L’histoire du 37 rue Thubaneau, symbole du mal logement

Rédigé par : Hélène Bourgon
Mis à jour le 17/10/2020 | Publié le 31/01/2019

Au centre-ville de Marseille, étroitement logée entre le cours Belsunce, la Canebière et le boulevard d’Athènes, la rue Thubaneau concentre à elle seule des pans d’histoire. Si elle tire son nom d’une salle où les gens se retrouvaient pour fumer le tabac, tubanèu en provençal, et accueillait aussi des femmes du monde venues user de leurs charmes, c’est aussi là que la Marseillaise fut chantée pour la première fois et que les révolutionnaires prendront la route pour Paris en 1792 pour atteindre les Tuileries. Aujourd’hui, un immense drapeau français en cuivre sort du mur au numéro 11 en souvenir des révolutionnaires.

Quelques immeubles plus loin, et 200 ans ans plus tard, au numéro 37, c’est une tout autre histoire qui est en train de se profiler, celle d’un immeuble en délabrement, pratiquement abandonné par son propriétaire laissant les locataires livrés à eux-mêmes face aux dégradations, affaissement des paliers, fissures et effritement des murs, presque tous sont partis.

Nous retrouvons Alice, ancienne locataire d’un des deux appartements situé au 4ème et dernier étage, de 2015 à novembre 2018. Arrivée tout juste de la rue Beauveau où la ville de Marseille a mis en place un espace d’accueil pour les populations évacuées, délogées, cette jeune femme de 28 ans se bat depuis des années avec son propriétaire pour sauver son immeuble de la ruine.

Cette vidéo a été tournée en décembre 2018 : aujourd’hui, la situation n’a pas changé, l’immeuble est toujours accessible. Sur la porte, pas d’arrêté de mise en péril, pourtant il suffit de gratter le mur d’entrée pour comprendre que les parois de l’immeuble sont gorgées d’eau.

Historique de l’insalubrité
En août 2016, un arrêté de mise en péril émis par la mairie de Marseille signé le 26 août 2016 reconnaît que le 11 août 2016, le plafond du hall d’entrée s’est effondré suite à des infiltrations d’eau signalées par les locataires du premier étage. L’intervention des marins pompiers et de l’huissier l’attestent, 3m² de plafond du deuxième étage se sont également effondrés, et l’affaissement du palier du 4ème étage représente un danger pour tout public qui se rend dans l’immeuble. Alice conserve précieusement tous les documents. Suite à cet arrêté, le propriétaire fut dans l’obligation de réaliser des travaux et un arrêté de main levée émis le 7 octobre 2016 a permis aux locataires de réintégrer leurs appartements. Mais Alice confie qu’ils ont dû réintégrer l’immeuble le 26 septembre, avant la main levée, et payer ainsi le loyer d’octobre. Pour Alice, la tuyauterie à l’origine des infiltrations d’eau n’a pas été refaite correctement et les travaux réalisés furent très succins. L’état de l’immeuble a donc continué à se détériorer.

Après les fortes pluies hivernales à Marseille en novembre 2018, l’immeuble déjà très vétuste s’est à nouveau fortement dégradé, une partie du plafond d’un des appartements au dernier étage est tombé (cf vidéo), là où logent des jeunes.
Suite à l’effondrement des deux immeubles dans le centre-ville, près de 2 000 personnes ont été délogées, le 3ème et le 4ème étage du 37 Thubaneau aussi.
Les locataires ont pu cependant réintégrer leurs appartements assez rapidement à la condition que le propriétaire fasse les travaux nécessaires, faute de quoi l’immeuble serait mis en péril.
L’administration a donné le feu vert aux habitants de réintégrer l’immeuble, 3 experts dont deux mandatés par la ville sont venus constater l’état des logements. « Ils n’ont pas fait vérifier les caves, c’est nous qui avons été pointilleuses dans l’élaboration d’un « état des lieux » et non eux ! » s’indigne Alice. Devant l’inaction du propriétaire, de la mairie et de l’état de dégradation de l’immeuble et le risque d’effondrement des paliers, les derniers locataires du 2ème étage et Alice au 4ème étage ont alors organisé un déménagement éclair de leurs appartements. Ils on été obligés de se reloger seuls, engageant des frais qui en principe ne devaient pas leur incomber, c’est une longue lutte judiciaire dans laquelle ils se lancent aujourd’hui pour faire valoir leurs droits.