Lettre à l’extrême droite

Rédigé par : Coline Charbonnier
Publié le 05/04/2017

Récemment, j’ai lu dans la presse que vous souteniez Bachar El Assad, l’homme qui m’a chassé de mon pays, tué mes amis et mes proches, m’a pourchassé et contraint de fuir la Syrie. Savez-vous pourquoi ? Simplement pour avoir exercé mon métier de journaliste au cours de la révolution syrienne.

Vous êtes plus savants que moi en politique, c’est pourquoi j’aimerais vous poser une question. Il y a des dizaines de journalistes qui comme moi ont combattu les islamistes  » El Qaida, Daech, Jounoud El Cham, Ahrar El Cham  » et d’autres factions que vous ne connaissez sans doute pas. Ils se sont également opposés à Bachar El Assad. Voici ma question: pourquoi le soutenez- vous ?

La France m’a permis d’échapper à la guerre, elle fait désormais partie de moi. Après les massacres de Charlie Hebdo et du 13 Novembre, j’étais avec ceux qui ont pleuré les victimes et déposé des fleurs place de La République. J’ai étudié la langue de ce pays et y ai édité deux livres en français. Je travaille comme des milliers de réfugiés, nous ne causons de tort à personne, tout ce que nous souhaitons c’est de vivre dignement. J’aime ce pays et suis prêt à donner ma vie pour lui.

Votre leader, Mme le Pen a également dit que les Syriens manquaient de courage pour avoir quitté leur pays en raison des événements, alors que les Français ne l’avaient pas fait pendant la deuxième guerre mondiale. Cette comparaison est inappropriée : la guerre civile se déroulant dans mon pays n’a que peu de rapports avec la tragédie vécue par la France entre 1939 et 1945. Il est par contre possible de la rapprocher de ce qui s’est passé en Espagne à la fin des années trente du siècle dernier. Pensez vous que les centaines de milliers d’Espagnols qui ont fui leur pays à ce moment là pour se réfugier en France étaient des lâches ?

Madame Le Pen : en Syrie, bien avant la prise de pouvoir par le parti Baath, nous avons accueilli il y a de cela un siècle, des centaines de milliers d’Arméniens fuyant les massacres organisés par l’Empire Ottoman. Avec le temps, ils sont devenus aussi syriens que les autres habitants et notre pays est devenu pluriel sur le plan linguistique. Ces hommes et ces femmes ont travaillé, fait progresser l’économie et construit des ponts entre leur culture d’origne et celle de leur pays d’accueil, ponts que les réfugiés d’aujourd’hui tentent d’édifier.

Je vous écris depuis un café parisien avec, autour de moi, des gens de diverses nationalités. Je remarque que certains me regardent avec animosité, ce qui n’était pas le cas quand je suis arrivé il y a quelques années. Je ne quitterai jamais la France quoi qu’il arrive. Savez-vous pourquoi ? Parce qu’un philosophe Irlandais Edmaund Burk, je suis sûr que vous le connaissez, a dit « La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien « .