EDITO Violences contre les femmes : le combat renouvelé des sociétés en Méditerranée

Elles étaient 54 en Espagne, 134 en France en 2014. Elles étaient 261 en Algérie en 2012. “Elles”, ce sont les femmes mortes sous les coups de leur...

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Elles étaient 54 en Espagne, 134 en France en 2014. Elles étaient 261 en Algérie en 2012. “Elles”, ce sont les femmes mortes sous les coups de leur con­joint. En 2017, les vio­lences subies par les femmes sont psy­chologiques, ver­bales, physiques, sex­uelles, économiques et admin­is­tra­tives. Elles se retrou­vent majori­taire­ment au sein du cou­ple. Pour l’OMS il s’agit d’un “prob­lème mon­di­al de san­té publique d’ampleur épidémique”. Et toute la Méditer­ranée est con­cernée.

La lutte pour les droits des femmes n’échappe pour­tant pas à l’orientalisme. Cer­tains, instal­lés en Occi­dent, se voudraient valeur d’exemple mais ce n’est qu’un ver­nis. Toutes les femmes de la région font face à des sociétés glob­ale­ment machistes, glob­ale­ment dis­crim­i­nantes. Le cli­vage Europe-”Monde arabe” est trop sou­vent util­isé comme prisme. Nous con­sid­érons que ce cli­vage est réduc­teur, un mécan­isme sup­plé­men­taire qui réduit les femmes à une seule représen­ta­tion. Ces femmes du “Monde Arabe” présen­tées comme seules vic­times, nous les con­nais­sons aus­si comme mil­i­tantes, bat­tantes, actri­ces du change­ment. Et surtout, dans les sociétés européennes, rien n’est gag­né, comme le mon­trent les mil­i­tantes espag­noles de Velaluz, en grève de la faim pour réclamer plus de moyens.

Face aux sociétés iné­gal­i­taires, les femmes ont droit de citer. Si les sociétés civiles ne sont pas impliquées dans la pro­duc­tion des lois, ces dernières sont inef­fi­caces. A Tunis, c’est bien grâce à l’engagement des asso­ci­a­tions comme l’ATFD que le pro­jet de «loi inté­grale rel­a­tive aux vio­lences faites aux femmes» a été rédigé et porté jusqu’au par­lement.

Les lois et les codes ont sans cesse évolué au cours de l’histoire récente de nos sociétés. Le Code Napoléon du 21 mars 1804 a longtemps été la valeur étalon dans la région, insti­tu­ant l’incapacité juridique de la femme mar­iée. La femme con­sid­érée comme mineur était entière­ment sous la tutelle de ses par­ents, puis de son époux. Si les codes civils ont depuis été amendés, cette his­toire com­mune per­met encore aujourd’hui de jus­ti­fi­er ces vio­lences.

Les avancées lég­isla­tives sont impor­tantes en Méditer­ranée ces dernières années mais elles sont insuff­isantes et frag­ilisées notam­ment par l’absence de struc­tures de prise en charge des femmes qui quit­tent leur mari vio­lent. Les femmes se retrou­vent con­fron­tées aux “lois morales, socié­tales” où ce qui se passe au coeur de la famille doit y rester. Un cer­tain nom­bre de mil­i­tantes s’attèlent donc à trans­former les men­tal­ités, via les réseaux soci­aux. Bande-dess­inées, recueils de témoignages via les réseaux soci­aux, vidéos sont mis en ligne dans toute la région. Ces ini­tia­tives ont du suc­cès mais tien­dront-elles la durée?

Faire avancer les droits, c’est par­fois un tra­vail en “sous-marin”, invis­i­ble, et fait de petites vic­toires. Partout dans la région, les femmes parvi­en­nent à s’affranchir par l’éducation, le tra­vail, la présence dans l’espace pub­lic. Les sociétés évolu­ent. Porter plainte est pos­si­ble, la préven­tion est en chantier et les hommes sont ren­voyés à leur con­di­tion de citoyen : ils n’appartient pas qu’aux femmes de lut­ter pour leurs droits.

Photo de une : Samuel Bregolin

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