Tour de la Méditerranée avec le voilier « Sauvage »

Rédigé par : Hélène Bourgon
Mis à jour le 15/10/2020 | Publié le 05/04/2017

Chers lecteurs et lectrices,

Après des dossiers d’actualité lourds en émotion et en information, il est grand temps d’aller en plein cœur de cette Méditerranée et de se laisser dériver au gré du vent.
Ce voyage est proposé par Cyrille Mousset (adhérente de 15-38) et son compagnon. « Mettre les voiles », quitter leur quotidien et partir naviguer durant deux ans en Méditerranée à bord de leur voilier « Sauvage » n’a pas été une simple décision. Partis le 17 mars de Sanary-sur-mer (sud de la France), ils ont mis le cap sur l’île de Capraïa, située entre la côte italienne et la Corse. La plume bien aiguisée, ils nous livrent leurs récits en texte et en image afin de nous faire découvrir des contrées peu explorées et ce bel univers qu’est la voile. Bon voyage à tous !

« Voyage autour de la méditerranée sur un Gladiateur de 33 pieds »

Le jour J est enfin arrivé. Aujourd’hui, vendredi 17 Mars 2017, nous quittons le mouillage de Sanary sur Mer pour un voyage autour de la méditerranée. Nous naviguons sur un Gladiateur, voilier des chantiers Wauquiez de 1978. Nous vivons sur notre voilier et notre désir est de partir à la découverte de nouveaux lieux mais surtout de pouvoir s’enrichir de nombreuses rencontres au gré de nos escales et du vent. Nous avons choisi de vivre autrement et à travers cette expérience toute nouvelle que nous abordons avec grand optimisme, mais non sans appréhension, nous souhaitons partager notre quotidien. À travers ce récit conçu pareil à un journal de bord, nous vous ferons part de nos sentiments éprouvés avec simplicité et humilité. Nous vous parlerons également des difficultés administratives et morales que nous avons rencontrées et elles sont nombreuses lorsque l’on décide de tout quitter et de partir sans date de retour ! Nous parlerons aussi de toutes ces questions que nous nous posons et de celles posées par notre entourage comme par exemple : « Mais de quoi allez-vous vivre ? », « Et si cela ne marche pas ? », « Et si vous tombiez malades ? », etc…Nous pourrions continuer cette liste indéfiniment et ne jamais larguer les amarres, rester dans un port, vivre tranquillement sur notre bateau et être raccordé 24/24 à l’eau, l’électricité et…bien ancré dans la société. Mais il est déjà trop tard ! Nous sommes bel et bien partis, et « Sauvage » notre voilier, avale goulument les premiers milles nautiques vers notre première escale : les îles de la Toscane. Capraïa, Elbe et Giannutri pour débuter. Notre odyssée commence et nous comptons sur le souffle d’Éole pour nous pousser toujours plus en avant !

Départ de l’aventure en image

Traversée de Sanary jusqu’à Capraïa » (vendredi 17 et Samedi 18 Mars 2017)

« Après 36 heures de navigation entre Sanary et Capraïa (première île de l’archipel Toscan à l’est du cap Corse), nous voilà en Italie ! Épuisés mais contents d’arriver, nous aurons fait 34 heures de voile et deux heures de moteur. L’objectif est d’utiliser le moins possible la brise diesel. Ce fut une navigation sportive, avec un vent arrière de force 5-6 sur l’échelle beaufort (le maximum est 12). Nous naviguons qu’avec un bout de génois (voile à l’avant). Plus taillé pour la navigation au près, notre « Sauvage » roule beaucoup dans cette allure et je donne mon tribut à Neptune à 6 reprises ! Il faut parfois un certain temps avant que le corps s’amarine…Je n’ai pas d’autre choix que d’attendre la fin du calvaire car je sais par expérience que les mauvais moments s’oublient au profit des bons ! De plus, le pilote automatique, considéré comme notre troisième équipier, décide de nous abandonner en cours de route. C’est donc à la force de nos quatre bras que nous barrons « Sauvage » à travers un Neptune de mauvaise humeur. Nous essaierons de réparer le pilote plus tard, l’achat d’un neuf n’étant pas prévu dans notre budget actuel. C’est la première fois que nous naviguons de nuit au mois de mars et les températures sont encore très fraîches ! L’humidité tombe vers 16h00 et nos triples couches de vêtements ne sont pas de trop. Le froid est ce qu’il faut combattre en mer avant tout car c’est un des facteurs qui favorise le mal de mer, c’est la règle des 4 F : Froid, Fatigue, Faim et Frousse ! Nous arrivons à Capraïa en pleine nuit (à éviter quand on peut !), heureusement, la baie devant le port est saine et notre traceur n’indique aucune difficulté particulière. Nous y jetons l’ancre. Le vent est tombé, tout comme nous tombons de sommeil ! « 

Traversée Sanary (France)-Capraïa (Italie)

« Les îles Toscanes » (Dimanche 19 au mercredi 29 Mars 2017)

« Au petit matin du dimanche 19 Mars, nous gonflons notre annexe pour partir en exploration sur l’île de Capraïa. Nous utilisons un kayak gonflable pour aller à terre. Nous avons fait ce choix dès le départ après avoir pesé le pour et le contre entre une annexe à moteur ou une à rame. En plus d’être écologique, le kayak ne prend que très peu de place à bord, ne pèse pas lourd et nous gagnons en tranquillité d’esprit lorsque nous le laissons à terre. Une annexe à rame est moins tentante à chaparder qu’une à moteur ! Voilà comment s’organise la journée : nous vivons au rythme du soleil, nous nous couchons et levons avec lui, il fait office de réveil naturel. Le temps de préparer le déjeuner pour le midi et nous quittons le bateau pour découvrir ces nouveaux lieux. L’archipel toscan se compose de 7 îles et sont les sommets de montagnes du continent tyrrhénien enfoncés dans la mer. Capraïa était autrefois une prison (l’Alcatraz américain en plus petit !), sa côte est accore et rocheuse et le printemps libère tous les arômes des plantes de son maquis. Nous profitons de la saison pour faire une longue marche qu’il ne sera plus possible de faire en plein été à cause de la chaleur et le manque d’arbre. De retour sur le bateau, nous consultons la météo. C’est elle surtout qui dicte notre parcours et il faut toujours être vigilant car elle est d’humeur changeante et taquine. Pour cela, nous sommes équipés d’un téléphone portable avec un forfait incluant les connexions sur Internet depuis l’Europe (30 GO par mois) et des applications gratuites téléchargées pour les météos du large et côtière. Nous sommes bien évidemment équipés de la VHF ASN, équipement obligatoire si on navigue au-dessus de la bande des 6 milles nautiques (1 Mille = 1852 mètres).
Il faut toujours être prêt à quitter ou à changer de mouillage et devons parfois laisser nos états d’âme de côté. C’est ce qui se produit ce lundi 20 mars. Nous avons eu tout juste le temps de flirter avec Capraïa et le vent qui se lève nous pousserait jusqu’à Elbe, la plus grande des îles de l’Archipel Toscan. Une petite demi-heure suffit pour nous préparer et lever l’ancre. Si nous ratons l’occasion, nous risquons de rester coincés plusieurs jours au même endroit car nous voulons descendre rapidement jusqu’à Malte, ayant déjà visité cette zone en 2015.

L’île d’Elbe

Après 8 heures de voile, nous arrivons sur l’île d’Elbe et jetons l’ancre dans le golfe de la Biodola, situé au nord de l’île, à l’ouest de Portoferraio. C’est un excellent abri pour les vents de secteur Sud. À cette période, nous sommes les seuls au mouillage ! C’est une île très montagneuse et verte que nous découvrons, aux côtes très découpées. Réputée également pour l’importance de son minerai de fer sur la côte est, la dernière mine a fermé en 1984.
Nous nous trouvons entre les villages de Portoferraio (capitale de l’île) et de Marciana Marina. Nous apercevons un arrêt de bus à notre descente mais ce n’est pas encore la saison et le bus ne passe pas avant le mois de juin…nous optons pour l’auto stop et ça marche ! De cette façon, nous rencontrons des insulaires qui n’hésitent pas à nous prendre et on profite de leur gentillesse pour glaner quelques informations sur le quotidien de l’île. La première personne que l’on rencontre nous dépose au centre de Portoferraio en ayant pris soin de nous indiquer le magasin pour faire notre ravitaillement en fruits et légumes et la petite gare routière où un bus pourra nous rapprocher de notre mouillage pour le retour. Nous procédons de la même façon pour nous rendre le lendemain à Marciana Marina, située à 15 Km de notre mouillage ! Même scénario que la veille, quelqu’un s’arrête et nous dit que nous sommes « fortunati ! », comprenez « chanceux » de trouver quelqu’un qui se rend jusqu’à Marciana aujourd’hui ! Nous profitons de ce charmant italien bavard (pléonasme ?!) pour faire une « micro-autostop-interview ». Nous apprenons qu’Elbe compte 30.000 âmes, vit essentiellement du tourisme les trois mois d’été (sur 200 hôtels, seuls 6 ou 7 ouvrent de Pâques à Noël, pour le reste, ils n’ouvrent que de juin à la mi-septembre) et l’on y cultive la vigne et l’olivier. Concernant la population plus jeune, ils sont obligés de quitter l’île après le lycée pour continuer leurs études dans les universités de l’Italie continentale telles que Pise ou Florence.

On ne peut ignorer l’exil de Napoléon qui dura deux ans (1814-1815) et à qui on doit la modernisation de Portoferraio. La ville est marquée par Napoléon, on y trouve la bière à son nom, le circuit et des bars et restaurants rappelant son passage ! On nous a tout de même rapporté, qu’un jour, un restaurant avait affiché le message suivant : « Napoléon n’a absolument jamais, mais jamais mangé ici ! ». La balade jusqu’à la citadelle vaut le détour et déambuler dans les rues bordées de maisons aux façades couleur ocre, nous plonge dans le XVIII° siècle.

Jeudi 23 Mars :
Nous quittons notre mouillage du golfe de la Biodola pour rejoindre un autre lieu décrit comme étant un pur joyau : Porto Azzuro, situé sur la côte sud-est de l’île. Pour l’anecdote, le village portait le nom de Longone, ancienne prison et donc associé au crime en Italie. C’est pour ne pas faire fuir les touristes qu’à présent il est connu sous le nom de Porto Azzuro et compte tenu de l’activité touristique en été, le stratagème a très bien fonctionné ! Nous découvrons un village animé où nous empruntons le GR (sentier de grade randonnée) pour nous retrouver sur les hauteurs de l’île. Perchés sur les cimes, c’est un magnifique panorama qui s’offre à nous. Le lendemain, nous partons en direction d’un autre village perché dans les hauteurs : Campoliveri, où nous y trouvons une ambiance plus locale et très agréable.

Lundi 27 Mars :
Il est temps de dire au revoir à Elbe et partir en direction de la dernière île et aussi la plus petite qui constitue l’archipel toscan : Giannutri. « Sauvage » prend le vent arrière et file à 5 nœuds. Huit heures plus tard nous arrivons à Giannutri. Luxe, calme et volupté. Quelques maisons, aucun commerce et seul un restaurant et un hôtel ouvrent en été. Lorsque nous descendons à terre, après avoir jeté l’ancre dans la minuscule crique de Spalmatoi, nous avons l’impression que l’île nous appartient ! Nous empruntons les chemins de traverse et l’un d’entre eux nous mène à la villa Romaine que nous souhaitons visiter. Nous devrons malheureusement abandonner l’idée car des grilles bloquent l’entrée pour cause de fermeture hors saison. En effet, du 26 mai au 12 octobre le tourisme est régulé et le site antique n’est accessible qu’accompagné d’un guide et muni d’un « passe ». Le site est sous vidéo surveillance et nous ne voulons pas outrepasser l’interdiction mise en place pour de bonnes raisons : la protection du site. Malgré tout, nous jouons aux Indiana Jones en herbe et, sans dépasser les limites imposées, nous volons quelques photos par le biais d’un petit chemin latéral. Il est temps de rentrer et planifier la suite de notre itinéraire, prochaine étape : les îles Pontines. »

« La traversée vers les îles Pontines » Avril-mai

Un peu plus d’un mois s’est écoulé depuis notre dernier récit et quelques péripéties ont retardé la suite de nos aventures !
Lorsque le 29 mars nous quittons les îles Toscanes en direction des îles Pontines, c’est un vent paisible et favorable qui nous pousse accompagné d’une mer calme. À ce moment-là, nous ignorons que nous allons avoir recours aux services médicaux italiens d’ici quelques jours…
Nous mettons le cap sur Ponza à 120 Milles nautiques, la plus grande des îles Pontines et durant cette traversée de 18 heures, la nature nous offre un merveilleux spectacle ! Ils arrivent et sont au nombre de 3, puis 4 et finalement ce sont 5 dauphins qui, dans un véritable ballet, viennent chatouiller l’étrave de Sauvage ! Un tel cadeau nous rend plus optimiste que jamais et nous atteignons Ponza en pleine nuit à la voile…L’arrivée est quelque peu tendue. Nous devons zigzaguer entre les nombreux récifs et passons en quelques secondes de 3 nœuds à 7 nœuds de vitesse ! Cette accélération soudaine du vent est dû à un effet de site et le passage de cap engendre souvent un changement brusque de régime qui ne manque jamais de surprendre ! Au petit matin, nous profitons du calme et de l’ensoleillement pour faire notre ravitaillement dans le petit centre de Ponza.
Notre objectif est de descendre vers le sud en passant par le golfe de Naples, puis le détroit de Messine pour rejoindre l’île de Malte, toujours sous réserve de la météo, où nous souhaitons nous arrêter quelques jours afin de continuer nos activités professionnelles. Hé oui ! Il va bien falloir travailler car nous ne sommes pas rentiers et c’est le moment d’aborder la question cruciale du : « Mais de quoi vivent-ils ?! »

« Et si nous vous parlions un peu de nous ? »

Nous avons chacun développé une activité professionnelle nous permettant de voyager et de travailler où que nous allions. Nous souhaitons plus qu’expérimenter le travail nomade, nous voulons qu’il devienne indissociable de notre aventure ! Pour ma part, je suis traductrice et navigatrice. J’ai opté pour le travail en nomade digital et dispose du matériel informatique nécessaire à mon activité qui porte le nom de « Sailing the Words ». Sailing the Words est la fusion de mes deux passions : traduire et naviguer ! Je fais donc naviguer les mots de l’anglais au français. Je traduis les documents dans mes domaines de compétences qui sont : le secteur du tourisme et bien sûr le secteur nautique. Je navigue sur les mots et…sur la mer Méditerranée ! Pour plus de renseignements je vous invite à voguer sur les pages de mon site dédié à la traduction et à la navigation : www.sailingthewords.com mais aussi sur la page Facebook de Sailing the words : https://www.facebook.com/sailingthewords/.

Mon compagnon de vie et de navigation est illustrateur autodidacte ! C’est un rêveur et il a pour mission de nourrir son inspiration au fil de nos déplacements et d’immortaliser nos escales les plus marquantes à l’encre de chine. Il varie les plaisirs en testant de nouveaux procédés sur le bateau comme la linogravure. Il a, à son actif, deux bandes dessinées qui ont été publiées par la maison d’édition « Des ronds dans l’O ». Ce sont deux adaptations de romans. La première, intitulée « Tueuse » est l’œuvre de l’auteure marseillaise Annie Barrière. La deuxième est l’adaptation d’une nouvelle d’Isabelle Eberhardt : « Yasmina ». Vous retrouverez ses œuvres sur le site : www.desrondsdanslo.com/May.htlm.
Tout ce que nous possédons se trouve à bord de notre voilier. Pendant les dernières années, nous avons constitué « un trésor de guerre » pour faire face aux imprévus car nous savons qu’ils sont nombreux en mer. Mais ce qui use nos nerfs en ce moment, c’est la météo ! Très changeante, nous devons la consulter plusieurs fois par jour. Nous sommes en avril, les nuits toujours fraîches, et les caprices d’Éole met le moral de l’équipage à rude épreuve ! Pour imager cette contrainte, nous donnons cet exemple : imaginez que vous devez déménager sans crier gare ; en fonction de la force du vent, de sa direction, du sens de la houle, à l’approche d’un orage, etc…sans vouloir faire nos « Causettes », il y a des jours où ça fatigue ! Heureusement qu’une bonne nuit réparatrice (quand c’est possible) suffit à retrouver la bonne humeur et l’entrain.
Nous sommes le 4 avril et Ponza nous offre un peu de repos…Hélas, pas pour longtemps. Lorsque je me réveille ce matin-là, je constate à ma grande surprise, que je suis en symbiose avec le printemps : JE BOURGEONNE ! Recouverte de boutons rouge sur tout le corps, c’est panique à bord ! On pensait avoir tout prévu et la trousse à pharmacie a été soigneusement préparée en fonction des faiblesses physiques de chacun. Mais là, nous donnons notre langue au chat : est-ce la varicelle ? Intoxication alimentaire ? Ou bien une allergie ? En tout cas ça gratte…Apparemment ce n’est pas contagieux car je suis la seule à avoir ça et je n’ai pas de fièvre. Nous restons calmes et décidons de continuer notre chemin en direction d’Ischia, afin de se rapprocher du golfe de Naples.

« Ventotene ou notre île maudite »

Nous aimerions cette fois-ci nous arrêter à Ventotene. Cette île devint un centre pénitentiaire jusqu’à une époque très récente avec sa voisine San Stefano où Mussolini emprisonna les antifascistes. Il y a deux ans, lors de notre premier galop d’essai en voilier, nous n’avions pas pu la visiter. C’était plus avancé dans la saison et il nous avait été impossible de mouiller là où pourtant le guide nautique nous l’indiquait à cause de la multitude de corps-morts installés (bouées payantes, auxquelles vous êtes obligés d’accrocher le voilier, sans eau ni électricité). Sûrs de notre coup cette fois-ci, nous mouillons l’ancre dans un endroit autorisé et nous nous préparons à descendre. Tout à coup, arrive à fond la caisse un canot de « la brigada di finanza » (brigade des finances). Ils nous interdisent de descendre à terre, prétextant du mauvais temps. Nous consultons à nouveau nos TROIS applications météo qui annoncent la même chose : 10 Nœuds de vent, autant dire pétole !

Après s’être étranglés de rire intérieurement, nous décryptons le message subliminal suivant : soit vous allez au port et payez la nuit, soit vous dégagez ! Il ne nous faut pas moins de cinq minutes pour faire nos adieux à Ventotene et mettre le cap sur Ischia. Nous n’essaierons pas une troisième fois et tant pis pour la visite de Ventotene et les commerces locaux où nous avons pour habitude de faire nos courses. Malheureusement, nous constatons que ce phénomène se répand de plus en plus. L’obligation de consommer et de payer partout où nous nous trouvons… Il est de moins en moins accepté que l’on puisse être à un endroit sans payer. En poussant à l’extrême nos réflexions, nous nous demandons s’il faudra un jour payer seulement pour se balader et regarder le paysage !

Comme un air de désenchantement…

Voici trois mois que nous sommes sur les flots et nous aimerions vous faire part de sentiments plus personnels dans la continuité de la narration de nos aventures maritimes. Après l’épisode de Ventotene, nous mettons le cap sur les îles du golfe de Naples avec au programme : Ischia, Procida, Naples et Capri.
C’est un voyage de deux ans que nous entreprenons, et il sera sûrement ponctué à la fois d’émerveillements et de désenchantements. Nous pensons qu’il est aussi important de partager les joies comme les déceptions.

Lorsque nous poursuivons notre navigation vers le sud, nous faisons une triste constatation : la pollution visible à l’œil nu qui règne en mer Méditerranée. La côte méditerranéenne souffre de deux types de pollution, celle du plastique et celle de l’immobilier. La « Med » se serait-elle pacsée avec le diable ? À peine a-t-on trempé le bout de l’étrave dans les eaux italiennes que nous nous prêtons à un drôle de jeu. Nous observons la mer et nous comptons les déchets flottants…Il ne se passe pas un quart d’heure sans apercevoir un sac ou une bouteille en plastique, des cagettes en polystyrène et toutes sortes d’objets disparates à la dérive, au beau milieu de cette mer qui, rappelons-le, est une mer fermée. La situation ne s’améliore pas quand nous descendons à terre.

Prenons pour exemple L’île de Procida. Elle fait partie des îles du golfe de Naples. Quand nous atteignons la petite baie de Procida (Cala di Coricella), on a l’impression d’arriver sur une aquarelle. La palette de couleurs des façades des maisons surplombant le petit port de pêche est sublime. Procida est un lieu culte du cinéma italien. Parmi les plus célèbres qui y ont été tournés, nous en retiendrons trois : « Il postino » avec Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neruda, « le talentueux Mr Ripley » remake américain de « plein soleil » et « Graziella » d’après le roman éponyme d’Alphonse de Lamartine. Alors que ce premier jour sur l’île nous enchante, le deuxième nous désenchante. Ce jour-là, nous décidons de ramer jusqu’à la plage qui se trouve en face de notre mouillage pour emprunter un sentier de promenade. Quand nous arrivons sur la plage, nous cherchons un coin pour déposer notre kayak. Et pourtant, ce n’est pas la place qui manque mais il se trouve que la plage est jonchée de poubelles. Ce n’est pas le vent qui a parsemé quelques papiers ou plastiques, pas du tout ! Nous voyons des sacs poubelles de particuliers, soigneusement fermés (quand ils ne sont pas éventrés) déposés sciemment sur la plage. Le bord de cette plage offre une vision apocalyptique où les gens se baignent… Lorsque nous remontons le chemin (avec notre poubelle à la main), nous avons du mal à comprendre ce qui se passe car, arrivés en haut du chemin, nous trouvons une poubelle chaque 100 mètres ! Et le comble de tout ceci est que nous tombons nez à nez, c’est le cas de le dire, sur la déchetterie de l’île qui semble avoir la même activité qu’un volcan éteint depuis plusieurs milliers d’années.

L’île d’Ischia montre aussi quelques anomalies quand on s’y penche de plus près. Nous avions déjà visité Ischia au mois de juin 2015 où la saison battait son plein. Au mois d’avril 2017, beaucoup de magasin sont fermés et l’ambiance est un peu tristounette. De juin à septembre, Ischia est une des destinations de vacances préférées des touristes allemands du troisième âge et des russes. D’ailleurs, tout est écrit en allemand ou en russe. Mais nous sommes envahis par un sentiment de déception à la vue de plusieurs dysfonctionnements d’ordre public. Lorsque nous entamons une promenade dans un parc dit « aromatique méditerranéen », nous le trouvons à l’abandon, sans indication, sans plan, où

les poubelles jonchent les allées. Cela fait partie des nombreuses contradictions de l’Italie. Nous apercevons un gros chantier au même stade qu’il y a deux ans. Le projet en question devait aboutir sur la construction d’une salle polyvalente dédiée à la culture. Le début et la fin du projet est toujours visible sur un grand panneau : « De 2007 à 2013, avec financement de l’Europe ». Mais nous nous réconcilions avec Ischia lorsque nous prenons le bus jusqu’au village de Fontana pour monter jusqu’au mont Epomeo, pic le plus haut de l’île (788 M), nous offrant un magnifique panorama. En redescendant, nous traversons une forêt de châtaigniers où les familles et les étudiants ont pour habitude de venir pique-niquer. C’est la Dolce Vita et la forêt retentit de rire et de musique, embaume la grillade et respire la joie et la bonne humeur italienne !
De plus, c’est grâce à un dermatologue très gentil et de garde ce jour-là sur l’île que j’ai élucidé mon histoire de bouton, le verdict est tombé : c’est un psoriasis à goutte. Très contraignant mais bénin, je suis soulagée que le voyage puisse continuer. J’apprends que le dermatologue tient une permanence sur l’île une fois par mois, c’est quand même un coup de pot. La note prend également un goût salé et la carte vitale européenne ne fonctionne pas partout, il faut s’en accommoder !

Naples

On ne peut pas évoquer la pollution sans parler de Naples…Mais Naples nous rend schizophrène au niveau des sentiments ! Oui Naples est sale…Mais c’est une crasse séductrice qui côtoie de véritables joyaux architecturaux, un peu comme Palerme. Elle suinte la corruption et la saleté par tous ses pores mais l’ambiance est unique. Pour visiter la ville et ses environs, nous décidons de prendre quelques nuits dans une marina et nous cherchons la plus proche du centre-ville (tant qu’à faire !). Nous jetons notre dévolu sur la Marina Santa Lucia. Nous négocions le tarif au téléphone : Nous passons de 80 à 60 Euros par nuit pour un dix mètres… La marina n’a ni toilette, ni douche. Mais nous sommes au cœur de Naples et les marinas plus excentrées ne proposent pas de tarifs plus avantageux. La sécurité est sujette à caution et souvent inclue dans le prix. Nous avons une place qui donne sur les restaurants de la Marina et l’endroit est assez sûr pour laisser le bateau seul la journée. Ce sera notre petite folie et nous resterons cinq nuits au port, aucun regret !

De nombreux incidents malheureux nous ont été rapportés par des navigateurs qui sont déjà allés au port de Naples. Les fonds sont remplis de détritus et des tas de câbles, de cordages, flottent dans le port et dans la grande baie. Le gros risque est de se prendre une corde dans l’hélice lorsque vous êtes au moteur. C’est au petit bonheur la chance…Nous prenons le risque et nous sortons indemnes en quittant Naples et son port.

Nous notons une grande différence entre la France et l’Italie : les sacs plastiques. Alors que la France essaie de diminuer voire de stopper complètement la distribution des sacs plastiques dans les grandes surfaces et tout autre commerce, c’est très différent en Italie. C’est la foire aux sacs ! Peu importe ce que vous achetez, on vous remet un ticket au bisphénol et un sac plastique ! Nous n’avons jamais eu autant de sacs plastiques sur le bateau. Nous les utilisons pour la poubelle « déchets ménagers ».
Idem pour le tri des ordures, il n’est pas respecté et vous pouvez trouver une poubelle à deux entrées : une pour le carton et une autre pour le verre, mais sans aucune séparation, si bien que tout se mélange ! Nous ne cherchons pas à blâmer qui que ce soit en faisant cette constatation. Après tout, n’est-ce pas la réponse à une société hypocrite ? Pourquoi demander de faire le tri alors que l’on continue à distribuer des sacs plastiques à tout va ? Pourquoi ne réduit-on pas les emballages ? À Paris, chaque deux ans, se tient le plus gros salon de l’emballage…Nous ne pensons pas être plus écolos en France qu’en Italie.
Autre constatation malheureuse, c’est la dégradation de site exceptionnel tel que Herculanum ou Pompéi. Nous choisissons de visiter Herculanum. Notre déception a été de trouver plusieurs portions fermées au public cause « de dégradation du site ». Ce site fabuleux est en train de se réduire à peau de chagrin car il n’y a jamais eu d’anticipation de travaux de conservation.
Nous quittons Naples avec un petit pincement au cœur car elle reste malgré tout, une de nos villes préférées de la côte italienne. Elle nous a ensorcelés !

Cap sur Malte

Nous voulons atteindre l’île de Malte afin de s’installer quelques semaines ou pourquoi pas y passer l’été pour se poser un peu et travailler à nos activités. Malheureusement, Malte ne s’avère pas à la hauteur de nos espérances pour différentes raisons que nous allons évoquer plus bas.
Avant d’atteindre Malte, nous aurons fait une halte à Capri, le petit bijou du golfe de Naples, puis deux arrêts dans les îles éoliennes dont une à Panaréa et une autre à Vulcano. Nous les avions visitées il y a deux ans et avions gravi tous les sommets. Mais nous sommes impatients de découvrir de nouveaux territoires et ne faisons qu’une petite escale dans ces îles.
Si nous devons recommander une seule île du Golfe de Naples c’est, sans hésitation, Capri ! Concernant les îles éoliennes…Nous vous les recommandons toutes ! Filicudi a notre préférence mais elles sont toutes distinctes.
Après s’être avitaillés à Vulcano, nous mettons le cap sur Malte vendredi 28 avril à 13h00 et traversons le détroit de Messine dans la nuit avec un courant favorable. Nous arrivons à Malte Dimanche 30 avril au matin. Nous aurons parcouru environ 200 milles nautiques, la navigation durera 43 heures dont 15 heures au moteur. Nous jetons l’ancre à St Julian’s Bay et malgré un mouillage chahuteur dû à une petite houle facétieuse, nous trouvons un repos réparateur.

Arrivée à Malte

Mai 2017 : Arrivée à Malte

L’arrivée à Malte est toujours impressionnante. La lumière sur le calcaire, la couleur dorée sur ses fortifications grandioses et son architecture aux influences orientales est une invitation aux contes des mille et une nuit. Tout ce beau décor ne reflète malheureusement pas les coulisses de l’île. Malte est certes cosmopolite, mais c’est aussi une île faite pour le tourisme et beaucoup pour le tourisme ! Plus particulièrement à Sliema, quartier du bord de mer, nous constatons la construction d’immeubles de plus en plus haut, les maisons sont toutes rehaussées de plusieurs étages et le soleil se couche donc plus tôt que prévu ! De très nombreux chantiers immobiliers furent entrepris par l’ancien gouvernement qui n’était pas avare en autorisations (affaires de corruption) …

Nous profitons de cette halte pour nous avitailler en eau et en Gazole tout en restant au mouillage. Nous faisons plusieurs allers-retours avec notre kayak gonflable et nous réussissons à transporter 58L d’eau en un voyage avec des bidons de 5 et 8L. Il y a une fontaine d’eau potable à 15 mètres de là où nous laissons le kayak. Nous trouvons une laverie et une station d’essence également tout proche. Nous passons une journée à faire nos « corvées » et nous voilà tranquilles pour un moment. Mais le vent tourne et nous sommes obligés de changer de mouillage. Nous nous abritons à Rinella Bay, en face des « trois cités ». Nous sommes loin de tout, coincés sur le bateau et aucun marchand de fruits et légumes à moins de 30 minutes de marche quand il y a une petite accalmie.
Nous constatons également que notre connexion internet est très pauvre et ne pouvons pas travailler comme nous l’avions prévu. L’eau du mouillage est sale et nous sommes très dépendants de l’eau de mer car nous faisons tout avec elle : vaisselle, toilette, etc… Nous rinçons la vaisselle avec l’eau douce à l’aide d’un pulvérisateur pour économiser l’eau. Nous faisons notre toilette à l’eau de mer et avons appris un petit truc qui nous permet de ne pas se rincer ! Dès que nous sortons de l’eau, nous nous essuyons tout de suite. De ce fait, le sel ne provoque pas ce tiraillement ressenti comme avec le séchage naturel au vent. L’été tarde à venir, alors nous faisons une exception pour les cheveux que nous rinçons à l’eau douce car il fait encore un peu humide en soirée.
Le vent de nord-ouest forcit et sur les 4 bateaux qui se trouvent au mouillage, deux dérapent dans la nuit (l’ancre ne tient pas) heureusement, il n’y a pas de casse et ils doivent rajouter une deuxième ancre.

« Sur les traces d’Ulysse »

Le 10 mai, alors que le vent tourne au sud, nous décidons de quitter Malte et d’aller sur Syracuse où le mouillage devant le port constitue un excellent abri. Nous trouvons le séjour à Malte trop court et regrettons tout de même notre mouillage dans la baie de St Julian qui lui, offre un excellent emplacement. Mais quand la météo propose…On dispose, alors cap sur Syracuse ! De là, nous attendrons le souffle conciliant d’Éole pour nous pousser jusqu’en Grèce, dans les îles Ioniennes. Impatients de continuer sur les traces d’Ulysse, nous allons enfin découvrir une partie de la Méditerranée que nous n’avons encore jamais explorée !

Comme précisé au départ, ce voyage est une combinaison de belles découvertes mais comporte quelques désenchantements comme le dur constat de pollution en mer Méditerranée. Malheureusement, ce sont TOUTES les côtes méditerranéennes qui sont touchées. Nous accomplissons des gestes responsables au quotidien de sorte à ne pas aggraver cette situation. Nous choisissons des produits qui n’agressent pas l’environnement marin, nous sommes très économes en eau, et la brise diesel est utilisée en dernier recours car nous avons le temps (il est de bon ton de le préciser !). Nous croyons aux initiatives individuelles même si elles ne représentent qu’une goutte d’eau dans la Méditerranée…Ben C’est déjà ça !
Prochain épisode : Une semaine de mouillage à Syracuse et l’arrivée sur les îles Ioniennes !

SYRACUSE : POINT DE DÉPART POUR LA GRÈCE

Voici la suite des navigations de « Sauvage » et de son équipage en mer Méditerranée. Cet épisode qui raconte nos premiers pas en Grèce, dans les îles Ioniennes, parlera de ces rencontres faites en mer et sur le continent grec qui nous auront marquées, et de moment clef à travers une vidéo…
Nous ne sommes pas venus à Syracuse pour ses eaux cristallines mais pour retrouver cette ville pleine de vie et de charme et c’est d’ici que commence notre « vrai » voyage. En effet, nous allons découvrir une nouvelle partie de la Méditerranée et le mouillage dans la baie de Syracuse représente pour nous le sas d’attente pour notre départ vers la Grèce. Dans l’attente d’une fenêtre météo favorable, nous imaginons une arrivée digne de l’Odyssée d’Ulysse : Corfou, dans les îles Ioniennes !
À Syracuse, nous rencontrons Caroline et Nico, un jeune couple franco-italien qui voyage sur « Ysé », un voilier en aluminium de 11,50 mètres. Ils ont appareillé de Bretagne en octobre 2016 et ont passé l’hiver à Malte. Pendant deux mois, nous naviguerons ensemble jusqu’à leur retour en Italie.
Mais le début s’annonce mal ! Alors que nous profitons d’une fenêtre idéale pour pointer l’étrave vers la Grèce, Ysé rencontre un problème de moteur et doit s’arrêter d’urgence dans un port en Calabre, au sud de l’Italie. Nous convenons de continuer notre route vers la Grèce car le vent vient du sud et ne nous permet pas de rester au mouillage dans cette partie de l’Italie. Après 62 heures de navigation (dont 14 au moteur), nous touchons notre première île grecque : le sud de Lefkas ! Tant pis pour notre arrivée sur Corfou, la météo en a décidé autrement ! Ysé et son équipage arriveront 4 jours après.

LES ÎLES IONIENNES : SES PAYSAGES, SES HABITANTS, SES EFFETS DE SITES, ET NOS RENCONTRES…

Ce qui a rendu ces deux mois de navigation magiques, c’est assurément la combinaison de la beauté du paysage des îles Ioniennes, première approche avec la population grecque et notre rencontre avec l’équipage du voilier « Ysé ». Nous n’avions, jusqu’à présent, connu aucune expérience de navigation avec un autre voilier. Toutefois, nous constatons aujourd’hui, que cette entente partagée pendant ces deux mois avec nos amis est rare, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que nous sommes du même âge et qu’il est plus « normal » de croiser sur l’eau des retraités ou en général des gens plus âgés. Caroline et Nico vivent aussi sur leur bateau et nous pouvons partager ensemble nos questions, nos doutes, et nos joies ! De plus nous découvrons tous les quatre la Grèce pour la première fois.
Nous avons le même rythme de croisière, et de par nos personnalités différentes, chaque personne apporte quelque chose d’enrichissant. Il n’y a pas de « meneur ou de chef », qui décide où aller, quand partir, combien de temps rester etc…

Souvent, lorsque nous repensons à nos premiers pas en Grèce avec l’équipage d’Ysé, on se dit que nous avons découvert des lieux que nous n’aurions jamais découvert à deux. Nous louons une voiture pour visiter les plus grandes îles, ce qui permet de diviser les frais par deux et nous partageons tous les quatre une curiosité boulimique qui nous a poussé jusqu’ici en bateau !

Pour décrire brièvement les îles Ioniennes, il y a une chose à savoir : il ne faut surtout pas s’attendre à la Grèce des cartes postales habituelles : Le soleil éblouissant sur les maisons bleues et blanches ! La région des îles Ioniennes est celle où il pleut le plus en hiver. L’été est très chaud et humide, ce qui a pour conséquence cette végétation luxuriante qui fait la particularité de ces îles. Il y a des oliviers, des cyprès, des pins et des fleurs à profusion ! C’est une région verte et ombragée aux maisons couvertes de tuiles romaines rouges.
Les effets de sites sont nombreux et il n’est pas rare que la topographie des îles perturbe nos prévisions météorologiques. Nous croyons être à l’abri du vent du nord en trouvant un beau mouillage au sud ? hé bien non ! Les rafales de vent se renforcent lorsqu’elles dévalent les falaises escarpées des îles Ioniennes, ce qui souvent, crée des surprises et provoque des directions de vent contraires à celui qui était prévu. Au départ, nous sommes un peu confus, puis rapidement, nous apprenons à appréhender et anticiper ces phénomènes courant en Grèce.

NOUVELLES EXPÉRIENCES ET PARTAGE DE BEAUX MOMENTS !

En Céphalonie, plus précisément au port d’Argostoli, nous faisons nos formalités (je rappelle que même si nous sommes dans la communauté européenne, il est de bon ton de faire des formalités en entrant en Grèce, j’ai d’ailleurs écrit un article à ce sujet sur mon site Sailingthewords.com : « les formalités en Grèce » dans la rubrique actualités). Nous avons loué une voiture pour nous y rendre car nous sommes au mouillage d’Eufemia, sur la côte Est et faire une pierre deux coups : les formalités et la visite de l’île ! À Argostoli nous vivons un joli moment : dans le port, alors que les pêcheurs vendent leur pêche et rangent leurs filets, des tortues viennent aux abords du quai pour manger les déchets de poissons ! On les appelle « Caretta-Caretta » en grec ! Elles font bien évidemment la joie des touristes et des passants !
Sur l’île d’Ithaque et Méganisi, nous expérimentons notre premier mouillage avec « amarres à terre ». Manœuvre un peu délicate pour la première fois mais c’est presque une obligation en Grèce ! Réservé aux mouillages profonds, exigus et très fréquentés, ce style d’amarrage permet de garder son bateau toujours dans le même axe et de l’empêcher d’éviter.

Nous faisons également un arrêt sur Kastos, habitée par 80 âmes, on y trouve une « Taverna » (restaurant grec), un bar, une église et même une école ! sans parler du mini market, ouvert seulement le matin et…pas tous les jours ! Il y a un port où on peut se baigner tellement l’eau est translucide. Nos navigations vont de surprises en surprises. Toutes ces îles diffèrent les unes des autres et il n’y en a pas une qui se ressemblent. Nous ne descendrons pas jusqu’à Zante pour l’instant et décidons de toucher le continent afin que l’équipage d’Ysé puisse régler un problème de moteur… Notre choix se porte sur Preveza et le golfe Ambracique car il y a plusieurs chantiers navals et des magasins spécialisés dans le matériel maritime. Nous profiterons de cette escale pour acheter un nouveau sondeur car cela fait deux mois que le nôtre nous a lâché et nous sommes toujours au fil à plomb pour sonder les profondeurs, à l’ancienne !
Ce que nous ignorons, c’est que nous allons rester à Preveza plus de temps que prévu et vivre de belles aventures !

PROCHAIN EPISODE : 1 /PREVEZA ET LE GOLFE AMBRACIQUE : UN ARRET PLUS LONG QUE PRÉVU ! 2/CORFOU, DRÔLE D’IMPRESSION, 3/LA SÉPARATION, NOTRE NOUVELLE ÉQUIPIÈRE ET NOTRE DESCENTE EN DIRECTION DU GOLFE DE PATRAS !

Les tortues d’Argostolie @Cyrille Mousset

Notre arrêt prolongé à Préveza nous a permis de créer des liens avec la population locale mais aussi maritime, nous avons découvert les paysages de la région de l’Épire, et tout ceci nous a laissé d’excellents souvenirs. C’est pour toutes ces raisons que nous y consacrons un chapitre un peu plus long…

PREVEZA ET LE GOLFE AMBRACIQUE : UN ARRET PLUS LONG QUE PRÉVU…

Lorsque nous arrivons à Préveza, nous jetons l’ancre dans la baie face aux chantiers navals et aux nombreuses marinas. La ville est juste en face mais l’accès est difficile quand nous nous trouvons de ce côté-là. À moins de prendre le bus (quand il passe) ou le taxi qui permet de traverser un tunnel sous la mer reliant la ville. Le port communal de Préveza est plein et n’a pas la place pour accueillir nos deux bateaux. En attendant qu’une place se libère, nous allons naviguer dans le golfe Ambracique et mouiller sous les ruines d’un site quasiment à l’abandon : Nikopolis…Et là à notre grande surprise, nous nous retrouvons à deux bateaux dans cette baie gigantesque peu profonde, face à un paysage sauvage, isolé et boudé par le tourisme. On comprend pourquoi : L’eau est de couleur verte, ici ni transats ni parasols ne peuvent envahir le bord de mer, il ne réserve aucune place pour la farniente. De nombreuses tortues y nagent tout en prenant soin de rester loin de nous, mais lorsque nous descendons à terre pour longer le bord de mer, il y a du monde…Une quantité phénoménale de crabes, de Bernard l’Hermite, de minuscules poissons, c’est plein de vie !

NIKOPOLIS OU LA BAIE SAUVAGE…

Le lendemain, nous partons à pied visiter la cité de Nikopolis, là encore, nous ne croiserons personne…Et pourtant, la muraille est imposante par sa taille (malgré sa décrépitude) et par son histoire. Nikopolis a été construite par Octave pour commémorer sa victoire sur Antoine lors de la bataille d’Actium. Cette bataille a décidé de l’avenir de l’empire romain ! Quand nous rejoignons nos bateaux, nous apercevons une grande salle qui semble être une taverne…Lorsque nous entrons, nous sommes chaleureusement accueillis par une dame grecque. Exit l’anglais dans cette partie de la Grèce. Nous arrivons à nous faire comprendre et prenons place pour dîner.

Arrivent le mari, les enfants, les petits enfants, le pope du village et quelques voisins…L’animation se met en marche, ça parle, ça rigole, et nous mangeons joyeusement au milieu de ce brouhaha très agréable ! Nous finissons par discuter avec eux en s’aidant du pauvre vocabulaire que nous possédons et d’un dictionnaire que nous avons sur le portable ! Nous passons une soirée très conviviale.

Le Théâtre de Nikopolis @Cyrille Mousset

PREVEZA, UN CHARME QUI OPÈRE…

De retour sur Préveza, nous trouvons deux places au port communal. Nous resterons un total de 3 semaines (Préveza et le Golfe Ambracique). À ce jour, cela reste l’arrêt le plus long que nous ayons jamais fait ! Nous tombons sous le charme de l’ambiance de la ville de Préveza. Derrière les restaurants et cafés du bord de mer, les rues ont gardé l’atmosphère des villes de marchés provinciaux…Nous rencontrons beaucoup de français au port communal, certains d’entre eux parcourent la Grèce depuis 20 ans ! Nous ne pensons pas y rester aussi longtemps…Il y a tellement d’autres choses à découvrir. On peut toutefois comprendre cet attachement à la douceur de vivre grecque ! Ces rencontres auront été riches en échanges. Nous écoutons les conseils, les expériences de chacun et surtout les lieux à ne pas manquer.

TASSOS, PERSONNAGE INCONTOURNABLE…

Nous rencontrons Anasthasios, dit « Tassos » à l’occasion d’un dîner avec l’équipage d’Ysé dans les ruelles de Préveza. Anasthasios est le gérant mais on pourrait le prendre pour un client. Il s’assit à notre table et avec son accent nous parle en toutes les langues. Français, et surtout italien avec Nico ! Faut dire que physiquement il impose…Il a le corps d’un rugbyman et la tête de Léo Ferré ! Il coiffe sa grande crinière blanche d’un catogan, boit de l’ouzo, fume beaucoup, drague autant, et aime faire la fête ! Nous le croiserons à nouveau le lendemain dans un café très local.

D’ailleurs à ce sujet, il est agréable de constater qu’il existe toujours de vieux bistrots aux allures défraîchies où on trouve une couleur plus locale, mêlant différentes générations. Nous passons la soirée avec lui, discutons de la Grèce, de ses habitants, de politique, etc…Les lumières du bistrot s’éteignent, et c’est en zigzaguant que nous rejoignons nos embarcations…Encore une rencontre et un moment qui feront partie de ces beaux moments passés en Grèce.
Nous avons également pu nous procurer un nouveau sondeur, l’équipage d’Ysé a trouvé un mécanicien pour réparer le moteur, et nous avons même eu la possibilité de prendre des douches à l’eau douce sur la plage ! Les pleins d’eau sont faits, il est temps de repartir vers le nord des îles Ioniennes…

CORFOU, DRÔLE D’IMPRESSION…

Comment ne pas s’arrêter à Corfou ?! D’après l’Odyssée, Ulysse aurait débarqué sur une plage située sur la côte ouest : Paleokastritsa. Hum Hum…On arrivera par la côte Est avec l’équipage d’Ysé. Nous mouillons au sud de la ville de Corfou et ne ferons qu’une visite éclaire de la ville. Toutefois, lorsque nous repasserons à Corfou, seuls cette fois-ci, après une escale sur l’île d’Othoni, nous mouillerons plusieurs jours sous la forteresse. Je ne sais pas si c’est la chaleur écrasante de l’époque (mi-juillet) ou le fait d’avoir visité la ville façon éclaire au premier arrêt, ou encore d’avoir quitté nos amis après avoir navigué deux mois en leur compagnie, mais nous ressentons un léger abattement…

De plus nous essuyons un coup de vent non prévu par la météo. Une nuit difficile où nous devons assurer des quarts de nuit au mouillage ! Notre chaîne tient bien et Sauvage se montre valeureux. Mais les cornes de brumes qui sonnent dans la nuit pour avertir un bateau, puis deux, puis trois qui dérapent, ne nous permettent pas de passer une nuit tranquille et sereine ! Pas de casse, une petite peur et le lendemain, le soleil revient, le vent se calme et tout redevient « normal ». Le centre-ville de Corfou grouille de monde à cette époque et les rues sont bordées de magasins de souvenirs qui vendent tous la même chose…Mais en nous écartant des axes touristiques, nous nous perdons dans les ruelles du vieux Corfou. C’est une toute autre facette de la ville qui nous réconcilie avec Corfou. Nous tombons sous le charme des vieilles façades aux traditionnels volets verts, une architecture néoclassique pour le musée des arts construit par les anglais au XIXe siècle, et le plus drôle dans tout ça, c’est que nous nous retrouvons presque seuls dans nos déambulations !

LA SÉPARATION, NOTRE NOUVELLE ÉQUIPIÈRE ET NOTRE DESCENTE EN DIRECTION DU GOLFE DE PATRAS !

Après notre première visite de Corfou avec l’équipage d’Ysé, nous décidons de pousser encore un peu plus au nord pour découvrir l’île d’Othoni, ce qui permettra à nos amis d’attendre une bonne fenêtre météo pour redescendre en Calabre. Othoni est une petite île qui échappe au tourisme de masse. Très fréquentée par les italiens car c’est la première île des Ioniennes qu’ils rencontrent et il est agréable d’y faire une escale pour se ressourcer avant de se jeter dans le grand bain touristique de Corfou ! Othoni compte 40 habitants l’hiver et 380 l’été… C’est aussi une île où les chats sont presque plus nombreux que les habitants ! D’ailleurs, c’est ici que l’équipage de Sauvage s’agrandit et accueille sa nouvelle équipière que nous appellerons…. « Ysé », une petite chatte âgée de 6 semaines qui depuis, navigue avec nous et avec laquelle nous formons à présent un trio.

La Grèce et ses chats…. Des chats partout ! Peut-être une tradition mais un problème aussi car beaucoup ne passent pas l’hiver et la plupart vivent dehors. Ils n’appartiennent à personne mais pourtant tout le monde leur donne à manger. Beaucoup d’entre eux sont malades et malgré les campagnes de stérilisation qui sont menées, le nombre de chats ne cesse d’augmenter…
Le 12 juillet, la fenêtre météo attendue par nos amis arrive et l’heure de la séparation a sonné. Elle ne se fait pas sans un pincement au cœur mais nos projets de navigation sont différents et il est important que chacun réalise le but qu’il s’est fixé. Nous sommes certains que la mer nous réunira à nouveau, sans pour autant connaître la date du prochain rendez-vous !
Ce même jour, nous mettons les voiles et redescendons les îles Ioniennes par la côte Est avec un arrêt sur Corfou, Paxos, Preveza à nouveau (vaccin d’Ysé oblige !) et Kastos que nous avions bien aimé lors de notre première visite. Notre objectif : Entrer dans le golfe de Patras, poursuivre par le golfe de Corinthe afin de traverser le mythique canal et se retrouver en mer Égée. Nous voulons trouver un endroit pour hiverner à flot cet hiver…