Souha, Assia et Kawter, trois Algériennes engagées pour l’environnement

Rédigé par : 15-38 mediterranée
Mis à jour le 15/10/2020 | Publié le 14/05/2020

La jeunesse algérienne n’a pas attendu le Hirak pour tenter de faire bouger les choses. Depuis des années, les jeunes s’engagent pour le bien de leur communauté. Portraits.

Elles sont trois, trentenaires ou presque. Et elles ont toutes choisi de s’engager, à leur manière, pour défendre leurs valeurs, qu’il s’agisse de la protection de l’environnement, du patrimoine ou de l’insertion des jeunes marginalisés. Parfois les trois en même temps.

Souha Saadia Oulha enchaîne les casquettes. A 33 ans, la jeune femme originaire de Béjaïa, ville côtière à 245km à l’est d’Alger, a une formation d’opticienne et travaille de temps en temps dans un magasin. Elle est surtout un visage connu : Souha Oulha est comédienne. Elle joue au théâtre mais aussi dans des films et des séries. Depuis son enfance, elle est passionnée par la nature. « Ma mère est très écolo. Je l’ai toujours vue sauver des animaux, se battre pour empêcher l’arrachage d’arbres », explique celle qui utilise sa notoriété pour défendre la cause. En janvier, elle postait un message montrant une action de nettoyage. Sa dernière fierté, c’est une vidéo dénonçant la bétonisation des pourtours du lac Mezaya à Béjaïa. Cette ancienne carrière est devenue un refuge pour les oiseaux migrateurs. Un investisseur a souhaité y installer des aires de jeux sans respecter la zone humide. « Plusieurs associations se battaient pour arrêter la bétonisation. J’ai fait une vidéo « coup de gueule » qui a eu un certain impact », raconte celle qui a pris l’habitude de choisir chaque vendredi (premier jour du week-end), un lieu à nettoyer.

Souha Oulha ne fait pourtant partie d’aucun groupe officiel et tient à son indépendance : « Une association est quelque chose de pérenne, elle doit toujours être présente. Moi, je voyage beaucoup à cause de ma carrière d’actrice. En plus, je suis quelqu’un d’un peu sauvage. J’aime faire les actions citoyennes à ma manière. Ca ne m’empêche pas d’être amie avec toutes les associations du pays. »

Mêmes objectifs, mais chemin différent pour Assia Brahimi. A 34 ans, elle est vice-présidente de l’association Santé Sidi El Houari (SDH) d’Oran, à environ 650 kilomètres à l’ouest de Béjaïa. « Mes journées se terminent parfois à 1 heure ou 2 heures du matin, mais je le fais avec plaisir car je veux changer les choses. Dans mon travail , je fais les tâches machinalement, il y a peu de marge de manœuvre. Je dis souvent qu’au sein de l’association, on s’est créé un monde idéal. C’est un espace de positivité. On essaye, si on échoue, on essaye encore », estime-t-elle.

Assia Brahimi, vice-présidente de l’association Santé Sidi El Houari (SDH) à Oran

C’est en 2011 qu’elle a rejoint la SDH qui avait déjà 10 ans à l’époque. D’abord bénévole, la mère de famille y a occupé différents postes avant de devenir vice-présidente de l’association, véritable institution à Oran. « La SDH a été fondée par un groupe de médecins qui voulaient ouvrir un centre médical à Sidi El Houari, un quartier très populaire. Ils ont découvert un site historique de 6 000 mètres carrés avec un hôpital datant de 1836 et des bains de l’époque ottomane. Ils ont décidé de le nettoyer pour le transformer en centre médico-social », raconte Assia Brahimi. Le chantier est gigantesque et durera 8 ans. 2000 tonnes de déchets sont évacués avant de découvrir « un site magnifique mais pillé ». Les objectifs de l’association évoluent peu à peu. En 2011, le site devient un chantier-école. « Nous formons des jeunes défavorisés avec, à la clé, un diplôme. Près de 800 personnes sont ainsi passées dans notre école et 500 au moins ont été ensuite recrutées », se félicite Assia Brahimi.

La SDH dispose également d’un pôle socio-culturel qui propose aux enfants des activités artistiques ou encore environnementales. Différents projets sont également mis en place pour produire des actions éco-citoyennes. Ils commencent généralement par la formation de jeunes chargés ensuite de transmettre leurs savoirs. Ces programmes sont dépendants des financements trouvés, car la SDH ne dispose pas de fonds pérennes. « Nous sommes devenus une machine à écrire des projets. On les met au frigo et lorsqu’il y a des appels, on postule. Jusqu’à présent on s’en sort bien et heureusement, car l’ensemble de nos activités sont gratuites » se réjouit-elle.

Kawter Nour, membre dela SDH à Oran

Kawter Nour a justement travaillé en tant que gestionnaire de l’un de ces projets, dénommé « Jeune pour la Paix et la Vie ». L’objectif était de diminuer les violences à l’école, en famille et dans la société. Pendant deux ans, elle a organisé des formations pour les enseignants et pour des animateurs chargés de sensibiliser un large public. Des groupes de paroles ont également été mis en place. « Au total, en deux ans, nous avons formé une centaine de personnes et organisé plus de 90 activités », explique celle qui était salariée de la SDH pour ce projet. Mais la jeune femme de 27 ans est avant tout une bénévole active de l’association. « J’ai toujours été engagée, explique-t-elle. Pendant mes études, j’étais représentante des élèves. J’ai toujours eu cette envie de défendre les autres. » Titulaire d’un master en journalisme audiovisuel, elle a découvert la SDH en 2013 alors qu’elle devait réaliser un reportage dans le cadre de ses études. « J’ai choisi la protection du patrimoine d’Oran comme thème. J’ai été voir ce chantier-école. C’était beau de voir des Algériens qui agissent sans perdre de temps ou sans rien attendre en retour », se souvient-elle. Attirée par cette dynamique, elle a souhaité s’engager. « Dès que je me suis proposée, j’ai été la bienvenue. On m’a tout de suite confié des responsabilités. J’ai trouvé ma place pour être utile à la société. »

Kawter Nour a commencé par faire du soutien scolaire pour les enfants du quartier. Elle est aujourd’hui membre du bureau de la SDH et chargée de la communication. La bénévole n’hésite pas non plus à donner un coup de main à d’autres associations : « Je suis souvent sollicitée pour faire des formations socio-culturelles ou pour concevoir des affiches. » La jeune femme s’épanouit dans ce monde et conclut par un slogan que ne renieraient ni Souha Saadia Oulha, ni Assia Brahimi : « On assume et on assure. »

Maryline Dumas (Tunis) –
Photo de une : Souha Saadia Oulha à Béjaïa