Préservation du milieu marin, à Dénia les plus jeunes prennent la mer

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Dans la région de Valence, en Espagne, plusieurs cam­pagnes de récupéra­tion de résidus plas­tiques qui pol­lu­ent les côtes sont lancées tout au long de l’année. Les jeunes de la région sont par­mi les plus act­ifs et dédi­ent leur temps et leur énergie au recy­clage des microplas­tiques et à la sauve­g­arde de la faune marine méditer­ranéenne. Por­trait de cette jeunesse engagée.

Le vent sif­fle dans les ruelles du vieux vil­lage de pêcheurs de Dénia, dans le sud de l’Espagne. Des deux côtés de la rue, des maisons désertes, silen­cieuses der­rière les rideaux bais­sés. Cette petite bour­gade ne reprend vie qu’en été, avec l’arrivée des touristes. Il est loin le temps où la petite ville vivait grâce à la pêche. En quelques années, ses habi­tants ont vu chang­er leur mode de vie. Le vil­lage de pêcheurs s’est trans­for­mé en des­ti­na­tion touris­tique et en réserve naturelle. Au large, la mer char­rie les déchets plas­tiques… Une vraie prise de con­science en terme de sauve­g­arde et de pro­tec­tion de l’environnement se fait urgente.

Car­la May­er, la voix gaie et pleine de fer­veur pour la sauve­g­arde de la nature a 21 ans. Elle est respon­s­able des volon­taires qui par­ticipent aux activ­ités de Xaloc, une asso­ci­a­tion née il y a seule­ment dix ans grâce à l’enthousiasme des plus jeunes pour la préser­va­tion de l’écosystème marine. « Les microplas­tiques sont les morceaux les plus petits aux­quels sont réduits les déchets plas­tiques ayant séjourné longtemps dans l’eau. Les récupér­er n’est pas sim­ple. S’il existe des machines conçues pour ramass­er la plu­part des résidus plas­tiques présents dans le sable des plages, celles-ci n’arrivent pas à s’emparer des microplas­tiques », explique la jeune femme. « Pour les récupér­er, nos volon­taires, pour la plu­part des jeunes de la région de 16 à 24 ans, sont oblig­és de s’accroupir dans le sable ». Une mis­sion fas­ti­dieuse et un tra­vail de four­mi : « Cha­cun d’entre eux s’occupe d’une sur­face inférieure à un mètre car­ré. En qua­tre heures, les 300 volon­taires épureront une cen­taine de mètres de plage », con­clut-elle.

La province de Valence est l’une des plus actives en Espagne en terme de recy­clage de microplas­tiques et de récupéra­tion de résidus plas­tiques. Notam­ment grâce aux mil­liers de volon­taires de tout âge qui adhèrent et par­ticipent aux cam­pagnes de recy­clage lancées par les asso­ci­a­tions et les mairies. Les jeunes volon­taires de Xaloc sont très déter­minés et pren­nent soin de la côte. L’association s’occupe d’informer le pub­lic de l’état de con­t­a­m­i­na­tion par les microplas­tiques de la mer Méditer­ranée. Elle sou­tient égale­ment la préser­va­tion de la faune marine et a réal­isé une pre­mière esti­ma­tion de l’état de con­t­a­m­i­na­tion des plages afin de met­tre en place la meilleure stratégie pour élim­in­er les résidus con­t­a­m­i­nants. Férus de nou­velles tech­nolo­gies, les jeunes de Xaloc savent utilis­er les réseaux soci­aux au ser­vice de l’environnement.

Ale­jan­dro Jimenez Moreno a 23 ans. Cet étu­di­ant par­ticipe assidu­ment aux ini­tia­tives de Xaloc depuis qua­tre ans déjà. Ent­hou­si­aste, il estime que l’activisme et les mobil­i­sa­tions citoyennes sont les fac­teurs indis­pens­ables au change­ment. « C’est incroy­able comme on peut pass­er des heures à récupér­er de minus­cules morceaux de plas­tique. On a l’impression que cela ne sert à rien. Mais à la fin de la journée, quand on voit que grâce à tous les volon­taires on a ramassé plusieurs kilos de résidus plas­tiques, on se rend bien compte de l’importance de ces ini­tia­tives », racon­te celui qui ne manque pas un seul événe­ment de Xaloc depuis qu’il a décou­vert les actions de l’association. « Les activ­ités que nous menons sont très impor­tantes. Bien sûr nous net­toyons les plages mais nous exerçons aus­si une influ­ence sur les poli­tiques et la société ». Avec lui, des per­son­nes de tout âge par­ticipent. « Il y a tou­jours une ambiance assez pais­i­ble. Indi­recte­ment les déci­sions poli­tiques ont évolué de la même manière. Les actions qu’on mène ne sont que de grains de sable face à l’ampleur du prob­lème. Mais les uns après les autres, ces grains de sable for­meront la mon­tagne du change­ment », ter­mine-t-il.

Dans la région de Valence, l’une des impor­tantes cam­pagnes de net­toy­age des plages, des côtes et de la mer a été organ­isée par la mairie de Dénia. Xeloc par­ticipe active­ment à chaque nou­velle édi­tion. Organ­isée à plusieurs repris­es tout au long de l’été, quelques cen­taines de per­son­nes par­ticipent à ces cam­pagnes à chaque fois. Les groupes de volon­taires passent au scan­ner les plus de 20 kilo­mètres des côtes de la réserve naturelle de Dénia. Les embar­ca­tions sportives et les pêcheurs arti­sanaux locaux s’occupent de récupér­er les résidus flot­tant à la sur­face de la mer, tan­dis que le fond de l’eau est observé avec atten­tion par les plongeurs. Ces dernières années, plusieurs tonnes de résidus plas­tiques ont été récupérées et envoyées à recy­cler par une entre­prise locale. Les activistes recensent les décou­vertes les plus étranges et les plus trou­blantes récupérées au fil de ces journées : une machine à laver, plusieurs vieux vélos, un pneu de camion, un cadis de super­marché et des tuyaux métalliques de plusieurs dizaines de mètres de long…

« Heureuse­ment, on en trou­ve de moins en moins au fond de la mer », explique depuis son bureau Toni Mar­tinez, garde-côte et respon­s­able du secteur envi­ron­nemen­tal de la mairie de Dénia. Les murs tapis­sés d’affiches sur la pro­tec­tion de l’environnement, son bureau est un repère pour vieux out­ils de pêche. Le regard de Toni est empreint de mélan­col­ie mais aus­si de con­fi­ance au change­ment. « Les pêcheurs de Dénia ont fait un tra­vail admirable ces dernières années. Ils ne pro­duisent plus aucun déchet. Ils récupèrent et recy­clent tout résidu con­t­a­m­i­nant resté coincé dans leurs filets. Les cam­pagnes de net­toy­age des côtes de Dénia sont un exem­ple pour toute l’Espagne », détaille le garde-côte. L’objectif prin­ci­pal des cam­pagnes de la mairie, au-delà de la pro­tec­tion du milieu marin, est de sen­si­bilis­er la société et notam­ment les plus jeunes à ces thé­ma­tiques. « Quand j’étais gamin », se sou­vient Toni Mar­tinez, « Dénia était un vil­lage des petits pêcheurs arti­sanaux. Per­son­ne n’imaginait que les choses auraient autant changé en si peu de temps, ni que notre pro­duc­tion indus­trielle de plas­tiques et d’emballages aurait telle­ment aug­men­té, jusqu’à met­tre en dan­ger ce qu’on a de plus cher au monde ».

Les dernières études de Green­peace Espagne démon­trent qu’en 2018 en Espagne 50 mil­lions de bouteilles plas­tique ont été ven­dues chaque jour. Seule­ment 20 mil­lions ont été cor­recte­ment recy­clées. Ce qui sig­ni­fie que chaque jour, à peu près 30 mil­lions de bouteilles plas­tique ont ter­miné brulées dans les inc­inéra­teurs ou aban­don­nées dans la nature. Dans cette même enquête, Green­peace Espagne révèle que des traces de microplas­tique ont été retrou­vées dans le sel marin. La présence de ces frag­ments minus­cules de plas­tique con­stitue un grave dan­ger pour la faune marine puisque la plu­part des pois­sons, des crus­tacés et des mol­lusques ava­lent de plus en plus de microplas­tiques. Pour les jeunes volon­taires de Xaloc, la préser­va­tion de la faune marine méditer­ranéenne est une pri­or­ité : « durant les péri­odes de repro­duc­tion des tour­tes mar­itimes, l’armée de terre espag­nole nous a mis à dis­po­si­tion des tentes pour pou­voir sur­veiller, jour et nuit, les 21 jours néces­saires à la repro­duc­tion de ce rep­tile. Le but est de pro­téger les petits des pré­da­teurs et de l’action mal­adroite de per­son­nes peu atten­tives », con­clut Car­la. A Dénia, la pro­tec­tion de l’environnement est un tra­vail de petites mains qui mobilise une jeunesse méditer­ranéenne engagée jour et nuit.

Samuel Bregolin
Photos — association Xaloc

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