Une micro-ferme aux Aygalades

Rédigé par : Manon Chalindar
Mis à jour le 15/10/2020 | Publié le 19/11/2019

La Cité de l’Agriculture est une association née à Marseille en 2015. Elle promeut l’agriculture urbaine et défend les liens de proximité entre citoyens et producteurs. Maëlle Thueux, salariée au sein de la Cité de l’Agriculture, met en place un verger maraîcher dans le quartier des Aygalades, dans le 15ème arrondissement de Marseille : la micro-ferme Capricorne, dont l’ouverture est prévue courant de l’année 2020. A terme, elle souhaite garder une trace écrite de cette expérience, pour apporter des outils et faciliter l’essaimage de ce type de ferme urbaine. Dans cet entretien, elle évoque ce projet et partage sa vision de l’agriculture urbaine.

Quel est ton parcours ?
J’ai commencé par un DUT informatique, mais j’ai réalisé que ça ne me plaisait pas vraiment et qu’il n’y avait pas forcément un projet de société derrière. Je voulais être beaucoup plus en lien avec le vivant. Je suis partie en Belgique pour faire une école de paysage. J’ai monté un petit projet de potager collectif, puis j’ai travaillé pour la région de Bruxelles en aménagement du territoire. Par ailleurs, j’avais fait une formation de maître-composteur puisque je suis très intéressée par la question du vivant, des sols et des plantes. J’ai rencontré la Cité de l’Agriculture à Marseille. En juin 2019, avec la Cité de l’Agriculture, j’ai commencé à travailler sur le projet d’un verger maraîcher à Marseille, la micro-ferme Capricorne.

« Il y a un engouement pour l’agriculture urbaine, une volonté d’avoir une ville plus verte, qui respire. Ces espaces de nature permettent d’apaiser les contraintes de la ville, le bruit, la circulation, la densité. Créons des lieux qui permettent de respirer, en dehors du bâtit et des usages prédestinés. »

Quelle est ta vision de l’agriculture urbaine ?
Pour moi, l’agriculture urbaine, c’est cultiver des dents creuses, des friches qui n’étaient pas destinées à l’agriculture. Partir du terrain, voir ce qu’il est possible de faire. C’est aussi permettre un micro-retour à la terre, observer la nature en ville et voir comment ça peut s’intégrer dans un projet de quartier. On crée des oasis urbaines, qui apportent quelque chose d’autre en ville. C’est aussi le rapport à l’alimentation, aux saisons, le retour aux cycles du vivant, aux herbes médicinales. Ce lien avec l’alimentation est un plus, en comparaison avec les projets de parcs et jardins. Même si on est sur des petites surfaces, ça permet de sensibiliser.

Tu travailles sur la mise en place d’une micro-ferme à Marseille, peux-tu en dire plus ?
Le projet de la micro-ferme Capricorne est situé dans le 15ème arrondissement, aux Aygalades, près de la copropriété des Castors. Ce terrain est proche de la Cité des Arts de la rue, où la Cité de l’Agriculture a monté un marché qui a lieu tous les premiers dimanche du mois. C’est un terrain de 8500 m² qui appartient à la Ville de Marseille, nous avons un bail pour 10 ans reconductible. Ce sera un verger maraîcher, avec une diversité de légumes, de plantes méditerranéennes et d’arbres fruitiers (grenadiers, pêchers, abricotiers, pommiers). L’objectif, c’est de produire des légumes pour proposer des paniers bio et pour alimenter le restaurant de la Cité de l’Agriculture.

« La micro-ferme Capricorne sera un verger maraîcher, avec une diversité de légumes, de plantes méditerranéennes et d’arbres fruitiers. L’objectif, c’est de produire des légumes pour vendre des paniers bio et pour alimenter le restaurant de la Cité de l’Agriculture. Nous souhaitons que cette ferme soit aussi un projet de quartier, en rencontrant les habitants et l’école qui est juste à côté. »

Comment la ferme va-t-elle « s’intégrer » dans le quartier ?
Nous souhaitons que cette ferme soit aussi un projet de quartier, en rencontrant les habitants et l’école qui est juste à côté. Nous travaillons avec Le Cabanon Vertical, qui est un collectif d’architectes et d’urbanistes, pour créer les structures d’accueil, travailler en concertation avec les habitants mais aussi avec les personnes qui passent à travers le site, qui habitent de l’autre côté de l’autoroute L2. On veut créer un dialogue avec les usagers qui viennent prendre le bus pour se rendre dans le centre-ville. Comme on le sait, les quartiers Nords sont très isolés et peu accessibles en bus.

Tu te sers des plantes pour analyser le sol ?
C’est un terrain qui n’a pas été remanié depuis les années 70. Nous avons fait des analyses de sol et le terrain n’est pas pollué. Par contre, la terre est très tassée, le sol est très compacté. Aujourd’hui, l’étude des plantes bio-indicatrices montre que le sol est très basique, il n’y a pas de bactéries, il est comme asphyxié. On dit qu’il est en anaérobiose. Il est nécessaire de passer par une opération de sous-solage pour décompacter le sol, le remuer et l’amender. La première étape, c’est de retravailler le sol, lui redonner de la vie, le nourrir. Puis nous planterons des haies sur tout le pourtour du site pour le protéger du vent et nous lancerons les plantations d’arbres fruitiers, de légumes et de plantes.

« Nous avons fait un inventaire du foncier disponible à Marseille : il y a 230 hectares potentiellement mobilisables, c’est quasiment la superficie du 3ème arrondissement de Marseille. »

Quels sont les potentiels pour l’agriculture urbaine à Marseille ?
A Marseille, il y a énormément de potentiel pour l’agriculture urbaine en pleine terre, ce qui n’est pas le cas de toutes les grandes villes en France. Nous avons fait un inventaire du foncier disponible : il y a 230 hectares potentiellement mobilisables, c’est quasiment la superficie du 3ème arrondissement de Marseille. Le foncier disponible se trouve plutôt sur la 3ème couronne, en périphérie. Mais il y a aussi des potentialités en ville. Avec l’engouement actuel pour l’agriculture urbaine, j’espère que les politiques vont favoriser le développement de nombreux projets.

Quels sont les inconvénients pour l’agriculture urbaine à Marseille ?
Il faut aller sur chacun de ces terrains, identifier à qui il appartient, voir si le sol est pollué, trouver des aides, notamment auprès des collectivités, pour le lancement de nouveaux projets.