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Durant le mois d’avril 2018, 15–38 a recueil­li des témoignages anonymes de Méditer­ranéens racon­tant leur pre­mière fois, leur pre­mier rap­port sex­uel, et la manière dont ils et elles l’ont envis­agé et vécu. Cette carte reste ouverte et des témoignages seront ajoutés au fil des mois afin de pré­cis­er les aspects mul­ti­ples de notre sex­u­al­ité, de nos tabous.

Cliquez pour accéder à la carte inter­ac­tive.

Voici les ques­tions que nous avons posées :

When was the first time you had sex­u­al rela­tion­ship?
Did you know your part­ner before? Why her/him? Where did you meet?
Where was it ? How did you choose the place and why?
How did you feel ? Was-it the right moment to do it, was-it the good per­son ? Was-it a social rit­u­al to become an “adult”?
How are con­sid­ered sex­u­al rela­tion­ship in your coun­try (free, super­vised, taboo before get­ting maried)?

Pourquoi avoir choisi ce sujet et pourquoi des témoignages anonymes ? Par­ler de sex­u­al­ité reste encore dans nos sociétés au nord, au sud comme à l’est de la Méditer­ranée, un degré d’intimité qu’il est par­fois dif­fi­cile de franchir. Cer­tains se cachent pour retrou­ver leur parte­naire, et “pass­er à l’acte”, quand d’autres sont “tran­quilles”, à la mai­son. Pour laiss­er à cha­cun le soin de s’exprimer dans sa langue, son vocab­u­laire, ses pro­pres détails, nous avons ouvert ce ques­tion­naire.

Il restera pour quelques mois encore acces­si­ble à toute per­son­ne voulant témoign­er afin de don­ner une image de plus, de la pre­mière fois en Méditer­ranée. Nous pro­poserons par la suite à des soci­o­logues, des sex­o­logues, des his­to­riens de se pencher sur ce recueil de témoignages afin de dress­er les grands enjeux de la sex­u­al­ité dans nos sociétés.

Si les pre­mières fois sem­blent générale­ment perçues comme assez libres en France ou en Espagne, elles sont encore taboues en Algérie. En Ital­ie, la reli­gion influ­ence par­fois le rap­port au sexe.

L’âge moyen varie de 15 à 27 ans. A ce sujet, voilà ce que rap­pel­lent Flo­rence Mail­lo­chon, Vir­ginie Ehlinger et Emmanuelle Godeau dans leur étude appelée “L’âge “nor­mal” au pre­mier rap­port sex­uel” : “Le cal­en­dri­er de l’initiation sex­uelle a con­nu un pro­fond boule­verse­ment dans les années 1960. En dix ans, l’âge à la pre­mière rela­tion sex­uelle s’est bru­tale­ment abais­sé de deux ans : de 20 ans et demi en 1960 à 18 ans et demi en 1970 pour les femmes, et de 18 ans et demi à 17 ans et demi pour les hommes. Une ten­dance iden­tique a été observée dans l’ensemble des pays occi­den­taux. Ensuite, des années 1980 au milieu des années 2000, l’âge à la pre­mière rela­tion sex­uelle a peu var­ié. L’âge médi­an est estimé autour de 17 ans et demi pour les jeunes hommes et les jeunes filles en France.”

En France, les auteures expliquent que la pos­ture n’est plus pro­hib­i­tive : “La sex­u­al­ité devient alors l’objet de recom­man­da­tions, de con­seils où la ques­tion du « bon moment » con­stitue un enjeu impor­tant, avec implicite­ment l’idée que le plus tard est le mieux. Savoir « quand » et « com­ment » faire est une des préoc­cu­pa­tions majeures des ado­les­cents, aus­si bien dans leurs dis­cus­sions entre pairs que dans leurs con­sul­ta­tions de « spé­cial­istes »”.

Pour la soci­o­logue maro­caine Sanaa el Aji, auteure de l’ouvrage “Sex­u­al­ité et céli­bat au Maroc, pra­tiques et ver­bal­i­sa­tion”, le prin­ci­pal prob­lème au Maroc n’est pas de faire mais de l’assumer. Lors d’une con­férence à l’Institut Français du Liban de Casablan­ca, elle prend l’exemple de l“affaire du bais­er de Nador” en 2013, lorsque deux ado­les­cents avaient partagé un bais­er sur Face­book. Le tol­lé est alors sus­cité par le fait de ren­dre ce bais­er pub­lic.

Au Maroc, comme en Algérie, la société attend des femmes qu’elles restent vierge avant le mariage. L’hymen est au cœur des préoc­cu­pa­tions. Pour con­tourn­er l’interdit, cer­taines se tour­nent vers les pra­tiques anales, d’autres fran­chissent le pas de la péné­tra­tion vagi­nale mais subis­sent ensuite des opéra­tions de recon­struc­tion… La soci­o­logue cite Fou­cault pour expli­quer les boule­verse­ments actuels de la société maro­caine sur les ques­tions sex­uelles : “quand il y a ten­sion sociale au sujet de la sex­u­al­ité et du corps de la femme, c’est que nous sommes en train de vivre une tran­si­tion sociale”.

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