En Cisjordanie, les palestiniens luttent pour garder leurs écoles

Men­acées par la poli­tique de démo­li­tion du gou­verne­ment israélien, les com­mu­nautés rurales de Cisjor­danie ten­tent de préserv­er le droit à l’éducation de leurs enfants mal­gré tout. Pen­dant des années,...

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Men­acées par la poli­tique de démo­li­tion du gou­verne­ment israélien, les com­mu­nautés rurales de Cisjor­danie ten­tent de préserv­er le droit à l’éducation de leurs enfants mal­gré tout.

Pen­dant des années, les enfants du vil­lage de Jib al-Dhib, un hameau de 162 âmes per­ché sur les collines du sud de la Cisjor­danie, devaient tra­vers­er le ter­rain escarpé pour aller à l’école, faisant face à la météo changeante, aux chiens errants, et aux colons israéliens. « L’année dernière j’allais dans une autre école » à une heure de marche de là dans le vil­lage de Beit Ta’mar, racon­te Abd al-Rah­man, un petit garçon de neuf ans avec une coupe au bol et un sourire espiè­gle. « Le chemin était long et pous­siéreux. » En plus du dan­ger bien réel, de har­cèle­ment ou de vio­lence, s’ils croisent des israéliens vivant dans la colonie adja­cente de Nokdim, d’autres enfants de Jib al-Dhib évo­quent les remon­trances des insti­tutri­ces et les moqueries d’autres élèves s’ils arrivaient à l’école avec des vête­ments salis par le trajet.

Suite à des mois d’efforts, de la part des femmes du vil­lage et des organ­i­sa­tions inter­na­tionales présentes sur le ter­rain, une petite école avait été con­stru­ite pas loin de Jib al-Dhib pour desservir 80 jeunes enfants de cette région rurale. L’inauguration de l’école devait avoir lieu en grande fan­fare le 23 août 2017, juste à temps pour le début de l’année sco­laire. Mais la nuit précé­dente, l’armée israéli­enne a détru­it le bâti­ment, ne lais­sant que les toi­lettes et les fon­da­tions. « Venir démolir une école le jour avant la ren­trée n’a pour but que de nuire le plus pos­si­ble à une com­mu­nauté, » s’insurge H, un activiste pales­tinien qui tra­vaille sur de nom­breux pro­jets édu­cat­ifs, dont la con­struc­tion de l’école de Jib al-Dhib. Quelques jours plus tôt, les forces israéli­ennes avaient démoli une école mater­nelle à Jabal al-Baba, ain­si que con­fisqué des pan­neaux solaires qui représen­taient la seule source d’électricité pour une école pri­maire et une école mater­nelle à Abu Nuwar. Là vivent deux com­mu­nautés bédouines, non loin de Jérusalem dans la Zone dite E1 (voir encadré ci-dessous). Dans cette zone, le gou­verne­ment israélien veut éten­dre ses colonies alors que le droit inter­na­tion­al l’interdit.

La façade de l’école Taha­di à Jib al-Dhib, ornée d’une guir­lande de grenades sonores et de bon­bonnes de gaz lacry­mogènes tirées par l’armée israéli­enne durant la démo­li­tion de l’école en août 2017 @Chloé Benoist

Le motif de ces démo­li­tions, comme la plu­part de celles effec­tuées dans le ter­ri­toire pales­tinien est prin­ci­pale­ment lié au fait que les bâti­ments n’avaient pas reçu de per­mis de con­stru­ire israéliens oblig­a­toires pour tout pro­jet pales­tinien en Zone C, sous con­trôle israélien – les 62% de la Cisjor­danie sont sous le con­trôle total de l’armée israéli­enne – mais qua­si­ment impos­si­bles à obtenir. Ces restric­tions affectent sérieuse­ment la qual­ité de vie de près de 300,000 pales­tiniens habi­tant en Zone C, dans des com­mu­nautés prin­ci­pale­ment rurales qui souf­frent du manque d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’éducation, et qui se plaig­nent de l’inaction de l’Autorité pales­tini­enne pour amélior­er leur situation.

L’accès à l’éducation pris en otage

« Cela ne nous a pas éton­nés qu’ils démolis­sent l’école », con­fie Fadia al-Wahsh, qui dirige une asso­ci­a­tion de femmes à Jib al-Dhib, ajoutant que, depuis des années, le vil­lage subit la pres­sion des colons de Nokdim, où habite le min­istre de la défense israélien Avig­dor Lieber­man. « Ceci est une poli­tique de déplace­ment for­cé. Que peu­vent-ils vouloir d’autre lorsqu’ils nous privent de tout, d’électricité, d’eau, d’éducation, et même de routes? ». D’après une déc­la­ra­tion du Bureau de la Coor­di­na­tion des Affaires Human­i­taires de l’ONU (OCHA) en sep­tem­bre 2017, le droit à l’éducation d’un mil­lion d’enfants dans les ter­ri­toires pales­tiniens occupés – en Cisjor­danie, à Jérusalem Est et à Gaza – serait men­acé, un chiffre presque équiv­a­lent au nom­bre total d’enfants pales­tiniens sco­lar­isés en 2013 qui était de 1,151,702 élèves du pri­maire au lycée. Il s’agit du dernier chiffre don­né par l’ONU en matière de scolarisation.

En Cisjor­danie, l’OCHA déplore les ordres de démo­li­tion ou de sus­pen­sion de travaux imposés actuelle­ment con­tre au moins 56 écoles en Zone C, ajoutant que 256 vio­la­tions con­tre des écoles ou con­tre des organ­i­sa­tions éduca­tives pales­tini­ennes avaient été réper­toriées en 2016, aug­men­tant le taux de décrochage sco­laire. A Jib al-Dhib, un groupe d’activistes a recon­stru­it l’école en l’espace d’une nuit. Depuis, une soix­an­taine d’élèves assis­tent aux cours dans le local bâti à la hâte, avec la peur con­stante que l’école – bap­tisée Taha­di, « Défi » – soit à nou­veau démolie. « Zohar, le gar­di­en de sécu­rité de Nokdim, est tou­jours en train de nous sur­veiller du haut de la colline », racon­te le petit Abd al-Rah­man. « Je pense qu’ils vont venir démolir l’école, mais je ne le veux pas ».
Selon H, l’activiste pales­tinien, l’accès à l’éducation est util­isé par le gou­verne­ment israélien comme un out­il de pres­sion par­mi d’autres pour pren­dre le con­trôle de cer­taines régions de la Cisjor­danie perçues comme stratégiques, dont la Zone E1 ou la val­lée du Jour­dain. « Israël cible tous les aspects de la vie pales­tini­enne, y com­pris les écoles », note-t-il, « L’époque où l’on met­tait les Pales­tiniens dans des camions et on les empor­tait loin est passée, mais aujourd’hui, on assiste à la créa­tion d’un envi­ron­nement coerci­tif qui est de moins en moins sup­port­able pour les pales­tiniens, et qui est fait pour qu’ils par­tent ». Mal­gré tout, les pales­tiniens rési­dant en Zone C (con­trôlée par l’armée israéli­enne) expri­ment leur déter­mi­na­tion à rester sur leurs ter­res et à y assur­er l’avenir de leurs enfants. « Plutôt que d’avancer sur n’importe quel autre pro­jet qui aurait sûre­ment plus aidé le vil­lage finan­cière­ment par­lant, nous avons choisi la con­struc­tion d’une école, pour nos enfants et les généra­tions futures», affirme Fati­ma al-Wahsh, une des mères de famille de Jib al-Dhib. « L’école est une néces­sité, nous sommes fiers d’avoir réus­si à la con­stru­ire. Peu m’importe s’ils démolis­sent l’école, nous la reconstruirons. »

Chloé Benoist

Photo de Une : Un petit garçon palestinien est assis sur les fondations de son école, démolie la nuit précédente par l’armée israélienne, à Jib al-Dhib dans le sud de la Cisjordanie le 23 août 2017 @Chloé Benoist

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