu gain de cause : pub­li­ca­tion du statut des internes et rési­dents, sépa­ra­tion du diplôme de médecine et de spé­cial­ité pour les étu­di­ants con­cernés cette année, et par­tic­i­pa­tion dans les dis­cus­sions con­cer­nant la réforme des études. Pour Slim Ben Salah, mem­bre du con­seil de l’Ordre des médecins, «c’est une bataille de gag­née, mais il y a beau­coup d’autres choses à revoir pour refaire de la médecine l’un des piliers de la Tunisie.»

En Algérie, la grève dure depuis qua­tre mois et sem­ble se dur­cir. Le 26 mars, les médecins spé­cial­istes tit­u­laires ont rejoint le mou­ve­ment de grève. Les rési­dents récla­ment l’abolition du ser­vice civ­il, une péri­ode oblig­a­toire de plusieurs années au cours de laque­lle ils sont envoyés dans les régions où il manque des médecins. Selon eux, l’état ne donne pas les moyens aux rési­dents de faire cor­recte­ment leur méti­er : «Envoy­er un chirurgien à Taman­ras­set c’est bien. Mais s’il n’a pas de plateau tech­nique, il ne peut rien faire», explique un médecin qui a fait son ser­vice civ­il dans le grand sud. Au fil des semaines, au fil des man­i­fes­ta­tions des sit-in, des affron­te­ments avec la police et des inter­ven­tions dans les médias, les rési­dents grévistes ont réus­si à met­tre en lumière des défail­lances du sys­tème de san­té. Les rap­ports sur «l’inefficacité» de ce ser­vice civ­il exis­tent depuis 2010, le min­istre actuel de la san­té l’a lui-même recon­nu lors d’une réu­nion. Pour­tant, la réforme sem­ble impos­si­ble car le sujet est trop poli­tique. «Les médias offi­ciels par­lent de négo­ci­a­tions, mais lors de la deux­ième réu­nion min­istérielle, le min­istre de la san­té n’a lais­sé aucun rési­dent par­lé, il a dit : «non». Et quand il s’est adressé à la presse il a affir­mé que c’était réglé. Com­ment doit-on réa­gir à cela ?», s’interroge l’un des représen­tants des rési­dents. Le levi­er pour­rait bien être le boy­cott des exa­m­ens. En effet, depuis le mois de jan­vi­er, tous les rési­dents en dernière année ont refusé de pass­er les exa­m­ens qui vali­dent leur diplôme. Or ce sont ces médecins que l’État envoie chaque année en ser­vice civ­il. «C’est sim­ple, fin mars, les pre­miers con­trats de ser­vice civ­il vont se ter­min­er. Comme il n’y a pas d’examen, il n’y a per­son­ne à envoy­er en rem­place­ment», con­clut l’un des représen­tant des grévistes, qui évoque dif­férentes pres­sions faites sur le mou­ve­ment pour met­tre fin au boy­cott des exa­m­ens.

Depuis six ans, les mou­ve­ments de protes­ta­tion menés par les rési­dents en médecine se sont mul­ti­pliés, notam­ment pour pro­test­er con­tre les con­di­tions du ser­vice civique oblig­a­toire dans les régions. Mais ils sont mal vus par une par­tie de l’opinion publique, qui estime que les médecins sont des priv­ilégiés défen­dant des intérêts cor­po­ratistes. «On essaie d’expliquer le lien entre l’amélioration de nos con­di­tions de tra­vail et celle de la qual­ité des soins que les patients reçoivent», explique Chaima Meherzia, mem­bre de l’OTJM. En Algérie, c’est l’affaire du doc­teur Ouali qui a relancé une mobil­i­sa­tion arrêtée en 2011. La jeune femme, gyné­co­logue en ser­vice civ­il, a aban­don­né son poste alors qu’elle était de garde. Son absence, et l’absence de médecin rem­plaçant, a poussé l’établissement à ren­voy­er une jeune femme en train d’accoucher. La patiente est décédée, faute de prise en charge dans les temps. Le doc­teur Ouali a été mis en déten­tion pro­vi­soire. Toute jeune mère, cette soignante venait d’effectuer plusieurs gardes, loin de son domi­cile, dans le cadre de son ser­vice civ­il. «Quand on fait 30 césari­enne par jour, par manque de per­son­nel, on peut faire une erreur, s’emporte une rési­dente en gyné­colo­gie d’un CHU de l’est. Et on peut se faire empris­on­ner? Quel mes­sage envoient les autorités?». Les lead­ers du mou­ve­ment de 2011, désor­mais tit­u­laires, regar­dent avec atten­tion le mou­ve­ment actuel. «A l’époque, après 4 mois et demi de grève, on avait obtenu une aug­men­ta­tion de salaire et un statut. Pour­tant, on demandait aus­si l’abrogation du ser­vice civ­il. On a échoué. Cer­tains étaient fatigués, d’autres trou­vaient qu’on avait obtenu beau­coup», racon­te un médecin, qui avait man­i­festé en 2011. L’un de ses amis acqui­esce : «La loi san­i­taire est poli­tisée, les cadres du min­istère ne sont pas là pour dis­cuter, le min­istre est un pro­fesseur de médecine et rien ne change. Beau­coup de respon­s­ables aujourd’hui ont intérêt à ce que rien ne change».

Perrine Massy, Timothée Vinchon (à Tunis) Leïla Beratto (à Alger)

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Récem­ment, j’ai lu dans la presse que vous soute­niez Bachar El Assad, l’homme qui m’a chas­sé de mon pays, tué mes amis et mes proches, m’a pour­chas­sé et...

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Récem­ment, j’ai lu dans la presse que vous soute­niez Bachar El Assad, l’homme qui m’a chas­sé de mon pays, tué mes amis et mes proches, m’a pour­chas­sé et con­traint de fuir la Syrie. Savez-vous pourquoi ? Sim­ple­ment pour avoir exer­cé mon méti­er de jour­nal­iste au cours de la révo­lu­tion syri­enne.

Vous êtes plus savants que moi en poli­tique, c’est pourquoi j’aimerais vous pos­er une ques­tion. Il y a des dizaines de jour­nal­istes qui comme moi ont com­bat­tu les islamistes ” El Qai­da, Daech, Jounoud El Cham, Ahrar El Cham ” et d’autres fac­tions que vous ne con­nais­sez sans doute pas. Ils se sont égale­ment opposés à Bachar El Assad. Voici ma ques­tion: pourquoi le soutenez- vous ?

La France m’a per­mis d’échapper à la guerre, elle fait désor­mais par­tie de moi. Après les mas­sacres de Char­lie Heb­do et du 13 Novem­bre, j’étais avec ceux qui ont pleuré les vic­times et déposé des fleurs place de La République. J’ai étudié la langue de ce pays et y ai édité deux livres en français. Je tra­vaille comme des mil­liers de réfugiés, nous ne cau­sons de tort à per­son­ne, tout ce que nous souhaitons c’est de vivre digne­ment. J’aime ce pays et suis prêt à don­ner ma vie pour lui.

Votre leader, Mme le Pen a égale­ment dit que les Syriens man­quaient de courage pour avoir quit­té leur pays en rai­son des événe­ments, alors que les Français ne l’avaient pas fait pen­dant la deux­ième guerre mon­di­ale. Cette com­para­i­son est inap­pro­priée : la guerre civile se déroulant dans mon pays n’a que peu de rap­ports avec la tragédie vécue par la France entre 1939 et 1945. Il est par con­tre pos­si­ble de la rap­procher de ce qui s’est passé en Espagne à la fin des années trente du siè­cle dernier. Pensez vous que les cen­taines de mil­liers d’Espagnols qui ont fui leur pays à ce moment là pour se réfugi­er en France étaient des lâch­es ?

Madame Le Pen : en Syrie, bien avant la prise de pou­voir par le par­ti Baath, nous avons accueil­li il y a de cela un siè­cle, des cen­taines de mil­liers d’Arméniens fuyant les mas­sacres organ­isés par l’Empire Ottoman. Avec le temps, ils sont devenus aus­si syriens que les autres habi­tants et notre pays est devenu pluriel sur le plan lin­guis­tique. Ces hommes et ces femmes ont tra­vail­lé, fait pro­gress­er l’économie et con­stru­it des ponts entre leur cul­ture d’origne et celle de leur pays d’accueil, ponts que les réfugiés d’aujourd’hui ten­tent d’édifier.

Je vous écris depuis un café parisien avec, autour de moi, des gens de divers­es nation­al­ités. Je remar­que que cer­tains me regar­dent avec ani­mosité, ce qui n’était pas le cas quand je suis arrivé il y a quelques années. Je ne quit­terai jamais la France quoi qu’il arrive. Savez-vous pourquoi ? Parce qu’un philosophe Irlandais Edmaund Burk, je suis sûr que vous le con­nais­sez, a dit “La seule chose qui per­met au mal de tri­om­pher est l’inaction des hommes de bien “.

Photo ©IsabelleLagny

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Pays de tra­di­tion soufie, l’Algérie a aujourd’hui du mal à dévelop­per la recherche sur le soufisme, alors que les dis­cours inspirés du wah­habisme se dévelop­pent. Ils sont quelques...

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Pays de tra­di­tion soufie, l’Algérie a aujourd’hui du mal à dévelop­per la recherche sur le soufisme, alors que les dis­cours inspirés du wah­habisme se dévelop­pent.

Ils sont quelques dizaines à peine. En Algérie, pays de tra­di­tion soufie, les chercheurs qui tra­vail­lent sur le soufisme sont peu nom­breux et dis­crets. Si le cheikh Khaled Ben­tounes, guide de la con­frérie Alawiya, né à Mosta­ganem, est con­nu dans le monde entier, la pra­tique du soufisme et son étude sont source d’incompréhension et de cri­tiques dans le pays. Yas­mine, 36 ans, de longs cheveux bruns, a été élevée dans une zaouïa : «On nous dit sou­vent que nous ne sommes pas de vrais musul­mans. J’ai com­pris ma dif­férence la pre­mière fois où je suis allée à l’école publique. Chez moi, il n’était pas tabou d’accueillir un chré­tien ou un athé, et je n’avais jamais enten­du quelqu’un par­ler de kouf­far (mécréant)».

Le soufisme mar­gin­al­isé sous Boumédiène
«En l’Algérie, de 1965 à 1979, les voix soufies ont été occultées. La décen­nie noire (la péri­ode de ter­ror­isme des années 1990) a per­mis une prise de con­science et nous sommes désor­mais plus écoutés», estime un respon­s­able de la zaouia Alawiya. «Les soufis sont dis­crets, réti­cents à faire des déc­la­ra­tions, à com­mu­ni­quer sur leurs ren­con­tres et leurs activ­ités car cer­tains salafistes n’hésitent pas à regret­ter publique­ment leur exis­tence», explique Saïd Dje­belkheir, le chercheur algérien le plus con­nu sur la ques­tion. Diplômé de Sci­ences islamiques, il a tra­vail­lé comme jour­nal­iste et est l’auteur de «Soufisme et référent religieux» (2011).

S’il est sou­vent inter­viewé par la presse algéri­enne, il est par­fois vio­lem­ment attaqué. Lors d’une con­férence publique sur la peine de mort organ­isée par Amnesty Inter­na­tionale en 2016, il est pris à par­ti lorsqu’il déclare que le Coran est tem­porel, c’est à dire, lié à l’époque à laque­lle il a été écrit. «Lorsque l’on attaque des pro­pos, les gens se ser­vent d’une argu­men­ta­tion religieuse util­isée par les salafistes. Ce n’est pour­tant pas notre cul­ture, ces argu­ments ont été importés d’Arabie Saou­dite», explique le chercheur.

L’Islam offi­ciel, sun­nite et malékite
Offi­cielle­ment, l’Algérie est un pays musul­man où l’Islam sun­nite est reli­gion d’Etat. Le min­istère des Affaires religieuses explique con­trôler les cultes pour éviter toute ten­ta­tive de «désta­bil­i­sa­tion». Ain­si, le référent religieux algérien est le rite malékite : «le référant religieux, celui de nos aïeux et des savants, inspiré de l’Ecole de Médine qui a créé la civil­i­sa­tion de l’Andalousie et a préservé les Andalous qui se sont réfugiés au Maghreb, a fait de la société maghrébine une société ouverte et mod­érée», déclarait Mohamed Aïs­sa, le min­istre des Affaires religieuses à la presse en juin 2016. Si offi­cielle­ment on fait appel aux zaouias comme aux mosquées pour «lutter con­tre les inva­sions sec­taires et l’extrémisme religieux», Saïd Dja­belkheir déplore un cer­tain lax­isme vis à vis du dis­cours salafiste. «On n’essaye pas de les con­trôler. On laisse faire le dis­cours rig­oriste et vio­lent, qui peut par­fois aller jusqu’à l’appel à la vio­lence, comme lorsqu’un salafiste a con­damné à mort l’écrivain Kamel Daoud (après une déc­la­ra­tion de l’auteur sur l’Islam sur un plateau de télévi­sion français) », explique-t-il.

A la dif­férence des uni­ver­sités tunisi­ennes ou maro­caines, le soufisme comme domaine de recherche n’existe que depuis une ving­taine d’années en Algérie. «Depuis les années 1980, on étu­di­ait les cul­tures pop­u­laires ou la lit­téra­ture pop­u­laire, et c’est là que l’on par­lait de soufisme, résume Said Dja­belkheir. Aujourd’hui, nous con­nais­sons très mal notre pat­ri­moine soufi. Il n’est pas com­plète­ment recen­sé. Comme c’est un pat­ri­moine oral, s’il se perd, ce sera irrécupérable. Le plus gros du tra­vail pour la recherche algéri­enne est désor­mais d’étudier le soufisme vivant».

Mar­di 21 mars à Mar­seille, le Col­lège de Méditer­ranée, dont 15–38 est parte­naire, organ­ise à l’école Cen­trale de Mar­seille, la con­férence «Une spir­i­tu­al­ité méditer­ranéenne ? Islam, soufisme et con­tact inter­re­ligieux dans l’histoire de la Méditer­ranée» avec Giuseppe Cecere, his­to­rien de l’université de Bologne et Sylvie Denoix, his­to­ri­enne du CNRS.

http://www.rencontresaverroes.com/college-de-mediterranee/article/conference-4-une-spiritualite-mediterraneenne-islam-soufisme-et”

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L’Organisation inter­na­tionale pour les migra­tions a pub­lié les chiffres prélim­i­naires de toutes les arrivées de migrants et de réfugiés en Europe par la mer Méditer­ranée en 2016. Le...

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L’Organisation inter­na­tionale pour les migra­tions a pub­lié les chiffres prélim­i­naires de toutes les arrivées de migrants et de réfugiés en Europe par la mer Méditer­ranée en 2016. Le nom­bre total d’arrivées s’élevait à 363 348. Le nom­bre de vic­times et de migrants dis­parus s’élève à au moins 5 079. Mais l’OIM indique que ce chiffre ne com­prend pas les embar­ca­tions qui dis­parais­sent en mer sans laiss­er de traces.

D’après le Pro­jet de l’OIM sur les migrants dis­parus http://missingmigrants.iom.int, des inci­dents ont été sig­nalés au large de l’Espagne, du Maroc et de la Tunisie qui pour­raient ajouter 300 décès ou plus au total de 2016. L’année 2016 est déjà la plus meur­trière jamais enreg­istrée par l’OIM dans la région.

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