Le constat, on le partage

Rédigé par : 15-38 mediterranée
Mis à jour le 17/10/2020 | Publié le 17/06/2019

Vendredi 14 juin, le terrain m’appelle à la raison sur la problématique du Collège Versailles. Mes contacts dans ce dossier me préviennent qu’un Conseil d’Administration exceptionnel se tiendra le vendredi 14 juin à 17h00 au collège. Une manifestation d’enseignants, de parents d’élèves dès lors est organisée. Nous voici tous et toutes devant la grille usée des Versaillais.

Les retrouvailles sont toujours chaleureuses lorsque il s’agit de luttes contre la clientèle marseillaise. Ce constat est partagé par l’ensemble des protagonistes ici présent. Mais depuis 10 minutes que je suis présent devant l’entrée du collège, le vent s’invite à la tourmente des manifestants du jour.

Voici une cravate qui vient assoir l’idée de la bonne tenue du dit conseil d’administration. Les officiels du département s’introduisent dans la boucle des antagonismes. Ils viennent avec leurs sacs de rigidités langagières, le dégagement de responsabilité est immédiatement dilué dans la collégialité des impétrants du dossier. Il faut bien tendre l’oreille pour démêler la patate chaude du dessous de l’affaire. L’amiante présent dans le collège, les sols plombés, « le constat on le partage ici comme dans d’autres établissement scolaire de la ville ».

Etant extérieur à ce quotidien anxiogène que subissent, collégien.nes, professeurs, parents d’élèves, habitant.es du troisième arrondissement de Marseille, je me permets d’interroger naïvement l’état des constatations auprès des préposés du Département. Les périmètres de leurs réponses n’évoquent que très peu l’amiante et de fait prennent quelques plombs par l’aile revendicative du corps enseignant. Le constat est sans appel : ils, elles souhaitent l’arrêt immédiat des arguties constatant ainsi le vide argumentatif à l’œuvre. Pour l’heure, les professeurs sont vent debout en soutient du mistral qui souffle dans les bronches d’une institution souffrant d’absentéisme chronique. Afin de dépasser le cadre du constat que nous partageons tous, quid de la responsabilité du département ?

Source : https://www.education.gouv.fr/cid199/les-collectivites-territoriales.html
PROPRIÉTÉ DES COLLÈGES PUBLICS

Le département a la charge des collèges. À ce titre, il en assure la construction, la reconstruction, l’extension, les grosses réparations, l’équipement et le fonctionnement.

Peuvent-ils dès lors demander des comptes au département s’agissant d’un serpent de mer comme le désamiantage des écoles publiques, des collèges du département du Rhône ? Peuvent-ils constater que le travail n’a pas été fait ? Peuvent-ils consater que les parents d’élèves, les enseignants, les élèves des établissements touchés par le constat de l’absentéissme départemental sont en droit de réclamer des réponses sur la demande de délocalisation des élèves. Car le collège est amianté et le sol du collège est plombé. Le dossier n’avance pas alors que les grues d’euromed gentrifie le secteur à coup de ciment mètre après mètre, le dossier n’avance pas alors que les élèves vivent H24 dans un environnement toxique permanent.

« Le constat on le partage », disait un homme cravaté ! Mais qui partage quoi ? N’est-ce pas la question ?

Parlons-nous du constat de partage des responsabilités entre la ville, la métropole, le département, la région, le rectorat (l’Etat) ?

Parlons-nous du constat de disparité de traitement entre par exemple le 8ème arrondissement de Marseille boursouflé d’infrastructures, de parcs, d’écoles aux normes, de collèges avec option musique classique, de diagnostic amiante à jour, de parents d’élèves respectés et informés, de professeurs soignés par le rectorat… Ce constat de bonne gestion n’a plus lieu d’être dans le 3ème arrondissement de la ville d’après les enseignants. Ici, les bibliothèques sont absentes pour 45 000 habitants que compte l’arrodissement. L’amiante dans le secteur c’est un seconde nature, on nait avec, on grandit avec, on étudie avec.

Si l’on partage le constat comme cet homme cravaté, nous pouvons aussi constater dans le langage distancié des protagonnistes des règlements par copinage interposés, l’assise rétorique consacrant le déni en tout point. L’évocation du bien être des enfants tombe ainsi dans la sphère du vide de la sémantique de l’irresponsabilité :

« Je ne sais pas, je suis juste un administratif ! moi ma responsabilité c’est cela.

Nous sommes reunis pour justement trouver une solution.

L’amiante ici n’est pas le problème !

Nous pouvons faire les travaux en confinant les zones amiantés.

Normalement, la métropole devrait être là !

Je ne sais pas !

Nous attendons les résultats du diagnostic amiante… »

Nous pouvons aussi intégrer à la sémantique de l’irresponsabilité, le vocabulaire de la fuite en avant. Ici, c’est le maître d’œuvre du collège qui fuit face à la bronca des petits gens. Sa décision de fuir est rapide et concise. De quoi a-t-il peur ? De parents qui n’acceptent pas qu’un lieu au service de l’éducation d’enfants soit en réalité un cocktail toxique amianté et plombé ? D’enseignants à bout de nerf réprimés et lâchés par la proviseur de l’établissement ainsi que le recteur de l’académie Aix-Marseille, comme ils en témoignent depuis de longues semaines ?

De la fuite charpentée au déni, nous arpentons le chemin de la menace des grands clercs. Voici le recteur qui lève le doigt sur des parents d’élèves face caméra, que craint-il ? Dans sa sphère de pensée, la défiance du citoyen.ne n’est pas recevable. Lui connaît les bonnes manières pour traiter ce constat que nous partageons. Sutout ne pas répondre aux multiples convocations des riens du secteur. Cette attitude dédaigneuse a pour objéctif d’éloigner les populations populaires des décisions publiques. En effet, qui sont ces familles pauvres du secteur qui osent perturber les bonnes pratiques de l’entre-soit des importants, des sachants ?

Ils savent mais n’ont pas de réponse, curieux pardoxe pour les tenanciers de la ville qui sont capables d’emmurer la plaine, de jeter des vestiges romains à la mer, de construire des extensions de lignes de métro qui ne fonctionnent toujours pas, d’évoquer la pluie pour justifier l’effondrement de bâtiment, de laisser des familles entières des quartiers populaires dans des logements emprises aux moisissures…

S’agissant du collège Versailles, les parents, les enseignants, les CIQ (Les comités d’intérêt de Qartier), les élèves, ont une demande claire : c’est la délocalisation des élèves dans un lieu sûr pour que l’ensemble des manifestants puissent être rassuré quant à l’avenir des collégiens de Versailles.

Au final, en assistant à l’expression de la désinvolture que nous proposent nos dignitaires du jour, j’ai pu ressentir la distance qui sépare les Marseillais issus de classes populaires et cette caste qui dérégule cette ville au service de leurs copains du BTP. Ainsi va Marseille sous l’égide des bétonneurs qui avancent à pas de charge veillant à administrer la ville par des pratiques inhumaines. Madame Vassale vous fera profiter de son penchant au dialogue avec ces concitoyen.nes. Son passage devant ma caméra, sans un mot, sans un regard en direction des familles en dit long sur le constat que nous devrions partager.

Ce cauchemard de l’absence, du déni, du mépris des mauvais gestionnaires de cette ville peut et doit cesser, ce constat, les membres du collectif Versailles ainsi que toutes les zones populaires à l’abandon de Marseille le partagent.

La mobilisation des électeurs marseillais, des collectifs, des organisations de défenses des citoyens peut constituer une force expressive au service d’un renouveau de Marseille. Mais pour que ce séparatisme institutionnel s’achève avec la fin de mandature de Monsieur Gaudin, il faut que la volonté de changement de politique à Marseille soit partagée.

Partagez-vous ce constat ?