Nos premières fois, entre tabous et liberté sexuelle

Rédigé par : Coline Charbonnier
Mis à jour le 17/10/2020 | Publié le 25/04/2018

Durant le mois d’avril 2018, 15-38 a recueilli des témoignages anonymes de Méditerranéens racontant leur première fois, leur premier rapport sexuel, et la manière dont ils et elles l’ont envisagé et vécu. Cette carte reste ouverte et des témoignages seront ajoutés au fil des mois afin de préciser les aspects multiples de notre sexualité, de nos tabous.

Voici les questions que nous avons posées :

When was the first time you had sexual relationship?
Did you know your partner before? Why her/him? Where did you meet?
Where was it ? How did you choose the place and why?
How did you feel ? Was it the right moment to do it, was he/she the good person ? Was it a social ritual to become an « adult »?
How are considered sexual relationships in your country (free, supervised, taboo before getting maried)?

Pourquoi avoir choisi ce sujet et pourquoi des témoignages anonymes ? Parler de sexualité reste encore dans nos sociétés au Nord, au Sud comme à l’Est de la Méditerranée, un degré d’intimité qu’il est parfois difficile de franchir. Certains se cachent pour retrouver leur partenaire et « passer à l’acte », quand d’autres sont « tranquilles », à la maison. Pour laisser à chacun le soin de s’exprimer dans sa langue, son vocabulaire, ses propres détails, nous avons ouvert ce questionnaire.

Il restera pour quelques mois encore accessible à toute personne voulant témoigner afin de donner une image de plus, de la première fois en Méditerranée. Nous proposerons par la suite à des sociologues, des sexologues, des historiens de se pencher sur ce recueil de témoignages afin de dresser les grands enjeux de la sexualité dans nos sociétés.

Si les premières fois semblent généralement perçues comme assez libres en France ou en Espagne, elles sont encore taboues en Algérie. En Italie, la religion influence parfois le rapport au sexe.

L’âge moyen varie de 15 à 27 ans. A ce sujet, voilà ce que rappellent Florence Maillochon, Virginie Ehlinger et Emmanuelle Godeau dans leur étude appelée « L’âge « normal » au premier rapport sexuel » : « Le calendrier de l’initiation sexuelle a connu un profond bouleversement dans les années 1960. En dix ans, l’âge à la première relation sexuelle s’est brutalement abaissé de deux ans : de 20 ans et demi en 1960 à 18 ans et demi en 1970 pour les femmes, et de 18 ans et demi à 17 ans et demi pour les hommes. Une tendance identique a été observée dans l’ensemble des pays occidentaux. Ensuite, des années 1980 au milieu des années 2000, l’âge de la première relation sexuelle a peu varié. L’âge médian est estimé autour de 17 ans et demi pour les jeunes hommes et les jeunes filles en France. »

En France, les auteures expliquent que la posture n’est plus prohibitive : « La sexualité devient alors l’objet de recommandations, de conseils où la question du « bon moment » constitue un enjeu important, avec implicitement l’idée que le plus tard sera le mieux. Savoir « quand » et « comment » faire est une des préoccupations majeures des adolescents, aussi bien dans leurs discussions entre pairs que dans leurs consultations de « spécialistes » ».

Pour la sociologue marocaine Sanaa el Aji, auteure de l’ouvrage « Sexualité et célibat au Maroc, pratiques et verbalisation« , le principal problème au Maroc n’est pas de le faire mais de l’assumer. Lors d’une conférence à l’Institut Français du Liban de Casablanca, elle prend l’exemple de l »affaire du baiser de Nador » en 2013, lorsque deux adolescents avaient partagé un baiser sur Facebook. Le tollé est alors suscité par le fait de rendre ce baiser public.

Au Maroc, comme en Algérie, la société attend des femmes qu’elles restent vierges avant le mariage. L’hymen est au cœur des préoccupations. Pour contourner l’interdit, certaines se tournent vers les pratiques anales, d’autres franchissent le pas de la pénétration vaginale mais subissent ensuite des opérations de reconstruction… La sociologue cite Foucault pour expliquer les bouleversements actuels de la société marocaine sur les questions sexuelles : « Quand il y a tension sociale au sujet de la sexualité et du corps de la femme, c’est que nous sommes en train de vivre une transition sociale ».