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Ven­dre­di 14 juin, le ter­rain m’appelle à la rai­son sur la prob­lé­ma­tique du Col­lège Ver­sailles. Mes con­tacts dans ce dossier me prévi­en­nent qu’un Con­seil d’Administration excep­tion­nel se tien­dra le ven­dre­di 14 juin à 17h00 au col­lège. Une man­i­fes­ta­tion d’enseignants, de par­ents d’élèves dès lors est organ­isée. Nous voici tous et toutes devant la grille usée des Ver­sail­lais.

Les retrou­vailles sont tou­jours chaleureuses lorsque il s’agit de luttes con­tre la clien­tèle mar­seil­laise. Ce con­stat est partagé par l’ensemble des pro­tag­o­nistes ici présent. Mais depuis 10 min­utes que je suis présent devant l’entrée du col­lège, le vent s’invite à la tour­mente des man­i­fes­tants du jour.

Voici une cra­vate qui vient assoir l’idée de la bonne tenue du dit con­seil d’administration. Les offi­ciels du départe­ment s’introduisent dans la boucle des antag­o­nismes. Ils vien­nent avec leurs sacs de rigid­ités lan­gag­ières, le dégage­ment de respon­s­abil­ité est immé­di­ate­ment dilué dans la col­lé­gial­ité des impé­trants du dossier. Il faut bien ten­dre l’oreille pour démêler la patate chaude du dessous de l’affaire. L’amiante présent dans le col­lège, les sols plom­bés, « le con­stat on le partage ici comme dans d’autres étab­lisse­ment sco­laire de la ville ».

Etant extérieur à ce quo­ti­di­en anx­iogène que subis­sent, collégien.nes, pro­fesseurs, par­ents d’élèves, habitant.es du troisième arrondisse­ment de Mar­seille, je me per­me­ts d’interroger naïve­ment l’état des con­stata­tions auprès des pré­posés du Départe­ment. Les périmètres de leurs répons­es n’évoquent que très peu l’amiante et de fait pren­nent quelques plombs par l’aile reven­dica­tive du corps enseignant. Le con­stat est sans appel : ils, elles souhait­ent l’arrêt immé­di­at des arguties con­statant ain­si le vide argu­men­tatif à l’œuvre. Pour l’heure, les pro­fesseurs sont vent debout en sou­tient du mis­tral qui souf­fle dans les bronch­es d’une insti­tu­tion souf­frant d’absentéisme chronique. Afin de dépass­er le cadre du con­stat que nous parta­geons tous, quid de la respon­s­abil­ité du départe­ment ?

Source : https://www.education.gouv.fr/cid199/les-collectivites-territoriales.html
PROPRIÉTÉ DES COLLÈGES PUBLICS

Le départe­ment a la charge des col­lèges. À ce titre, il en assure la con­struc­tion, la recon­struc­tion, l’extension, les gross­es répa­ra­tions, l’équipement et le fonc­tion­nement.

Peu­vent-ils dès lors deman­der des comptes au départe­ment s’agissant d’un ser­pent de mer comme le désami­antage des écoles publiques, des col­lèges du départe­ment du Rhône ? Peu­vent-ils con­stater que le tra­vail n’a pas été fait ? Peu­vent-ils con­sater que les par­ents d’élèves, les enseignants, les élèves des étab­lisse­ments touchés par le con­stat de l’absentéissme départe­men­tal sont en droit de réclamer des répons­es sur la demande de délo­cal­i­sa­tion des élèves. Car le col­lège est ami­anté et le sol du col­lège est plom­bé. Le dossier n’avance pas alors que les grues d’euromed gen­tri­fie le secteur à coup de ciment mètre après mètre, le dossier n’avance pas alors que les élèves vivent H24 dans un envi­ron­nement tox­ique per­ma­nent.

« Le con­stat on le partage », dis­ait un homme cra­vaté ! Mais qui partage quoi ? N’est-ce pas la ques­tion ?

Par­lons-nous du con­stat de partage des respon­s­abil­ités entre la ville, la métro­pole, le départe­ment, la région, le rec­torat (l’Etat) ?

Par­lons-nous du con­stat de dis­par­ité de traite­ment entre par exem­ple le 8ème arrondisse­ment de Mar­seille bour­sou­flé d’infrastructures, de parcs, d’écoles aux normes, de col­lèges avec option musique clas­sique, de diag­nos­tic ami­ante à jour, de par­ents d’élèves respec­tés et infor­més, de pro­fesseurs soignés par le rec­torat… Ce con­stat de bonne ges­tion n’a plus lieu d’être dans le 3ème arrondisse­ment de la ville d’après les enseignants. Ici, les bib­lio­thèques sont absentes pour 45 000 habi­tants que compte l’arrodissement. L’amiante dans le secteur c’est un sec­onde nature, on nait avec, on grandit avec, on étudie avec.

Si l’on partage le con­stat comme cet homme cra­vaté, nous pou­vons aus­si con­stater dans le lan­gage dis­tan­cié des pro­tagonnistes des règle­ments par copinage inter­posés, l’assise rétorique con­sacrant le déni en tout point. L’évocation du bien être des enfants tombe ain­si dans la sphère du vide de la séman­tique de l’irresponsabilité :

« Je ne sais pas, je suis juste un admin­is­tratif ! moi ma respon­s­abil­ité c’est cela.

Nous sommes reu­nis pour juste­ment trou­ver une solu­tion.

L’amiante ici n’est pas le prob­lème !

Nous pou­vons faire les travaux en con­fi­nant les zones ami­antés.

Nor­male­ment, la métro­pole devrait être là !

Je ne sais pas !

Nous atten­dons les résul­tats du diag­nos­tic ami­ante… »

Nous pou­vons aus­si inté­gr­er à la séman­tique de l’irresponsabilité, le vocab­u­laire de la fuite en avant. Ici, c’est le maître d’œuvre du col­lège qui fuit face à la bron­ca des petits gens. Sa déci­sion de fuir est rapi­de et con­cise. De quoi a-t-il peur ? De par­ents qui n’acceptent pas qu’un lieu au ser­vice de l’éducation d’enfants soit en réal­ité un cock­tail tox­ique ami­anté et plom­bé ? D’enseignants à bout de nerf réprimés et lâchés par la pro­viseur de l’établissement ain­si que le recteur de l’académie Aix-Mar­seille, comme ils en témoignent depuis de longues semaines ?

De la fuite char­p­en­tée au déni, nous arpen­tons le chemin de la men­ace des grands clercs. Voici le recteur qui lève le doigt sur des par­ents d’élèves face caméra, que craint-il ? Dans sa sphère de pen­sée, la défi­ance du citoyen.ne n’est pas recev­able. Lui con­naît les bonnes manières pour traiter ce con­stat que nous parta­geons. Sutout ne pas répon­dre aux mul­ti­ples con­vo­ca­tions des riens du secteur. Cette atti­tude dédaigneuse a pour objéc­tif d’éloigner les pop­u­la­tions pop­u­laires des déci­sions publiques. En effet, qui sont ces familles pau­vres du secteur qui osent per­turber les bonnes pra­tiques de l’entre-soit des impor­tants, des sachants ?

Ils savent mais n’ont pas de réponse, curieux par­doxe pour les ten­anciers de la ville qui sont capa­bles d’emmurer la plaine, de jeter des ves­tiges romains à la mer, de con­stru­ire des exten­sions de lignes de métro qui ne fonc­tion­nent tou­jours pas, d’évoquer la pluie pour jus­ti­fi­er l’effondrement de bâti­ment, de laiss­er des familles entières des quartiers pop­u­laires dans des loge­ments empris­es aux moi­sis­sures…

S’agissant du col­lège Ver­sailles, les par­ents, les enseignants, les CIQ (Les comités d’intérêt de Qarti­er), les élèves, ont une demande claire : c’est la délo­cal­i­sa­tion des élèves dans un lieu sûr pour que l’ensemble des man­i­fes­tants puis­sent être ras­suré quant à l’avenir des col­légiens de Ver­sailles.

Au final, en assis­tant à l’expression de la dés­in­vol­ture que nous pro­posent nos dig­ni­taires du jour, j’ai pu ressen­tir la dis­tance qui sépare les Mar­seil­lais issus de class­es pop­u­laires et cette caste qui dérégule cette ville au ser­vice de leurs copains du BTP. Ain­si va Mar­seille sous l’égide des béton­neurs qui avan­cent à pas de charge veil­lant à admin­istr­er la ville par des pra­tiques inhu­maines. Madame Vas­sale vous fera prof­iter de son pen­chant au dia­logue avec ces concitoyen.nes. Son pas­sage devant ma caméra, sans un mot, sans un regard en direc­tion des familles en dit long sur le con­stat que nous devri­ons partager.

Ce cauchemard de l’absence, du déni, du mépris des mau­vais ges­tion­naires de cette ville peut et doit cess­er, ce con­stat, les mem­bres du col­lec­tif Ver­sailles ain­si que toutes les zones pop­u­laires à l’abandon de Mar­seille le parta­gent.

La mobil­i­sa­tion des électeurs mar­seil­lais, des col­lec­tifs, des organ­i­sa­tions de défens­es des citoyens peut con­stituer une force expres­sive au ser­vice d’un renou­veau de Mar­seille. Mais pour que ce séparatisme insti­tu­tion­nel s’achève avec la fin de man­da­ture de Mon­sieur Gaudin, il faut que la volon­té de change­ment de poli­tique à Mar­seille soit partagée.

Partagez-vous ce con­stat ?

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