Violence symbolique, la femme à l’affiche

Rédigé par : 15-38 mediterranée
Mis à jour le 17/10/2020 | Publié le 23/05/2017

Dans ces tribulations marseillaises, JDG questionne notre rapport à la femme image, femme objet. Elle s’affiche sur nos murs, vantant des crèmes, des sacs, des chaussures. Violence symbolique pour qui ne colle pas au modèle symbolique policé ainsi proposé.

La femme est associée à l’objet depuis la nuit des temps. Représentation de nos sociétés consuméristes, elle est utilisée pour personnaliser cet objet qui va garnir la collection de choses que nous possédons. Dans l’espace urbain, cette association fait légion, la femme et les marques font bon marché. En me promenant dans les rues de Marseille, dans les zones marchandes ou dans la plus petite ruelle, je ne pouvais échapper à une cuisse parfaite par l’entremise d’une pommade miracle ou d’un dessous sexy associé à une femme rabotée par Photoshop.

Ma déambulation j’en conviens avait un but précis : débusquer la chose qui se présente à moi comme des femmes chosifiées. Mais cette interrogation ne me donnait aucune réponse sur le bien fondé de cette entreprise publicitaire. J’essayais de peser le pour et le contre pour faire mon choix entre la chose que je voulais posséder et ces femmes qui les accompagnent constamment. Pas un sac, ni une chaussure, ni une bague, ni un mascara, ni une culotte, ni un salon du bien être n’échappaient à cette présence féminine.

Si présentes et si bien accompagnées, pourquoi alors parler de violences faites aux femmes dans notre société ? Leur image figure dans nos espaces de vie, elles nous accompagnent dans les salles d’attentes, dans la rue, à la télévision. Elles devraient donc pouvoir se sentir libre d’aller et venir partout dans l’espace urbain, elles devraient pouvoir se promener en mini-jupe dans nos rues sans que les hommes puissent constater leur nudité partielle par un sifflement ou des caractérisations outrancières.

Mais revenons un instant à ces femmes qui font l’objet de mon questionnement, qui sont-elles ? Sont-elles représentatives des femmes de mon quotidien ? Pour répondre à cette question, je suis entré en phase d’observation comparative. D’après cette observation, le compte n’y est pas : aucune ronde associée à un vêtement, aucune petite ne fait office de mannequin, très peu de femmes colorées assorties à un sac… Je me trouvais dans une norme qui ne représentait en rien la réalité que je vivais. Mais cette distorsion entre ma réalité d’homme et l’utilisation de ces femmes en guise d’objet m’emmena à questionner les premières concernées. Voici Agathe qui se présente à moi. Je lui présente l’objet de ma réflexion. Agathe a 20 ans, elle est étudiante au Lycée Thiers de Marseille.

Agathe : « Je ne suis absolument pas choquée par l’affichage des femmes dans la rue. C’est normal d’associer les femmes à ce qu’elles consomment dans leur vie de tous les jours. C’est de la représentation, ni plus ni moins. Cependant, il est vrai que certaines images sont sexualisées pour attirer un peu plus l’acheteur potentiel que nous sommes. Il y a aussi parfois des images pornographiques qui, j’en conviens, sont choquantes et dégradantes. Mais ce qui me choque le plus n’est pas cette surabondance d’association de la femme à une chose, ce qui me choque ce sont les remarques à caractère sexuel à l’endroit des femmes. Cela me contraint dans ma liberté d’expression de mon corps dans l’espace urbain. Je sais par exemple que la façon dont je vais me vêtir sera en relation avec le lieu dans lequel je décide de me rendre. Me contraindre dans ma liberté vestimentaire c’est pour moi m’assurer une tranquillité relative. Je sais aussi que pour me rendre à certains endroits de la ville je ne passerai pas dans telle ou telle rue car je me sentirai en danger, une proie potentielle. »

Liberté relative ? C’est une association qui frappe mon esprit d’homme car je ne pourrais me contraindre à cette exigence du quotidien. Cette liberté relative fait écho aux femmes considérées comme objets publicitaires. L’exposition d’une certaine norme féminine contraint celles qui ne répondent pas aux canons de la beauté énoncés à une position subalterne dans leur réalité quotidienne.

Il existe un continuum entre cette norme et l’existence sociale des femmes dans leur quotidien. Elle oblige les femmes à s’approcher au plus prés de cette norme pour exister au niveau de leur relation amoureuse, dans leur recherche d’emploi, dans leur sociabilisation… Echapper à cette norme imposée vous met de facto au banc de la féminité « mainstream ». Nous ne pouvons cependant être aussi dogmatique car bien entendu nous pouvons trouver ici et là des femmes libres qui assument leur originalité, rejetant l’imposition de la norme du marché.

Mais sortons de ces considérations de représentation ou de non représentation des femmes dans notre société. Derrière cette présence figurative des femmes parfaites qui jalonnent nos espaces publicitaires apparaissent les stigmates d’une maladie sociale lourde de conséquences dans notre rapport à l’autre femme, celle qui ne se trouve pas ou plus dans nos magazines ou dans nos publicités. Effaçant d’un cliché la pluralité du genre féminin dans son existence propre. Nous pouvons aussi nous interroger sur la réalité violente que vit le genre féminin dans les sociétés occidentales. Cette violence se trouve, à mon sens, dévoyée par la mise en avant publicitaire de la perfection féminine. Par ailleurs, quid de la maigreur de ces femmes soit disant parfaites, n’est ce pas une beauté sous contrainte de maigreur ? Comment ces physiques rachitiques parlent-ils aux femmes qui ne répondent pas à cette représentation réductrice de la femme ? Comment cette figuration simpliste du genre féminin questionne nos relations hommes femmes ?

Je ne saurais répondre. Mais depuis que j’ai décidé de questionner cette représentation, je ressens une gêne à regarder ces publicités comme des éléments représentatifs de ma sociabilisation avec le genre féminin. Ce travail de distanciation entre ces objets féminins et les femmes du quotidien me paraît nécessaire pour appréhender la violence faites aux femmes de façon effective.

La difficulté de cet exercice de déconstruction de la fabrication néfaste de l’objet « femme parfaite » réside dans la multiplicité des messages publicitaires qui sous tendent que la figuration de cette femme parfaite est un message positif prônant la liberté, la féminité, la grâce, la beauté, l’élégance… mais à quel prix ?

Sont-elles plus libres, moins victimes de violence quand elles respectent cette uniformisation que leur impose la publicité ? La publicité associant l’objet à la femme n’assoit-elle pas dans nos consciences collectives une violence de faite à l’endroit des femmes ?