Au Liban, la mémoire des conflits réactivée à l’aune de la guerre israëlo-palestinienne

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Mis à jour le 05/12/2023 | Publié le 14/11/2023
Comment un conflit actuel peut-il réactiver une mémoire traumatique liée à des conflits passés ? C’est la question que se pose le documentariste et anthropologue Justin de Gonzague. Pour la première partie de son travail audiographique, il s’est rendu au Liban. Alors que le pays vit au rythme du conflit en Palestine et en Israël, les Libanais qu’il a rencontrés à Beyrouth (la capitale libanaise), Saida (sud du pays) et Tripoli (nord du Liban) se souviennent des conflits qui ont marqué leur histoire et celle du pays.

Au sud, à la frontière entre le Liban et Israël, plus de 80 personnes (dont 71 membres du Hezbollah, parti et milice chiite) sont mortes depuis le 7 octobre 2023, visées par des tirs de missiles israéliens. Partout, la population suit les informations sur son téléphone et se prépare à un potentiel conflit ouvert.

Comment est née l’idée de cette série audio ?

Alors que je m’apprête à me rendre au Liban, je me questionne sur mon lien à ces populations en souffrance. Pourquoi partager cette souffrance alors que je suis issu  d’un pays sans guerre actuelle ? Cette question m’a ouvert l’esprit sur la mémoire des conflits à l’aune de cette nouvelle séquence mortifère entre Israël et la Palestine. 

Je comprends que ce sujet m’est  personnel car je suis aussi le produit de cette mémoire des conflits. J’ai aussi le sentiment profond que les mémoires conflictuelles que je vais capter audiographiquement ont une continuité historique car les méthodes de déportation, d’oppression, de discrimination, d’humiliation, de souffrance ont une même genèse, la bataille des puissances dominantes qui par leurs confrontations sacrifient les peuples qui ont le malheur d’être à la frontière de leurs empires. 

Quelles sont les différentes voix que l’on peut entendre dans cette série qui commence au Liban ?

Les voix que vous allez entendre ont une mémoire des conflits, représentatifs de plusieurs générations de populations vivant au Liban. Arméniens, Palestiniens, Algériens, Chrétiens, Sunnites, Chiites. 

Mon ambition est de faire parler ces mémoires en résonance car en définitive lorsqu’un peuple fait face à un conflit, il cherche un ailleurs pour se protéger. Cette évidence est aujourd’hui annihilée par les puissances oppressives qui effacent des consciences les génocides qu’ils ont eux même engendrés en ce sens ou ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire des opprimés. Mon terrain de recherche consiste donc à puiser dans ces mémoires des éléments sensibles au service de la connaissance humaine.

Dans ce cadre méthodologique de restitution du sensible et de la réactivation de la mémoire des conflits,  le Congolais peut se lier aux Chiliens, la Chilienne à l’Algérienne comme une permanence dans la souffrance des populations sous occupation. Il convient cependant de faire une mise à jour des armes d’oppressions car un nouvel élément modifie à la fois l’altérité des souffrances endurées et leurs visibilités, je parle ici de la force propagatrice d’internet et des réseaux sociaux. 

De fait, ce partage de mémoire des conflits se globalise et s’internationalise et crée des mobilisations transfrontalières. Je compte ainsi poursuivre ce travail de recherche en allant à la rencontre d’autres mémoires et d’autres conflits qui résonnent aujourd’hui. 


Découvrir l’introduction sonore de son travail au Liban. 

15-38 partagera dans les prochaines semaines les témoignages recueillis dans le cadre de cette recherche dans trois langues principales du pays ; arabe, français et anglais. 

Référence musicale / Osloob feat Gaafar touffar – Hid Ean Aljaysh