Industries d’hier et d’aujourd’hui, contamination à haut risque pour la Méditerranée

  De la France au Liban en pas­sant par la Tunisie, l’aire indus­trielle n’a pas épargné la mare nos­trum (mer Méditer­ranée en latin, « notre mer »). Qui dit indus­tries,...

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De la France au Liban en pas­sant par la Tunisie, l’aire indus­trielle n’a pas épargné la mare nos­trum (mer Méditer­ranée en latin, « notre mer »). Qui dit indus­tries, dit rejets, dans les cours d’eau mais aus­si dans l’atmosphère, in fine toutes ces con­t­a­m­i­na­tions se retrou­vent dans la mer met­tant con­stam­ment à l’épreuve la bio­di­ver­sité marine et les écosys­tèmes marins.

 

Si nous, citoyens d’aujourd’hui, acteurs de la con­som­ma­tion de masse et donc de l’industrie de masse, sommes respon­s­ables de dif­férentes formes de con­t­a­m­i­na­tions et de leurs con­séquences sur l’environnement, nos aînés étaient égale­ment peu regar­dants de l’impact écologique généré par leurs activ­ités indus­trielles sur les écosys­tèmes ter­restre et marin.

Mal­gré les efforts en cours, les pol­lu­tions du passé per­sis­tent dans l’environnement aux­quelles s’ajoutent les plus récentes, pol­lu­ants émer­gents, pol­lu­tions sonores, pol­lu­tions lumineuses, intro­duc­tion de nou­velles espèces, etc.

« Le drame de l’activité indus­trielle c’est qu’elle laisse des traces pour des décen­nies »

En se bal­adant dans les calan­ques de Mar­seille, haut lieu du tourisme et des activ­ités de la mer, devenu parc nation­al pro­tégé depuis 2012, il est pos­si­ble de crois­er d’anciennes chem­inées ram­pantes allant jusqu’à la mer ou encore des pans de mur de brique délabrés. Ces con­struc­tions témoignent de la forte activ­ité indus­trielle qui s’est instal­lée le long du lit­toral à par­tir du 19e siè­cle. Dès 1810, des indus­tries lour­des ont vu le jour dans la région. La rade de Mar­seille en est un bel et triste exem­ple, des indus­tries de soude appelées les soudières des­tinées à la fab­ri­ca­tion du savon de Mar­seille ont été con­stru­ites en bord de mer. Puis des indus­tries de soufre (1856), de plomb dès 1851 dont les scories en témoignent sur les chemins de l’Escalette (nom d’une calanque). Une raf­finer­ie de pét­role est dev­enue voi­sine de l’usine de soude à Sormiou en 1863. Et depuis 1967 l’usine d’aluminium de Gar­danne rejette des boues rouges au large des Calan­ques et désor­mais des efflu­ents liq­uides depuis 2015. Toutes ces activ­ités (voir carte ci-dessus) ont eu des impacts humains et envi­ron­nemen­taux forts.

D’une part sur la san­té des ouvri­ers notam­ment ital­iens large­ment employés dans ces usines mais aus­si un impact dévas­ta­teur sur les écosys­tèmes. Les usines de soude ont détru­it tous les écosys­tèmes des alen­tours avec le rejet de gaz chlorhy­driques qui ont brûlé et pol­lué toute la végé­ta­tion. Les riverains vivant de l’agriculture et de la pêche ont vu leurs récoltes con­t­a­m­inées, les ter­res minées par la pol­lu­tion chim­ique, les trou­peaux réduits et leurs pro­priétés per­dre la total­ité de leur valeur. Les pêcheurs ont vu, eux, leurs grée­ments attaqués par l’acide.

Illus­tra­tion car­tographique de Julie Kmieck­owiak — Paysag­iste con­cep­teur DPLG

Aujourd’hui, même si ces activ­ités ont cessé, à l’exception de l’usine de Gar­danne, la pol­lu­tion, elle, reste présente. Les activ­ités indus­trielles ont lais­sé des traces comme en témoigne la présence de crassiers de dépôts de scories (amas de résidus con­tenant du plomb, dû à l’activité d’usines dans les calan­ques). A l’époque on ne savait pas extraire tout le plomb du min­erais, il s’agit donc de scories avec une teneur en plomb impor­tante. D’autres élé­ments dont des traces métalliques, sont égale­ment présents dans les chem­inées ram­pantes, aujourd’hui détéri­orées, aban­don­nées dans lesquelles se trou­vent de l’arsenic et du plomb. Les plages des calan­ques sont donc exposées à divers con­t­a­m­i­nants qui se retrou­vent dans l’atmosphère et dans la mer via les con­di­tions météorologiques (vent fort et pluie).

D’après Xavier Dau­ma­lin, chercheur en his­toire économique et indus­trielle à la Mai­son Méditer­ranéenne des Sci­ences de l’Homme (MMSH, Aix-Mar­seille Uni­ver­sité) à Aix en Provence : « Il y a une per­sis­tance de la pol­lu­tion et les respon­s­ables du Parc nation­al des Calan­ques s’y sont intéressés pour con­naître cette prob­lé­ma­tique. Il existe une mécon­nais­sance du ter­ri­toire à ce niveau et l’intervention de chercheurs et de sci­en­tifiques leur ont per­mis de con­naître les dif­férentes prob­lé­ma­tiques et d’agir. Le parc a financé la pub­li­ca­tion de l’ouvrage sur la pol­lu­tion indus­trielle his­torique des calan­ques. Par exem­ple, on a trou­vé des chem­inées ram­pantes qui évac­uaient les gaz chargés d’acide dans le passé. Un fait mécon­nu alors que des écoles d’escalades venaient s’entraîner à prox­im­ité. Des jeunes grimpeurs étaient donc exposés aux par­tic­ules tou­jours présentes dans l’air sans le savoir. »

Il s’agit d’un véri­ta­ble enjeux en Provence d’après le chercheur car il con­cerne l’ensemble des villes côtières comme Por­querolles, les Embiez et Port-Cro qui elles aus­si ont été des hauts lieux de l’industrie chim­ique. Il pour­suit : « Par exem­ple, Le mas des lan­goustiers, hôtel 4 étoiles, a pris la place des anciens locaux d’une usine de soude et la plage de sable noir dont il met en avant l’originalité est une éten­due de dépôts de scories con­t­a­m­inés ». C’est pourquoi la con­nais­sance his­torique est indis­pens­able afin de trou­ver des solu­tions. Face à cette par­tic­u­lar­ité, des ini­tia­tives sont nées en col­lab­o­ra­tion avec le Parc nation­al des Calan­ques. Des élèves du Lycée agri­cole des Calan­ques et des sci­en­tifiques de l’IMBE (Insti­tut Méditer­ranéen de Bio­di­ver­sité et d’Ecologie marine) ont ini­tié la trans­plan­ta­tion d’une plante déjà présente dans les calan­ques, tolérante à la pol­lu­tion, et apte à restau­r­er les sols pol­lués et épargn­er par effet ric­o­chet la con­t­a­m­i­na­tion de la mer.

Crassier de l’ancienne usine de plomb de l’Escalette ©Matthieu Duper­rex

Les obser­va­tions du chercheur con­ver­gent avec celles de Mélanie Our­gaud, océanographe et biol­o­giste marin à l’Institut Méditer­ranéen d’Océanologie, (MIO, Aix-Mar­seille Uni­ver­sité, CNRS, IRD) : « Nous obser­vons encore à l’heure actuelle la pol­lu­tion du passé car même si la plu­part des com­posés sont inter­dits depuis de nom­breuses années, une fois qu’ils sont piégés dans le milieu, ils y restent. Ils peu­vent être véhiculés par l’atmosphère et le long des fleuves et des cours d’eau jusqu’à la mer et se fix­er sur des petites par­tic­ules en sus­pen­sion. D’année en année, les par­tic­ules sédi­mentent (se déposent en couch­es) en mer et il y a un piégeage de ces com­posés dans le sub­strat (le fond). Par la suite, les con­di­tions envi­ron­nemen­tales (vent fort, courant et forte houle) pour­ront remet­tre en sus­pen­sion ces par­tic­ules dans la colonne d’eau et ain­si les ren­dre acces­si­bles aux organ­ismes marins, des plus petits comme le planc­ton, jusqu’aux pois­sons. Cer­tains con­t­a­m­i­nants, de part leurs pro­priétés chim­iques, ont la capac­ité de tran­siter le long des dif­férents mail­lons de la chaîne ali­men­taire et de s’y accu­muler, comme le mer­cure ou les pol­lu­ants organiques per­sis­tants (poly­chloro­biphényles ou PCBs ; pes­ti­cides organochlorés) ».

La biol­o­giste qui a étudié la baie de Mar­seille et les salins d’Hyères a observé une plus forte con­t­a­m­i­na­tion à prox­im­ité des anci­ennes zones indus­trielles pour cer­tains com­posés étudiés. Elle pour­suit : « Le lien avec les activ­ités humaines actuelles est cer­tain et s’ajoute à celles du passé, car la con­t­a­m­i­na­tion passe prin­ci­pale­ment par les mass­es d’air. C’est par exem­ple le cas du mer­cure qui a la capac­ité de se déplac­er sur de longues dis­tances et de se retrou­ver ain­si, loin de ses sources d’émission. C’est pourquoi il est cru­cial de con­tin­uer à men­er des recherch­es sur les con­t­a­m­i­nants clas­sique­ment suiv­is en par­al­lèle des con­t­a­m­i­nants émer­gents, car l’ensemble des mécan­ismes qui régis­sent leur trans­fert le long de la chaîne ali­men­taire est encore mal con­nu ».

Indus­tries d’aujourd’hui, enne­mies des fonds marins

En matière de pol­lu­tion, les indus­tries sont des cham­pi­onnes. Implan­tées le long des fleuves et tout autour du bassin méditer­ranéen depuis des décen­nies, elles rejet­tent des quan­tités de pro­duits chim­iques, chlore, PCBs (per­tur­ba­teurs endocriniens), alu­mini­um, mer­cure, plomb, des sub­stances incol­ores et très facile­ment trans­portées par les mass­es d’air et les courants. Ain­si en France les rejets indus­triels provenant du Rhône atter­ris­sent dans la mer Méditer­ranée, tout comme ceux provenant du Pô en Ital­ie et l’Ebre en Espagne.

Dans le cadre du pro­gramme MERMEX (Marine Ecosys­tem Respons­es in the Mediter­ranean EXper­i­ment) une cen­taine de sci­en­tifiques du pour­tour méditer­ranéen ont syn­thétisé leurs con­nais­sances sur les proces­sus biogéochim­iques en Méditer­ranée, afin de mieux com­pren­dre le fonc­tion­nement du bassin méditer­ranéen sous l’effet du change­ment glob­al (https://mermex.mio.univ-amu.fr). Au MIO à Mar­seille, la jeune chercheur Mélanie Our­gaud dont la thèse a été con­sacrée à l’étude du trans­fert de con­t­a­m­i­nants dans la chaîne ali­men­taire marine a trou­vé ain­si dans les dif­férents com­par­ti­ments analysés (sédi­ments, her­bier posi­donie, et chaire des pois­sons), les neuf élé­ments traces (plomb, mer­cure, cad­mi­um, chrome, nick­el, zinc, arsenic, sele­ni­um), neuf pes­ti­cides organochlorés et 32 PCBs ini­tiale­ment cher­chés.

Elle observe : « On par­le sou­vent à tort de pol­lu­ant ou de pol­lu­tion alors que les ter­mes adéquats sont con­t­a­m­i­nant ou con­t­a­m­i­na­tion. En effet tous les com­posés étudiés ne sont pas syn­thétisés par l’homme, cer­tains sont naturelle­ment présents dans l’environnement et ont un impact que lorsque leur niveau de con­cen­tra­tion dans le milieu dépasse un seuil lim­ite ». Par exem­ple, le mer­cure présent dans l’environnement peut être d’origine naturelle (croûte ter­restre, activ­ité vol­canique, lessi­vage des sols, etc.) ou anthropique, c’est à dire à cause des activ­ités humaines (indus­trie, com­bus­tion de char­bon, pét­role, ordures ménagères, etc.).
Depuis les années 2000, les con­t­a­m­i­nants provenant de l’activité de l’homme, sont respon­s­ables de 50% à 75% du rejet du mer­cure. Con­cer­nant le golfe du Lion, le Rhône est respon­s­able de 80% de la présence du mer­cure dans la Méditer­ranée occi­den­tale. Le mer­cure une fois dans l’eau de mer prend une forme tox­ique (méthylmer­cure) qui se retrou­ve dans les pois­sons con­traire­ment à l’arsenic présent aus­si mais sous une forme non tox­ique pour les con­som­ma­teurs.

Au niveau des seuils envi­ron­nemen­taux, le cad­mi­um, le mer­cure et le plomb font par­tie des trois élé­ments traces métalliques retenus au titre de com­posés pri­or­i­taires à suiv­re pour la sur­veil­lance chim­ique par la Direc­tive Cadre européenne sur l’Eau (DCE).
http://envlit.ifremer.fr/surveillance/directive_cadre_sur_l_eau_dce/substances_chimiques_suivies
A Mar­seille les seuils fixés par la DCE con­cer­nant la teneur max­i­male en cad­mi­um, en mer­cure et en plomb trou­vée dans les pois­sons de la soupe et la bouil­l­abaisse ne sont pas dépassés et les teneurs ne sont pas alar­mantes. A titre d’exemple la direc­tive pré­conise aux femmes enceintes de ne pas con­som­mer du pois­son plus de trois fois par semaine. Mais il faut garder en vue que les con­t­a­m­i­nants sont partout, même dans le choco­lat.
Mal­heureuse­ment, con­cer­nant l’arsenic et le zinc et les autres élé­ments traces retrou­vés dans les chairs des pois­sons, aucun seuil n’a encore été claire­ment défi­ni. Les élé­ments traces métalliques ne représen­tent qu’une infime par­tie de la total­ité des con­t­a­m­i­nants et des divers pol­lu­ants chim­iques liés aux activ­ités indus­trielles. Dans la DCE, la caté­gorie « pes­ti­cides » con­tient 18 sub­stances très sur­veil­lées, la caté­gorie « pol­lu­ants indus­triels » en con­tient 23 et les PCBs for­ment une famille de 209 con­génères aro­ma­tiques organochlorés dérivés du biphényle.

Arcelor­Mit­tal depuis la plage Olga. Port-Saint-Louis ©Matthieu Duper­rex

Les embal­lages ali­men­taires, les retar­da­teurs de flammes con­tenus dans nos ordi­na­teurs, nos pro­duits de net­toy­age, les pes­ti­cides util­isés en agri­cul­ture, nos vête­ments, la liste est encore longue, la fab­ri­ca­tion indus­trielle et l’utilisation de tout ce que nous con­som­mons con­stituent une pol­lu­tion de masse dans l’atmosphère et dans le sol. Les sub­stances chim­iques util­isées ter­mi­nent en général leur course dans nos fleuves, mers et océans.

Les pois­sons et les oiseaux marins sont avec l’homme les prin­ci­pales vic­times de la con­t­a­m­i­na­tion, car ils ingèrent les com­posés présents dans le milieu par leur ali­men­ta­tion. D’après plusieurs chercheurs d’Aix-Marseille Uni­ver­sité, pio­nnière en la matière et fief de l’océanologie depuis 150 ans, ce qui inquiète aujourd’hui c’est l’effet cock­tail de toutes les sub­stances qui cir­cu­lent dans la mer et qui ont des effets divers selon leurs formes. Mais une cer­ti­tude per­siste, l’activité humaine est « LA » grande respon­s­able de la con­t­a­m­i­na­tion de l’environnement.

Com­ment moins pol­luer ? Le rôle des indus­triels, des poli­tiques et des citoyens

Au cœur des ques­tions liées à la pol­lu­tion indus­trielle, la san­té publique se trou­ve piégée entre les intérêts économiques et financiers des indus­triels, sou­vent mêlés eux, aux enjeux poli­tiques. En Tunisie, l’activité de l’usine de Phos­phate de Gabès, qui rejette des gaz dans l’atmosphère et des sub­stances chim­iques dans la mer, tue les pois­sons et déclenche des mal­adies notam­ment res­pi­ra­toires chez les riverains. Mal­gré les preuves et les mobil­i­sa­tions, le groupe chim­ique tunisien pour­suit ses activ­ités dans l’impunité totale (voir reportage dans le dossier esti­val). On pour­rait penser que les régle­men­ta­tions en Tunisie sont moins sévères que sur les rives occi­den­tales, mais même si cela est vrai sur le papi­er, les pra­tiques sont tout aus­si déplorables.

Aujourd’hui en France il est inter­dit de dévers­er directe­ment les matières quel qu’elles soient dans la mer. Pour­tant c’est le cas, et comme depuis l’apparition de l’industrie au 19ème siè­cle, les pres­sions économiques et poli­tiques exis­tent, trou­blant dans cer­tains cas le tra­vail des experts cen­sés émet­tre des avis sci­en­tifiques sur les con­séquences écologiques et san­i­taires.

Cer­taines indus­tries ont le droit de dévers­er alors que la tox­i­c­ité de leurs activ­ités sont régulière­ment dénon­cées et prou­vées. C’est le cas de l’usine d’alumine ALTEO à Gar­danne (Bouch­es du Rhône) qui a eu l’autorisation de rejeter entre 1967 et 2015 des boues rouges dans la mer à quelques kilo­mètres des côtes au niveau du Parc nation­al des Calan­ques et qui con­tin­ue de dévers­er des liq­uides depuis 2016 mal­gré une mobil­i­sa­tion citoyenne, sci­en­tifique et de cer­tains poli­tiques con­tre le pro­longe­ment des rejets. (Voir arti­cle de ce dossier, “Zoom sur les boues rouges” et vidéo avec le pêcheur de La Cio­tat). Mal­gré le souhait de cer­taines indus­tries à respecter les normes envi­ron­nemen­tales, leur mise en place représente un coût sou­vent onéreux, qu’elles ne sont pas prêtes à sup­port­er, au risque d’exposer le pub­lic. Ces normes en principe oblig­a­toires ne sont pas sys­té­ma­tique­ment imposées par le gou­verne­ment via les pou­voirs publics (préfets), pour­tant respon­s­able de la san­té publique.

Fos-sur-Mer, vue depuis le cimetière ©Matthieu Duper­rex

L’espoir au cœur des mobil­i­sa­tions

Si le tableau est som­bre, des lueurs d’espoir sont vis­i­bles sur les rives de la Méditer­ranée où des ini­tia­tives émer­gent. Les con­t­a­m­i­na­tions générées par les grands groupes indus­triels mobilisent davan­tage les citoyens directe­ment con­cernés par les con­séquences (sci­en­tifiques, riverains, pêcheurs) et des indus­triels de plus en plus soucieux de leur image. Mais la mobil­i­sa­tion reste timide car la pol­lu­tion est sou­vent invis­i­ble et reste dif­fi­cile à prou­ver. La tâche est com­pliquée par les courants, qui en trans­portant les par­tic­ules rejetées par des indus­tries dans les fleuves à la mer ou directe­ment en mer, les éloignent rapi­de­ment. Elles se retrou­vent mélangées à d’autres sub­stances qui peu­vent les mod­i­fi­er, ren­dant dif­fi­cile les recherch­es et les analy­ses sur la faune et la flo­re marines. Il est d’ailleurs extrême­ment com­pliqué aujourd’hui de prou­ver le lien direct entre l’activité d’une indus­trie et la dis­pari­tion d’une espèce marine ou de la con­t­a­m­i­na­tion d’une zone.

Dans le sud de la France, à Fos-sur-Mer, berceau de l’industrie pétrolière et actuel 3ème port pétroli­er mon­di­al, Arcelor­Mit­tal, Esso, Petroinéos et d’autres, ont élu domi­cile. La ques­tion de la pol­lu­tion est préoc­cu­pante mais reste taboue. Les sci­en­tifiques eux-mêmes sont mal à l’aise face aux ques­tions de pol­lu­ants et de con­t­a­m­i­nants émanant de ces indus­tries « tout-puis­santes ». Au beau milieu d’un no man’s land jonché d’herbes hautes, à quelques cen­taines de mètres des impres­sion­nantes cuves pleines de pét­role et de chem­inées fumantes, les locaux de « L’institut éco-citoyen, pour la con­nais­sance des pol­lu­tions » sont à peine vis­i­bles.
Ici, un lab­o­ra­toire de sci­en­tifiques (CNRS, médecins…) et de citoyens volon­taires (for­més) con­tribuent à la recherche par des obser­va­tions sur la flo­re marine et ter­restre et sur la san­té publique. « On per­met la mobil­i­sa­tion autour d’une même table d’acteurs ter­ri­to­ri­aux, de sci­en­tifiques et de citoyens, dans un souci de démoc­ra­tie car c’est une struc­ture qui a pour but de répon­dre aux ques­tions citoyennes et poli­tiques sur les thé­ma­tiques envi­ron­nemen­tales », décrit Philippe Chamaret, directeur de l’institut. En effet, con­cer­nant le milieu marin, les citoyens sont à la source de l’élaboration d’un pro­to­cole pour une étude générale de con­t­a­m­i­na­tion du golfe de Fos par la pêche et l’analyse de con­gres (pois­sons séden­taires et car­ni­vores) avec des pêcheurs. Les études sci­en­tifiques sont en cours notam­ment grâce à une cam­pagne nom­mée FOSSEA qui réu­nit des lab­o­ra­toires et des indus­triels. Elle va étudi­er le niveau de chlo­ration du bassin de Fos. Le tra­vail est titanesque et s’étend sur plusieurs années de recherche car il néces­site une étude de l’air, des sols et du milieu marin. Cette belle ini­tia­tive éco-citoyenne per­me­t­tra un jour de don­ner des répons­es aux ques­tions et peut-être de respon­s­abilis­er les indus­triels et les politi­ciens afin de faire évoluer la loi. La san­té est un droit, à nous de le défendre.

Photo de Une : Port industriel depuis la plage de Piémanson-Arles ©Matthieu Duperrex

Liens utiles :

Direc­tive européenne :
http://envlit.ifremer.fr/surveillance/directive_cadre_sur_l_eau_dce/substances_chimiques_suivies

Reportage en Tunisie Usine de Gabès :
https://www.1538mediterranee.com/2017/06/28/a-gabes-les-habitants-se-mobilisent-face-au-phosphate-qui-ruine-terres-et-mer/

Insti­tut Ecoc­i­toyen de Fos-sur-Mer :
http://www.institut-ecocitoyen.fr/index.php

Le MIO à Mar­seille organ­ise l’Expédition AM², tournée sci­en­tifique dans les ports à la ren­con­tre du pub­lic (de Mar­seille à Ville­franche-sur-Mer) dès sep­tem­bre 2017 :
http://www.mio.univ-amu.fr/

Doc­u­men­taire sur les Boues Rouges :
https://www.youtube.com/watch?v=pPNdMZgncWw

Crédits pho­tos : Matthieu Duper­rex du col­lec­tif “Urbain, Trop Urbain” à Toulouse : http://www.urbain-trop-urbain.fr/

Le col­lec­tif fait de la matière des villes et du monde une matière sen­si­ble mais aus­si un sujet de réflex­ion sur notre con­di­tion con­tem­po­raine.”

Extrait sai­sis­sant d’un doc­u­men­taire radio­phonique réal­isé à Port-de-Bouc avec les anciens ouvri­ers de l’usine Kuhlmann par Claire Dutrait et Stephan Dunkel­man, mem­bres du col­lec­tif :

Excel­lent reportage pho­to de Franck Pour­cel en Turquie sur le déman­tèle­ment de car­cass­es de bateaux :
http://www.urbain-trop-urbain.fr/lhomme-demantele/

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