“Ne pas combattre le mal par le mal, il faut la paix”

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La per­cep­tion du ter­ror­isme par les sociétés implique que nous allions à la ren­con­tre de la jeunesse, celle qui se con­stru­it et con­stituera la société de demain. Nous pro­posons donc une immer­sion dans une classe de 4ème au col­lège Elsa Tri­o­let dans le 15ème arrondisse­ment de Mar­seille. Où Farès, Yanis, Omri, Estelle, Max, Nabil et d’autres se sont exprimés en énonçant des mots puis des phras­es qui ont don­né nais­sance à un débat sur la ques­tion de leur ressen­ti face au ter­ror­isme. Une belle réflex­ion est née de leurs échanges les con­duisant à énon­cer leur pro­pre déf­i­ni­tion du ter­ror­isme.

Il est 11 heures à Saint-Antoine, un quarti­er au nord de Mar­seille. Des hommes aux vis­ages ridés pren­nent le café sur la place devant la porte du col­lège Elsa Tri­o­let, rap­pelant l’am­biance vil­la­geoise, pro­pre à de nom­breux arrondisse­ments de la cité phocéenne. Après avoir passé deux portes sécurisées, la vision de la cour est ani­mée. La son­ner­ie vient de reten­tir, les élèves s’af­fairent d’une classe à l’autre et tra­versent à la hâte cet espace récréatif, cœur de l’étab­lisse­ment où l’on devine un cloître, par­tie réservée à l’é­d­u­ca­tion des jeunes filles dans des temps plus anciens.
Au pre­mier étage juste au dessus du CDI, j’ai ren­dez-vous avec une classe de 4ème et leur pro­fesseur, très motivée par ce pro­jet de réflex­ion autour du ter­ror­isme.

Ici, on entre dans le calme, on apprend à s’é­couter. En 4ème, les élèves par­ticipent à des débats philosophiques afin de dévelop­per leur esprit de réflex­ion et ont adop­té une gestuelle qui leur per­met d’ex­primer leur accord et ou désac­cord et de les exprimer tour à tour.

Qu’est-ce-que vous évoque le ter­ror­isme ?

« La mort, les atten­tats, c’est la peur et c’est triste, les armes, la vio­lence, la police, le dan­ger, le stress, les explo­sions, la tristesse, Daech, il faut agir s’il y a une per­son­ne blessée, des vic­times, l’in­quié­tude, les familles détru­ites… »

Le débat s’est ensuite arrêté sur la notion de peur afin de savoir com­ment se com­porter face aux actes ter­ror­istes.
Max : « Je pense qu’il ne faut pas avoir peur parce qu’ils veu­lent que nous ayons peur, donc si on a peur, en fait ils gag­nent », Faus­tine : « Je ne suis pas d’ac­cord car on est obligé d’avoir peur car on peut mourir du jour au lende­main. » Estelle : « Je pense qu’il ne faut pas avoir peur, il faut rester comme on est, parce qu’il ne faut pas se dire, il ne faut pas que je sorte parce qu’il va y avoir un atten­tat. » Max : « Il ne faut pas avoir peur sinon ils vont con­tin­uer. »
« Si on a peur de mourir, on ne peut plus vivre avec cela en tête tous les jours ». Élève 1 : « Qu’on ait peur ou pas, ils tuent tout le monde, ils n’ont pas besoin de notre avis. »

« Le ter­ror­iste en fait, veut se sui­cider et faire peur à d’autres per­son­nes. »

Élève 2 : « Je pense que les ter­ror­istes sont des gens frag­iles, ils sont faibles et on peut facile­ment leur retourn­er la tête. C’est pour ça qu’ils se sui­ci­dent pour des choses qui sont peut-être inven­tées ». « Qu’est ce que cela te fait per­son­nelle­ment ? » « C’est sûr, il y a une men­ace mais il ne faut pas avoir peur, car ils utilisent des choses qui exis­tent, ils les mod­i­fient et ils font croire à des gens que c’est vrai. Les gens qui ont peur vont croire en ce qu’ils dis­ent, et vont mul­ti­pli­er les actes ter­ror­istes ». Yanis : « Je pense qu’il faut avoir peur car ils n’ont rien à per­dre, ils se sont entraînés à tir­er, donc il faut avoir peur d’eux. » Faus­tine : « Qu’on aie peur ou non, ils con­tin­u­ent.» Elève 3 : « Le risque est que l’on se tue intérieure­ment ».

Sché­ma réal­isé par les élèves du col­lège Elsa Tri­o­let dans le 15eme arrondisse­ment de Mar­seille

« Les médias veu­lent avant tout faire de l’au­di­ence »
Elève 2 : « Les médias veu­lent surtout de l’ar­gent et vont mon­tr­er ce qui fait de l’au­di­ence, et en pri­or­ité les événe­ments en France. Ils ne mon­trent pas les autres pays, il y a des pays qui sont oubliés, comme cer­tains pays d’Afrique. S’il y a un atten­tat en Amérique, ils vont le mon­tr­er en Alle­magne et en Europe mais cer­tains pays d’Afrique, ils ne le mon­trent pas alors que c’est par­fois bien pire qu’en France et en Europe ». « En Syrie, il y en a tous les jours mais on n’en par­le pas ».
Faus­tine : « Pour moi c’est du favoritisme. Les médias choi­sis­sent de par­ler de cer­tains pays mais par con­tre le pays où il y en a le plus et où ils souf­frent le plus, ils ne les mon­trent pas. » Élève 2 : « Ils veu­lent mon­tr­er des pays avec des valeurs, dévelop­pés, sans prob­lèmes poli­tiques. Comme au Nige­ria, il y a des con­flits depuis longtemps, ils vont moins le mon­tr­er. Mais en France, où d’habi­tude il n’y a pas trop de con­flit, on va beau­coup en par­ler ».

« Quelles con­séquences pour nos lib­ertés ? »

Estelle : « Oui, on a peur de pren­dre le métro en pen­sant qu’il pour­rait nous arriv­er quelque chose. Si quelqu’un nous poignarde tout d’un coup, comme les filles tuées à Mar­seille juste­ment, après on a peur de sor­tir de chez soi, on a peur de tout. » Farès : « Quand je prends le bus avec ma mère, j’ai peur que quelqu’un me tue, donc cela me fait peur. Quand je vois la télé cela me fait peur. »
« Qu’est ce que cela a changé pour toi, dans ton quo­ti­di­en ? » « rien, je suis restée comme je suis ». Élève 4 : « Je pense que ce n’est pas à nous de faire atten­tion mais c’est à l’État. Si par exem­ple quelqu’un fait un voy­age pour com­met­tre un atten­tat, ce n’est pas de notre faute, ils doivent sur­veiller. » Élève 2 : « Par exem­ple Don­ald Trump pense qu’en fer­mant les fron­tières il va pou­voir enlever le ter­ror­isme de son pays, mais il empêche les gens de voy­ager alors que ce ne serait pas des ter­ror­istes. C’est dom­mage car en Amérique il y a des choses bien aus­si. En France, on peut encore voy­ager mais c’est plus com­pli­quer qu’a­vant. »

Réac­tions et respon­s­abil­ités des États : « Trump a fer­mé les fron­tières »

« En par­lant de Trump, s’il arrê­tait la vente d’armes aux Etats Unis, il n’y aurait pas d’at­ten­tat. En France c’est pareil, ils vendent des armes et après quand on a des atten­tats ils se plaig­nent. »
Élève 2 : « Après les gens ont peur entre eux. Je n’ai pas envie d’être raciste mais par exem­ple s’ils voient un maghrébin, ils vont tout de suite penser à ça alors que cela peut être tout le monde. « Tu l’as ressen­ti, per­son­nelle­ment ? » « J’ai un exem­ple, Marine le Pen est très raciste, c’est ça le prob­lème, ce sont les poli­tiques. Don­ald Trump, il ferme les fron­tières, cer­tains ils veu­lent être prési­dent, et faire des lois sur les races des gens et les empêch­er de cir­culer. C’est le cas pour les pays africains mais pas d’autres pays, c’est du racisme et cela prive les lib­ertés de cer­taines per­son­nes alors qu’elles n’y sont pour rien dans cette his­toire et c’est eux qui sont ciblés. »
Elève 2 : « Moi je pense qu’il ne faut pas com­bat­tre le mal par le mal, cer­tains pays enga­gent une guerre après les actes ter­ror­istes dans leur pays, et ce n’est pas bien car il faut la paix. La vio­lence prive de lib­erté des gens ou les tue. Par exem­ple ils bom­bar­dent des pays, et per­son­ne ne le sait, il n’y a aucun moyen de le savoir. »

« Nous citoyens, que pou­vons-nous faire ? »

Nabil : « On pour­rait faire des asso­ci­a­tions antiter­ror­istes de pro­tec­tion civile. La pro­tec­tion citoyenne. » Camelia : « Les asso­ci­a­tions c’est bien, mais on ne pour­ra pas arrêter les ter­ror­istes. » Nabil : « On pour­rait faire plus de con­trôle ». Faus­tine : « Par exem­ple, il pour­rait y avoir plus de gens dans l’ar­mée et les per­son­nes qui ne savent pas quoi faire pour­raient s’en­gager dans l’ar­mée pour ren­forcer les troupes. » Eli : il faudrait créer des diplômes pour avoir des gens qual­i­fiés pour fouiller les sacs des per­son­nes pour éviter les bombes. »
Max : « Je suis d’ac­cord aus­si, il faudrait que les per­son­nes qui nous fouil­lent dans les grands mag­a­sins, fassent plus atten­tion, qu’ils soient plus qual­i­fiés pour cela parce que sou­vent, quand je vais dans les mag­a­sins, la per­son­ne regarde à peine le sac, elle regarde même pas ce qu’il y a dans la veste. »
« Donc vous voulez une société plus con­trôlée ? »
Max :« Mieux con­trôlée ».
Farès : « Si on s’en­gage en asso­ci­a­tion ce n’est pas pour arrêter les ter­ror­istes mais pour les repouss­er afin qu’il y ait moins de morts. Et ça c’est bien. »
Estelle : « On cherche juste la sécu­rité, et à être bien. Comme l’ex­em­ple des sacs fouil­lés, ils regar­dent même pas s’il y a une arme cachée ».

« Empêch­er les ter­ror­istes de divulguer leurs idées »

Élève 2 : « Il faut aus­si les empêch­er de divulguer leurs idées, par exem­ple, blo­quer leurs sites inter­net, mais si cela ne suf­fit pas, les médias devront aus­si moins en par­ler car en par­lant d’eux, les infor­ma­tions dif­fusent leurs idées et leurs volon­tés sans le vouloir. Par exem­ple, ils dis­ent « ils veu­lent la haine », cela peut se propager, il faudrait donc trou­ver un moyen afin de les empêch­er de com­mu­ni­quer avec le monde».

Propos recueillis par Hélène Bourgon dans une classe de 4ème du collège Elsa Triolet dans le 15ème arrondissement de Marseille.

NOTE : Les élèves 1, 2, 3 et 4, dont les noms ne sont pas cités, ont eu l’autorisation parentale de participer au débat mais pas celle d’être nommés.

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