Dans un sys­tème de san­té très frag­ilisé, où la défi­ance entre soignants et admin­is­tra­tion est impor­tante, les médecins s’inquiètent des con­séquences que pour­rait avoir l’épidémie de coro­n­avirus.

Elle a l’impression d’être hyper­sen­si­ble à chaque réac­tion de son corps : « Je passe mon temps à pren­dre ma tem­péra­ture », dit-elle. Lui tente de gér­er son angoisse : « Je suis ter­ri­fié à l’idée de trans­met­tre le virus à ma famille ». La peur a aug­men­té lorsque son épouse, enceinte, médecin égale­ment, a com­mencé à avoir des symp­tômes sim­i­laires à ceux du Covid-19. « On sera en pre­mière ligne, et on con­nait les capac­ités réelles de notre sys­tème de san­té. Si nous affron­tons une vague comme l’Italie, nous ne nous relèverons pas ». Ces deux médecins algériens sont très inqui­ets depuis l’apparition des pre­miers cas de Covid-19 dans le pays. Tous les deux tra­vail­lent dans une struc­ture publique de san­té où des ser­vices ont été trans­for­més en « ser­vice Covid-19 », et où sont désor­mais hos­pi­tal­isés ceux qui sont testés posi­tifs.

En Algérie, l’alerte est venue au mois de févri­er avec un ressor­tis­sant ital­ien, salarié de la com­pag­nie ENIE (entre­prise nationale des entre­pris­es élec­tron­iques), qui tra­vail­lait dans une base de vie de la région de Has­si Mes­saoud, à 800 kilo­mètres au sud de la cap­i­tale. Isolé, l’employé de ENIE a ensuite été rap­a­trié en Ital­ie. Des dis­posi­tifs de sur­veil­lance des fron­tières ont été annon­cés par les autorités. Depuis, les cas détec­tés ont aug­men­té, prin­ci­pale­ment dans la wilaya (pré­fec­ture) de Bli­da, au sud de la cap­i­tale, où le virus s’est d’abord propagé au sein d’une famille qui s’était rassem­blée pour une fête, et dont cer­tains mem­bres venaient de France. Le 8 avril, les autorités annonçaient que 1 572 per­son­nes avaient été testées pos­i­tives au Covid-19 et que 205 per­son­nes en étaient décédées depuis le début de l’épidémie dans le pays. La wilaya de Bli­da est con­finée, 10 autres régions, dont la cap­i­tale sont sous cou­vre-feu de 15h à 7h du matin, les autres le sont de 19h à 7h du matin. Les écoles, les uni­ver­sités et les mosquées sont fer­mées.

Manque de masques

Dans les ser­vices de san­té, les pro­fes­sion­nels ten­tent, en plus de leur activ­ité de soin, de pal­li­er les man­ques qu’ils imputent à l’administration. Au CHU Mustapha Pacha, le plus grand hôpi­tal du pays, Ahmed*, 32 ans, médecin dans un ser­vice où l’activité a été réduite du fait de l’épidémie, a vu les appels de détresse de ses col­lègues : « Les équipements de pro­tec­tion man­quent. Offi­cielle­ment, ils ne sont remis qu’à ceux qui sont en con­tact avec les patients des ser­vices Covid19. Le per­son­nel para-médi­cal rece­vait un masque par jour. Il n’y avait ni char­lottes ni com­bi­naisons de pro­tec­tion », témoigne-t-il. Un groupe de médecins et de chirurgiens den­tistes dont il fait par­tie a d’abord ten­té de récolter des dons. Les masques n’étaient plus disponibles chez les four­nisseurs ou hors de prix. « On con­nais­sait quelqu’un qui avait un ate­lier de cou­ture. On a con­sulté des manuels sur inter­net et on s’est lancé dans la fab­ri­ca­tion. On a pro­posé des pro­to­types à des col­lègues dans plusieurs struc­tures pour qu’ils tes­tent, et on les a améliorés », racon­te-t-il. Début avril, ils met­tent en place un réseau de cab­i­nets de den­tistes qui sont prêts à stérilis­er le matériel dans les auto­claves de stéril­i­sa­tion de leurs cab­i­nets. « On leur dépose chaque jour quelques masques à stérilis­er. Puis le directeur d’un CHU s’est pro­posé de met­tre à dis­po­si­tion les auto­claves de l’hôpital, à con­di­tion qu’on lui donne des pro­tec­tions quand son hôpi­tal en aura besoin », explique Ahmed. La pro­duc­tion s’améliore. En trois jours, Ahmed et ses amis ont réus­si à pro­duire 1 500 com­bi­naisons de pro­tec­tion. Reste un prob­lème : la dis­tri­b­u­tion. « Mal­heureuse­ment, aujourd’hui, il arrive qu’on donne à un médecin qui ne partage pas avec son ser­vice. On cherche à créer un mécan­isme de suivi de nos dis­tri­b­u­tions pour plus de trans­parence ». Alors que des groupes de bénév­oles par­ve­naient à fournir masques et pro­tec­tions aux soignants, les autorités ont annon­cé le 23 mars que les dons ne devaient être remis qu’à la Phar­ma­cie cen­trale des hôpi­taux (PCH), chargée elle, de dis­tribuer équitable­ment. Des médecins ayant accep­té des dons ont été rap­pelés à l’ordre par leur hiérar­chie. « Je sais que si on remet les pro­tec­tions à la PCH, ça n’arrivera pas aux médecins », rétorque Ahmed. « On con­nait la mau­vaise ges­tion de la tutelle. Je con­sid­ère qu’il faut agir comme si elle n’était pas là, et s’organiser nous-mêmes ».

Primes

Les autorités algéri­ennes ont accordé une prime men­su­elle excep­tion­nelle au per­son­nel du secteur de la san­té, « mobil­isés dans le cadre de la préven­tion et de la lutte con­tre la prop­a­ga­tion du coro­n­avirus ». 10 000 dinars (72 euros) pour le per­son­nel admin­is­tratif, 20 000 (145 euros) pour le per­son­nel para-médi­cal, 40 000 (290 euros) pour le per­son­nel médi­cal, « pour une durée de trois mois renou­ve­lables ». En Algérie, un médecin spé­cial­iste à l’hôpital gagne env­i­ron 70 000 dinars (508 euros) par mois. Le Prési­dent Abdel­mad­jid Teb­boune a ren­du hom­mage au per­son­nel de san­té, le 27 mars puis le 7 avril.

Mais cer­tains soignants décrivent le sys­tème comme « en équili­bre sur un fil ». En cause, les dif­fi­cultés struc­turelles du sys­tème de san­té algérien. « C’est de ça dont nous par­lions quand nous man­i­fes­tions en 2018. Ça fait mal au cœur de savoir qu’on avait rai­son et que per­son­ne ne nous a écouté à l’époque », déplore un chirurgien, mobil­isé lors de la grève des médecins rési­dents, une année avant le mou­ve­ment de protes­ta­tion nation­al surnom­mé désor­mais « hirak ». Au-delà du manque de matériel de pro­tec­tion, les capac­ités d’accueil de patients en réan­i­ma­tion sont lim­itées. Le 23 mars, les autorités esti­maient dis­pos­er de 460 lits dans 24 ser­vices de réan­i­ma­tion, mais aus­si de « 3 333 appareils de res­pi­ra­tion arti­fi­cielle et 2 390 appareils d’anesthésie et de réan­i­ma­tion » qui pour­raient être mobil­isés. Pour­tant, le 16 mars, le min­istère de l’Enseignement supérieur et de la recherche lançait un appel à man­i­fes­ta­tion d’intérêt pour la fab­ri­ca­tion de res­pi­ra­teurs arti­fi­ciels. Le 6 avril, le ser­vice de réan­i­ma­tion d’un hôpi­tal de Bli­da, la région la plus touchée, annonçait avoir équipé des patients de masques de plongée de la mar­que sportive française Decathlon, aux­quels ont été ajoutées des valves fab­riquées par une imp­ri­mante 3D, des masques offerts par des dona­teurs. A l’hôpital Frantz Fanon, dans la même ville, ce sont aus­si des dons qui ont per­mis d’équiper une exten­sion du ser­vice de réan­i­ma­tion.

Un ser­vice de réan­i­ma­tion à 20 kilo­mètres

A l’ouest du pays, des soignants décrivent des ser­vices en manque de matériel, mais surtout des « con­flits » dans l’organisation interne. « Les référents ne s’entendent pas entre eux. « Donc il y a des déci­sions pris­es qui entra­vent la réponse à l’épidémie », explique un réan­i­ma­teur, dont l’hôpital a décidé d’installer un ser­vice spé­cial Covid-19 à une ving­taine de kilo­mètres du ser­vice de réan­i­ma­tion le plus proche. « Mais surtout, ça fait trois semaines que per­son­ne n’a trou­vé de réponse pour la prise en charge des urgences non-covid ! ». « On n’a pas assez de kits de test pour les patients comme pour les soignants », explique une soignante qui effectue des gardes dans un ser­vice dédié aux cas Covid-19. « Il est pos­si­ble que les soignants con­t­a­m­inés trans­met­tent le virus à d’autres patients dans les étab­lisse­ments ». A Oran, ce sont des col­lec­tifs bénév­oles qui ont procuré mate­las et cou­ver­tures aux médecins qui se con­fi­naient à l’hôpital. Ce sont eux égale­ment qui ont cuis­iné pour les soignants et les patients. L’aide arrive finale­ment par les réseaux soci­aux. C’est là que les médecins pub­lient des vidéos pour partager leur expéri­ence avec leurs con­frères : algo­rithme de prise en charge, prob­lé­ma­tiques liées à cer­tains symp­tômes, cas par­ti­c­uliers. C’est aus­si par là que passent les appels pour trou­ver un véhicule, car les trans­ports sont à l’arrêt, ou un loge­ment, pour éviter de con­t­a­min­er leurs familles. Et c’est aus­si là que se trou­ve le récon­fort. « Je suis ren­trée d’une garde, je trem­blais de peur et de colère », racon­te Assia*. « J’ai expliqué sur les réseaux soci­aux que j’avais été mise en dan­ger par toute cette désor­gan­i­sa­tion. Des gens que je ne con­nais pas m’ont pro­posé de l’aide ou des masques. Ça m’a fait du bien. Parce que, face aux patients sus­pects Covid-19, on se sent très seuls ».

* Les prénoms ont été mod­i­fiés pour préserv­er l’anony­mat.

Pho­to : Man­i­fes­ta­tion des médecins rési­dents, Alger, 2018. Leïla Berat­to

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Alors que la France entame sa 4ème semaine de con­fine­ment, les per­son­nes les plus vul­nérables ne sont actuelle­ment tou­jours pas con­sid­érées dans les mesures de con­fine­ment pris­es par le gou­verne­ment. Sur les fils d’ac­tu­al­ité des réseaux soci­aux, nous pou­vons lire chaque jour l’im­pact des iné­gal­ités face aux mesures de pré­cau­tion engen­drées par le COVID 19. Dans les quartiers pau­vres des grandes villes, les familles n’ont plus les moyens de se nour­rir (cf arti­cle), dans les rues les per­son­nes sans domi­cile se révè­lent être de plus en plus nom­breuses à venir chercher un repas par jour auprès des col­lec­tifs de citoyens qui pré­par­ent et dis­tribuent des repas, la rue où l’on retrou­ve aus­si des mineurs et jeunes majeurs isolés dans dif­férentes villes en France (cf arti­cle). Là encore les citoyens pal­lient aux man­que­ments répéti­tifs des insti­tu­tions de l’E­tat.

Exem­ple à Mar­seille avec l’ap­pel à l’aide du col­lec­tif Saint Just qui réu­nit des jeunes majeurs, des familles et des mineurs isolés.

Alors que nous tra­ver­sons une crise san­i­taire, le col­lec­tif 59 Saint Just tire le sig­nal d’alarme : Les mineurs isolés sont en dan­ger, nous deman­dons pro­tec­tion et mise à l’abri immé­di­ate.
Aujour­d’hui à Mar­seille et encore plus depuis la crise san­i­taire, des dizaines de mineurs non accom­pa­g­nés (MNA) ne béné­fi­cient, comme le prévoit la loi, ni d’héberge­ment, ni d’ac­com­pa­g­ne­ment édu­catif, ni de suivi san­té.

Ils ne sont tou­jours pas pris en charge par le Con­seil Départe­men­tal, dans le cadre d’une mise à l’abri ou lorsque le jeune a été recon­nu mineur par l’au­torité judi­ci­aire qui a ordon­né un place­ment, dans une struc­ture d’héberge­ment type foy­er ou apparte­ment :
• Le ser­vice MNA de l’AD­DAP 13 qui a pour mis­sion le pre­mier accueil, l’en­reg­istrement des jeunes quand ils arrivent à Mar­seille et la mise à l’abri, a fer­mé dès le début de la crise. Seuls quelques édu­ca­teurs assurent, comme ils peu­vent, une présence ponctuelle auprès des ado­les­cents qui sont hébergés dans les hôtels.
• Alors que les ser­vices du départe­ment avaient annon­cé l’ou­ver­ture de 500 places depuis plusieurs
mois, main­tenant, ils sont dans une iner­tie totale. Il ne se passe plus rien et aucune infor­ma­tion pré­cise ne nous est trans­mise à ce sujet. Encore une fois, ce sont les col­lec­tifs et ONG qui se sub­stituent aux man­que­ments des insti­tu­tions :
• Le squat Saint Just abrite en ce moment 80 jeunes, qui atten­dent une mise à l’abri via le ser­vice MNA de l’AD­DAP 13 ou bien une place en héberge­ment suite à la déci­sion du Juge des enfants.
• Médecins sans fron­tières, depuis le début du mois de jan­vi­er, alertés par la sit­u­a­tion cat­a­strophique
en terme de prise en charge des MNA à Mar­seille ont décidé d’ou­vrir trois sites en urgence (en cen­tre ville et à la Pointe rouge) afin de per­me­t­tre à une soix­an­taine de jeunes d’éviter d’être à la rue.
• Des familles hébergeurs-ses sol­idaires accueil­lent égale­ment des ado­les­cents à leur domi­cile.
• On ne compte pas les jeunes qui dor­ment à la rue, à la gare Saint Charles, dans d’autres squats et/ou qui sont pris dans des réseaux.

À Saint Just, les jeunes sont regroupés jusqu’à huit par cham­bre. Ils n’ont pas accès ni à une machine à laver, ni aux pro­duits d’hy­giène de pre­mière néces­sité. En l’ab­sence de point d’eau dans leur cham­bre, ils doivent partager douch­es et toi­lettes avec les autres habitant.e.s. On est loin du respect des mesures bar­rières et des con­signes demandées pour éviter la prop­a­ga­tion du COVID19.

De plus, les mesures de con­fine­ment met­tent les enfants et les ado­les­cents en grande dif­fi­culté pour pour­suiv­re leur sco­lar­ité, puisqu’ils n’ont pas inter­net pour recevoir les cours et envoy­er leurs devoirs.

Depuis le début de la crise san­i­taire, à part des sol­idaires, des bénév­oles et des donateur.rices, nous n’avons reçu AUCUN sou­tien des autorités. RIEN . Pas de propo­si­tion d’aide matérielle en terme d’hy­giène pas exem­ple (savon, gel, gants, masques) mais surtout, AUCUN de ces ado­les­cents n’A
eu de solu­tion d’héberge­ment, alors même que le Secré­taire d’État chargé de la Pro­tec­tion de l’En­fance affir­mait la semaine dernière dans un tweet « chaque mineur pris en charge par l’aide sociale à l’en­fance et atteignant 18 ans con­tin­uera de l’être. Éval­ué mineur ou majeur, chaque jeune qui le demande sera mis à l’abri. Les ser­vices de l’é­tat et des départe­ments sont mobil­isés pour s’en assur­er ».

Nous le répé­tons encore et encore : les squats, les auberges, NE SONT DES LIEUX POUR DES ENFANTS ! Ils exis­tent car il n’est pas con­cev­able de les laiss­er dans la rue.
Les col­lec­tifs, les ONG , les hébergeur.euSe.s, NE SONT PASPOUR PALLIER LES CARENCES du départe­ment et de l’é­tat pour s’oc­cu­per de ces enfants alors qu’une crise san­i­taire sans précé­dent est en train de frap­per notre pays.
NOUS EXIGEONS , à l’in­star du Secré­taire d’É­tat à la Pro­tec­tion de l’En­fance la MISE À L’ABRI et la PROTECTION IMMÉDIATE de tous les mineurs non accom­pa­g­nés de Saint Just.

Les autorités savent où ils sont, ils ont leurs coor­don­nées : QUESTCE QUILS ATTENDENT ??????”

Col­lec­tif 59 St Just, le 4 avril 2020

Retrou­vez notre dossier “La Méditer­ranée con­finée” : ICI

Les car­nets de con­finés dans la page SOUK : ICI

Le dossier Migra­tions : ICI

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Alors que les élèves ne sont plus sco­lar­isés depuis plusieurs semaines et que dans cer­taines familles, la can­tine représen­tait un repas assuré dans la journée, des col­lec­tifs mar­seil­lais s’in­quiè­tent et se mobilisent. Nous relayons leur texte ici.

Appel com­mun du 6 avril 2020
DIGNITÉ POUR TOUS LES CONFINÉS !

Nous, habi­tants de Mar­seille organ­isés en col­lec­tifs, syn­di­cats d’enseignants et syn­di­cats d’agents ter­ri­to­ri­aux des écoles, nous aler­tons les pou­voirs publics sur une sit­u­a­tion inac­cept­able vécue actuelle­ment par de nom­breuses familles mar­seil­lais­es touchées de plein fou­et par les mesures de con­fine­ment liées à l’épidémie de Covid19.

Depuis la fer­me­ture des étab­lisse­ments sco­laires, le 16 mars dernier, les élèves ne béné­fi­cient plus du ser­vice de restau­ra­tion sco­laire. Afin de bien mesur­er ce que cela implique pour les familles habi­tant à Mar­seille, nous rap­pelons qu’au cours de l’année sco­laire 2018/2019, près d’un con­vive sur 3 a été con­cerné par le demi-tarif (14 647 familles) ou la gra­tu­ité (1265 familles) dans le pre­mier degré (source CCSPL du 18/11/19). Nous savons que pour ces familles le repas à la can­tine per­me­t­tait aux enfants de manger un repas com­plet 4 fois par semaine.

Par ailleurs, nous ne pou­vons ignor­er que les revenus de ces familles sont issus la plu­part du temps d’activités pré­caires ren­dues impos­si­bles depuis le con­fine­ment les pri­vant ain­si de leurs ressources. Com­ment pré­ten­dre met­tre en place la con­ti­nu­ité péd­a­gogique dans des secteurs où la sécu­rité ali­men­taire n’est pas assurée ?

Face à cette détresse et au manque de réac­tiv­ité des insti­tu­tions, la sol­i­dar­ité s’organise, dans les quartiers, grâce au tis­su asso­ci­atif, aux équipes péd­a­gogiques, aux par­ents d’élèves, aux volon­taires. Ce sont une fois de plus les asso­ci­a­tions et les indi­vidus qui per­me­t­tent de gér­er l’ur­gence, urgence aggravée par le déman­tèle­ment orchestré des ser­vices publics. Les cagnottes fleuris­sent, les points de col­lecte, les partages, les dons, les ini­tia­tives per­son­nelles d’entraide : les uns cousent des masques, les autres font les cours­es pour les plus dému­nis, cha­cun donne du temps, de l’argent, du sou­tien, mais la sit­u­a­tion néces­site que les pou­voirs publics pren­nent la mesure de leurs respon­s­abil­ités et répon­dent aux besoins les plus élé­men­taires des habi­tants de Mar­seille.

Il sem­blerait que depuis quelques jours un recense­ment des familles en dif­fi­culté ait été entre­pris sur Mar­seille, enfin ! L’aide ali­men­taire et la mise à l’abri des per­son­nes con­cernées seraient en cours. Nous ne pou­vons que saluer ces annonces mais force est de con­stater que d’une part l’in­for­ma­tion cir­cule mal et de nom­breuses per­son­nes n’ont pas con­nais­sance des dis­posi­tifs mis en place et d’autre part les effets sur le ter­rain demeurent large­ment insuff­isants et de nom­breux secteurs ne sont pas pris en charge. Com­ment peut-on accepter que la 2ème ville de France tarde tant à organ­is­er une véri­ta­ble cel­lule de crise pour met­tre en place les moyens humains et matériels néces­saires pour assur­er la sécu­rité ali­men­taire, le loge­ment et la con­ti­nu­ité péd­a­gogique de TOUS ses habi­tants.

Aujourd’hui nous sommes indignés parce qu’il est incon­cev­able que cha­cun de nous donne ce qu’il peut, ce qu’il a, tout en cul­pa­bil­isant de ne pas faire assez ou de ne pas pou­voir don­ner à tout le monde, incon­cev­able de penser que dans cer­tains secteurs faute d’ini­tia­tives indi­vidu­elles, aucune cagnotte ou organ­i­sa­tion de sol­i­dar­ité ne sera mise en place et que des gens souf­frent. La ges­tion de cette sit­u­a­tion est prise à bras-le-corps par les habi­tants de Mar­seille, mais que font leurs élus ?

Nous récla­m­ons que les respon­s­ables poli­tiques et insti­tu­tion­nels s’emparent de la ques­tion et agis­sent en con­séquence.

Col­lec­tif de écoles de Mar­seille – Col­lec­tif des écoles publiques du 3ème, Col­lec­tif des Habitant.e.s Organisé.e.s du 3ème — Syn­di­cat des Quartiers Pop­u­laires de Mar­seille – CGT Ter­ri­to­ri­aux Ville de Mar­seille – Sud Edu­ca­tion 13 – FSU 13 – SNUIPP 13 — CNT 13 – CGT Educ’Action 13

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Le Maroc, un autre pays qui s’ajoute à la longue liste des pays souf­frant de la pandémie COVID19, avec 600 cas con­fir­més, 33 décès et 15 guéris selon le min­istère de la san­té. Le coro­n­avirus se répand rapi­de­ment avec des risques de mor­tal­ité élevés chez cer­taines per­son­nes. Que fait le Maroc pour con­trôler la prop­a­ga­tion ? Com­ment les Maro­cains réagis­sent ?

Suite à l’an­nonce de pre­miers malades touchés par le COVID 19, les autorités maro­caines ont com­mencé par sus­pendre les vols en prove­nance, de la Chine, épi­cen­tre du Virus, de l’Italie, le pays le plus touché sur le con­ti­nent européen suivi de l’Espagne, de l’Algérie, puis de l’ensem­ble des pays du monde. Selon le min­istère des affaires étrangères, cette déci­sion s’inscrit dans le cadre des mesures préven­tives con­tre la prop­a­ga­tion du Coro­n­avirus.

Etat d’urgence et con­fine­ment oblig­a­toire

Sur l’échelle nationale, et tou­jours dans le cadre de ces mesures, le Maroc a décidé d’annuler les rassem­ble­ments et les man­i­fes­ta­tions sportives, cul­turelles et artis­tiques tels que les grands fes­ti­vals : Mawazine à Rabat, et Tim­i­tar à Agadir, de sus­pendre les cours dans les écoles comme dans les uni­ver­sités, de fer­mer pro­vi­soire­ment les mosquées, d’interdire les audi­ences dans les dif­férents tri­bunaux du Roy­aume. Une autre série de mesures pris­es par les autorités com­pé­tentes con­cerne le domaine des trans­ports publics qui prévoit de lim­iter à trois les places dans les grands taxis, au lieu des six en vigueur. Les auto­bus et tramways ne doivent pas dépass­er leur capac­ité max­i­male, en lim­i­tant le nom­bre de pas­sagers au nom­bre de sièges disponibles. Il s’ag­it égale­ment du lance­ment d’une large opéra­tion de dés­in­fec­tion des dif­férentes caté­gories des bus de trans­port en com­mun, des tramways ain­si que les grands et petits taxis, plusieurs fois par semaine. Et la fer­me­ture des espaces publics con­sid­érés comme non essen­tiels.

Le Maroc a décrété ven­dre­di 20 Mars à par­tir de 18h, le con­fine­ment oblig­a­toire des citoyens pour lim­iter et restrein­dre au max­i­mum leurs déplace­ments. Des restric­tions con­sid­érées comme un moyen inévitable pour lim­iter la prop­a­ga­tion du coro­n­avirus selon le min­istère de l’intérieur. Ce dernier pré­cise que le fait de quit­ter son domi­cile sera con­di­tion­né par l’obtention d’un doc­u­ment offi­ciel auprès des caïds, chefs de cir­con­scrip­tion selon ces con­di­tions :
Se ren­dre au tra­vail quand il n’y a aucune pos­si­bil­ité de télé­tra­vailler, pour les sociétés, les usines, les exploita­tions agri­coles, les locaux et espaces de com­merce en rap­port avec la vie quo­ti­di­enne du citoyen, les phar­ma­cies, les secteurs ban­caire et financier, les sta­tions d’approvisionnement en hydro­car­bu­res, les clin­iques et cab­i­nets médi­caux, les agences des sociétés de télé­com­mu­ni­ca­tions, les pro­fes­sions libérales indis­pens­ables et les locaux de vente des pro­duits d’hygiène.

Dans ce cadre les autorités locales, les mairies, les pré­fec­tures, les Forces publiques dont la Sûreté nationale, la Gen­darmerie Royale et les Forces Aux­il­i­aires, des forces d’ap­pui, chargées de main­tenir l’or­dre dans le Roy­aume, qui suiv­ent un régime mil­i­taire et qui sont dépen­dantes du min­istère de l’In­térieur, veilleront à ce que les mesures de con­trôle s’appliquent avec fer­meté envers toute per­son­ne présente dans l’e­space pub­lic.

Dans un autre com­mu­niqué du Min­istère de l’Intérieur, depuis le 21 Mars, il est désor­mais inter­dit d’utiliser les moyens de trans­port publics et privés entre les villes, ajoutant que le trans­port des marchan­dis­es et des pro­duits de base s’effectuera dans les con­di­tions nor­males pour sat­is­faire les besoins des citoyens, et que tout déplace­ment pour des raisons de san­té et pro­fes­sion­nelles prou­vées par des doc­u­ments délivrés par l’administration sera autorisé.

La société maro­caine divisée entre celle qui respecte les mesures et l’autre qui résiste

Selon le min­istère de la san­té, les cas se sont man­i­festés dans plusieurs local­ités. Com­mençons par les deux aggloméra­tions Casablan­ca-Set­tat et Rabat-Salé-Ken­i­tra qui sont respec­tive­ment en pre­mière et deux­ième posi­tion avec les nom­bres les plus élevés de con­t­a­m­i­na­tion. Les habi­tants de ces régions mesurent l’importance du con­fine­ment pour faire face à la prop­a­ga­tion du virus, sauf une par­tie qui résiste encore et qui ne respecte pas les mesures pris­es par l’Etat.
Les autorités sécu­ri­taires en charge de faire respecter le con­fine­ment placées sur les ronds points, les boule­vards, et même dans les ruelles pour mieux con­trôler les déplace­ments des citoyens, les oblig­ent donc à respecter les nou­velles mesures. Pour toute per­son­ne désobéis­sant aux autorités une peine d’un à trois mois de prison et une amende de 300 allant jusqu’à 1 300 dirhams sera pronon­cée. Des groupes de policiers sont égale­ment mobil­isés afin de faire le tour des quartiers en scan­dant via des hauts par­leurs des mes­sages comme « Nous vous pri­ons de rester chez vous et de ne sor­tir que s’il est néces­saire, nous comp­tons sur votre impli­ca­tion, et votre sol­i­dar­ité pour dépass­er cette épreuve ensem­ble ».

” Rues désertes à Salé ” région de Rabat. Crédit : Mohamed El Idris­si à Salé

El Kelaâ des Sragh­nas est une ville qui n’a enreg­istré aucun cas de con­t­a­m­i­na­tion. Elle est située au nord-est de la région de Mar­rakech-Safi au nord-est de la ville de Mar­rakech, qui a pour­tant déclaré 43 cas. Une habi­tante de cette ville a déclaré que la qua­si-total­ité des habi­tants respecte ce qui a été dic­té par les autorités, « Chez nous, les gens font leurs cours­es le matin, rarement le soir, tous les com­merces fer­ment à 18h, et les autorités con­trô­lent la ville jusqu’à 6 h du matin ».

Sur les réseaux soci­aux, beau­coup de médecins et infir­miers insis­tent sur l’importance du respect des mesures préven­tives pour éviter d’être con­t­a­m­iné, en lançant un hash­tag #reste_chez_toi, selon eux la meilleure façon de se pré­mu­nir con­tre le virus et de sauver des vies est de rester chez soi, et que la grande prop­a­ga­tion du coro­n­avirus risque de débor­der le sys­tème de san­té maro­cain.

Une infir­mière dans un hôpi­tal à Rabat a déclaré que « les choses sont dev­enues de plus en plus sérieuses, les hôpi­taux sont en état d’alerte. Nous faisons des réu­nions régulière­ment pour pou­voir gér­er la sit­u­a­tion. Un groupe veille sur les cas con­t­a­m­inés et un autre sur les autres malades » elle a ajouté, « nous devons nous com­porter avec toutes les per­son­nes comme si elles étaient por­teuses du Virus ».

Le Maroc dis­pose de 44 hôpi­taux qui peu­vent accueil­lir des malades con­t­a­m­inés par le coro­n­avirus, de 32 cen­tres de con­sul­ta­tions spé­cial­isés, de 1640 lits de réan­i­ma­tion, dont 684 dans le secteur pub­lic et 504 dans le privé, 70 lits dans les struc­tures médi­cales mil­i­taires et 132 dans les étab­lisse­ments d’intérêt général et la créa­tion pro­gram­mée de 250 nou­veaux lits de réan­i­ma­tion.

Le Roy­aume a annon­cé récem­ment l’u­til­i­sa­tion sys­té­ma­tique de la chloro­quine pour les malades atteints du coro­n­avirus et a acheté tous les stocks disponibles dans le pays. 

Soukaina ELMAHFOUD actuelle­ment virtuelle­ment en stage à 15–38.

Pho­to Une : rue déserte de Taza, petite ville située dans la région de Fès-Meknès. Crédit : Samia N’jou­mi

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TEMOIGNAGE DE KOUAKOU OLIVIER à l’o­rig­ine du col­lec­tif

Kouak­ou Olivi­er vient de Côte d’Ivoire, il vit à Greno­ble depuis plusieurs années, jusqu’à ses 18 ans, il a béné­fi­cié du con­trat jeune majeur, dis­posi­tif mis en place par le Départe­ment qui per­met aux jeunes mineurs étrangers d’ac­céder à une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle tech­nologique et d’être hébergé au sein d’une famille d’ac­cueil. Mais dès sa majorité, la Pré­fec­ture a pronon­cé une oblig­a­tion de quit­ter le ter­ri­toire (OQTF) et rompu le con­trat, le lais­sant à la rue. Il fait par­tie d’un col­lec­tif qui réu­ni 40 jeunes majeurs et des per­son­nes sou­tiens, qui les ont aidés à trou­ver une solu­tion de loge­ment pour la péri­ode de con­fine­ment.

« Nous sommes une quar­an­taine de jeunes à Greno­ble dont une majorité aujour­d’hui ayant reçu une Oblig­a­tion de quit­ter le ter­ri­toire, l’O­QTF dont des jeunes sco­lar­isés, qui suiv­ent une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et qui sont  désor­mais à la rue. Le Départe­ment qui est cen­sé nous pro­téger et trou­ver une solu­tion d’héberge­ment au con­traire nous met à la rue.
On a for­mé ce col­lec­tif avec l’aide de l’as­so­ci­a­tion Droit au loge­ment, le DAL, et 45 asso­ci­a­tions qui se sont mobil­isées pour nous aider. Au début on était seuls tous éparpil­lés dans la ville, on est vul­nérables dans la rue et cha­cun allait chercher des répons­es de son côté. Cer­tains comme moi allaient à l’é­cole, dor­maient dans la rue et on était seuls, on s’est réu­ni avec les jeunes pour être UN. Aujour­d’hui avec ce col­lec­tif et les gens venus nous soutenir, on pré­pare l’or­gan­i­sa­tion, on mange ensem­ble. On partage nos idées ensem­ble pour mieux avancer.
Par­mi nous il y en a qui sont là depuis 4 ans d’autres moins, et chaque jeune a une his­toire dif­férente, un pays dif­férent, des dialectes dif­férents, de la Guinée, du Séné­gal, de la Côte d’Ivoire.

Si les asso­ci­a­tions et les per­son­nes volon­taires n’é­taient pas venues nous soutenir, nous seri­ons encore dans la rue pen­dant cette péri­ode de con­fine­ment”

Ce col­lec­tif nous a per­mis de men­er des actions et de faire con­naître notre sit­u­a­tion à Greno­ble auprès des gens mais aus­si auprès du maire Eric Piolle, de l ‘évêque et des représen­tants de la Métro­pole en charge du loge­ment. Le maire avant les dernières les élec­tions munic­i­pales nous a répon­du qu’il attendait les élec­tions pour faire quelque chose pour nous, mais là il a été réélu au pre­mier tour et rien n’a changé. Nous étions pour­tant à l’Hôtel de Ville juste après l’an­nonce du début du con­fine­ment le lun­di 16 mars, il n’est même pas descen­du nous voir, c’est une délé­ga­tion de deux per­son­nes dont Chris­tine Granier (vice prési­dente déléguée à l’habi­tat et au fonci­er à la Métro­pole) et on lui a posé la ques­tion « vous avez des loge­ments vides » elle nous a répon­du non et qu’elle n’est pas la seule à décider et que c’é­tait aus­si au préfet de décider et le Départe­ment. Elle nous a donc ren­voyés vers les autres. Mais on a avancé le fait que là il s’agis­sait d’une urgence et du début du con­fine­ment. Mais après nous avoir dit qu’ils étu­di­aient notre cas et qu’ils reviendraient nous voir, nous avons atten­du en vain, ils ne sont jamais redescen­dus nous voir.
Donc si les gens mobil­isés n’avaient pas été là pour nous trou­ver des loge­ments, nous seri­ons encore à la rue ou malade du virus parce qu’on serait resté entassé dans la salle prêtée par l’Eglise et on aurait pu se con­t­a­min­er.
On espère tou­jours qu’après le con­fine­ment, ils fer­ont quelque chose comme l’a dit Eric Piolle pen­dant sa cam­pagne pour les munic­i­pales mais pour l’in­stant il n’a pas don­né de nou­velles comme prévu.

Pour la pré­fec­ture c’est pareil, on leur a demandé pourquoi vous ne faites rien pour nous, on ne sait pas. On s’est demandé si on avait fait quelque chose de mal aux Français, on ne sait pas, ils nous ont répon­du que non. Alors pourquoi on se retrou­ve dans l’obligation de quit­ter le ter­ri­toire alors qu’on est sco­lar­isé au Lycée ? On respecte les cou­tumes français­es, mais ils ne nous répon­dent pas. Ils restent bouche bée comme le Départe­ment. Et aucun des côtés n’a bougé.

Allez-vous con­tin­uer ce com­bat pour vos droits ?
On ne baisse pas les bras à chaque refus, ou absence de réponse mais il y en a par­mi nous qui pren­nent déjà beau­coup de coups au quo­ti­di­en donc morale­ment si nous n’avions pas de sou­tiens nous auri­ons aban­don­né il y a longtemps.
C’est dur, c’est dur, comme ceux qui ont fini leur con­trat d’ap­pren­tis­sage et on leur dit aujour­d’hui de quit­ter le ter­ri­toire.
Le Départe­ment a mis fin à nos con­trats jeune majeur en dis­ant qu’on a des con­tacts avec nos par­ents et nos mères. Il me sem­ble qu’on a le droit d’ap­pel­er au moins une fois en 6 mois la per­son­ne qui nous a mis au monde. Moi cela fait un an et 6 mois que je n’ai pas par­ler ma mère et elle n’a pas de télé­phone, c’est un ami que je con­tacte via face­book qui va ensuite pass­er le télé­phone à ma maman mais qui habite loin dans un petit vil­lage.

Moi je n’ai plus ce con­trat jeune majeur depuis 4 mois, jour de mes 18 ans. Le départe­ment m’a dit d’aller à la pré­fec­ture pour deman­der un titre de séjour ou un récépis­sé avec autori­sa­tion de tra­vailler mais c’est rare, et au moment de la déci­sion un mois plus tard ils m’ont don­né une oblig­a­tion de quit­ter le ter­ri­toire : OQTF. Le Départe­ment nous demande de quit­ter la famille au bout de tant de temps ce qui rompt le con­trat Jeune Majeur. Et je me suis trou­vé ain­si à la rue, SDF depuis bien­tôt 4 mois alors que je n’ai pas ter­miné mes études. Ce con­trat aurait pu aller jusqu’à mes 21 ans comme le prévoit la loi mais le Départe­ment dit qu’ils ont trop de charges et ne peu­vent plus financer la famille d’ac­cueil.

Je ne com­prends vrai­ment pas les réac­tions du Départe­ment et de la Pré­fec­ture, on dirait même qu’ils veu­lent qu’on se retrou­ve à la rue et qu’on aie aucun avenir.

On espère un jour obtenir quelque chose de la pré­fec­ture ou du Départe­ment car on est nom­breux dans cette lutte et il va y en avoir encore d’autres car après le con­fine­ment et l’épidémie cer­tains con­trats vont être rom­pus avec le Départe­ment.

Où logez-vous pen­dant cette péri­ode de con­fine­ment ?
Là pour l’in­stant ici je suis con­finé dans un apparte­ment prêté par un des jeunes qui nous sou­tient.
Les per­son­nes du col­lec­tif se cotisent et nous appor­tent des vivres, et on nous dirige aus­si vers le 115 qui dis­tribue à manger mais c’est loin et il y a du monde. Donc on ne sait pas com­ment on va remerci­er les gens qui nous aident aujour­d’hui. Car depuis le départ c’est eux qui s’oc­cu­pent de nous.
Ils nous don­nent de la joie, et si on avait été isolés…ils sont humains, ils parta­gent les repas avec nous (avant le con­fine­ment). Quand on quitte son pays, et que des gens nous ten­dent la main, je n’ou­blierai jamais ça. Même si on a pas gag­né la bataille on va con­tin­uer, car grâce à eux on con­nait nos droits et on va essay­er de les obtenir. »

Kouak­ou Olivi­er

Pho­to : Le col­lec­tif

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A Greno­ble, le début du con­fine­ment fut mou­ve­men­té pour des jeunes majeurs étrangers et des per­son­nes sou­tiens, réu­nis en col­lec­tif pour faire val­oir leurs droits.

« Il est 9 heures ce fameux lun­di 16 mars, alors que jeunes majeurs et per­son­nes sou­tiens, sommes réu­nis devant la mairie de Greno­ble. Il a été con­venu en assem­blée générale la veille que nous devions nous rassem­bler pour deman­der des loge­ments vides à des­ti­na­tion des jeunes majeurs. Le con­fine­ment est annon­cé pour le lende­main, le mar­di 17 mars à midi. Il nous reste donc seule­ment une journée pour trou­ver des solu­tions de loge­ment aux normes san­i­taires pour une ving­taine de jeunes majeurs sans loge­ment. 

Pour com­pren­dre l’enjeu de ce lun­di 16 mars, il faut revenir un peu en arrière…

Cela fait 3 semaines que le col­lec­tif né en août 2019, se mobilise pour obtenir des loge­ments et l’ouverture de Con­trats Jeune Majeur ain­si que leur régu­lar­i­sa­tion. Les jeunes con­cernés sont plus d’une quar­an­taine à Greno­ble et ont entre 18 et 19 ans. Ils vien­nent du Mali, de Guinée, de Côte d’ivoire, tous sont sco­lar­isés dans des lycées en voie pro­fes­sion­nelle ou tech­nologique mais aus­si en cen­tre de for­ma­tion.
Arrivés mineurs en France, ils ont été pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) dans le départe­ment de l’Isère. Si leur accom­pa­g­ne­ment était loin d’être idéal, il leur a tout de même per­mis d’être sco­lar­isé et hébergé jusqu’à leur 18 ans. 

En France, le code de l’action sociale prévoit un dis­posi­tif, le con­trat jeune majeur, qui per­met d’accompagner jusqu’à 21 ans des jeunes majeurs pris en charge par l’aide sociale à l’enfance avant leur majorité en les accom­pa­g­nant vers l’autonomie, le temps de finir leur for­ma­tion. La philoso­phie du con­trat jeune majeur est sim­ple, c’est celle d’un père ou d’une mère qui ne met pas son enfant à la rue le jour de sa majorité mais l’accompagne jusqu’à ce qu’ils puisse se débrouiller seul. Toute­fois, ce dis­posi­tif est fac­ul­tatif et à la libre appré­ci­a­tion du Départe­ment. Cer­tains de ces 40 jeunes n’ont jamais pu sign­er ce con­trat le jour de leur majorité ; d’autres y ont eu droit pour quelques mois jusqu’à ce que bru­tale­ment le départe­ment de l’Isère déci­da de rompre plus de 70 con­trats jeunes majeurs au 31 août 2019. Bon nom­bre de jeunes dans notre col­lec­tif mobil­isé sont dans ce cas, et lut­tent pour faire recon­naître leurs droits. 

Avec l’appui de dif­férents col­lec­tifs mil­i­tants et asso­ci­a­tions, ils ont occupé une salle parois­siale pen­dant 2 semaines. Un vrai lieu de vie s’était créé avec les jeunes et les mil­i­tants, sou­tiens et voisins. Des repas col­lec­tifs, des assem­blées générales tous les jours à 17H30 pour décider des actions à men­er, de l’organisation de la vie col­lec­tive. Mais aus­si des mobil­i­sa­tions devant la pré­fec­ture et le Départe­ment. Depuis le 31 août, le col­lec­tif avait à de nom­breuses repris­es demandé à être reçu par le prési­dent du con­seil départe­men­tal ain­si que par le préfet. Ces deman­des sont restées let­tres mortes. Mais grâce à la pour­suite de la mobil­i­sa­tion, les jeunes ont pu être reçus par le directeur adjoint du pôle famille du Départe­ment et par la secré­taire générale de la pré­fec­ture.
Cette ren­con­tre n’a cepen­dant pas fait avancer le com­bat. 

Au terme de 2 semaines de mobil­i­sa­tions, rien n’a changé pour ces jeunes. Les locaux de la paroisse n’é­tant pas assurés pour du loge­ment, le diocèse nous demande de par­tir. Nous deman­dons une solu­tion de lieu sans quoi nous res­terons.
Le diocèse nous met à dis­po­si­tion une aumôner­ie dans un autre quarti­er, rue des vio­lettes pour 2 autres semaines, afin de per­me­t­tre au col­lec­tif, aux jeunes et aux sou­tiens, de con­tin­uer la lutte. Une autre vie col­lec­tive s’installe et le com­bat con­tin­ue .
Ven­dre­di 13 mars, les écoles et uni­ver­sités fer­ment. Les jeunes se retrou­vent donc 24H/24H rue des vio­lettes. Après 3 semaines de lutte quo­ti­di­enne, nous avions décidé que ce week-end était off pour le com­bat, le temps pour cha­cun de se repos­er un peu.
Dimanche 15 mars à 18H, se tient une réu­nion col­lec­tive. Nous devons agir vite, les médias com­men­cent à par­ler de con­fine­ment pour tous dès le mar­di.

L’héberge­ment dans l’aumôner­ie rue des Vio­lettes était unique­ment une solu­tion d’ur­gence mis à dis­po­si­tion par le diocèse. Il est trop petit pour assur­er notre sécu­rité face à l’épidémie, il n’y a même pas de douche, pas de gel hydroal­coolique, pas de masques. Les jeunes dor­ment dans un sous sol sans fenêtres, les lits col­lés les uns aux autres. Nous déci­dons que la nuit de dimanche à lun­di doit être la dernière nuit que l’on passe dans ce trou. Nous avons une journée pour trou­ver une solu­tion de loge­ment salu­bre pour tous ces jeunes.
Face au mépris et à l’ab­sence de réponse des per­son­nes com­pé­tentes que nous avons sol­lic­itées pour l’hébergement des jeunes majeurs, à savoir le Départe­ment et plus par­ti­c­ulière­ment pour l’hébergement d’urgence la direc­tion départe­men­tale de la cohé­sion sociale (la DDCS) ser­vice décon­cen­tré de l’Etat auprès du préfet, nous déci­dons d’aller nous rassem­bler dans la mairie de Greno­ble. Elle nous sem­ble être le dernier recours afin de met­tre à l’abri les jeunes majeurs en cette péri­ode de crise. 

Mal­gré une poli­tique du loge­ment très peu volon­tariste, le maire écol­o­giste de Greno­ble, Eric Piolle, ne cesse de com­mu­ni­quer dans les médias en faveur de l’accueil des migrants et de la sol­i­dar­ité. Mais à de nom­breuses repris­es pen­dant son man­dat, les mil­i­tants et asso­ci­at­ifs ont été déçus par son inac­tion (voir arti­cle Lundi­matin ). 

Cela fait cinq heures que nous sommes à la mairie de Greno­ble à atten­dre dés­espéré­ment une propo­si­tion de loge­ment d’ur­gence. Deux élus munic­i­paux vien­nent à notre ren­con­tre dont la vice-prési­dente à l’Habi­tat, au Loge­ment et à la Poli­tique fon­cière de la Métro­pole. Les jeunes majeurs réu­nis en col­lec­tif sont doré­na­vant armés face à ce dis­cours et leur deman­dent ce qu’il en est des loge­ments vides que la Mairie pour­rait réqui­si­tion­ner et met­tre à dis­po­si­tion des per­son­nes sans loge­ment. La réponse est déce­vante mais habituelle mal­heureuse­ment. Les deux élus munic­i­paux dis­ent être sol­idaires, chercher des solu­tions, mais que l’hébergement d’urgence n’est pas de leur com­pé­tence, mais celle de la DDCS au Départe­ment. 

Ironie du sort, au moment où la mairie écol­o­giste n’apporte aucune aide aux jeunes, le maire divers droite d’une petite com­mune de l’agglomération de Saint Ismi­er met à dis­po­si­tion un apparte­ment munic­i­pal pour 3 jeunes majeurs sur sa com­mune. Pour les autres jeunes, nous avons dû trou­ver des solu­tions par nous mêmes chez des par­ti­c­uliers et ce à 12 heures du début du con­fine­ment annon­cé.

Mar­di 17 mars : en plus d’avoir dû pass­er une nou­velle nuit rue des vio­lette dans des con­di­tions insalu­bres,  le con­fine­ment com­mence et nous sommes con­traints d’organiser les dif­férents démé­nage­ments des jeunes et de con­tin­uer à trou­ver des solu­tions aux qua­tre coins de la ville.

Inutile de rap­pel­er que les jeunes et les sou­tiens ont pris des risques toute la journée en s’ex­posant à la con­ta­gion du virus. Ceci n’est pas accept­able mais nous l’avons tout de même subit. 

A ce jour, aucun con­tact n’a été pris par la Mairie, le Départe­ment et la Pré­fec­ture pour se souci­er de la sit­u­a­tion san­i­taire et sociale de ces jeunes. ”

Le col­lec­tif.

Pho­to : les mem­bres du col­lec­tif atten­dent la réponse de la mairie face à leur demande de loge­ment. @le col­lec­tif 

TÉMOIGNAGE du jeune KOUAKOU OLIVIER

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Au mois de jan­vi­er et févri­er 2020, les élèves de 4ème ont par­ticipé à des ate­liers de sen­si­bil­i­sa­tion aux médias. Le but était de tra­vailler sur la véri­fi­ca­tion des sources et la recherche d’informations sur le thème des élec­tions munic­i­pales 2020. Les arti­cles ont été réal­isés grâce à un tra­vail de recherche et une inter­view. Deux class­es ont pu inter­roger un représen­tant des deux can­di­dats qui ont don­né suite à notre demande. Deux autres class­es ont reçu des mem­bres d’association ou de col­lec­tifs act­ifs sur deux ques­tions impor­tantes à Mar­seille : le mal loge­ment et les sources de pol­lu­tion.

Face au sujet des pol­lu­tions à Mar­seille, nous avons inter­viewé Noé Vian­ney de l’as­so­ci­a­tion Alter­nat­i­ba. Nous cher­chions à savoir quelles sont les solu­tions pour lut­ter con­tre la pol­lu­tion dans le cadre des élec­tions munic­i­pales 2020 à Mar­seille.

« La qual­ité de l’air dans les écoles est médiocre et à ter­mes néfaste pour la san­té ». Noé Vian­ney fait référence à une étude de Green­peace. C’est une pol­lu­tion invis­i­ble. D’après un arti­cle pub­lié sur le site de France 3, Mar­seille est la ville la plus irres­pirable de France. Quelles sont les caus­es de cette pol­lu­tion ? Selon Noé Vian­ney les caus­es sont mul­ti­ples : les voitures, les bateaux à quai et les usines pétrochim­iques de Fos-sur-Mer.

Pour éviter le « tout voiture », il y a plusieurs solu­tions. Nous pou­vons dévelop­per les trans­ports en com­mun et pour inciter les gens à les utilis­er il est pos­si­ble de faire baiss­er les prix des tick­ets. « Il faut égale­ment que les auto­mo­bilistes ralen­tis­sent sur les routes et ne pas utilis­er la voiture sur de cour­tes dis­tances », explique le mem­bre de l’association. « La mairie doit met­tre en place des pistes dédiées au vélo. Les poli­tiques ont le devoir de s’en charg­er ».

Les voitures élec­triques peu­vent être vues comme une solu­tion mais elles posent égale­ment prob­lème selon Noé Vian­ney : « les bat­ter­ies sont chères et pour les pro­duire, nous avons besoin de ter­res rares, pré­cieuses, pro­duites dans des pays comme la Chine ou en Afrique ». De plus, il nous explique que pour recharg­er les bat­ter­ies, il faut de l’électricité, élec­tric­ité pro­duite pas des usines, notam­ment de char­bon, qui pol­lu­ent. « Cela revient à délo­calis­er la pol­lu­tion ».

Selon un arti­cle de 20 Min­utes, la pol­lu­tion générée par les bateaux de croisière dépasse celle des voitures à Mar­seille. Com­ment faire dimin­uer cette pol­lu­tion ? Noé Vian­ney explique qu’il a une solu­tion rad­i­cale qui est de couper les moteurs à quai. L’autre solu­tion moins rad­i­cale est de deman­der aux navires de se branch­er à quai. Mais cela génère une autre forme de pol­lu­tion. Comme expliqué plus haut, l’électricité est pro­duite par des cen­trales nucléaires ou de char­bon. Là aus­si, Noé Vian­ney par­le de « délo­cal­i­sa­tion de la pol­lu­tion ».

Dans d’autres endroits du monde, il y a des zones ECA. Les zones ECA sont des endroits à faible émis­sion où les bateaux ne peu­vent pas nav­iguer à forte vitesse quand ils ren­trent dans des ports. En effet, plus un navire avance vite, plus il pol­lue. Il devrait avoir une zone ECA à Mar­seille mais selon Noé Vian­ney l’industrie touris­tique génère telle­ment d’argent que l’on ne veut pas les froiss­er. Cela s’appelle un lob­by.

Finale­ment, pour lut­ter con­tre la pol­lu­tion à Mar­seille, il sem­ble impor­tant d’avoir une volon­té poli­tique. Nous sommes allés con­sul­ter les pro­grammes des can­di­dats aux élec­tions munic­i­pales. Tous pro­posent d’améliorer la végé­tal­i­sa­tion. « C’est une bonne idée car l’arbre con­somme du CO2 pour faire de l’oxygène », décrit Noé Vian­ney, « le CO2 est l’un des gaz pro­duit par les voitures. De plus, l’arbre tran­spire, c’est aus­si un moyen de lim­iter la tem­péra­ture dans les villes ». Mais notre invité pense que les can­di­dats pro­posent de planter des arbres sans dire com­ment. Il est inqui­et que cela soit de sim­ples « effets d’annonce » qui ne seront pas con­fir­més dans les faits.

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Ensem­ble, on va faire de grandes choses en 2020 !

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Chers lecteurs et lec­tri­ces,

Après des dossiers d’ac­tu­al­ité lourds en émo­tion et en infor­ma­tion, il est grand temps d’aller en plein cœur de cette Méditer­ranée et de se laiss­er dériv­er au gré du vent.
Ce voy­age est pro­posé par Cyrille Mous­set (adhérente de 15–38) et son com­pagnon. “Met­tre les voiles”, quit­ter leur quo­ti­di­en et par­tir nav­iguer durant deux ans en Méditer­ranée à bord de leur voili­er “Sauvage” n’a pas été une sim­ple déci­sion. Par­tis le 17 mars de Sanary-sur-mer (sud de la France), ils ont mis le cap sur l’île de Capraïa, située entre la côte ital­i­enne et la Corse. La plume bien aigu­isée, ils nous livrent leurs réc­its en texte et en image afin de nous faire décou­vrir des con­trées peu explorées et ce bel univers qu’est la voile. Bon voy­age à tous !

Episode 1

« Voy­age autour de la méditer­ranée sur un Glad­i­a­teur de 33 pieds »

Le jour J est enfin arrivé. Aujourd’hui, ven­dre­di 17 Mars 2017, nous quit­tons le mouil­lage de Sanary sur Mer pour un voy­age autour de la méditer­ranée. Nous nav­iguons sur un Glad­i­a­teur, voili­er des chantiers Wauquiez de 1978. Nous vivons sur notre voili­er et notre désir est de par­tir à la décou­verte de nou­veaux lieux mais surtout de pou­voir s’enrichir de nom­breuses ren­con­tres au gré de nos escales et du vent. Nous avons choisi de vivre autrement et à tra­vers cette expéri­ence toute nou­velle que nous abor­dons avec grand opti­misme, mais non sans appréhen­sion, nous souhaitons partager notre quo­ti­di­en. À tra­vers ce réc­it conçu pareil à un jour­nal de bord, nous vous fer­ons part de nos sen­ti­ments éprou­vés avec sim­plic­ité et humil­ité. Nous vous par­lerons égale­ment des dif­fi­cultés admin­is­tra­tives et morales que nous avons ren­con­trées et elles sont nom­breuses lorsque l’on décide de tout quit­ter et de par­tir sans date de retour ! Nous par­lerons aus­si de toutes ces ques­tions que nous nous posons et de celles posées par notre entourage comme par exem­ple : « Mais de quoi allez-vous vivre ? », « Et si cela ne marche pas ? », « Et si vous tombiez malades ? », etc…Nous pour­rions con­tin­uer cette liste indéfin­i­ment et ne jamais larguer les amar­res, rester dans un port, vivre tran­quille­ment sur notre bateau et être rac­cordé 24/24 à l’eau, l’électricité et…bien ancré dans la société. Mais il est déjà trop tard ! Nous sommes bel et bien par­tis, et « Sauvage » notre voili­er, avale goulu­ment les pre­miers milles nau­tiques vers notre pre­mière escale : les îles de la Toscane. Capraïa, Elbe et Gian­nu­tri pour débuter. Notre odyssée com­mence et nous comp­tons sur le souf­fle d’Éole pour nous pouss­er tou­jours plus en avant !

Départ de l’aven­ture en image

Episode 2

Tra­ver­sée de Sanary jusqu’à Capraïa » (ven­dre­di 17 et Same­di 18 Mars 2017)

Après 36 heures de nav­i­ga­tion entre Sanary et Capraïa (pre­mière île de l’archipel Toscan à l’est du cap Corse), nous voilà en Ital­ie ! Épuisés mais con­tents d’arriver, nous aurons fait 34 heures de voile et deux heures de moteur. L’objectif est d’utiliser le moins pos­si­ble la brise diesel. Ce fut une nav­i­ga­tion sportive, avec un vent arrière de force 5–6 sur l’échelle beau­fort (le max­i­mum est 12). Nous nav­iguons qu’avec un bout de génois (voile à l’avant). Plus tail­lé pour la nav­i­ga­tion au près, notre « Sauvage » roule beau­coup dans cette allure et je donne mon trib­ut à Nep­tune à 6 repris­es ! Il faut par­fois un cer­tain temps avant que le corps s’amarine…Je n’ai pas d’autre choix que d’attendre la fin du cal­vaire car je sais par expéri­ence que les mau­vais moments s’oublient au prof­it des bons ! De plus, le pilote automa­tique, con­sid­éré comme notre troisième équip­i­er, décide de nous aban­don­ner en cours de route. C’est donc à la force de nos qua­tre bras que nous bar­rons « Sauvage » à tra­vers un Nep­tune de mau­vaise humeur. Nous essaierons de répar­er le pilote plus tard, l’achat d’un neuf n’étant pas prévu dans notre bud­get actuel. C’est la pre­mière fois que nous nav­iguons de nuit au mois de mars et les tem­péra­tures sont encore très fraîch­es ! L’humidité tombe vers 16h00 et nos triples couch­es de vête­ments ne sont pas de trop. Le froid est ce qu’il faut com­bat­tre en mer avant tout car c’est un des fac­teurs qui favorise le mal de mer, c’est la règle des 4 F : Froid, Fatigue, Faim et Frousse ! Nous arrivons à Capraïa en pleine nuit (à éviter quand on peut !), heureuse­ment, la baie devant le port est saine et notre traceur n’indique aucune dif­fi­culté par­ti­c­ulière. Nous y jetons l’ancre. Le vent est tombé, tout comme nous tombons de som­meil ! ”

Tra­ver­sée Sanary (France)-Capraïa (Ital­ie)

Episode 3

« Les îles Toscanes » (Dimanche 19 au mer­cre­di 29 Mars 2017)

« Au petit matin du dimanche 19 Mars, nous gon­flons notre annexe pour par­tir en explo­ration sur l’île de Capraïa. Nous util­isons un kayak gon­flable pour aller à terre. Nous avons fait ce choix dès le départ après avoir pesé le pour et le con­tre entre une annexe à moteur ou une à rame. En plus d’être écologique, le kayak ne prend que très peu de place à bord, ne pèse pas lourd et nous gagnons en tran­quil­lité d’esprit lorsque nous le lais­sons à terre. Une annexe à rame est moins ten­tante à cha­parder qu’une à moteur ! Voilà com­ment s’organise la journée : nous vivons au rythme du soleil, nous nous cou­chons et lev­ons avec lui, il fait office de réveil naturel. Le temps de pré­par­er le déje­uner pour le midi et nous quit­tons le bateau pour décou­vrir ces nou­veaux lieux. L’archipel toscan se com­pose de 7 îles et sont les som­mets de mon­tagnes du con­ti­nent tyrrhénien enfon­cés dans la mer. Capraïa était autre­fois une prison (l’Alcatraz améri­cain en plus petit !), sa côte est accore et rocheuse et le print­emps libère tous les arômes des plantes de son maquis. Nous prof­i­tons de la sai­son pour faire une longue marche qu’il ne sera plus pos­si­ble de faire en plein été à cause de la chaleur et le manque d’arbre. De retour sur le bateau, nous con­sul­tons la météo. C’est elle surtout qui dicte notre par­cours et il faut tou­jours être vig­i­lant car elle est d’humeur changeante et taquine. Pour cela, nous sommes équipés d’un télé­phone portable avec un for­fait inclu­ant les con­nex­ions sur Inter­net depuis l’Europe (30 GO par mois) et des appli­ca­tions gra­tu­ites téléchargées pour les météos du large et côtière. Nous sommes bien évidem­ment équipés de la VHF ASN, équipement oblig­a­toire si on nav­igue au-dessus de la bande des 6 milles nau­tiques (1 Mille = 1852 mètres).
Il faut tou­jours être prêt à quit­ter ou à chang­er de mouil­lage et devons par­fois laiss­er nos états d’âme de côté. C’est ce qui se pro­duit ce lun­di 20 mars. Nous avons eu tout juste le temps de flirter avec Capraïa et le vent qui se lève nous pousserait jusqu’à Elbe, la plus grande des îles de l’Archipel Toscan. Une petite demi-heure suf­fit pour nous pré­par­er et lever l’ancre. Si nous ratons l’occasion, nous risquons de rester coincés plusieurs jours au même endroit car nous voulons descen­dre rapi­de­ment jusqu’à Malte, ayant déjà vis­ité cette zone en 2015.

L’île d’Elbe

Après 8 heures de voile, nous arrivons sur l’île d’Elbe et jetons l’ancre dans le golfe de la Biodola, situé au nord de l’île, à l’ouest de Porto­fer­raio. C’est un excel­lent abri pour les vents de secteur Sud. À cette péri­ode, nous sommes les seuls au mouil­lage ! C’est une île très mon­tag­neuse et verte que nous décou­vrons, aux côtes très découpées. Réputée égale­ment pour l’importance de son min­erai de fer sur la côte est, la dernière mine a fer­mé en 1984.
Nous nous trou­vons entre les vil­lages de Porto­fer­raio (cap­i­tale de l’île) et de Mar­ciana Mari­na. Nous apercevons un arrêt de bus à notre descente mais ce n’est pas encore la sai­son et le bus ne passe pas avant le mois de juin…nous optons pour l’auto stop et ça marche ! De cette façon, nous ren­con­trons des insu­laires qui n’hésitent pas à nous pren­dre et on prof­ite de leur gen­til­lesse pour glan­er quelques infor­ma­tions sur le quo­ti­di­en de l’île. La pre­mière per­son­ne que l’on ren­con­tre nous dépose au cen­tre de Porto­fer­raio en ayant pris soin de nous indi­quer le mag­a­sin pour faire notre rav­i­taille­ment en fruits et légumes et la petite gare routière où un bus pour­ra nous rap­procher de notre mouil­lage pour le retour. Nous procé­dons de la même façon pour nous ren­dre le lende­main à Mar­ciana Mari­na, située à 15 Km de notre mouil­lage ! Même scé­nario que la veille, quelqu’un s’arrête et nous dit que nous sommes « for­tu­nati ! », com­prenez « chanceux » de trou­ver quelqu’un qui se rend jusqu’à Mar­ciana aujourd’hui ! Nous prof­i­tons de ce char­mant ital­ien bavard (pléonasme ?!) pour faire une « micro-autostop-inter­view ». Nous apprenons qu’Elbe compte 30.000 âmes, vit essen­tielle­ment du tourisme les trois mois d’été (sur 200 hôtels, seuls 6 ou 7 ouvrent de Pâques à Noël, pour le reste, ils n’ouvrent que de juin à la mi-sep­tem­bre) et l’on y cul­tive la vigne et l’olivier. Con­cer­nant la pop­u­la­tion plus jeune, ils sont oblig­és de quit­ter l’île après le lycée pour con­tin­uer leurs études dans les uni­ver­sités de l’Italie con­ti­nen­tale telles que Pise ou Flo­rence.

On ne peut ignor­er l’exil de Napoléon qui dura deux ans (1814–1815) et à qui on doit la mod­erni­sa­tion de Porto­fer­raio. La ville est mar­quée par Napoléon, on y trou­ve la bière à son nom, le cir­cuit et des bars et restau­rants rap­pelant son pas­sage ! On nous a tout de même rap­porté, qu’un jour, un restau­rant avait affiché le mes­sage suiv­ant : « Napoléon n’a absol­u­ment jamais, mais jamais mangé ici ! ». La balade jusqu’à la citadelle vaut le détour et déam­buler dans les rues bor­dées de maisons aux façades couleur ocre, nous plonge dans le XVIII° siè­cle.

Jeu­di 23 Mars :
Nous quit­tons notre mouil­lage du golfe de la Biodola pour rejoin­dre un autre lieu décrit comme étant un pur joy­au : Por­to Azzuro, situé sur la côte sud-est de l’île. Pour l’anecdote, le vil­lage por­tait le nom de Lon­gone, anci­enne prison et donc asso­cié au crime en Ital­ie. C’est pour ne pas faire fuir les touristes qu’à présent il est con­nu sous le nom de Por­to Azzuro et compte tenu de l’activité touris­tique en été, le strat­a­gème a très bien fonc­tion­né ! Nous décou­vrons un vil­lage ani­mé où nous emprun­tons le GR (sen­tier de grade ran­don­née) pour nous retrou­ver sur les hau­teurs de l’île. Per­chés sur les cimes, c’est un mag­nifique panora­ma qui s’offre à nous. Le lende­main, nous par­tons en direc­tion d’un autre vil­lage per­ché dans les hau­teurs : Cam­po­liv­eri, où nous y trou­vons une ambiance plus locale et très agréable.

Lun­di 27 Mars :
Il est temps de dire au revoir à Elbe et par­tir en direc­tion de la dernière île et aus­si la plus petite qui con­stitue l’archipel toscan : Gian­nu­tri. « Sauvage » prend le vent arrière et file à 5 nœuds. Huit heures plus tard nous arrivons à Gian­nu­tri. Luxe, calme et volup­té. Quelques maisons, aucun com­merce et seul un restau­rant et un hôtel ouvrent en été. Lorsque nous descen­dons à terre, après avoir jeté l’ancre dans la minus­cule crique de Spalma­toi, nous avons l’impression que l’île nous appar­tient ! Nous emprun­tons les chemins de tra­verse et l’un d’entre eux nous mène à la vil­la Romaine que nous souhaitons vis­iter. Nous devrons mal­heureuse­ment aban­don­ner l’idée car des grilles blo­quent l’entrée pour cause de fer­me­ture hors sai­son. En effet, du 26 mai au 12 octo­bre le tourisme est régulé et le site antique n’est acces­si­ble qu’accompagné d’un guide et muni d’un « passe ». Le site est sous vidéo sur­veil­lance et nous ne voulons pas out­repass­er l’interdiction mise en place pour de bonnes raisons : la pro­tec­tion du site. Mal­gré tout, nous jouons aux Indi­ana Jones en herbe et, sans dépass­er les lim­ites imposées, nous volons quelques pho­tos par le biais d’un petit chemin latéral. Il est temps de ren­tr­er et plan­i­fi­er la suite de notre itinéraire, prochaine étape : les îles Pon­tines. »

Episode 4

Le voili­er “Sauvage” au mouil­lage à Pon­za, la plus grande des îles Pon­tines en Ital­ie

« La tra­ver­sée vers les îles Pon­tines » Avril-mai

Un peu plus d’un mois s’est écoulé depuis notre dernier réc­it et quelques péripéties ont retardé la suite de nos aven­tures !
Lorsque le 29 mars nous quit­tons les îles Toscanes en direc­tion des îles Pon­tines, c’est un vent pais­i­ble et favor­able qui nous pousse accom­pa­g­né d’une mer calme. À ce moment-là, nous ignorons que nous allons avoir recours aux ser­vices médi­caux ital­iens d’ici quelques jours…
Nous met­tons le cap sur Pon­za à 120 Milles nau­tiques, la plus grande des îles Pon­tines et durant cette tra­ver­sée de 18 heures, la nature nous offre un mer­veilleux spec­ta­cle ! Ils arrivent et sont au nom­bre de 3, puis 4 et finale­ment ce sont 5 dauphins qui, dans un véri­ta­ble bal­let, vien­nent cha­touiller l’étrave de Sauvage ! Un tel cadeau nous rend plus opti­miste que jamais et nous atteignons Pon­za en pleine nuit à la voile…L’arrivée est quelque peu ten­due. Nous devons zigza­guer entre les nom­breux récifs et pas­sons en quelques sec­on­des de 3 nœuds à 7 nœuds de vitesse ! Cette accéléra­tion soudaine du vent est dû à un effet de site et le pas­sage de cap engen­dre sou­vent un change­ment brusque de régime qui ne manque jamais de sur­pren­dre ! Au petit matin, nous prof­i­tons du calme et de l’ensoleillement pour faire notre rav­i­taille­ment dans le petit cen­tre de Pon­za.
Notre objec­tif est de descen­dre vers le sud en pas­sant par le golfe de Naples, puis le détroit de Mes­sine pour rejoin­dre l’île de Malte, tou­jours sous réserve de la météo, où nous souhaitons nous arrêter quelques jours afin de con­tin­uer nos activ­ités pro­fes­sion­nelles. Hé oui ! Il va bien fal­loir tra­vailler car nous ne sommes pas ren­tiers et c’est le moment d’aborder la ques­tion cru­ciale du : « Mais de quoi vivent-ils ?! »

Cyrille et son com­pagnon ont cha­cun une activ­ité pro­fes­sion­nelle adap­tée à leur mode de vie de nomade, Cyrille est tra­duc­trice à son compte et a créé “Sail­ing the words”

« Et si nous vous par­lions un peu de nous ? »

Nous avons cha­cun dévelop­pé une activ­ité pro­fes­sion­nelle nous per­me­t­tant de voy­ager et de tra­vailler où que nous allions. Nous souhaitons plus qu’expérimenter le tra­vail nomade, nous voulons qu’il devi­enne indis­so­cia­ble de notre aven­ture ! Pour ma part, je suis tra­duc­trice et nav­i­ga­trice. J’ai opté pour le tra­vail en nomade dig­i­tal et dis­pose du matériel infor­ma­tique néces­saire à mon activ­ité qui porte le nom de « Sail­ing the Words ». Sail­ing the Words est la fusion de mes deux pas­sions : traduire et nav­iguer ! Je fais donc nav­iguer les mots de l’anglais au français. Je traduis les doc­u­ments dans mes domaines de com­pé­tences qui sont : le secteur du tourisme et bien sûr le secteur nau­tique. Je nav­igue sur les mots et…sur la mer Méditer­ranée ! Pour plus de ren­seigne­ments je vous invite à voguer sur les pages de mon site dédié à la tra­duc­tion et à la nav­i­ga­tion : www.sailingthewords.com mais aus­si sur la page Face­book de Sail­ing the words : https://www.facebook.com/sailingthewords/.

Mon com­pagnon de vie et de nav­i­ga­tion est illus­tra­teur auto­di­dacte ! C’est un rêveur et il a pour mis­sion de nour­rir son inspi­ra­tion au fil de nos déplace­ments et d’immortaliser nos escales les plus mar­quantes à l’encre de chine. Il varie les plaisirs en tes­tant de nou­veaux procédés sur le bateau comme la lino­gravure. Il a, à son act­if, deux ban­des dess­inées qui ont été pub­liées par la mai­son d’édition « Des ronds dans l’O ». Ce sont deux adap­ta­tions de romans. La pre­mière, inti­t­ulée « Tueuse » est l’œuvre de l’auteure mar­seil­laise Annie Bar­rière. La deux­ième est l’adaptation d’une nou­velle d’Isabelle Eber­hardt : « Yas­mi­na ». Vous retrou­verez ses œuvres sur le site : www.desrondsdanslo.com/May.htlm.
Tout ce que nous pos­sé­dons se trou­ve à bord de notre voili­er. Pen­dant les dernières années, nous avons con­sti­tué « un tré­sor de guerre » pour faire face aux imprévus car nous savons qu’ils sont nom­breux en mer. Mais ce qui use nos nerfs en ce moment, c’est la météo ! Très changeante, nous devons la con­sul­ter plusieurs fois par jour. Nous sommes en avril, les nuits tou­jours fraîch­es, et les caprices d’Éole met le moral de l’équipage à rude épreuve ! Pour imager cette con­trainte, nous don­nons cet exem­ple : imag­inez que vous devez démé­nag­er sans crier gare ; en fonc­tion de la force du vent, de sa direc­tion, du sens de la houle, à l’approche d’un orage, etc…sans vouloir faire nos « Causettes », il y a des jours où ça fatigue ! Heureuse­ment qu’une bonne nuit répara­trice (quand c’est pos­si­ble) suf­fit à retrou­ver la bonne humeur et l’entrain.
Nous sommes le 4 avril et Pon­za nous offre un peu de repos…Hélas, pas pour longtemps. Lorsque je me réveille ce matin-là, je con­state à ma grande sur­prise, que je suis en sym­biose avec le print­emps : JE BOURGEONNE ! Recou­verte de bou­tons rouge sur tout le corps, c’est panique à bord ! On pen­sait avoir tout prévu et la trousse à phar­ma­cie a été soigneuse­ment pré­parée en fonc­tion des faib­less­es physiques de cha­cun. Mais là, nous don­nons notre langue au chat : est-ce la vari­celle ? Intox­i­ca­tion ali­men­taire ? Ou bien une allergie ? En tout cas ça gratte…Apparemment ce n’est pas con­tagieux car je suis la seule à avoir ça et je n’ai pas de fièvre. Nous restons calmes et déci­dons de con­tin­uer notre chemin en direc­tion d’Ischia, afin de se rap­procher du golfe de Naples.

« Ven­totene ou notre île mau­dite »

Nous aime­ri­ons cette fois-ci nous arrêter à Ven­totene. Cette île devint un cen­tre péni­ten­ti­aire jusqu’à une époque très récente avec sa voi­sine San Ste­fano où Mus­soli­ni empris­on­na les antifas­cistes. Il y a deux ans, lors de notre pre­mier galop d’essai en voili­er, nous n’avions pas pu la vis­iter. C’était plus avancé dans la sai­son et il nous avait été impos­si­ble de mouiller là où pour­tant le guide nau­tique nous l’indiquait à cause de la mul­ti­tude de corps-morts instal­lés (bouées payantes, aux­quelles vous êtes oblig­és d’accrocher le voili­er, sans eau ni élec­tric­ité). Sûrs de notre coup cette fois-ci, nous mouil­lons l’ancre dans un endroit autorisé et nous nous pré­parons à descen­dre. Tout à coup, arrive à fond la caisse un can­ot de « la briga­da di finan­za » (brigade des finances). Ils nous inter­dis­ent de descen­dre à terre, pré­tex­tant du mau­vais temps. Nous con­sul­tons à nou­veau nos TROIS appli­ca­tions météo qui annon­cent la même chose : 10 Nœuds de vent, autant dire pétole !

Après s’être étran­glés de rire intérieure­ment, nous décryp­tons le mes­sage sub­lim­i­nal suiv­ant : soit vous allez au port et payez la nuit, soit vous dégagez ! Il ne nous faut pas moins de cinq min­utes pour faire nos adieux à Ven­totene et met­tre le cap sur Ischia. Nous n’essaierons pas une troisième fois et tant pis pour la vis­ite de Ven­totene et les com­merces locaux où nous avons pour habi­tude de faire nos cours­es. Mal­heureuse­ment, nous con­sta­tons que ce phénomène se répand de plus en plus. L’obligation de con­som­mer et de pay­er partout où nous nous trou­vons… Il est de moins en moins accep­té que l’on puisse être à un endroit sans pay­er. En pous­sant à l’extrême nos réflex­ions, nous nous deman­dons s’il fau­dra un jour pay­er seule­ment pour se balad­er et regarder le paysage !

Episode 5

Comme un air de désen­chante­ment…

Voici trois mois que nous sommes sur les flots et nous aime­ri­ons vous faire part de sen­ti­ments plus per­son­nels dans la con­ti­nu­ité de la nar­ra­tion de nos aven­tures mar­itimes. Après l’épisode de Ven­totene, nous met­tons le cap sur les îles du golfe de Naples avec au pro­gramme : Ischia, Pro­ci­da, Naples et Capri.
C’est un voy­age de deux ans que nous entre­prenons, et il sera sûre­ment ponc­tué à la fois d’émerveillements et de désen­chante­ments. Nous pen­sons qu’il est aus­si impor­tant de partager les joies comme les décep­tions.

Lorsque nous pour­suiv­ons notre nav­i­ga­tion vers le sud, nous faisons une triste con­stata­tion : la pol­lu­tion vis­i­ble à l’œil nu qui règne en mer Méditer­ranée. La côte méditer­ranéenne souf­fre de deux types de pol­lu­tion, celle du plas­tique et celle de l’immobilier. La « Med » se serait-elle pac­sée avec le dia­ble ? À peine a‑t-on trem­pé le bout de l’étrave dans les eaux ital­i­ennes que nous nous prê­tons à un drôle de jeu. Nous obser­vons la mer et nous comp­tons les déchets flottants…Il ne se passe pas un quart d’heure sans apercevoir un sac ou une bouteille en plas­tique, des cagettes en poly­styrène et toutes sortes d’objets dis­parates à la dérive, au beau milieu de cette mer qui, rap­pelons-le, est une mer fer­mée. La sit­u­a­tion ne s’améliore pas quand nous descen­dons à terre.

Prenons pour exem­ple L’île de Pro­ci­da. Elle fait par­tie des îles du golfe de Naples. Quand nous atteignons la petite baie de Pro­ci­da (Cala di Cori­cel­la), on a l’impression d’arriver sur une aquarelle. La palette de couleurs des façades des maisons sur­plom­bant le petit port de pêche est sub­lime. Pro­ci­da est un lieu culte du ciné­ma ital­ien. Par­mi les plus célèbres qui y ont été tournés, nous en retien­drons trois : « Il posti­no » avec Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neru­da, « le tal­entueux Mr Rip­ley » remake améri­cain de « plein soleil » et « Gra­ziel­la » d’après le roman éponyme d’Alphonse de Lamar­tine. Alors que ce pre­mier jour sur l’île nous enchante, le deux­ième nous désen­chante. Ce jour-là, nous déci­dons de ramer jusqu’à la plage qui se trou­ve en face de notre mouil­lage pour emprunter un sen­tier de prom­e­nade. Quand nous arrivons sur la plage, nous cher­chons un coin pour dépos­er notre kayak. Et pour­tant, ce n’est pas la place qui manque mais il se trou­ve que la plage est jonchée de poubelles. Ce n’est pas le vent qui a parsemé quelques papiers ou plas­tiques, pas du tout ! Nous voyons des sacs poubelles de par­ti­c­uliers, soigneuse­ment fer­més (quand ils ne sont pas éven­trés) déposés sci­em­ment sur la plage. Le bord de cette plage offre une vision apoc­a­lyp­tique où les gens se baig­nent… Lorsque nous remon­tons le chemin (avec notre poubelle à la main), nous avons du mal à com­pren­dre ce qui se passe car, arrivés en haut du chemin, nous trou­vons une poubelle chaque 100 mètres ! Et le comble de tout ceci est que nous tombons nez à nez, c’est le cas de le dire, sur la déchet­terie de l’île qui sem­ble avoir la même activ­ité qu’un vol­can éteint depuis plusieurs mil­liers d’années.

L’île de Poci­da dans le golfe de Naples en Ital­ie, souf­fre de la pol­lu­tion des par­ti­c­uliers qui déposent leurs poubelles sur les plages.

L’île d’Ischia mon­tre aus­si quelques anom­alies quand on s’y penche de plus près. Nous avions déjà vis­ité Ischia au mois de juin 2015 où la sai­son bat­tait son plein. Au mois d’avril 2017, beau­coup de mag­a­sin sont fer­més et l’ambiance est un peu tris­tounette. De juin à sep­tem­bre, Ischia est une des des­ti­na­tions de vacances préférées des touristes alle­mands du troisième âge et des russ­es. D’ailleurs, tout est écrit en alle­mand ou en russe. Mais nous sommes envahis par un sen­ti­ment de décep­tion à la vue de plusieurs dys­fonc­tion­nements d’ordre pub­lic. Lorsque nous enta­mons une prom­e­nade dans un parc dit « aro­ma­tique méditer­ranéen », nous le trou­vons à l’abandon, sans indi­ca­tion, sans plan, où

les poubelles jonchent les allées. Cela fait par­tie des nom­breuses con­tra­dic­tions de l’Italie. Nous apercevons un gros chantier au même stade qu’il y a deux ans. Le pro­jet en ques­tion devait aboutir sur la con­struc­tion d’une salle poly­va­lente dédiée à la cul­ture. Le début et la fin du pro­jet est tou­jours vis­i­ble sur un grand pan­neau : « De 2007 à 2013, avec finance­ment de l’Europe ». Mais nous nous réc­on­cil­ions avec Ischia lorsque nous prenons le bus jusqu’au vil­lage de Fontana pour mon­ter jusqu’au mont Epomeo, pic le plus haut de l’île (788 M), nous offrant un mag­nifique panora­ma. En redescen­dant, nous tra­ver­sons une forêt de châ­taig­niers où les familles et les étu­di­ants ont pour habi­tude de venir pique-niquer. C’est la Dolce Vita et la forêt reten­tit de rire et de musique, embaume la gril­lade et respire la joie et la bonne humeur ital­i­enne !
De plus, c’est grâce à un der­ma­to­logue très gen­til et de garde ce jour-là sur l’île que j’ai élu­cidé mon his­toire de bou­ton, le ver­dict est tombé : c’est un pso­ri­a­sis à goutte. Très con­traig­nant mais bénin, je suis soulagée que le voy­age puisse con­tin­uer. J’apprends que le der­ma­to­logue tient une per­ma­nence sur l’île une fois par mois, c’est quand même un coup de pot. La note prend égale­ment un goût salé et la carte vitale européenne ne fonc­tionne pas partout, il faut s’en accom­mod­er !

Escale à Naples, “oui Naples est sale…mais c’est une crasse séduc­trice qui côtoie de véri­ta­bles joy­aux archi­tec­turaux”.

Naples

On ne peut pas évo­quer la pol­lu­tion sans par­ler de Naples…Mais Naples nous rend schiz­o­phrène au niveau des sen­ti­ments ! Oui Naples est sale…Mais c’est une crasse séduc­trice qui côtoie de véri­ta­bles joy­aux archi­tec­turaux, un peu comme Palerme. Elle suinte la cor­rup­tion et la saleté par tous ses pores mais l’ambiance est unique. Pour vis­iter la ville et ses envi­rons, nous déci­dons de pren­dre quelques nuits dans une mari­na et nous cher­chons la plus proche du cen­tre-ville (tant qu’à faire !). Nous jetons notre dévolu sur la Mari­na San­ta Lucia. Nous négo­cions le tarif au télé­phone : Nous pas­sons de 80 à 60 Euros par nuit pour un dix mètres… La mari­na n’a ni toi­lette, ni douche. Mais nous sommes au cœur de Naples et les mari­nas plus excen­trées ne pro­posent pas de tar­ifs plus avan­tageux. La sécu­rité est sujette à cau­tion et sou­vent inclue dans le prix. Nous avons une place qui donne sur les restau­rants de la Mari­na et l’endroit est assez sûr pour laiss­er le bateau seul la journée. Ce sera notre petite folie et nous res­terons cinq nuits au port, aucun regret !

De nom­breux inci­dents mal­heureux nous ont été rap­portés par des nav­i­ga­teurs qui sont déjà allés au port de Naples. Les fonds sont rem­plis de détri­tus et des tas de câbles, de cordages, flot­tent dans le port et dans la grande baie. Le gros risque est de se pren­dre une corde dans l’hélice lorsque vous êtes au moteur. C’est au petit bon­heur la chance…Nous prenons le risque et nous sor­tons indemnes en quit­tant Naples et son port.

Nous notons une grande dif­férence entre la France et l’Italie : les sacs plas­tiques. Alors que la France essaie de dimin­uer voire de stop­per com­plète­ment la dis­tri­b­u­tion des sacs plas­tiques dans les grandes sur­faces et tout autre com­merce, c’est très dif­férent en Ital­ie. C’est la foire aux sacs ! Peu importe ce que vous achetez, on vous remet un tick­et au bis­phénol et un sac plas­tique ! Nous n’avons jamais eu autant de sacs plas­tiques sur le bateau. Nous les util­isons pour la poubelle « déchets ménagers ».
Idem pour le tri des ordures, il n’est pas respec­té et vous pou­vez trou­ver une poubelle à deux entrées : une pour le car­ton et une autre pour le verre, mais sans aucune sépa­ra­tion, si bien que tout se mélange ! Nous ne cher­chons pas à blâmer qui que ce soit en faisant cette con­stata­tion. Après tout, n’est-ce pas la réponse à une société hyp­ocrite ? Pourquoi deman­der de faire le tri alors que l’on con­tin­ue à dis­tribuer des sacs plas­tiques à tout va ? Pourquoi ne réduit-on pas les embal­lages ? À Paris, chaque deux ans, se tient le plus gros salon de l’emballage…Nous ne pen­sons pas être plus éco­los en France qu’en Ital­ie.
Autre con­stata­tion mal­heureuse, c’est la dégra­da­tion de site excep­tion­nel tel que Her­cu­lanum ou Pom­péi. Nous choi­sis­sons de vis­iter Her­cu­lanum. Notre décep­tion a été de trou­ver plusieurs por­tions fer­mées au pub­lic cause « de dégra­da­tion du site ». Ce site fab­uleux est en train de se réduire à peau de cha­grin car il n’y a jamais eu d’anticipation de travaux de con­ser­va­tion.
Nous quit­tons Naples avec un petit pince­ment au cœur car elle reste mal­gré tout, une de nos villes préférées de la côte ital­i­enne. Elle nous a ensor­celés !

Cap sur Malte

Nous voulons attein­dre l’île de Malte afin de s’installer quelques semaines ou pourquoi pas y pass­er l’été pour se pos­er un peu et tra­vailler à nos activ­ités. Mal­heureuse­ment, Malte ne s’avère pas à la hau­teur de nos espérances pour dif­férentes raisons que nous allons évo­quer plus bas.
Avant d’atteindre Malte, nous aurons fait une halte à Capri, le petit bijou du golfe de Naples, puis deux arrêts dans les îles éoli­ennes dont une à Panaréa et une autre à Vul­cano. Nous les avions vis­itées il y a deux ans et avions gravi tous les som­mets. Mais nous sommes impa­tients de décou­vrir de nou­veaux ter­ri­toires et ne faisons qu’une petite escale dans ces îles.
Si nous devons recom­man­der une seule île du Golfe de Naples c’est, sans hési­ta­tion, Capri ! Con­cer­nant les îles éoliennes…Nous vous les recom­man­dons toutes ! Fil­icu­di a notre préférence mais elles sont toutes dis­tinctes.
Après s’être avi­tail­lés à Vul­cano, nous met­tons le cap sur Malte ven­dre­di 28 avril à 13h00 et tra­ver­sons le détroit de Mes­sine dans la nuit avec un courant favor­able. Nous arrivons à Malte Dimanche 30 avril au matin. Nous aurons par­cou­ru env­i­ron 200 milles nau­tiques, la nav­i­ga­tion dur­era 43 heures dont 15 heures au moteur. Nous jetons l’ancre à St Julian’s Bay et mal­gré un mouil­lage chahuteur dû à une petite houle facétieuse, nous trou­vons un repos répara­teur.

Arrivée à Malte

Mai 2017 : Arrivée à Malte

L’arrivée à Malte est tou­jours impres­sion­nante. La lumière sur le cal­caire, la couleur dorée sur ses for­ti­fi­ca­tions grandios­es et son archi­tec­ture aux influ­ences ori­en­tales est une invi­ta­tion aux con­tes des mille et une nuit. Tout ce beau décor ne reflète mal­heureuse­ment pas les couliss­es de l’île. Malte est certes cos­mopo­lite, mais c’est aus­si une île faite pour le tourisme et beau­coup pour le tourisme ! Plus par­ti­c­ulière­ment à Sliema, quarti­er du bord de mer, nous con­sta­tons la con­struc­tion d’immeubles de plus en plus haut, les maisons sont toutes rehaussées de plusieurs étages et le soleil se couche donc plus tôt que prévu ! De très nom­breux chantiers immo­biliers furent entre­pris par l’ancien gou­verne­ment qui n’était pas avare en autori­sa­tions (affaires de cor­rup­tion) …

Nous prof­i­tons de cette halte pour nous avi­tailler en eau et en Gazole tout en restant au mouil­lage. Nous faisons plusieurs allers-retours avec notre kayak gon­flable et nous réus­sis­sons à trans­porter 58L d’eau en un voy­age avec des bidons de 5 et 8L. Il y a une fontaine d’eau potable à 15 mètres de là où nous lais­sons le kayak. Nous trou­vons une laver­ie et une sta­tion d’essence égale­ment tout proche. Nous pas­sons une journée à faire nos « corvées » et nous voilà tran­quilles pour un moment. Mais le vent tourne et nous sommes oblig­és de chang­er de mouil­lage. Nous nous abri­tons à Rinel­la Bay, en face des « trois cités ». Nous sommes loin de tout, coincés sur le bateau et aucun marc­hand de fruits et légumes à moins de 30 min­utes de marche quand il y a une petite accalmie.
Nous con­sta­tons égale­ment que notre con­nex­ion inter­net est très pau­vre et ne pou­vons pas tra­vailler comme nous l’avions prévu. L’eau du mouil­lage est sale et nous sommes très dépen­dants de l’eau de mer car nous faisons tout avec elle : vais­selle, toi­lette, etc… Nous rinçons la vais­selle avec l’eau douce à l’aide d’un pul­vérisa­teur pour économiser l’eau. Nous faisons notre toi­lette à l’eau de mer et avons appris un petit truc qui nous per­met de ne pas se rin­cer ! Dès que nous sor­tons de l’eau, nous nous essuyons tout de suite. De ce fait, le sel ne provoque pas ce tiraille­ment ressen­ti comme avec le séchage naturel au vent. L’été tarde à venir, alors nous faisons une excep­tion pour les cheveux que nous rinçons à l’eau douce car il fait encore un peu humide en soirée.
Le vent de nord-ouest forcit et sur les 4 bateaux qui se trou­vent au mouil­lage, deux dérapent dans la nuit (l’ancre ne tient pas) heureuse­ment, il n’y a pas de casse et ils doivent rajouter une deux­ième ancre.

« Sur les traces d’Ulysse »

Le 10 mai, alors que le vent tourne au sud, nous déci­dons de quit­ter Malte et d’aller sur Syra­cuse où le mouil­lage devant le port con­stitue un excel­lent abri. Nous trou­vons le séjour à Malte trop court et regret­tons tout de même notre mouil­lage dans la baie de St Julian qui lui, offre un excel­lent emplace­ment. Mais quand la météo propose…On dis­pose, alors cap sur Syra­cuse ! De là, nous atten­drons le souf­fle con­ciliant d’Éole pour nous pouss­er jusqu’en Grèce, dans les îles Ion­i­ennes. Impa­tients de con­tin­uer sur les traces d’Ulysse, nous allons enfin décou­vrir une par­tie de la Méditer­ranée que nous n’avons encore jamais explorée !

Comme pré­cisé au départ, ce voy­age est une com­bi­nai­son de belles décou­vertes mais com­porte quelques désen­chante­ments comme le dur con­stat de pol­lu­tion en mer Méditer­ranée. Mal­heureuse­ment, ce sont TOUTES les côtes méditer­ranéennes qui sont touchées. Nous accom­plis­sons des gestes respon­s­ables au quo­ti­di­en de sorte à ne pas aggraver cette sit­u­a­tion. Nous choi­sis­sons des pro­duits qui n’agressent pas l’environnement marin, nous sommes très économes en eau, et la brise diesel est util­isée en dernier recours car nous avons le temps (il est de bon ton de le pré­cis­er !). Nous croyons aux ini­tia­tives indi­vidu­elles même si elles ne représen­tent qu’une goutte d’eau dans la Méditerranée…Ben C’est déjà ça !
Prochain épisode : Une semaine de mouil­lage à Syra­cuse et l’arrivée sur les îles Ion­i­ennes !

Pollution dans le golfe Ambracique, en Grèce

Episode 6

SYRACUSE : POINT DE DÉPART POUR LA GRÈCE

Voici la suite des nav­i­ga­tions de « Sauvage » et de son équipage en mer Méditer­ranée. Cet épisode qui racon­te nos pre­miers pas en Grèce, dans les îles Ion­i­ennes, par­lera de ces ren­con­tres faites en mer et sur le con­ti­nent grec qui nous auront mar­quées, et de moment clef à tra­vers une vidéo…
Nous ne sommes pas venus à Syra­cuse pour ses eaux cristallines mais pour retrou­ver cette ville pleine de vie et de charme et c’est d’ici que com­mence notre « vrai » voy­age. En effet, nous allons décou­vrir une nou­velle par­tie de la Méditer­ranée et le mouil­lage dans la baie de Syra­cuse représente pour nous le sas d’attente pour notre départ vers la Grèce. Dans l’attente d’une fenêtre météo favor­able, nous imag­i­nons une arrivée digne de l’Odyssée d’Ulysse : Cor­fou, dans les îles Ion­i­ennes !
À Syra­cuse, nous ren­con­trons Car­o­line et Nico, un jeune cou­ple fran­co-ital­ien qui voy­age sur « Ysé », un voili­er en alu­mini­um de 11,50 mètres. Ils ont appareil­lé de Bre­tagne en octo­bre 2016 et ont passé l’hiver à Malte. Pen­dant deux mois, nous nav­iguerons ensem­ble jusqu’à leur retour en Ital­ie.
Mais le début s’annonce mal ! Alors que nous prof­i­tons d’une fenêtre idéale pour point­er l’étrave vers la Grèce, Ysé ren­con­tre un prob­lème de moteur et doit s’arrêter d’urgence dans un port en Cal­abre, au sud de l’Italie. Nous con­venons de con­tin­uer notre route vers la Grèce car le vent vient du sud et ne nous per­met pas de rester au mouil­lage dans cette par­tie de l’Italie. Après 62 heures de nav­i­ga­tion (dont 14 au moteur), nous tou­chons notre pre­mière île grecque : le sud de Lefkas ! Tant pis pour notre arrivée sur Cor­fou, la météo en a décidé autrement ! Ysé et son équipage arriveront 4 jours après.

LES ÎLES IONIENNES : SES PAYSAGES, SES HABITANTS, SES EFFETS DE SITES, ET NOS RENCONTRES

Notre par­cours dans les îles ion­i­ennes : Point d’arrivée : Lefkas, puis Megan­isi, Kas­tos, Ithaque (Kioni), côte est de la Céphalonie (Eufemia, Kalo limani), Chenal de Lefkas, Pre­veza (sur le con­ti­nent), le golfe d’Amvrakia de Preveza,Andipaxoi, Pax­oi, Cor­fou, Oth­oni @Cyrille Mous­set

Ce qui a ren­du ces deux mois de nav­i­ga­tion mag­iques, c’est assuré­ment la com­bi­nai­son de la beauté du paysage des îles Ion­i­ennes, pre­mière approche avec la pop­u­la­tion grecque et notre ren­con­tre avec l’équipage du voili­er « Ysé ». Nous n’avions, jusqu’à présent, con­nu aucune expéri­ence de nav­i­ga­tion avec un autre voili­er. Toute­fois, nous con­sta­tons aujourd’hui, que cette entente partagée pen­dant ces deux mois avec nos amis est rare, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que nous sommes du même âge et qu’il est plus « nor­mal » de crois­er sur l’eau des retraités ou en général des gens plus âgés. Car­o­line et Nico vivent aus­si sur leur bateau et nous pou­vons partager ensem­ble nos ques­tions, nos doutes, et nos joies ! De plus nous décou­vrons tous les qua­tre la Grèce pour la pre­mière fois.
Nous avons le même rythme de croisière, et de par nos per­son­nal­ités dif­férentes, chaque per­son­ne apporte quelque chose d’enrichissant. Il n’y a pas de « meneur ou de chef », qui décide où aller, quand par­tir, com­bi­en de temps rester etc…

Sou­vent, lorsque nous repen­sons à nos pre­miers pas en Grèce avec l’équipage d’Ysé, on se dit que nous avons décou­vert des lieux que nous n’aurions jamais décou­vert à deux. Nous louons une voiture pour vis­iter les plus grandes îles, ce qui per­met de divis­er les frais par deux et nous parta­geons tous les qua­tre une curiosité boulim­ique qui nous a poussé jusqu’ici en bateau !

Pour décrire briève­ment les îles Ion­i­ennes, il y a une chose à savoir : il ne faut surtout pas s’attendre à la Grèce des cartes postales habituelles : Le soleil éblouis­sant sur les maisons bleues et blanch­es ! La région des îles Ion­i­ennes est celle où il pleut le plus en hiv­er. L’été est très chaud et humide, ce qui a pour con­séquence cette végé­ta­tion lux­u­ri­ante qui fait la par­tic­u­lar­ité de ces îles. Il y a des oliviers, des cyprès, des pins et des fleurs à pro­fu­sion ! C’est une région verte et ombragée aux maisons cou­vertes de tuiles romaines rouges.
Les effets de sites sont nom­breux et il n’est pas rare que la topogra­phie des îles per­turbe nos prévi­sions météorologiques. Nous croyons être à l’abri du vent du nord en trou­vant un beau mouil­lage au sud ? hé bien non ! Les rafales de vent se ren­for­cent lorsqu’elles déva­lent les falais­es escarpées des îles Ion­i­ennes, ce qui sou­vent, crée des sur­pris­es et provoque des direc­tions de vent con­traires à celui qui était prévu. Au départ, nous sommes un peu con­fus, puis rapi­de­ment, nous apprenons à appréhen­der et anticiper ces phénomènes courant en Grèce.

NOUVELLES EXPÉRIENCES ET PARTAGE DE BEAUX MOMENTS !

En Céphalonie, plus pré­cisé­ment au port d’Argostoli, nous faisons nos for­mal­ités (je rap­pelle que même si nous sommes dans la com­mu­nauté européenne, il est de bon ton de faire des for­mal­ités en entrant en Grèce, j’ai d’ailleurs écrit un arti­cle à ce sujet sur mon site Sailingthewords.com : « les for­mal­ités en Grèce » dans la rubrique actu­al­ités). Nous avons loué une voiture pour nous y ren­dre car nous sommes au mouil­lage d’Eufemia, sur la côte Est et faire une pierre deux coups : les for­mal­ités et la vis­ite de l’île ! À Argos­toli nous vivons un joli moment : dans le port, alors que les pêcheurs vendent leur pêche et rangent leurs filets, des tortues vien­nent aux abor­ds du quai pour manger les déchets de pois­sons ! On les appelle « Caret­ta-Caret­ta » en grec ! Elles font bien évidem­ment la joie des touristes et des pas­sants !
Sur l’île d’Ithaque et Mégan­isi, nous expéri­men­tons notre pre­mier mouil­lage avec « amar­res à terre ». Manœu­vre un peu déli­cate pour la pre­mière fois mais c’est presque une oblig­a­tion en Grèce ! Réservé aux mouil­lages pro­fonds, exi­gus et très fréquen­tés, ce style d’amarrage per­met de garder son bateau tou­jours dans le même axe et de l’empêcher d’éviter.

Amarre à terre à Ithaque pour Sauvage et Ysé (de droite à gauche) ! @Cyrille Mous­set

Nous faisons égale­ment un arrêt sur Kas­tos, habitée par 80 âmes, on y trou­ve une « Tav­er­na » (restau­rant grec), un bar, une église et même une école ! sans par­ler du mini mar­ket, ouvert seule­ment le matin et…pas tous les jours ! Il y a un port où on peut se baign­er telle­ment l’eau est translu­cide. Nos nav­i­ga­tions vont de sur­pris­es en sur­pris­es. Toutes ces îles dif­fèrent les unes des autres et il n’y en a pas une qui se ressem­blent. Nous ne descen­drons pas jusqu’à Zante pour l’instant et déci­dons de touch­er le con­ti­nent afin que l’équipage d’Ysé puisse régler un prob­lème de moteur… Notre choix se porte sur Pre­veza et le golfe Ambracique car il y a plusieurs chantiers navals et des mag­a­sins spé­cial­isés dans le matériel mar­itime. Nous prof­iterons de cette escale pour acheter un nou­veau son­deur car cela fait deux mois que le nôtre nous a lâché et nous sommes tou­jours au fil à plomb pour son­der les pro­fondeurs, à l’ancienne !
Ce que nous ignorons, c’est que nous allons rester à Pre­veza plus de temps que prévu et vivre de belles aven­tures !

PROCHAIN EPISODE : 1 /PREVEZA ET LE GOLFE AMBRACIQUE : UN ARRET PLUS LONG QUE PRÉVU ! 2/CORFOU, DRÔLE D’IMPRESSION, 3/LA SÉPARATION, NOTRE NOUVELLE ÉQUIPIÈRE ET NOTRE DESCENTE EN DIRECTION DU GOLFE DE PATRAS !

Episode 7

Notre arrêt pro­longé à Préveza nous a per­mis de créer des liens avec la pop­u­la­tion locale mais aus­si mar­itime, nous avons décou­vert les paysages de la région de l’Épire, et tout ceci nous a lais­sé d’excellents sou­venirs. C’est pour toutes ces raisons que nous y con­sacrons un chapitre un peu plus long…

PREVEZA ET LE GOLFE AMBRACIQUE : UN ARRET PLUS LONG QUE PRÉVU

Lorsque nous arrivons à Préveza, nous jetons l’ancre dans la baie face aux chantiers navals et aux nom­breuses mari­nas. La ville est juste en face mais l’accès est dif­fi­cile quand nous nous trou­vons de ce côté-là. À moins de pren­dre le bus (quand il passe) ou le taxi qui per­met de tra­vers­er un tun­nel sous la mer reliant la ville. Le port com­mu­nal de Préveza est plein et n’a pas la place pour accueil­lir nos deux bateaux. En atten­dant qu’une place se libère, nous allons nav­iguer dans le golfe Ambracique et mouiller sous les ruines d’un site qua­si­ment à l’abandon : Nikopolis…Et là à notre grande sur­prise, nous nous retrou­vons à deux bateaux dans cette baie gigan­tesque peu pro­fonde, face à un paysage sauvage, isolé et boudé par le tourisme. On com­prend pourquoi : L’eau est de couleur verte, ici ni transats ni para­sols ne peu­vent envahir le bord de mer, il ne réserve aucune place pour la farniente. De nom­breuses tortues y nagent tout en prenant soin de rester loin de nous, mais lorsque nous descen­dons à terre pour longer le bord de mer, il y a du monde…Une quan­tité phénomé­nale de crabes, de Bernard l’Hermite, de minus­cules pois­sons, c’est plein de vie !

Le Golfe Ambracique @Cyrille Mous­set

NIKOPOLIS OU LA BAIE SAUVAGE

Le lende­main, nous par­tons à pied vis­iter la cité de Nikopo­lis, là encore, nous ne crois­erons personne…Et pour­tant, la muraille est imposante par sa taille (mal­gré sa décrépi­tude) et par son his­toire. Nikopo­lis a été con­stru­ite par Octave pour com­mé­mor­er sa vic­toire sur Antoine lors de la bataille d’Actium. Cette bataille a décidé de l’avenir de l’empire romain ! Quand nous rejoignons nos bateaux, nous apercevons une grande salle qui sem­ble être une taverne…Lorsque nous entrons, nous sommes chaleureuse­ment accueil­lis par une dame grecque. Exit l’anglais dans cette par­tie de la Grèce. Nous arrivons à nous faire com­pren­dre et prenons place pour dîn­er.

Arrivent le mari, les enfants, les petits enfants, le pope du vil­lage et quelques voisins…L’animation se met en marche, ça par­le, ça rigole, et nous man­geons joyeuse­ment au milieu de ce brouha­ha très agréable ! Nous finis­sons par dis­cuter avec eux en s’aidant du pau­vre vocab­u­laire que nous pos­sé­dons et d’un dic­tio­n­naire que nous avons sur le portable ! Nous pas­sons une soirée très con­viviale.

Le Théâtre de Nikopo­lis @Cyrille Mous­set

PREVEZA, UN CHARME QUI OPÈRE

De retour sur Préveza, nous trou­vons deux places au port com­mu­nal. Nous res­terons un total de 3 semaines (Préveza et le Golfe Ambracique). À ce jour, cela reste l’arrêt le plus long que nous ayons jamais fait ! Nous tombons sous le charme de l’ambiance de la ville de Préveza. Der­rière les restau­rants et cafés du bord de mer, les rues ont gardé l’atmosphère des villes de marchés provinciaux…Nous ren­con­trons beau­coup de français au port com­mu­nal, cer­tains d’entre eux par­courent la Grèce depuis 20 ans ! Nous ne pen­sons pas y rester aus­si longtemps…Il y a telle­ment d’autres choses à décou­vrir. On peut toute­fois com­pren­dre cet attache­ment à la douceur de vivre grecque ! Ces ren­con­tres auront été rich­es en échanges. Nous écou­tons les con­seils, les expéri­ences de cha­cun et surtout les lieux à ne pas man­quer.

TASSOS, PERSONNAGE INCONTOURNABLE

Nous ren­con­trons Anastha­sios, dit « Tas­sos » à l’occasion d’un dîn­er avec l’équipage d’Ysé dans les ruelles de Préveza. Anastha­sios est le gérant mais on pour­rait le pren­dre pour un client. Il s’assit à notre table et avec son accent nous par­le en toutes les langues. Français, et surtout ital­ien avec Nico ! Faut dire que physique­ment il impose…Il a le corps d’un rug­by­man et la tête de Léo Fer­ré ! Il coiffe sa grande crinière blanche d’un cato­gan, boit de l’ouzo, fume beau­coup, drague autant, et aime faire la fête ! Nous le crois­erons à nou­veau le lende­main dans un café très local.

D’ailleurs à ce sujet, il est agréable de con­stater qu’il existe tou­jours de vieux bistrots aux allures défraîchies où on trou­ve une couleur plus locale, mêlant dif­férentes généra­tions. Nous pas­sons la soirée avec lui, dis­cu­tons de la Grèce, de ses habi­tants, de poli­tique, etc…Les lumières du bistrot s’éteignent, et c’est en zigza­guant que nous rejoignons nos embarcations…Encore une ren­con­tre et un moment qui fer­ont par­tie de ces beaux moments passés en Grèce.
Nous avons égale­ment pu nous pro­cur­er un nou­veau son­deur, l’équipage d’Ysé a trou­vé un mécani­cien pour répar­er le moteur, et nous avons même eu la pos­si­bil­ité de pren­dre des douch­es à l’eau douce sur la plage ! Les pleins d’eau sont faits, il est temps de repar­tir vers le nord des îles Ion­i­ennes…

CORFOU, DRÔLE D’IMPRESSION

Com­ment ne pas s’arrêter à Cor­fou ?! D’après l’Odyssée, Ulysse aurait débar­qué sur une plage située sur la côte ouest : Pale­okas­trit­sa. Hum Hum…On arrivera par la côte Est avec l’équipage d’Ysé. Nous mouil­lons au sud de la ville de Cor­fou et ne fer­ons qu’une vis­ite éclaire de la ville. Toute­fois, lorsque nous repasserons à Cor­fou, seuls cette fois-ci, après une escale sur l’île d’Othoni, nous mouillerons plusieurs jours sous la forter­esse. Je ne sais pas si c’est la chaleur écras­ante de l’époque (mi-juil­let) ou le fait d’avoir vis­ité la ville façon éclaire au pre­mier arrêt, ou encore d’avoir quit­té nos amis après avoir nav­igué deux mois en leur com­pag­nie, mais nous ressen­tons un léger abat­te­ment…

La forter­esse de Cor­fou @Cyrille Mous­set

De plus nous essuyons un coup de vent non prévu par la météo. Une nuit dif­fi­cile où nous devons assur­er des quarts de nuit au mouil­lage ! Notre chaîne tient bien et Sauvage se mon­tre valeureux. Mais les cornes de brumes qui son­nent dans la nuit pour aver­tir un bateau, puis deux, puis trois qui dérapent, ne nous per­me­t­tent pas de pass­er une nuit tran­quille et sere­ine ! Pas de casse, une petite peur et le lende­main, le soleil revient, le vent se calme et tout rede­vient « nor­mal ». Le cen­tre-ville de Cor­fou grouille de monde à cette époque et les rues sont bor­dées de mag­a­sins de sou­venirs qui vendent tous la même chose…Mais en nous écar­tant des axes touris­tiques, nous nous per­dons dans les ruelles du vieux Cor­fou. C’est une toute autre facette de la ville qui nous réc­on­cilie avec Cor­fou. Nous tombons sous le charme des vieilles façades aux tra­di­tion­nels volets verts, une archi­tec­ture néo­clas­sique pour le musée des arts con­stru­it par les anglais au XIXe siè­cle, et le plus drôle dans tout ça, c’est que nous nous retrou­vons presque seuls dans nos déam­bu­la­tions !

Le Vieux Cor­fou @Cyrille Mous­set

LA SÉPARATION, NOTRE NOUVELLE ÉQUIPIÈRE ET NOTRE DESCENTE EN DIRECTION DU GOLFE DE PATRAS !

Après notre pre­mière vis­ite de Cor­fou avec l’équipage d’Ysé, nous déci­dons de pouss­er encore un peu plus au nord pour décou­vrir l’île d’Othoni, ce qui per­me­t­tra à nos amis d’attendre une bonne fenêtre météo pour redescen­dre en Cal­abre. Oth­oni est une petite île qui échappe au tourisme de masse. Très fréquen­tée par les ital­iens car c’est la pre­mière île des Ion­i­ennes qu’ils ren­con­trent et il est agréable d’y faire une escale pour se ressourcer avant de se jeter dans le grand bain touris­tique de Cor­fou ! Oth­oni compte 40 habi­tants l’hiver et 380 l’été… C’est aus­si une île où les chats sont presque plus nom­breux que les habi­tants ! D’ailleurs, c’est ici que l’équipage de Sauvage s’agrandit et accueille sa nou­velle équip­ière que nous appellerons…. « Ysé », une petite chat­te âgée de 6 semaines qui depuis, nav­igue avec nous et avec laque­lle nous for­mons à présent un trio.

Ysé, notre nou­velle équip­ière @Cyrille Mous­set

La Grèce et ses chats…. Des chats partout ! Peut-être une tra­di­tion mais un prob­lème aus­si car beau­coup ne passent pas l’hiver et la plu­part vivent dehors. Ils n’appartiennent à per­son­ne mais pour­tant tout le monde leur donne à manger. Beau­coup d’entre eux sont malades et mal­gré les cam­pagnes de stéril­i­sa­tion qui sont menées, le nom­bre de chats ne cesse d’augmenter…
Le 12 juil­let, la fenêtre météo atten­due par nos amis arrive et l’heure de la sépa­ra­tion a son­né. Elle ne se fait pas sans un pince­ment au cœur mais nos pro­jets de nav­i­ga­tion sont dif­férents et il est impor­tant que cha­cun réalise le but qu’il s’est fixé. Nous sommes cer­tains que la mer nous réu­ni­ra à nou­veau, sans pour autant con­naître la date du prochain ren­dez-vous !
Ce même jour, nous met­tons les voiles et redescen­dons les îles Ion­i­ennes par la côte Est avec un arrêt sur Cor­fou, Pax­os, Pre­veza à nou­veau (vac­cin d’Ysé oblige !) et Kas­tos que nous avions bien aimé lors de notre pre­mière vis­ite. Notre objec­tif : Entr­er dans le golfe de Patras, pour­suiv­re par le golfe de Corinthe afin de tra­vers­er le mythique canal et se retrou­ver en mer Égée. Nous voulons trou­ver un endroit pour hivern­er à flot cet hiv­er…

Naviguer avec un chat

Navigation Golfe de Patras

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Les nou­velles mairies issues du mou­ve­ment des Indignés éprou­vent des dif­fi­cultés à gér­er les villes et per­dent le sou­tien de ceux qui ont porté leur suc­cès.

Ada Colau, ex-con­tes­tataire et fig­ure charis­ma­tique du mou­ve­ment Podemos, est dev­enue il y a deux ans, la pre­mière maire fémin­iste de la ville de Barcelone. L’une des actions les plus écla­tantes entamées par l’exécutif depuis est la lutte con­tre les loca­tions touris­tiques illé­gales. Agusti Colom est pro­fesseur d’économie et con­seiller munic­i­pal pour le tourisme : « Tous les apparte­ments loués aux touristes qui ne fig­urent pas dans le reg­istre com­mu­nal seront fer­més. Airbnb est dans l’erreur, parce qu’à Barcelone la légal­ité existe et elle est respec­tée. En 2017, nous avons déjà sanc­tion­né plus de 300 activ­ités illé­gales. Le tourisme crée des emplois et des oppor­tu­nités pour la ville, mais nous devons con­trôler et lim­iter ses effets négat­ifs ». En accord avec la loi cata­lane, Airbnb et d’autres struc­tures sim­i­laires pour­raient recevoir une amende qui va jusqu’à 600 000 euros. Dans les rues de Barcelone, les man­i­fes­ta­tions con­tre l’afflux touris­tique sont de plus en plus courantes.

Ada Colau au bureau de vote à Barcelone, le 21 décem­bre 2017

«Ada Colau a accep­té le com­pro­mis avec les insti­tuts financiers»
Mal­gré ces bons résul­tats, Ada Colau sem­ble avoir per­du le sou­tien de l’organisation dont elle a été la fon­da­trice : la Platafor­ma des afec­ta­dos de hipote­cas , la plate­forme des vic­times de l’hypothèque (PAH). « Dès son arrivée à la mairie, Ada Colau a accep­té le com­pro­mis avec les insti­tuts financiers qui gèrent les dettes immo­bil­ières. Les mêmes accords ont été adop­tés ici à Madrid par le maire Manuela Car­me­na. Avec le temps, on se rend compte que cer­tains activistes, qui étaient il y a quelques années dans la rue avec nous, ils avaient déjà un pro­jet poli­tique bien clair. Alors, les solu­tions ne sont pas les mêmes pour ceux qui veu­lent chang­er le sys­tème poli­tique du pays et pour nous, qui voulons avant tout sauver notre mai­son », explique Luis Chamar­ro, coor­di­na­teur de la sec­tion de Madrid.

En Espagne, depuis 2006, 770 000 per­son­nes ont été expul­sées de leur foy­er. Entre 2009 et 2016, plus de 15 100 per­son­nes se sont sui­cidées en con­séquence de ce qu’on appelle ici le «ter­ror­isme financier». « Les claus­es dans notre con­trat sont illé­gales, les ban­ques ont ven­du notre dette à d’autres insti­tuts financiers. Les juges du tri­bunal le savent très bien, pour­tant ils con­tin­u­ent à défendre les ban­ques et à enfrein­dre la loi », explique Maria Isabel, 69 ans, durant un rassem­ble­ment de la PAH en face du Con­grès des députés. Patri­cio Con­dor, 52 ans, d’origine équa­to­ri­enne, arrive mal­gré tout à en rire : « Per­son­ne ne nous aidait, on a dû appren­dre par nous-mêmes à inter­préter le lan­gage bureau­cra­tique des ban­ques, on a tous pris un cours inten­sif en jurispru­dence. »

La sor­tie du métro à Lava­piés, lieu habituel de ren­dez-vous

La crise économique de la péri­ode 2008–2011 avait fait bas­culer les équili­bres poli­tiques et le tra­di­tion­nel partage du pou­voir entre le Par­ti pop­u­laire (PP) et le Par­ti social­iste ouvri­er espag­nol (PSOE). Lors des élec­tions com­mu­nales de décem­bre 2015, deux nou­velles for­ma­tions, issues du mou­ve­ment des Indignés, ont gag­né la mairie de deux plus impor­tantes villes du pays : Madrid et Barcelone. Aho­ra Madrid et Barcelona en Comù, soutenus par Podemos, incar­nent l’espoir des mil­liers d’Espagnols pour un vrai change­ment sur des ques­tions sociales et économiques comme le droit au loge­ment, la fémin­i­sa­tion de la poli­tique, l’égalisation des salaires et le tra­vail digne.

A Lava­piès, des loy­ers tou­jours plus chers
A Madrid, les prob­lèmes de loge­ment ont de mul­ti­ples formes. Selon une enquête du quo­ti­di­en El Paìs, depuis 2014 le prix moyen des loca­tions a aug­men­té de 36 %. Cer­tains quartiers du cen­tre-ville vivent une véri­ta­ble gen­tri­fi­ca­tion poussée, c’est le cas de Lava­piés, un quarti­er aux rues étroites dans la par­tie sud de la cap­i­tale. « Lava­piés était un quarti­er pop­u­laire jusqu’à peu, explique Tere­sa Palo­mo, jour­nal­iste indépen­dante qui vit dans le quarti­er depuis 8 ans. Ici habitaient des com­mu­nautés de Lati­no-Améri­cains, d’asiatiques et de sub­sa­hariens. Puis à un cer­tain moment, Lava­piés a com­mencé à se faire con­naitre à cause des bagar­res noc­turnes, il est devenu le quarti­er dan­gereux du cen­tre-ville, alors qu’en vérité on y vivait très bien ». L’ex­plo­sion des loca­tions touris­tiques au cen­tre-ville a pour­tant entraîné une aug­men­ta­tion sys­té­ma­tique des prix des loy­ers dans toute la ville. Lava­piés a été gen­tri­fié au prof­it des couch­es sociales supérieures à la recherche de prix plus abor­d­ables, ce qui est en train de chang­er rapi­de­ment le pro­file socio-économique du quarti­er. Si les étrangers aban­don­nent, pour ceux qui restent la sit­u­a­tion n’est pas plus facile. José Emilio, 43 ans, acteur de théâtre venu de Cadix, vit depuis des années dans une sit­u­a­tion pré­caire : « Avec mon méti­er, je n’arrive jamais à avoir des entrées sta­bles. Pour faire face à l’augmentation des prix, j’ai dû sous-louer une petite cham­bre et partager mon apparte­ment avec quelqu’un. Alors que rien ne jus­ti­fie une telle explo­sion des prix des loca­tions ».

Face à cette sit­u­a­tion, l’ab­sence de dia­logue s’ac­centue entre les dif­férents par­ti­sans du mou­ve­ment du 15M (de 15 mai 2011, date d’un impor­tant rassem­ble­ment spon­tané, à l’origine du mou­ve­ment des indignés). « C’est très bizarre de faire par­tie des insti­tu­tions, d’accepter le grand cirque médi­a­tique, où tout se joue sur de sub­tiles tac­tiques. Alors qu’on était habitué à la con­fronta­tion sincère de la rue, où on pou­vait s’exprimer sans aucune hypocrisie », analyse Lucia Mar­tin, porte-parole du mou­ve­ment Barcelona en Comù au con­grès des députés espag­nols à Madrid.

Une prochaine pos­si­bil­ité de réc­on­cil­i­a­tion, sera sans doute le rassem­ble­ment pour la «renta basi­ca », le revenu de base uni­versel, prévu dans les semaines à venir à Madrid. Perçu par les activistes comme une mesure essen­tielle pour faire face au «ter­ror­isme financier» et à la cor­rup­tion poli­tique. Un sujet trans­ver­sal, qui tient à cœur à la fois aux mou­ve­ments de rue et aux nou­velles for­ma­tions poli­tiques espag­noles. Mal­gré les frac­tures internes, et les plus récentes dif­fi­cultés à dia­loguer entre Madrid et Barcelone, les Indignés ont tou­jours les moyens d’occuper l’espace pub­lic espag­nol.

Texte et photos : Samuel Bregolin

Pho­to de Une : une man­i­fes­ta­tion de la PAH en face du Con­grès des députés espag­nols, jeu­di 25 jan­vi­er 2018

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L’explosion de loge­ments réservés aux touristes oblige les Barcelon­ais à quit­ter les espaces publics du cen­tre-ville vers la ban­lieue. La vie sociale dis­paraît de la vieille ville et le secteur financier prof­ite du tourisme pour men­er des opéra­tions économiques majeures.

Dans un local anonyme de la ban­lieue de Barcelone éclairé aux néons, les rési­dents du quarti­er de Nou Bar­ris se retrou­vent pour leur réu­nion heb­do­madaire. À l’ordre du jour, la hausse des loy­ers : plusieurs rési­dents risquent l’expulsion durant l’été. Ils s’appellent Manuela, mère de qua­tre enfants, mais aus­si Guiller­mo, José, Jorge, tous des tra­vailleurs pré­caires. Marie est la dernière à inter­venir. Les larmes aux yeux, cette dame imposante de 57 ans porte une robe fleurie et serre un mou­choir entre ses doigts. Marie explique qu’elle n’est plus en mesure de pay­er son loy­er. Suite aux impayés, la pro­prié­taire men­ace de la met­tre à la rue. « La pres­sion spécu­la­tive et finan­cière, avec l’entrée des ban­ques dans le marché immo­bili­er, a créé une sit­u­a­tion très cri­tique. Les gens souhait­ent échap­per aux loy­ers hors de prix du cen­tre-ville et la demande finit par dépass­er l’offre dans les alen­tours. Ceux qui payent la note, ce sont tou­jours les plus pau­vres et mar­gin­al­isés », explique Sal­vador Tor­res, porte-parole de l’association 500x20, qui lutte pour plus de loge­ments soci­aux à Barcelone. Mon­tré du doigt, le secteur financier est accusé de prof­iter du tourisme de masse qui a envahi la ville dans les dernières années pour men­er des opéra­tions com­mer­ciales autre­fois irréal­is­ables. La hausse injus­ti­fiée des prix des loy­ers est une des con­séquences de la gen­tri­fi­ca­tion et de la « touris­ti­fi­ca­tion » du cen­tre-ville.

Nou Bar­ris, les rési­dents s’opposent à la con­struc­tion de nou­veaux HLM avec des potagers col­lec­tifs

Selon la mairie de Barcelone, 38 mil­lions de per­son­nes, Espag­nols et étrangers, vis­i­tent chaque année la ville. Les énormes paque­bots qui accos­tent dans le port débar­quent jusqu’à 20 000 per­son­nes par jour en haute sai­son. Plus de 9 mil­lions de per­son­nes par an déci­dent de pass­er au moins trois nuitées dans la cap­i­tale cata­lane. Des chiffres impor­tants, com­parés aux 2 mil­lions de per­son­nes qui rési­dent en ville. Mal­gré les ini­tia­tives de Ada Colau, la mairesse indignée de Barcelone (issue du mou­ve­ment des Indignés de 2008), la sit­u­a­tion sem­ble être irréversible. « Pour le cen­tre-ville, il n’y a plus vrai­ment d’espoir », sig­nale Andrés Ante­bi de L’Observatori de la Vida Quo­tid­i­ana (Obser­va­toire de la vie quo­ti­di­enne de Barcelone) : « Il aurait fal­lu y penser avant. Depuis 1992, quand la ville a accueil­li les Jeux Olympiques, point de départ du secteur touris­tique local. Désor­mais il n’existe presque plus de vie de quarti­er. Les rares rési­dents qui restent dans le dis­trict de la vieille ville ont de plus en plus sou­vent pour voisins des touristes étrangers, qui ne restent en ville que quelques jours. Il n’y a plus de réseau citoyen, mais que des com­merces, des restau­rants et des bars à tapas. Très peu de dis­cus­sions publiques se dévelop­pent au cen­tre-ville » pour­suit-il.

Le site Inside Airbnb recense et analyse les loge­ments touris­tiques disponibles à Barcelone

Cepen­dant, quand on tra­verse La Ram­bla, le boule­vard pié­ton qui relie la cen­trale Plaça Catalun­ya au bord de mer, on a l’impression d’être au cœur d’une ville méditer­ranéenne, vivace et dynamique. Aux côtés des touristes en tran­sit, des hommes d’affaires, des étu­di­ants, des vendeurs de sou­venirs. À la tombée de la nuit, les jeunes se don­nent ren­dez-vous autour de la fontaine de Plaça Reial, les employés à la sor­tie des bureaux prof­i­tent de l’apéro sur les ter­rass­es des cafés alors que la bour­geoisie cata­lane se retrou­ve sous les porch­es du Gran Teatre du Liceu. Impos­si­ble de tra­vers­er La Ram­bla d’un bout à l’autre sans enten­dre plusieurs langues dif­férentes. Ici, touristes et rési­dents se mêlent, dans une atmo­sphère métis­sée et mul­ti­cul­turelle. La cohab­i­ta­tion entre touristes et rési­dents existe, et si cer­tains Barcelon­ais s’emportent, c’est plutôt con­tre les pro­mo­teurs immo­biliers qui con­voitent plusieurs immeubles à la fois et aug­mentent les prix des loy­ers pour coller aux mod­èles économiques de la nuitée plutôt qu’à un rési­dent à l’année. « Ce qu’on appelle désor­mais la “touris­mo­pho­bie”, ce n’est qu’une astuce des lob­bies économiques pour crim­i­nalis­er et décrédi­bilis­er les mou­ve­ments soci­aux qui remet­tent en dis­cus­sion la réal­ité touris­tique et urbaine de ses ter­ri­toires » explique Ser­gi Yanes, doc­teur en anthro­polo­gie, cofon­da­teur du pro­jet Tur­is­mo­grafias, un réseau européen qui analyse la réor­gan­i­sa­tion néolibérale de l’espace urbain. « En aucun cas les Barcelon­ais n’ont eu peur du tourisme ou des touristes. Les impacts sur la vie économique de la ville sont nom­breux. On pour­rait dire que le tourisme aide à ouvrir de nou­veaux chemins à la spécu­la­tion immo­bil­ière et finan­cière. Il jus­ti­fie des opéra­tions urbaines autrement impos­si­bles. En fait, le suf­fixe ‑pho­bie, comme on pen­sait ce néol­o­gisme il y a plus de 10 ans, ne se réfère pas à la “peur”, mais à la “haine” ou à “l’an­tipathie” ».

La Ram­bla est dev­enue le prin­ci­pal axe touris­tique de la ville

L’origine des prob­lé­ma­tiques actuelles est à chercher dans l’histoire de la poli­tique d’aménagement de la munic­i­pal­ité de Barcelone. Depuis 1978, la Con­sti­tu­tion espag­nole délègue ces com­pé­tences à la com­mu­nauté autonome [1]. La zone de Ciu­tat Vel­la qui englobe les dif­férents quartiers du cen­tre de la ville, était habitée par des habitant·es aux pro­fils soci­ologiques var­iés. Entre 1991 et 2005, la part des class­es pop­u­laires restait impor­tante (jusqu’à 70 % dans le Raval), celle des class­es supérieures était sta­ble (30 % dans le Bar­rio Goti­co). C’est la part des pop­u­la­tions étrangères qui a aug­men­té. Ain­si, dans cer­tains secteurs du Raval, ils sont passés de 6 % à 50 % en 15 ans. Le chercheur Hov­ig Ter Minass­ian racon­te qu’en 2005, des résident·es assez aisé·es quit­tent le quarti­er pour dif­férents fac­teurs, dont le développe­ment touris­tique « jugé exces­sif ». Il estime que « c’est l’ensemble de la poli­tique publique à l’égard du dis­trict de Ciu­tat Vel­la qui a joué ici, sus­ci­tant un développe­ment exces­sif de l’activité touris­tique ». Cette poli­tique publique, c’est le choix de don­ner au Raval une voca­tion touris­tique, « asso­ciée à une volon­té d’en chang­er l’identité pour en don­ner une image moins sul­fureuse », favorisant « une gen­tri­fi­ca­tion de ces quartiers, qui reste cepen­dant encore lim­itée ». Au milieu des années 2000, le chercheur se demande déjà « com­ment la munic­i­pal­ité entend garan­tir l’accueil des étranger·es non Européen·nes dans le cen­tre ancien, faciliter le main­tien des « résident·es traditionnel·les » menacé·es par les expro­pri­a­tions et l’élévation rapi­de des loy­ers, et enfin éviter un développe­ment exces­sif des fonc­tions touris­tiques et com­mer­ciales, au détri­ment de la fonc­tion rési­den­tielle ».

Le secteur du loge­ment espag­nol ne compte qua­si­ment aucun loge­ment social, car il se base sur l’accession général­isée à la pro­priété. Entre 2005 et 2008, le prix de la loca­tion immo­bil­ière aug­mente de 33 % à 42 % dans Ciu­tat Vel­la. Après l’éclatement de la bulle immo­bil­ière de 2008, la Cat­a­logne est la région la plus touchée d’Espagne par les saisies de loge­ment. Les loy­ers bais­sent alors un peu, sans com­penser toute­fois la hausse des années précé­dentes. En 2011, lorsque la CIU (une fédéra­tion de deux par­tis poli­tiques nation­al­istes cata­lans) prend la tête de la munic­i­pal­ité, elle libéralise la ques­tion du loge­ment touris­tique. En deux ans, près de 40 000 apparte­ments sont trans­for­més en loge­ments pour touristes. L’arrivée de AirBnb accentue la crise : cette fois, ce n’est pas la « facil­ité d’obtenir un crédit » qui fait mon­ter les prix de l’immobilier, mais les pos­si­bil­ités d’énormes prof­its liés à la loca­tion touris­tique. Dès lors, l’offre de loge­ment pour les class­es moyennes ou pau­vres est insuff­isante.

Les loca­tions illé­gales d’appartements con­tribuent plus que tout le reste à la dis­pari­tion de la vie citoyenne. Selon le dossier « UnfairBnb » du Cor­po­rate Europe Obser­va­to­ry de Brux­elles, à Barcelone plus de 18 000 loca­tions touris­tiques sont pro­posées à tra­vers des struc­tures comme AirBnb. Alors que, si l’on regarde les don­nées de 2016 de la mairie de Barcelone, il existe moins de 10 000 apparte­ments touris­tiques offi­cielle­ment inscrits dans les reg­istres de la ville. D’après le site d’observation « insid­eAirBnb », lancé par l’activiste états-unien Mur­ray Cox, 64 % des apparte­ments loués aux touristes à Barcelone seraient disponibles tout au long de l’année. Il est donc prob­a­ble que le pro­prié­taire ne soit pas logé dans la mai­son, ce qui représente un emploi illé­gal et une cause du déplace­ment des rési­dents vers les alen­tours. D’après la con­sul­ta­tion sur l’économie col­lab­o­ra­tive dans le secteur de l’hébergement touris­tique, réal­isée par la Com­mis­sion Européenne en juin 2017 et rap­portée par UnfairBnb, seule­ment 38 % des pro­prié­taires inter­pel­lés affir­ment demeur­er dans les apparte­ments qu’ils louent aux touristes.

Les prob­lèmes de loge­ment du cen­tre-ville ont fini par emporter aus­si les alen­tours. « Barcelone est une ville de taille moyenne, enclavée par des mon­tagnes : elle n’a pas la place pour s’étaler. La hausse des loy­ers n’est qu’une alerte d’un prob­lème plus vaste. Désor­mais, des loge­ments touris­tiques sont pro­posés dans des secteurs et des quartiers qui n’ont rien d’intéressant à pro­pos­er à un vis­i­teur étranger. L’effet domi­no est en train d’en­traîn­er dans le gouf­fre des quartiers tra­di­tion­nelle­ment réservés aux rési­dents », regrette Andrés.

A la sta­tion de Plaça Catalun­ya, Lamine descend du « Rodalies », le train de ban­lieue. Il est 9 heures et ce respon­s­able asso­ci­atif est par­ti de chez lui il y a plus de 45 min­utes. « Je ne pou­vais pas me per­me­t­tre les loy­ers de Barcelone. Je me suis instal­lé avec ma femme dans une petite ville bal­néaire de la périphérie. Il y a quelques années, on se sen­tait vrai­ment éloigné·es, mais je vois de plus en plus de gens faire ce choix là. Et surtout, les prix sont tels qu’on voit des agences organ­is­er des voy­ages à Barcelone et loger les gens à côté de chez nous. Ils leur promet­tent Barcelone, mais en fait, ils ont une heure de trans­port pour y arriv­er », explique-t-il. Le long des rues qu’il emprunte pour se ren­dre à son bureau, des dra­peaux sur lesquels sont imprimés des formes de vau­tours noirs bar­rés de rouge sont accrochés aux fenêtres : les slo­gans s’en pren­nent aux spécu­la­teurs immo­biliers.

En 2018, les habitant·es de ces quartiers du cen­tre-ville his­torique de Barcelone se sont mobilisé·es con­tre un prob­lème sup­plé­men­taire : le traf­ic de drogue. La spécu­la­tion immo­bil­ière vide les immeubles, qui se retrou­vent occupés par des trafi­quants, le temps que les pro­prié­taires vendent les bâti­ments ou que s’enclenchent les travaux. En avril 2018, la Fédéra­tion des asso­ci­a­tions de résident·es de Barcelone a appelé à man­i­fester con­tre l’augmentation des « nar­copisos » (apparte­ments de traf­ic) et leur éten­due vers le Nord-Ouest de la ville. Dans un com­mu­niqué, la fédéra­tion dénonce la « pro­liféra­tion du traf­ic d’héroïne dans les loge­ments vides du quarti­er du Raval » (à l’Ouest de l’avenue de Las Ram­blas) et « la spécu­la­tion immo­bil­ière qui la rend pos­si­ble ». Les habitant·es dénon­cent un sys­tème bureau­cra­tique et deman­dent une mod­i­fi­ca­tion de la lég­is­la­tion pour per­me­t­tre à la mairie, la région et l’Etat de tra­vailler de façon coor­don­née.

Aujourd’hui, la mobil­i­sa­tion des habitant·es s’appuie sur le cumul d’expériences depuis les années 2000, mais surtout sur la créa­tion de la Plate­forme des affecté·es par l’hypothèque en 2009, dont de nom­breux groupes locaux sont instal­lés en Cat­a­logne. « C’est la con­ver­gence de plusieurs mou­ve­ments soci­aux, notam­ment du mou­ve­ment Oku­pa, des mou­ve­ments pour le droit au loge­ment, des mou­ve­ments lib­er­taires, du 15M, des mou­ve­ments indépen­dan­tistes cata­lans, etc., qui a engen­dré une véri­ta­ble syn­ergie qui s’est cristallisée sur le thème du loge­ment », analyse Diego Miralles Buil, doc­tor­ant en géo­gra­phie à l’université de Lyon 2. Cette mobil­i­sa­tion a per­mis la con­struc­tion de dif­férentes coopéra­tives d’habitations d’usage. Ces coopéra­tives, dont sont mem­bres les futur·es habitant·es, finan­cent des pro­jets de con­struc­tion grâce à des finance­ments éthiques et coopérat­ifs, dans des ter­rains cédés par la munic­i­pal­ité en échange de l’assurance que ces loge­ments seront des loge­ments soci­aux. Sou­vent, les pro­jets sont menés par des archi­tectes ou urban­istes elles·eux-mêmes organisé·es en coopéra­tive, comme le col­lec­tif LaCol.

Ces pro­jets ont pour but pre­mier de répon­dre à l’urgence, mais pas seule­ment : « Les col­lec­tifs mil­i­tants barcelon­ais ont vu dans ces formes alter­na­tives d’accès au loge­ment un moyen prag­ma­tique de lut­ter con­tre l’omniprésence de la pro­priété privée et de la spécu­la­tion immo­bil­ière en Espagne. Le but de la majorité de ces col­lec­tifs est en effet de se réap­pro­prier ce « droit fon­da­men­tal » qu’est le droit à l’accès à un loge­ment abor­d­able et digne pour toutes et pour tous », analyse Diego Miralles Buil. Le début d’une reprise en main de la ville par ses habitant·es.

Reportage Samuel Bregolin et Leïla Beratto

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Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits,…)...

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Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits,…) et sur l’avenir des pro­duc­teurs de cannabis dans les pays du Sud. Avec elle, nous décryp­tons l’adap­ta­tion des pays his­torique­ment pro­duc­teurs de cannabis en Méditer­ranée, prin­ci­pale­ment Maroc et Liban, face aux nou­veaux modes de pro­duc­tion.

Entretien

La Méditer­ranée est his­torique­ment une des prin­ci­pales régions pro­duc­tri­ces de cannabis avec le Maroc et le Liban, est-ce tou­jours le cas aujour­d’hui ?

Effec­tive­ment, la région méditer­ranéenne est une région his­torique de pro­duc­tion de cannabis, mais ce n’est qu’au cours de ces cinquante dernières années que le Maroc et le Liban* sont devenus par­mi les plus impor­tants pro­duc­teurs de haschich au monde pour ce qui con­cerne le marché d’exportation. Il y a eu, par le passé, d’autres espaces de cul­ture de cannabis en Afrique du Nord, au Moyen Ori­ent et en Europe du Sud, notam­ment en Egypte, en Syrie, en Algérie, en Tunisie, en Grèce et en Turquie.

Le Maroc, qui est un pays tra­di­tion­nel de cul­ture de cannabis (de kif ou herbe de cannabis), a com­mencé à pro­duire du haschich pour répon­dre à la demande européenne, puis l’a ensuite dif­fusé sur son ter­ri­toire nation­al. Le Liban l’a des­tiné dans un pre­mier temps à l’Europe et le Moyen Ori­ent, mais très peu de haschich libanais cir­cule actuelle­ment en Europe, si on en croit les saisies réal­isées par la police européenne et les dires des con­som­ma­teurs européens.

Aujourd’hui, le Rif au Maroc et la Beqaa au Liban sont toutes deux d’importantes régions de pro­duc­tion de cannabis. Les paysans les plus pau­vres y ont prof­ité de l’opportunité économique provo­quée par la pro­hi­bi­tion et une demande mon­di­ale soutenue de cannabis. Le Maroc et le Liban parta­gent, à bien des égards, des simil­i­tudes (mar­gin­al­i­sa­tion des espaces de cul­ture, lég­is­la­tion répres­sive, demande inter­na­tionale impor­tante, cli­mat méditer­ranéen prop­ice à la cul­ture, marchés de con­som­ma­tion à prox­im­ité, etc.).

Mais la com­para­i­son des deux pays laisse entrevoir des dif­férences de con­textes insti­tu­tion­nels dans les marchés locaux et inter­na­tionaux (marché tra­di­tion­nel au Maroc/absence d’un marché local au Liban, sta­bil­ité au Maroc/instabilité au Liban, etc.). Au Maroc, la sta­bil­ité du pays et la spé­cial­i­sa­tion des cul­ti­va­teurs de cannabis, depuis une cinquan­taine d’années, a favorisé le développe­ment d’une économie du haschich com­péti­tive. En dif­férents lieux, de mul­ti­ples pro­duits, aux qual­ités et aux prix diver­si­fiés, sont com­mer­cial­isés. La con­cur­rence entre pro­duc­teurs maro­cains et européens entraine de véri­ta­bles straté­gies com­mer­ciales. Par ailleurs, le Maroc pro­duit égale­ment pour une impor­tante con­som­ma­tion locale de cannabis.

Au Liban, les cul­ti­va­teurs et les inter­mé­di­aires ont su dévelop­per une économie du cannabis mal­gré l’instabilité poli­tique, les guer­res et les ingérences étrangères. L’absence de con­trôle de l’Etat dans la Beqaa, en sit­u­a­tion de con­flit per­ma­nente, s’est révélée avan­tageuse pour les cul­ti­va­teurs et les inter­mé­di­aires et a même favorisé le pas­sage du cannabis au pavot à la fin des années 1980. Les désor­dres poli­tiques actuels au Moyen-Ori­ent — et prin­ci­pale­ment la guerre en Syrie —, ont, une fois encore, favorisé la reprise de la cul­ture de cannabis et la pro­duc­tion de haschich dans la val­lée de la Béqaa. Aujour­d’hui, le Liban est cer­taine­ment le pre­mier pro­duc­teur de résine de cannabis du Moyen-Ori­ent. Pour­tant, si la cul­ture du cannabis au Liban est anci­enne, ce pro­duit n’y a pas sus­cité les mêmes usages tra­di­tion­nels qu’au Maroc.

Champ de cannabis dans le Rif (Maroc)

Par ailleurs, ces dernières années ont vu émerg­er de nou­veaux espaces de cul­ture de cannabis en Méditer­ranée. Est née en Europe une pro­duc­tion domes­tique crois­sante, égale­ment par­mi des pays méditer­ranéens. En Espagne par exem­ple, selon une recherche menée sur la base des saisies de la police espag­nole, la cul­ture de cannabis à grande échelle a aug­men­té et on s’orienterait vers une sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions du haschich maro­cain. Rap­pelons que l’Espagne, qui est très proche géo­graphique­ment du Maroc, est le pre­mier pays de tran­sit et beau­coup de trafi­quants et d’intermédiaires espag­nols sont impliqués dans le traf­ic du haschich maro­cain. Le plus sur­prenant est que la cul­ture de cannabis à grande échelle se ferait surtout selon le mod­èle «hol­landais», c’est-à-dire en intérieur, alors que l’Espagne du Sud dis­pose de con­di­tions cli­ma­tiques et édaphiques favor­ables, autant que le Maroc et le Liban. Mais, étant don­né l’ampleur qu’a prise cette économie, les cul­tures de cannabis ont été déplacées en intérieur dans des lieux cachés et pro­tégés. Une autre recherche a mon­tré qu’en Turquie égale­ment, il per­siste une tra­di­tion de pro­duc­tion de haschich et, en regard à une posi­tion géo­graphique idéale au car­refour de l’Europe, des Balka­ns et du Moyen-Ori­ent, la cul­ture de cannabis aurait aug­men­té ces dix dernières années, prin­ci­pale­ment dans la région de Diyarbakir. Cepen­dant, la pro­duc­tion de cannabis dans plusieurs pays de la Méditer­ranée reste mécon­nue car peu de recherch­es sur ces pays ont été effec­tuées. La plu­part des infor­ma­tions provi­en­nent de jour­nal­istes ou de la police et non pas de recherch­es en sci­ences sociales. C’est le cas de l’Al­ban­ie où la police médi­a­tise régulière­ment les arresta­tions dans des inter­ven­tions liées au traf­ic et les érad­i­ca­tions de champs de cannabis vis­i­ble­ment impor­tantes dans le pays, surtout dans les mon­tagnes près de la fron­tière avec la Grèce.

Quelle est la lég­is­la­tion actuelle au Maroc con­cer­nant la cul­ture et la con­som­ma­tion du cannabis ? Est-elle effi­cace pour dis­suad­er les pro­duc­teurs de se lancer dans la pro­duc­tion ?

La lég­is­la­tion actuelle en matière de cul­ture et de con­som­ma­tion de cannabis au Maroc est liée à la péri­ode de Pro­tec­torat français, c’est un héritage colo­nial et des con­ven­tions inter­na­tionales. Plusieurs dahirs (décrets roy­aux) ont régle­men­té la cul­ture, la vente et l’usage du cannabis entre 1912 et 1956. D’abord ces dahirs avaient pour objec­tifs de défendre les intérêts de la Régie du Tabac et du Kif, mono­pole instau­ré par la France (qui cul­ti­vait du cannabis dans dif­férentes régions, notam­ment du côté de Kéni­tra ou de Mar­rakech), dont les recettes étaient ver­sées à l’administration française, et de lut­ter con­tre la con­tre­bande du kif cul­tivé dans la zone sous Pro­tec­torat espag­nol, c’est-à-dire dans le Rif. En 1954, un dahir inter­dit, dans la per­spec­tive de l’indépendance prochaine, la pro­duc­tion, la vente et la con­som­ma­tion de cannabis dans toute la zone sous pro­tec­torat français pri­vant ain­si le Maroc d’une manne finan­cière après l’avoir exploité pen­dant plusieurs décen­nies. A l’indépendance (1956), cette inter­dic­tion est élargie à l’ensemble du ter­ri­toire et le car­ac­tère illé­gal des dérivés du cannabis sera con­fir­mé dès la sig­na­ture par le Maroc (1966) de la Con­ven­tion unique sur les stupé­fi­ants de 1961 (Nations unies). Dans la lignée des con­ven­tions inter­na­tionales, en 1974, un nou­veau dahir relatif à la répres­sion et à la préven­tion de la tox­i­co­manie est pro­mul­gué. Répres­sif à l’égard du con­som­ma­teur, il con­stitue aujourd’hui la base de la lég­is­la­tion en matière de con­som­ma­tion de drogues au Maroc. Mal­gré ces inter­dic­tions, la cul­ture de cannabis sera tolérée dans un espace restreint du Rif cen­tral où elle serait implan­tée depuis plusieurs siè­cles. Elle sera égale­ment tolérée dans le Rif occi­den­tal (Jebala), là où il y a eu des exten­sions de cul­ture de cannabis pen­dant les années 1980 et 1990.

La cul­ture de cannabis a une longue his­toire de tolérance per­pé­tuée par les Espag­nols pen­dant le Pro­tec­torat pour s’attirer la sym­pa­thie des tribus berbères après la guerre du Rif (1921–1926). Le cannabis y est devenu un sym­bole iden­ti­taire d’une pop­u­la­tion mar­gin­al­isée. Le Nord du Maroc a eu par le passé une his­toire tumultueuse avec le pou­voir cen­tral. Il a con­nu des émeutes de 1958 et 1981, et a été mis à l’écart des grands pro­jets de développe­ment à l’indépendance du pays. La lég­is­la­tion n’a donc pas été effi­cace pour sup­primer la cul­ture de cannabis dans le Rif mais l’application de la loi a été effi­cace notam­ment lorsqu’elle a sup­primé la cul­ture de cannabis dans le Sud du Maroc ou a restreint l’extension de la cul­ture de cannabis au delà du Rif. Elle a per­mis égale­ment d’éradiquer la cul­ture de cannabis dans la province de Larache.

Glob­ale­ment, les dahirs de loi inter­dis­ent l’usage, la cul­ture, le trans­port, le stock­age, la vente du cannabis sous toutes leurs formes. Toute­fois, l’usage étant tra­di­tion­nel, la pos­ses­sion de petites quan­tités n’est pas pas­si­ble de pour­suites. Quant à la cul­ture de cannabis, elle est illé­gale et peut faire encourir à ses auteurs une peine d’emprisonnement de 5 à 10 ans et une amende de 5 000 à 50 000 dirhams. Elle est aus­si tolérée, ce qui n’empêche nulle­ment les érad­i­ca­tions ou les arresta­tions. Ce qui place les cul­ti­va­teurs dans une grande incer­ti­tude. Selon les chiffres du Min­istère de l’Intérieur, ils seraient 47 000 cul­ti­va­teurs sous man­dats d’arrêt, ils ne seront pas tous incar­cérés, mais leur incrim­i­na­tion les fait vivre dans la peur per­ma­nente. Ils doivent se cacher, établir des straté­gies, chang­er leur vie quo­ti­di­enne. Pour des dél­its plus graves liés au marché du cannabis, la dis­tri­b­u­tion et la vente, les peines sont plus sévères, surtout si des liens avec des organ­i­sa­tions crim­inelles sont avérés.

Com­ment évolue la pro­duc­tion et com­ment les pro­duc­teurs maro­cains s’adaptent-ils face la con­som­ma­tion de cannabis de syn­thèse, mais aus­si face à l’aug­men­ta­tion de la pro­duc­tion en Europe ?

En effet, en Europe, il y a eu une émer­gence d’une indus­trie de sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions de haschich. Les con­som­ma­teurs européens ont désor­mais à dis­po­si­tion des pro­duits diver­si­fiés et puis­sants. Selon l’Observatoire européen des drogues et tox­i­co­ma­nies, le marché est aus­si car­ac­térisé depuis le milieu des années 2000 par l’introduction du cannabis de syn­thèse orig­i­naire d’Asie. Il est dif­fi­cile de savoir si le cannabis de syn­thèse a un impact sur la cul­ture de cannabis au Maroc et s’il fait con­cur­rence au haschich maro­cain en Europe. Il faudrait déter­min­er en pre­mier lieu quels sont les con­som­ma­teurs de cannabis qui se tour­nent vers ce type de pro­duit. Nonob­stant, le haschich a souf­fert de la con­cur­rence de l’herbe cul­tivée par les nou­veaux entre­pre­neurs de cannabis locaux qui usent de tech­niques de cul­ture et de straté­gies de mar­ket­ing mod­ernes et élaborées, et il a per­du beau­coup de sa pop­u­lar­ité pen­dant les années 1990.

Jeunes plants de cannabis de var­iété hybride, Rif (Maroc)

Pour­tant, il n’y a pas eu de déclin de la pro­duc­tion de haschich au Maroc, au con­traire la cul­ture de cannabis, la cul­ture de cannabis a vu éclore de nou­veaux développe­ments ces dix dernières années, avec l’introduction de var­iétés hybrides de cannabis, aux taux de THC plus élevés, afin de répon­dre aux préférences actuelles des con­som­ma­teurs européens. Les acteurs maro­cain du marché du cannabis ont déjà, par le passé, dû faire face à la con­cur­rence : pen­dant les années 1970 quand le haschich maro­cain, même de très bonne qual­ité, a com­mencé à être ven­du en Europe, il était con­cur­rencé par d’autres qual­ités réputées comme les haschichs libanais, turc, afghan ou népalais. Le marché pro­po­sait égale­ment dif­férentes var­iétés d’herbes africaine, colom­bi­enne, ou thaï­landaise.

Ce n’est qu’au cours des années 1990 que le haschich maro­cain s’est imposé sur le marché. Mais la con­cur­rence à laque­lle doivent faire face les cul­ti­va­teurs est égale­ment locale, par exem­ple entre le haschich pro­duit dans l’espace his­torique de cul­ture et celui provenant de nou­veaux espaces de pro­duc­tion, ou comme entre cul­ti­va­teurs d’un même vil­lage. Le nom­bre élevé de cul­ti­va­teurs per­met aux inter­mé­di­aires et aux trafi­quants d’exercer des pres­sions afin que soient intro­duites de nou­velles var­iétés hybrides ou que le prix du cannabis baisse. En l’occurrence, les cul­ti­va­teurs doivent s’adapter aux change­ments du marché, mais ces adap­ta­tions sont toute­fois à rel­a­tivis­er ; la cul­ture des hybrides par exem­ple pose d’autres prob­lèmes, comme celui de la sur­pro­duc­tion. Ces dernières années, la répres­sion du traf­ic s’est inten­si­fiée, et les cul­ti­va­teurs se plaig­nent de ne plus pou­voir écouler leurs stocks aus­si aisé­ment que par le passé. Et s’ils parvi­en­nent, grâce aux tech­niques mod­ernes, à faire évoluer leurs pro­duits, ils ne maîtrisent pas tou­jours les cir­cuits de com­mer­cial­i­sa­tion.

Com­ment évolue la cir­cu­la­tion des drogues en Méditer­ranée ? Y’a-t-il plus de trafics ? de nou­velles routes ? De nou­veaux con­cur­rents au shit maro­cain ?

Depuis quelques années, les risques lors du trans­port du haschisch ont aug­men­té au Maroc et vers l’Europe. Les autorités se con­cen­trent sur la répres­sion du traf­ic au delà de l’espace de cul­ture de cannabis (routes, fron­tières, villes) et les saisies se sont mul­ti­pliées. Vers l’Europe l’utilisation de moyens tech­nologiques (radars, etc.) per­me­t­tent d’intercepter les trafi­quants de manière plus effi­cace. Pour y faire face, les inter­mé­di­aires cherchent de nou­veaux marchés et com­men­cent à recon­fig­ur­er leurs réseaux de com­mer­cial­i­sa­tion ain­si depuis quelques années ils écoulent le haschisch en Afrique prof­i­tant notam­ment de sys­tèmes poli­tiques frag­ilisés et cor­rom­pus.

Con­cer­nant les nou­veaux con­cur­rents, les pro­duc­teurs des pays indus­tri­al­isés ne s’étaient pas réelle­ment intéressés, jusqu’à présent, à l’extraction de la résine. Le haschich demeu­rait un pro­duit d’importation. Mais actuelle­ment, on observe de nom­breuses ten­ta­tives de pro­duc­tion de résine en Europe même, comme en Amérique du Nord. Des tech­niques se dévelop­pent locale­ment, et de plus en plus de « cul­ti­va­teurs domes­tiques de cannabis » trans­for­ment leur cannabis grâce à des tech­niques d’extraction emprun­tées au pays du Sud mais adap­tées à l’Europe ; ain­si le « Pol­li­na­tor* », dévelop­pé par une entre­pre­neuse hol­landaise, per­met de pro­duire locale­ment une résine de grande qual­ité.

*Voir Afsahi K., Dar­wich S., 2016, “Hashish in Moroc­co and Lebanon- A com­par­a­tive study”, Inter­na­tion­al Jour­nal of Drug Pol­i­cy, 31, 190–198 http://dx.doi.org/10.1016/j.drugpo.2016.02.024

*Le Pol­li­na­tor est une machine qui ressem­ble à un sèche-linge bor­dé d’un tamis. Elle per­met d’ex­traire une résine avec moins de déchets végé­taux ou impuretés.

Soci­o­logue écon­o­miste, Ken­za Afsahi tra­vaille sur la pro­duc­tion de drogues. Maître de con­férences en soci­olo­gie à l’U­ni­ver­sité de Bor­deaux et chercheuse au Cen­tre Emile Durkheim (CNRS), une par­tie de ses recherch­es actuelles visent à dévoil­er les mécan­ismes du marché du cannabis à par­tir de l’étude de l’offre. Elle a notam­ment ini­tié et développe des com­para­isons Nord-Sud (avec le Maroc, le Cana­da et la France), et Sud-Sud (avec le Maroc, le Brésil et le Liban) de la cul­ture de cannabis. Elle insiste notam­ment sur l’impact des change­ments struc­turels du marché du cannabis dans le monde (lég­is­la­tion, nou­veaux pro­duits…) et sur l’avenir des pro­duc­teurs de cannabis dans les pays du Sud.

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A Tunis comme à Alger, la grève des médecins rési­dents a mis en lumière les défail­lances des sys­tèmes de san­té. Héritage social­iste égal­i­taire pour l’Algérie, héritage de l’époque de Bour­gui­ba pour la Tunisie, la san­té publique est pour­tant en déliques­cence et les prob­lèmes de ges­tion poussent les patients vers le privé.

« Je me suis retrou­vé à faire des gardes de 24 heures un jour sur deux, 30 jours de suite. Un jour, en ren­trant, je me suis endor­mi au volant et je suis ren­tré dans un mur », racon­te Meh­di*, rési­dent dans un hôpi­tal de Tunis. Débor­dés, les rési­dents tunisiens ont le sen­ti­ment d’être les “bouche-trous” des hôpi­taux, qui souf­frent d’une infra­struc­ture vieil­lis­sante, d’équipements défail­lants et de mau­vaise ges­tion. « Par exem­ple, pour­suit Meh­di, quand tu es interne en pédi­a­trie, à cause du manque d’appareils res­pi­ra­toires, tu pass­es par­fois la nuit à te relay­er avec l’autre rési­dent de garde pour faire respir­er manuelle­ment des nour­ris­sons. Tu n’as pas intérêt à t’endormir ». Cette dégra­da­tion des con­di­tions de tra­vail touche égale­ment les infir­miers et aides-soignants. Une étude de 2013 a ain­si révélé que près de 70 % des infir­miers de l’hôpital de Sfax souf­fraient d’épuisement pro­fes­sion­nel. Face à cette sit­u­a­tion, les ten­sions sont fortes entre médecins et per­son­nel paramédi­cal. « Hon­nête­ment, beau­coup ne font pas leur tra­vail, on est oblig­és de le faire à leur place au détri­ment de la for­ma­tion », regrette Meh­di.

« La loi algéri­enne, c’est six gardes max­i­mum par mois, témoigne un chirurgien d’Alger. Faire plus de dix gardes, c’est nor­male­ment unique­ment par réqui­si­tion du directeur de l’hôpital ou d’un offici­er de police judi­ci­aire. Mais c’est pour­tant courant ». Dans les rangs des rési­dents man­i­fes­tants, Sofia*, rési­dente en car­di­olo­gie, énumère la liste des prob­lèmes quo­ti­di­ens qui l’épuisent : « Cer­tains jours, je n’ai pas de ten­siomètre pen­dant ma garde. Par­fois, l’appareil qui fait les radios est en panne. D’autres fois, les bran­car­diers ne sont pas là. Je passe mes journées à gér­er des prob­lèmes qui ne sont pas de ma respon­s­abil­ité et je ne soigne pas : je fais du brico­lage ». Au ser­vice de gyné­colo­gie de l’hôpital de Bab El Oued, le groupe élec­trogène ne fonc­tionne plus. En cas de coupure de courant, il faut opér­er à la lumière des télé­phones porta­bles. « Et on par­le d’un hôpi­tal de la cap­i­tale du pays ! Imag­inez dans les Hauts-plateaux ou le Sud », souligne Sadek Ham­laoui, l’un des porte-parole du Col­lec­tif autonome des médecins rési­dents algériens.

Man­i­fes­ta­tion à l’hôpi­tal Mustapha Pacha, Alger, jan­vi­er 2018. Crédit LB

Les deux pays voisins ont pour­tant investi dans la san­té publique. En Algérie, le bud­get de la san­té a été mul­ti­plié par 4 entre 2000 et 2010. Mal­gré la crise budgé­taire liée à la baisse des revenus du pét­role, le bud­get de la san­té pour 2018 dépasse 3,4 mil­liards de dol­lars. En Tunisie, la loi de Finances 2018 prévoit un bud­get de 773 mil­lions de dol­lars. Si face au manque de matériel et de spé­cial­istes dans cer­taines régions, les respon­s­ables tunisiens invo­quent sou­vent la sit­u­a­tion économique dif­fi­cile du pays, un rap­port pub­lié en 2016 mon­tre qu’il s’agit tout autant — voire plus — d’un prob­lème de ges­tion que de moyens. La répar­ti­tion des équipements entre les dif­férents étab­lisse­ments de san­té y est par exem­ple qual­i­fiée d’ « irra­tionnelle ». Ain­si, le gou­ver­norat de l’Ariana, près de Tunis, est le moins doté en appareils d’imagerie médi­cale, alors que les patients qui se ren­dent en con­sul­ta­tion sont par­ti­c­ulière­ment nom­breux. A l’inverse, le gou­ver­norat de Tozeur, dans le Sud, est celui qui a le plus d’appareils d’imagerie médi­cale par nom­bre d’habitants, alors que le rythme de con­sul­ta­tions médi­cales y est faible. Les déci­sions con­cer­nant les ressources humaines et l’équipement sont cen­tral­isées au niveau du min­istère de la San­té, sou­vent sans con­sul­ter les acteurs de ter­rain ou éval­uer les besoins réels des struc­tures de san­té. « J’ai une amie, fraîche­ment diplômée en chirurgie pédi­a­trique, qui s’est retrou­vée à exercer dans le gou­ver­norat de Gafsa, où il n’y a aucun ser­vice de chirurgie pédi­a­trique ! Elle pas­sait son temps à écrire des cour­ri­ers pour adress­er ses patients à d’autres hôpi­taux », racon­te Meri­am Ben Soltane, rési­dente à Tunis.

De mau­vais­es ges­tions qui mènent à la cor­rup­tion

En Algérie, la ges­tion admin­is­tra­tive a été en par­tie décen­tral­isée. Le directeur de l’hôpital doit arbi­tr­er selon une enveloppe for­faitaire remise par l’Etat ain­si qu’un verse­ment, for­faitaire lui aus­si, de la Caisse nationale d’assurance mal­adie. Prob­lème : cer­taines spé­cial­ités sont plus chères que d’autres. « D’un point de vue financier, l’hôpital a sou­vent intérêt à ne pas soign­er », soupire un médecin spé­cial­iste du ser­vice pub­lic. Les choix des ges­tion­naires sont sou­vent mis en cause par les soignants. « A Djelfa (la qua­trième ville algéri­enne), en 2008, il y avait qua­tre scan­ners mais aucun poste de médecin radi­o­logue », témoigne Bilel, un médecin spé­cial­iste. En 2015, le ter­ri­toire comp­tait l’équivalent de 71 770 lits d’hospitalisation. Un chiffre en apparence sat­is­faisant, mais qui cache des dis­par­ités régionales impor­tantes. « Il faut surtout se deman­der ce que sig­ni­fie un lit, souligne un pédi­a­tre d’un hôpi­tal d’une région mon­tag­neuse. En réan­i­ma­tion par exem­ple, la norme inter­na­tionale veut qu’on compte comme lit, un lit équipé d’un matériel de réan­i­ma­tion pédi­a­trique. J’ai vu des ges­tion­naires compter le nom­bre de mate­las et en déduire que c’était des lits de réan­i­ma­tion. Le ges­tion­naire, comme tout le monde, n’a pas envie de se faire engueuler parce que les chiffres de son hôpi­tal ne sont pas bons ».

Dans un arti­cle, le pro­fesseur de chirurgie Abid Lar­bi, ancien directeur de san­té publique au min­istère de la San­té, souligne que les taux d’occupation des hôpi­taux avoisi­nent les 50 %, à l’exception des étab­lisse­ments mère-enfant, des mater­nités et des ser­vices de gyné­co-obstétriques. « Au lieu de con­stru­ire des poly­clin­iques, en met­tant en valeur le médecin omniprati­cien, on con­stru­it encore dans toutes les régions du pays des hôpi­taux qui sont à moitié vides », souligne-t-il. Selon lui, la région d’Adrar aurait ain­si plus besoin de poly­clin­iques et de mater­nités que des cinq hôpi­taux en con­struc­tion. « L’insuffisance de con­trôle et des pri­or­ités mal définies sont une source de gaspillage des deniers publics », affirme-t-il.

En Tunisie, la mau­vaise ges­tion et l’absence de con­trôle ouvrent la voie à la cor­rup­tion au sein des hôpi­taux. C’était l’une des prin­ci­pales caus­es de mécon­tente­ment exprimées par les patients de tout le pays lors du dia­logue socié­tal de san­té organ­isé en 2014 : bakchich ver­sé par les patients aux employés de l’administration pour con­tourn­er les longues heures d’attente aux con­sul­ta­tions, pass­er un exa­m­en ou obtenir les résul­tats d’analyses san­guines plus rapi­de­ment… Mais la cor­rup­tion existe égale­ment à un plus haut niveau, dans l’attribution des appels d’offre pour les médica­ments par exem­ple. « La dernière fois, j’ai ren­con­tré un représen­tant médi­cal qui m’a dit que son entre­prise avait rem­porté l’appel d’offres plusieurs mois aupar­a­vant pour un médica­ment, et qu’il l’avait fourni à l’hôpital. Or, je n’avais jamais vu ce médica­ment, et il n’était pas disponible ! Per­son­ne ne sait où les boîtes sont passées », s’insurge Meh­di.

En Tunisie, env­i­ron 90% de la pop­u­la­tion béné­fi­cie d’une cou­ver­ture san­té. Mais il existe une iné­gal­ité, en par­ti­c­uli­er géo­graphique, dans l’accès aux soins : ain­si, les habi­tants du Kef, dans le Nord-Ouest, doivent par­courir plus de 200 kilo­mètres pour accéder à l’hôpital uni­ver­si­taire, alors que ceux-ci sont surtout con­cen­trés sur la côte, plus prospère. Par ailleurs, être assuré et avoir accès à un étab­lisse­ment de san­té ne garan­tit pas tou­jours une qual­ité de soins cor­recte. Dans les hôpi­taux comme dans les cen­tres de san­té de base, les délais d’attente sont longs et les médica­ments man­quent, faute de con­trôle des stocks, ce qui oblige les patients à se fournir dans des officines privées. « On ne trou­ve même pas de paracé­ta­mol à la phar­ma­cie de l’hôpital », se plaint Lil­ia*, dont le fiancé a été hos­pi­tal­isé à Nabeul. Dans ce con­texte, nom­breux sont ceux qui dis­ent recourir à la cor­rup­tion ou faire appel à des con­nais­sances pour être soignés mieux et plus vite. D’autres, s’ils en ont les moyens, se tour­nent vers les clin­iques privées. « Moi je cotise pour la san­té publique et j’y crois. Mais quand j’ai un pépin de san­té, je fais en sorte d’aller dans le privé », recon­naît Lil­ia.

S’adapter aux muta­tions sociales
En Algérie, alors qu’une nou­velle loi de san­té est en exa­m­en, les autorités répè­tent que la san­té gra­tu­ite pour tous est la pierre angu­laire du sys­tème. Pour­tant, la part à charge des ménages représente aujourd’hui 30 % de la dépense nationale de san­té, soit l’équivalent de la part de la Sécu­rité sociale. Le sys­tème de san­té n’est pas en mesure, tel qu’il est organ­isé, de faire face aux muta­tions sociales. Ain­si l’espérance de vie a aug­men­té et un mil­lion de bébés nais­sent chaque année, la pop­u­la­tion algéri­enne est donc vieil­lis­sante et la pres­sion sur les infra­struc­tures gyné­co-obstétriques et pédi­a­triques est gran­dis­sante. Par ailleurs, le développe­ment du niveau de vie a mod­i­fié le pro­fil épidémi­ologique du pays. Ain­si, on meurt désor­mais plus d’un can­cer ou d’un acci­dent de la route, que d’une mal­adie comme le choléra. Si le plan can­cer lancé en 2011 per­met désor­mais aux patients d’être suiv­is en chimio­thérapie à l’hôpital pub­lic, la radio­thérapie doit se faire dans les clin­iques privées. « Il existe des infra­struc­tures dans les hôpi­taux publics, mais elles sont sur­chargées et les délais d’attente sont longs. La radio­thérapie doit se faire dans un délai fixe après la chimio. Les patients n’ont pas d’autres choix que de se tourn­er vers le privé », explique Samia Gas­mi, prési­dente de l’association d’aide aux can­céreux Nour Doha.  

Mais surtout, les dis­par­ités régionales sont très impor­tantes. Selon le think-tank Nab­ni, on compte 1,52 médecins pour 1 000 habi­tants dans les régions du Cen­tre, con­tre 0,81 pour 1 000 habi­tants dans le Sud-Est. On recense par ailleurs un spé­cial­iste pour 733 habi­tants à Alger, con­tre 1 spé­cial­iste pour 12 827 à Djelfa. La ville de In Salah, 36 000 habi­tants, à 1 270 kilo­mètres au Sud d’Alger, n’a aucune struc­ture publique qui peut pren­dre en charge un accouche­ment en cas de com­pli­ca­tions. « La seule solu­tion qu’on a, c’est de met­tre la patiente dans une voiture pour Ghardaïa, à 600 kilo­mètres », explique une habi­tante.

« Le patient se sent dén­i­gré, méprisé, mal pris en charge »
Tous ces obsta­cles, asso­ciés à un manque de com­mu­ni­ca­tion, sont sources de ten­sions entre patients et soignants. En Tunisie, la parole s’est libérée avec la révo­lu­tion de 2011, entraî­nant des dénon­ci­a­tions plus fréquentes, des dépasse­ments et erreurs médi­cales. La frus­tra­tion des patients peut même par­fois se trans­former en agres­siv­ité. « Ma prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion est dev­enue ma sécu­rité. Quand un patient décède, ses proches s’attaquent à toi. On dirait que c’est toi qui as tué le patient. Tu as pour­tant fait de ton mieux, en fonc­tion des moyens que tu avais », con­fie Ami­na Bouzi­di, rési­dente en pédi­a­trie à Mona­s­tir. Elle espère une prise de con­science col­lec­tive : « Nous on souf­fre, tout comme nos conci­toyens, de l’état des hôpi­taux. Donc ça con­cerne tout le monde ». En Algérie, le dis­cours est iden­tique. Les agres­sions sont dev­enues régulières. « Les patients sont face à nous. Ils nous ren­dent respon­s­ables de tous les prob­lèmes, de l’attente au manque de médica­ments, de l’absence de lits, de la panne du scan­ner », résume un rési­dent en oph­tal­molo­gie d’un CHU de la cap­i­tale. A Alger, il y a cinq CHU pour 5 mil­lions de per­son­nes, sans compter les patients envoyés dans d’autres régions du pays parce que les étab­lisse­ments de prox­im­ité n’avaient pas les moyens de les pren­dre en charge. « Le patient se sent dén­i­gré, méprisé, mal pris en charge », résume un car­di­o­logue. « C’est aus­si le sys­tème de gra­tu­ité qui pose prob­lème, soulève un maître assis­tant. Les patients pensent que le médecin est à sa dis­po­si­tion. Il n’y a pas de respon­s­abil­i­sa­tion ». Sarah fait par­tie de ceux qui en veu­lent aux médecins : « Ils n’écoutent pas les patients. Ils sont per­suadés d’avoir rai­son. Et ils ont fail­li tuer mon père lorsqu’il a été hos­pi­tal­isé ». Face aux nom­breuses his­toires d’erreurs médi­cales, les patients se méfient et ne font plus con­fi­ance.

Se tourn­er vers le privé, ou choisir l’exil
A Tunis comme à Alger, la san­té publique est un argu­ment bran­di par les autorités. Pour­tant, des indices mon­trent bien que l’on se dirige douce­ment vers une aug­men­ta­tion du rôle du privé dans le secteur de la san­té. En Tunisie, les médecins du secteur pub­lic peu­vent exercer une activ­ité privée com­plé­men­taire deux après-midi par semaine. Mais cer­tains en abusent. « Dans mon ser­vice, il y a appareil à échogra­phie tout neuf, mais il ne sert à rien car il est acca­paré par un médecin du ser­vice qui l’utilise pour son activ­ité privée et ferme la porte à clé quand il part », explique Ahlem*, rési­dente en gyné­colo­gie obstétrique.

D’autres choi­sis­sent de se tourn­er défini­tive­ment vers les clin­iques privées, où les salaires et con­di­tions de tra­vail sont meilleurs. « Il y a une poli­tique délibérée pour encour­ager le secteur privé à se dévelop­per au détri­ment du pub­lic. Si ça con­tin­ue, les Tunisiens les plus pau­vres n’auront plus qu’à mourir au pied des clin­iques privées », s’alarme Jed Henchiri, le prési­dent de l’Organisation tunisi­enne des jeunes médecins (OTJM). En Algérie, c’est d’abord le salaire qui pousse les médecins vers le privé : « 70 000 dinars par mois (495 euros), après douze ans d’études. J’aspire à voy­ager, à per­me­t­tre à mes enfants d’avoir une bonne édu­ca­tion. C’est sim­ple, avec ce salaire, c’est impos­si­ble », explique Lin­da, qui a ouvert un cab­i­net de pédi­a­trie après son ser­vice civ­il. Dans le nou­veau pro­jet de loi san­té, plusieurs dis­po­si­tions per­me­t­tent aus­si l’entrée du secteur privé dans cer­tains domaines réservés jusque-là au secteur pub­lic. Ain­si le texte pré­cise que dans le cadre de parte­nar­i­ats pub­lic-privé, l’État, tout en assur­ant la prise en charge des soins, évit­era les dépens­es liées à la con­struc­tion et à l’aménagement de nou­velles struc­tures de soins, aux frais de per­son­nel et à la ges­tion de l’établissement de san­té.

Si les médecins fuient vers le privé, ils vont aus­si s’installer à l’étranger. L’an dernier, 45 % des nou­veaux diplômés en médecine sont par­tis à l’étranger : un exil sans précé­dent. Réputés pour être bien for­més, les médecins tunisiens sont accueil­lis à bras ouverts dans de nom­breux pays. En France, ils sont la pre­mière nation­al­ité représen­tée par­mi les lau­réats du con­cours d’équivalence en médecine des­tinée aux étrangers. Le sen­ti­ment que les autorités ont aban­don­né la san­té publique les pousse à par­tir. « Moi je ferai ce que je peux pour rester, pour servir mon pays, mais on se sent méprisés et humil­iés », soupire Waj­di*, interne en pédi­a­trie.

Selon un rap­port de l’Organisation inter­na­tionale du tra­vail, le taux d’émigration des médecins est de l’ordre de 4 % pour l’Algérie et de 3.5 % pour la Tunisie en 2004. Il n’a cessé d’augmenter rapi­de­ment depuis la fin des années 1990, surtout pour l’Algérie. Les médecins sont les pre­miers pro­fes­sion­nels algériens, nés en Algérie, à exercer à l’étranger. Le nom­bre de médecins qui quit­tent l’Algérie aug­mente con­stam­ment depuis 1997. La des­ti­na­tion priv­ilégiée est aus­si la France. Près d’un médecin né en Algérie sur qua­tre exerce en France. Les effec­tifs de médecins spé­cial­istes ne sont pas touchés de la même manière. Pour les médecins nés et for­més en Algérie, les spé­cial­ités les plus con­cernées sont la psy­chi­a­trie, la radi­olo­gie, l’ophtalmologie et l’anesthésie-réanimation. De manière générale, les médecins qui tra­vail­lent dans le secteur pub­lic sont plus touchés par le départ que ceux du privé.

*Les noms ont été changés à la demande des inter­viewés.

De longs mouvements de contestation

Le mécon­tente­ment des patients comme des soignants ne date pas d’hier. Le 24 mars 2018, les internes et rési­dents tunisiens ont mis fin à une grève qui aura duré 47 jours. A l’initiative de l’Organisation tunisi­enne des jeunes médecins (OTJM), le mou­ve­ment récla­mait entre autres la créa­tion d’un statut légal pour les internes et rési­dents et protes­tait con­tre une réforme du diplôme de médecine qui retar­dait son obten­tion à la fin de la spé­cial­ité. Par­ti­c­ulière­ment déter­minés, les jeunes médecins ont man­i­festé à plusieurs repris­es, regroupant jusqu’à 3 000 internes et rési­dents devant le min­istère de la San­té au début du mois de mars. Ils ont finale­ment réus­si à faire pli­er le min­istre et obtenu gain de cause : pub­li­ca­tion du statut des internes et rési­dents, sépa­ra­tion du diplôme de médecine et de spé­cial­ité pour les étu­di­ants con­cernés cette année, et par­tic­i­pa­tion dans les dis­cus­sions con­cer­nant la réforme des études. Pour Slim Ben Salah, mem­bre du con­seil de l’Or­dre des médecins, « c’est une bataille de gag­née, mais il y a beau­coup d’autres choses à revoir pour refaire de la médecine l’un des piliers de la Tunisie. »

En Algérie, la grève dure depuis qua­tre mois et sem­ble se dur­cir. Le 26 mars, les médecins spé­cial­istes tit­u­laires ont rejoint le mou­ve­ment de grève. Les rési­dents récla­ment l’abolition du ser­vice civ­il, une péri­ode oblig­a­toire de plusieurs années au cours de laque­lle ils sont envoyés dans les régions où il manque des médecins. Selon eux, l’État ne donne pas les moyens aux rési­dents de faire cor­recte­ment leur méti­er : « Envoy­er un chirurgien à Taman­ras­set c’est bien. Mais s’il n’a pas de plateau tech­nique, il ne peut rien faire », explique un médecin qui a fait son ser­vice civ­il dans le grand Sud. Au fil des semaines, au fil des man­i­fes­ta­tions, des sit-in, des affron­te­ments avec la police et des inter­ven­tions dans les médias, les rési­dents grévistes ont réus­si à met­tre en lumière les défail­lances du sys­tème de san­té. Les rap­ports sur « l’inefficacité » de ce ser­vice civ­il exis­tent depuis 2010, le min­istre actuel de la San­té l’a lui-même recon­nu lors d’une réu­nion. Pour­tant, la réforme sem­ble impos­si­ble car le sujet est trop poli­tique. « Les médias offi­ciels par­lent de négo­ci­a­tions, mais lors de la deux­ième réu­nion min­istérielle, le min­istre de la San­té n’a lais­sé aucun rési­dent par­ler, il a dit : « non ». Et quand il s’est adressé à la presse, il a affir­mé que c’était réglé. Com­ment doit-on réa­gir à cela ? », s’interroge l’un des représen­tants des rési­dents. Le levi­er pour­rait bien être le boy­cott des exa­m­ens. En effet, depuis le mois de jan­vi­er, tous les rési­dents en dernière année ont refusé de pass­er les exa­m­ens qui vali­dent leur diplôme. Or, ce sont ces médecins que l’État envoie chaque année en ser­vice civ­il. « C’est sim­ple, fin mars, les pre­miers con­trats de ser­vice civ­il vont se ter­min­er. Comme il n’y a pas d’examen, il n’y a per­son­ne à envoy­er en rem­place­ment », con­clut l’un des représen­tant des grévistes, qui évoque dif­férentes pres­sions faites sur le mou­ve­ment pour met­tre fin au boy­cott des exa­m­ens.

Depuis six ans, les mou­ve­ments de protes­ta­tion menés par les rési­dents en médecine se sont mul­ti­pliés, notam­ment pour pro­test­er con­tre les con­di­tions du ser­vice civique oblig­a­toire dans les régions. Mais ils sont mal vus par une par­tie de l’opinion publique, qui estime que les médecins sont des priv­ilégiés défen­dant des intérêts cor­po­ratistes. « On essaie d’expliquer le lien entre l’amélioration de nos con­di­tions de tra­vail et celle de la qual­ité des soins que les patients reçoivent », explique Chaima Meherzia, mem­bre de l’OTJM. En Algérie, c’est l’affaire du doc­teur Ouali qui a relancé une mobil­i­sa­tion arrêtée en 2011. La jeune femme, gyné­co­logue en ser­vice civ­il, a aban­don­né son poste alors qu’elle était de garde. Son absence, et l’absence de médecin rem­plaçant, a poussé l’établissement à ren­voy­er une jeune femme en train d’accoucher. La patiente est décédée, faute de prise en charge dans les temps. Le doc­teur Ouali a été mis en déten­tion pro­vi­soire. Toute jeune mère, cette soignante venait d’effectuer plusieurs gardes, loin de son domi­cile, dans le cadre de son ser­vice civ­il. « Quand on fait 30 césari­ennes par jour, par manque de per­son­nel, on peut faire une erreur, s’emporte une rési­dente en gyné­colo­gie d’un CHU de l’Est. Et on peut se faire empris­on­ner ? Quel mes­sage envoient les autorités ? ». Les lead­ers du mou­ve­ment de 2011, désor­mais tit­u­laires, regar­dent avec atten­tion le mou­ve­ment actuel. « A l’époque, après 4 mois et demi de grève, on avait obtenu une aug­men­ta­tion de salaire et un statut. Pour­tant, on demandait aus­si l’abrogation du ser­vice civ­il. On a échoué. Cer­tains étaient fatigués, d’autres trou­vaient qu’on avait obtenu beau­coup », racon­te un médecin, qui avait man­i­festé en 2011. L’un de ses amis acqui­esce : « La loi san­i­taire est poli­tisée, les cadres du min­istère ne sont pas là pour dis­cuter, le min­istre est un pro­fesseur de médecine et rien ne change. Beau­coup de respon­s­ables aujourd’hui ont intérêt à ce que rien ne change ».

Texte : Perrine Massy, Timothée Vinchon (à Tunis) et Leïla Beratto (à Alger)

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Pays de tra­di­tion soufie, l’Algérie a aujourd’hui du mal à dévelop­per la recherche sur le soufisme, alors que les dis­cours inspirés du wah­habisme se dévelop­pent. Ils sont quelques...

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Pays de tra­di­tion soufie, l’Algérie a aujourd’hui du mal à dévelop­per la recherche sur le soufisme, alors que les dis­cours inspirés du wah­habisme se dévelop­pent.

Ils sont quelques dizaines à peine. En Algérie, pays de tra­di­tion soufie, les chercheurs qui tra­vail­lent sur le soufisme sont peu nom­breux et dis­crets. Si le cheikh Khaled Ben­tounes, guide de la con­frérie Alawiya, né à Mosta­ganem, est con­nu dans le monde entier, la pra­tique du soufisme et son étude sont source d’incompréhension et de cri­tiques dans le pays. Yas­mine, 36 ans, de longs cheveux bruns, a été élevée dans une zaouïa : «On nous dit sou­vent que nous ne sommes pas de vrais musul­mans. J’ai com­pris ma dif­férence la pre­mière fois où je suis allée à l’école publique. Chez moi, il n’était pas tabou d’accueillir un chré­tien ou un athé, et je n’avais jamais enten­du quelqu’un par­ler de kouf­far (mécréant)».

Le soufisme mar­gin­al­isé sous Boumédiène
«En l’Algérie, de 1965 à 1979, les voix soufies ont été occultées. La décen­nie noire (la péri­ode de ter­ror­isme des années 1990) a per­mis une prise de con­science et nous sommes désor­mais plus écoutés», estime un respon­s­able de la zaouia Alawiya. «Les soufis sont dis­crets, réti­cents à faire des déc­la­ra­tions, à com­mu­ni­quer sur leurs ren­con­tres et leurs activ­ités car cer­tains salafistes n’hésitent pas à regret­ter publique­ment leur exis­tence», explique Saïd Dje­belkheir, le chercheur algérien le plus con­nu sur la ques­tion. Diplômé de Sci­ences islamiques, il a tra­vail­lé comme jour­nal­iste et est l’auteur de «Soufisme et référent religieux» (2011).

S’il est sou­vent inter­viewé par la presse algéri­enne, il est par­fois vio­lem­ment attaqué. Lors d’une con­férence publique sur la peine de mort organ­isée par Amnesty Inter­na­tionale en 2016, il est pris à par­ti lorsqu’il déclare que le Coran est tem­porel, c’est à dire, lié à l’époque à laque­lle il a été écrit. «Lorsque l’on attaque des pro­pos, les gens se ser­vent d’une argu­men­ta­tion religieuse util­isée par les salafistes. Ce n’est pour­tant pas notre cul­ture, ces argu­ments ont été importés d’Arabie Saou­dite», explique le chercheur.

L’Islam offi­ciel, sun­nite et malékite
Offi­cielle­ment, l’Algérie est un pays musul­man où l’Islam sun­nite est reli­gion d’Etat. Le min­istère des Affaires religieuses explique con­trôler les cultes pour éviter toute ten­ta­tive de «désta­bil­i­sa­tion». Ain­si, le référent religieux algérien est le rite malékite : «le référant religieux, celui de nos aïeux et des savants, inspiré de l’Ecole de Médine qui a créé la civil­i­sa­tion de l’Andalousie et a préservé les Andalous qui se sont réfugiés au Maghreb, a fait de la société maghrébine une société ouverte et mod­érée», déclarait Mohamed Aïs­sa, le min­istre des Affaires religieuses à la presse en juin 2016. Si offi­cielle­ment on fait appel aux zaouias comme aux mosquées pour «lutter con­tre les inva­sions sec­taires et l’extrémisme religieux», Saïd Dja­belkheir déplore un cer­tain lax­isme vis à vis du dis­cours salafiste. «On n’essaye pas de les con­trôler. On laisse faire le dis­cours rig­oriste et vio­lent, qui peut par­fois aller jusqu’à l’appel à la vio­lence, comme lorsqu’un salafiste a con­damné à mort l’écrivain Kamel Daoud (après une déc­la­ra­tion de l’auteur sur l’Islam sur un plateau de télévi­sion français) », explique-t-il.

A la dif­férence des uni­ver­sités tunisi­ennes ou maro­caines, le soufisme comme domaine de recherche n’existe que depuis une ving­taine d’années en Algérie. «Depuis les années 1980, on étu­di­ait les cul­tures pop­u­laires ou la lit­téra­ture pop­u­laire, et c’est là que l’on par­lait de soufisme, résume Said Dja­belkheir. Aujourd’hui, nous con­nais­sons très mal notre pat­ri­moine soufi. Il n’est pas com­plète­ment recen­sé. Comme c’est un pat­ri­moine oral, s’il se perd, ce sera irrécupérable. Le plus gros du tra­vail pour la recherche algéri­enne est désor­mais d’étudier le soufisme vivant».

Mar­di 21 mars à Mar­seille, le Col­lège de Méditer­ranée, dont 15–38 est parte­naire, organ­ise à l’école Cen­trale de Mar­seille, la con­férence «Une spir­i­tu­al­ité méditer­ranéenne ? Islam, soufisme et con­tact inter­re­ligieux dans l’histoire de la Méditer­ranée» avec Giuseppe Cecere, his­to­rien de l’université de Bologne et Sylvie Denoix, his­to­ri­enne du CNRS.

http://www.rencontresaverroes.com/college-de-mediterranee/article/conference-4-une-spiritualite-mediterraneenne-islam-soufisme-et”

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L’Organisation inter­na­tionale pour les migra­tions a pub­lié les chiffres prélim­i­naires de toutes les arrivées de migrants et de réfugiés en Europe par la mer Méditer­ranée en 2016. Le...

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L’Organisation inter­na­tionale pour les migra­tions a pub­lié les chiffres prélim­i­naires de toutes les arrivées de migrants et de réfugiés en Europe par la mer Méditer­ranée en 2016. Le nom­bre total d’arrivées s’élevait à 363 348. Le nom­bre de vic­times et de migrants dis­parus s’élève à au moins 5 079. Mais l’OIM indique que ce chiffre ne com­prend pas les embar­ca­tions qui dis­parais­sent en mer sans laiss­er de traces.

D’après le Pro­jet de l’OIM sur les migrants dis­parus http://missingmigrants.iom.int, des inci­dents ont été sig­nalés au large de l’Espagne, du Maroc et de la Tunisie qui pour­raient ajouter 300 décès ou plus au total de 2016. L’année 2016 est déjà la plus meur­trière jamais enreg­istrée par l’OIM dans la région.

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